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et conduit devant le Podestat. Il était accusé d'avoir dévoré deux enfants de trois ans. Après les avoir attirés par ses caresses dans une caverne, il les pendit, puis les coupant en morceaux, mangea de suite une partie des chairs palpitantes et fit cuire le reste. Il avoua avoir ainsi fait servir à d'horribles repas, d'autres victimes, car, assura-t-il, nul mets n'était plus savoureux, et il espérait recommencer lorsque la chose lui serait possible. Etait-on en présence d'un fou ? Les réponses, pleines de sagacité qu'il lit sur tous les points, prouvèrent plus encore sa férocité que son insanité.
D'un chevalier florentin qui, feignant de sortir, se cacha secrètement dans la chambre de sa femme '.
Un chevalier florentin podagre, que pour son honneur je ne nommerai pas, avait une femme qui faisait de l'œil à l'intendant de sa maison. Le mari, s'en étant aperçu, lit, un jour de fête, semblant de sortir, mais s'alla cacher secrètement dans la chambre de sa femme, (^elle-ci, croyant
1. De Equité floreiitiiii) (jui, fnnieiis xc iluruin Joras iiiscia cotijnge in eubiculo latuit. Op.-ra CLXXII. — Noël, 1, 18;f. — Lisbux, CLXX;i, t. II. p. 84.
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que son mari était bien loin, appela l'intendant à la dérobée. — «Je veux, dit-elle après quelques premiers compliments, (jue nous jouions ensemble à quelque jeu.» Ce à quoi il accéda. — « Faisons semblant de faire la guerre, dit la femme, nous ferons la paix ensuite. » I/homme demanda de quelle façon. — « Luttons un peu, répondit-elle, et quand tu m'auras renversée à terre, tu lanceras ton dard dans ma blessure d'amour, et nous ferons ensuite la paix avec des baisers mutuels.» Cela plut beaucoup à l'homme (jui avait souvent entendu louer la paix par tout le monde, surtout quand une paix si délectable était promise. Lorsqu'ils furent à terre, prêts à cimenter la paLx, le mari, sortant de sa cachette, s'écria : — « J'ai fait plus de cent fois la paix, depuis que je suis au monde, mais je ne veux pas que celle-ci se fasse à ma façon. » A ces mots, les deux amants se sauvèrent sans avoir signé la paix.
D'un chaste qui Ji'élail que paillard L
Un de nos concitoyens, qui voulait se faire passer pour chaste et dévot, fut un jour surpris par
1. Dv (iniiflain rolcnle se ridcii snnuiur castilnds. in adullrrio vniiiprvbenKO. Opéra. CLXXII. — Xoei-, 1, 18i.— LisBux. CLXXlII. — I>'un fini voulait se faire passer pour chaste et qui fut pris en jlfKjraiit dr lit fie paillardise, t. II. p. 86.
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un de ses amis en conversation déshonnête. Celui-ci lui fit des reproches très durs, de ce que, prêchant hi chasteté, il se laissait aller au péché. — « Oh I oh ! fît le cafard, ce n'est point la luxure qui me pousse, ainsi que tu pourrais le penser, mais pour abaisser, humilier cette misérable chair, et pour me décharger les reins par la même occasion. » (^e sont bien là les pires hypocrites qui ne se privent de rien, mettant leurs appétits et leur scélératesse sous un couvert d'honnêteté.
Même su /et ^ .
Un ermite qui habitait Pise, du temps de Pietro Gambacorta, introduisit un soir dans sa cellule, une fille de joie avec laquelle il besoigna, la nuit
Ad idem. Opéra. GLXAIV. — Xoeu I, 185. II. 171. — Liseux, GL.\.\IV, t. II, p. 817.
« Scaraninuche Ilennite. pièce très froiile, si die n'eut i)a.s été licencieuse, dans laquelle un ermite velu en iiioiue, monte la nuit, j)ai' une échelle, à la fenêtre d'une i'umme mariée, el y reparaît de temps en temps, ea disant : n ijiicsta é fer mortificar h carne. « — {Vie de Molière, notice du Tai-luffc . Noël dit avoir lu quehiue part que» certains Jancenistes exagérés avaient, an temps de Luu s XIV, une fayon foute particulière de pi>cher sans j)écher — ce qu'ils ai)i.elaient : itiorlijh')- la iiH)rtificalio>i.
J.-B. RoussE.vu, dans ses Kpieji-ammes. a rimé plusieurs Remèdes contre la chair {édit. Garnier), dont celle-ci :
Brûle du feu de la concupiscence.
Frère Thibault vint trouver son frardien. Jeûnez, mon fils, lui dit sa Révérence.
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même, mie vingtaine de fois, et sans cesse en frétillant des fesses, comme pour échapper au crime de luxure, il répétait ces mots que disent les srens du peuple : Doiudtti carne cativella\ » c'est-àdire : ■( Mortifie-toi donc, misérable chair I » La fille de joie ayant raconté la chose, le moine fut chassé de la ville.
ClAXV
D^un pauvre Jioinme qui gagnait sa vie avec sa barque ^ .
Un pauvre homme gragnait sa vie en transportant les voyageurs dans son bateau d'une rive à l'autre d'un fleuve. Ln jour, que personne ne s'était fait passer et qu'il s'en retournait tristement chez lui, quelqu'un apparut au loin, qui le hélait. Le passeur revint sur ses pas. dans l'es-
Thibault jeûna, le jeùue n'y fit rien.
Lors derechef Thibault se plaint — Eh hi^n!
Joignez au jeune et discipline et haire,
Dit le vieillard. — Mais, las! le pauvre hère
Sentit la chair encore plus regimber. —
Vertu de froc! Succombez y donc, frère.
Tant que d'un an n'y puissiez retomber.
1. De paiiper qui iiarictila vicliiin quœrchat. Opéra, (U,XX\'. — NoEL, I. 185, II, 173. — LisEux. CL.XXV, t. II, 88. Marie de France : Le Vilain et le Loup. — Imilaticns : Le Chasseoiituy, cent. III, 61. — Le fao'tieux Réreil-matiu, j). 4118. — L.a Gibecière de Morne, nn le Thrésoi- du Ritlicule. p. 294. — Le Colorier facélien.r. p. "23. — lioijer-BonteinpK en Belle-Humeur. p. 406.
LES FACETIES DE IHXiGE
poir d'un peu de gain. