‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 69 sur 169 · LA RÉCIPROQUE · texte numérisé non relu

LA RÉCIPROQUE

Un très beau gars de dix-sept ans Caressait au lit sa grand-mère.

Lorsque, sur l'heure, entre son père, Celui du jeune homme, s'entend.

— Que vois-je, dit-il, jarnidienne!

Tu baises ma mère, fripon!

— Eh ! parbleu, repart le mignon.

Papa, vous baisez bien la mienne.

MÉNARD DE Saint-Just, Espiègleries.

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— Mais non, répliqua le fils, c'est lui qui a commencé, il a fait plus de mille fois l'amour avec ma mère, sans que je lui aie jamais rien dit, et ne voilà-t-il pas que pour une fois que je touche à sa femme, bêtement sans réflexion, il se met à crier comme un fou. » Le voisin ne put s'empêcher de rire à cette plaisante réponse, et il emmena le père pour le consoler de son mieux.

En ceste Facécie n'y a pas granl sens figuratif, mais y est montré ung grantvice dont eu plusieurs escriptures est faif.te mention d'aulcunes faul(;es noverques, ([ui sont incontinentes et impudirques, que mêmes avecques les enfans de leurs marys, veuUent communiquer, ainsi que cell'^ dont est faicte icy dessus mention.

A propos; cVun porlrait de Sdinl-François'^ .

Des religieux de l'drdre des Frères Mineurs désirant faire exécuter un tableau représentant Saint-François, firent venir un peintre. Ils n'étaient pas d'accord sur le sujet à traiter. L'un désirait que le saint fut représenté avec ses stigmates, un autre, qu'on le montrât prêchant le peuple, un troisième proposait une nouvelle atti-

1. Disccptatii) Fialnim Minontm pro imagine sancli Francisa fmuhi. Opern CXLIV. — Xoei, I, i:)3; 11. l'i:^. — Liskux, t. II. ]). 4?. — KisTKi.iiunicR LXII, p. Sti. — Lbnfant. 1. II. lA'l, p. ;M(i.

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tilde. La journée s'acheva, sans qu'après la discussion aucun avis ne prévalut. Les religieux allèrent se coucher, laissant le peintre dans un grand embarras. Prenant ces hésitations pour une moquerie, il peignit, à titre de représailles, Saint Frant^^ois jouant de la flûte, d'autres disent pendu par le cou, puis il s'esquiva promptement. Lorsque les relig-ieux eurent vu cette peinture, ils cherchèrent l'artiste pour lui reprocher son inconvenance, mais il était déjà loin. A leur avis, il avait on ne peut plus gravement outragé la Religion et mérité ainsi un châtiment exemplaire.

CXLY

D'un prêtre de Florence qui était allé en Hongrie ^

D'après un usage établi dans le royaume de Hongrie, ceux qui ont les yeux malades, s'approchent de lautel après la messe, et l'Officiant verse sur eux l'eau des ablutions, en récitant quelques textes tirés des Saintes Ecritures, afin de leur rendre la santé. Il y a longtemps déjà, un prêtre de Florence accompagna en Hongrie,

1. De saceidole Florentino "^qui in IIuiKjaiiaiti iceral. Opéra CXLY. — XoKL I, l.^'i; II, 143. — Liseux, t. II, p. 43. — Ri3- TELHUBER LXIII, p. 90. — Lenfant, t. II, VIII, p. 217.

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Philippe, surnommé l'Espagnol , Cet ecclésiastique, ayant un jour célébré la messe en présence de FEmpereur Sigismond, plusieurs assistants qui souffraient du mal aux yeux s'approchèrent, suivant la coutume, afin d'être aspergés avec l'eau du calice. L'Officiant, supposant que le mal dont on se plaignait provenait de l'ivrognerie et du manque de soin des infirmes, prit le calice, comme il l'avait vu faire et répandant le contenu sur ceux qui l'entouraient, il dit en italien: « Andatcmene, che siale morli a ghiado! » autrement : « Fichez le camp, allez vous faire couper le cou! » L'Empereur comprit parfaitement et ne put s'empêcher de sourire. Le lendemain, ayant répété, pendant le repas, les paroles du prêtre, il provoqua l'hilarité générale; seuls, ceux qui avaient mal aux yeux ne prirent pas la chose si gaiement.

Réponse d'un paysan à son propriétaire ^

Un paysan de chez nous, à qui son propriétaire demandait en quelle saison il avait le plus de travail répondit : — u Au mois de mai. » Cela parut

1. Responsio lustici ad pairntium sui fundi. Opéra GXLVI. — Noël J, 15G; II, 144. — Lenfant, t. II, p. 209. — Liseux GXLVI, t. II, p. 'i5.

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assez surprenant, car à cette époque, il y a ordinairement peu de chose à faire dans les champs. Voyant lair étonné du propriétaire, le paysan ajouta : — u Eh oui! puisqu'il nous faut alors besoigner nos femmes et les vôtres. »

Ridicule alloculion '.

Certain Romain, bien connu, grimpa un jour sur un mur entouré de roseaux et se mit à parler à ces derniers comme s'il eût harangué le peuple, à propos des affaires de la ville. Pendant qu'il pérorait, un vent léger ayant courbé les tiges des roseaux, notre extravagant orateur feignit de croire que c'étaient des hommes qui inclinaient la tête devant lui en signe d'assentiment : — « Pas tant de révérences, s'écria-t-il, Messieurs les Romains, je suis le moindre d'entre vous. » Cette exclamation est depuis passée en proverbe.

