‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 75 sur 169 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

Vn mot de Pasquiiio de Sienne si/r un pet du corps de VÉtat ' .

A la suite de troubles politiques, Pasquino, de Sienne, homme retors et plein de gaieté, fut exilé ; il vint habiter Ferrarc. Un de ses compatriotes, citoyen de peu d importance, le visita en se rendant de Venise à Sienne. Pasquino lui fit bon accueil. Au cours delà conversation, le voyageur promit ses bons offices, offrit sa protection une fois rentré à Sienne : — u Je fais partie, ajouta-t-il par vanité, du Corps de l'Elat. » — (( Plaise à Dieu, répondit Pasquino, que ce corps lâche un pet, afin que toi et tes pareils soyez expulsés promptemenH » Avec cette plaisanterie, le vaniteux personnage n'eut ({ue ce qu'il méritait.

De cet une de docteur, si idiot qiCil parlait latin à la chasse aux oiseau.r- .

Un docteur de Milan, homme peu instruit et borné, voyant qu'un oiseleur se disposait

1. De Pasquino (juodaiit Seneimi qui tmpnsuil cuidain e.r statu ut creparet. Opéra CLXXVII. — Xoel I, 189. — Liseux, t. II, p. 94.

?. De (Inclore qui littvrali sernioiie loquehatur in aribus capicndis it indoclHS erat. Opéra CLXXIX. — Xoel I, 190. — RisiKLiiuiiER I.XXX.p. 108. — I.isELX, t.II,p.90. — Lenfant, t. II. LXIV.p. l'i;'.

LES F.VCÉTIF.S I)K l'iXitJK 22^)

à chasser des oiseaux avec une chouette, lui demanda de Faccompai^ner. Il était très désireux de voir pareil spectacle. Le chasseur y consentit et plaça notre homme sous la hutte de feuilla.iie, à coté de la chouette, en lui recommandant bien de garder le silence afin de ne pas etfrayer les oiseaux. Ceux-ci apparurent bientôt en grand nombre. Aussitôt, le maladroit docteur s'écria : — (( En voilà beaucoup, tirez le filet! » En entendant le bruit de la voix, les oiseaux s'envolèrent à tire d'aile. Gourmande par sou compagnon, le docteur promit de se taire. Les oiseaux, ayant repris confiance, revinrent, le stupide docteur dit alors en latin : — « Avês pennultœ siuit- » ^ persuadé qu'en s'exprimant ainsi il ne serait pas compris. Les oiseaux disparurent sans retour. L'oiseleur, perdant tout espoir de réussir, invectiva vivement son compagnon qui n'avait pu s'empêcher de parler. — « Mais, dit ce dernier, les oiseaux comprennent donc le latin .' » Ce pauvre docteur pensait que ce qui avait fait fuir les oiseaux, ce n'était pas le son de la voix humaine, mais le sens des paroles prononcées, comme si les oiseaux avaient compris qu'ils devaient s'enfuir.

Page 1