1. Ridicuîosi hominis diclum. Opéra CXLVII. — Noël I, 156; II, 144-14Ô. — Poçigiana, t. II, p. 2()5. — Liseox, t. II, p. 46. — RisTELHUBBR LXIV, p. 9 1 . — BoN. DES Périers, nouv. LXXVI : Du légiste qui se voulut exercer à lire et de la harangue qu'il fit à sa première lecture, p. 198, édit. Garnier. — Pascal : Pensées : L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant.

A propos du vol d'un porc •.

En certain bourg- du Picentin, il est dusage d'inviter les voisins à dîner, lorsqu'en hiver on tue un porc. Un villageois, voulant se soustraire à cette coutume, demanda conseil à son compère : — « Tu diras demain, répondit celui-ci, que ton cochon a été volé pendant la nuit. » Efi'ectivement, tandis que notre homme était sans défiance, l'animal fut enlevé parle compère avant le lever du soleil. Le matin venu, le propriétaire, constatant la disparition de l'animal, s'écria : — « On ma volé mon cochon !» — « Fort bien, compère, dit l'autre, c'est là ce que je t'ai appris. » Le volé jurant par tous les Dieux que ce qu'il avançait était l'exacte vérité : — « De mieux en mieux, lu mets à merveille en pratique ce que je t'ai enseigné hier », insista le malin. La dupe, ainsi bernée, prit le parti de se retirer.

1. Derisio hnniinis forcuni occitleve voleiilis. Opéra CXLA'llI. — XoEL l, lj7; H, 145. — Liseux, t. Il, p. 47. — RtHjer liniileinps Cil belle liumeiiv : D'un homme qui déroba le pourceau de son voisin pour une subtile inventioti, p. 152, traduit dans — Coiiti lin riileie, t. II, p. 31, — Dictionnaire d'aiwcdoles, l. I, p. '.iSS. — lirocalious l'raiiraises, t 1, p. IVi.

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Bon mot de Faciiio Cane '.

Faciiio Cane, général au service de la faction Gibeline ', s'étant emparé de Pavie, d'après les ordres reçus, pilla d'abord les biens des Guelfes. Cette besoene achevée, il livra aussi les maisons des Gibelins, sous prétexte (ju'on y avait entassé les trésors des Guelfes. Les Gibelins vinrent se plaindre, déclarant qu'il était inique de les dépouiller eux aussi : — « Vous avez raison, mes enfants, » répondit Facino Cane, « tous vous êtes Gibelins, mais vos biens sont Guelfes •'. » Cette interprétation permettait ainsi de s'approprier indistinctement les biens de l'une ou de l'autre faction.

1. I)iil\t)ii Facini Canis. Opéra CXLIX. — Noël I, 158; II, 143. — RisTKi.HUBER LXV. p. 92. — LiSKux, t. II, p. 48. — Lenfant, t. II. XL. p. 20S et 2G5.

2. Les Gibelins turent priaiilivciiiLiit ^1138) les partisans de la famille de Ilohenslaufen, et les Guelfes ceux de la maison de Bavière. A la fin tlu xiv" siècle, ces mots avaient perdu leur signification primitive; ils restaient dans la Péninsule comme des mots de ralliement à l'usage des partis ennemis.

3. En 1403, les bouchers de Milan vendaient publiquement au marcbé la chair des Gibelins, (fl).

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D'un jeune homme inexpérimenté qui ne connut point sa femme la première nuit de ses noces K

Un jeune homme de Bologne, niais et sot autant qu'il est possible de l'être, avait épousé une jeune fille fort jolie; mais, n'étant point au courant des choses, il ne put arriver à consommer le mariage la première nuit de ses noces. Le lendemain matin, comme un de ses camarades lui demandait si tout s'était bien passé, il répondit:

— « Mal, car j'ai eu beau chercher, il ne m'a pas été possible de trouver l'entrée dont on m'avait parlé.» Voyant sa bêtise, l'ami lui dit : — « Tais-toi, je t'en supplie, et ne dis absolument rien à personne, car si cela se savait, quelle honte pour toi ! » Le jeune homme demanda aide et conseil à son camarade.

— « Ecoute, lui dit celui-ci; si tu veux m'ofï'rir un bon diner, je me charge de t'ouvrir la porte; mais pour cela il me faut bien huit jours, la besogne n'est pas commode! » Le sot y consentit et secrètement l'introduisit, la nuit, près de sa femme, pen-

1. De Adolescente qui ignarns renim uxurem prima nocle tion coçfitovit. Opéra CL. — Noël I, 158. — Guillaume Tardif : Du jeune sot qui ne sceul trouver le lieu pour habiter sa femme la première nuyt, LXXXI, p. 22i. — Liseux CL, t.'Jl, p. 49.

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dant que lui-même se couchait en un autre lit. Au bout du temps convenu, la voie étant ouverte sans qu'il y ait d'épines à redouter, gràoe à son travail, l'ami appela l'époux, lui dit qu'il avait beaucoup sué à son service, mais qu'enfin l'ouverture qu'il avait tant cherchée était maintenant pratiquée. La jeune femme, mise au courant par son mari de ce qui s'était passé, loua beaucoup le travail de cet ami et notre idiot, très satisfait d'avoir enfin une femme perforée, remercia son camarade et paya le souper.

En ceste facétie n'a point de sens moral, mais seiillement y est monstrée une bénivolence de ungjhomme, c'est d'estre si simple que bailler sa femme à percer, laquelle chose ne feroient pas beaucoup de gens, témoing-s ceux qui cecy verront.

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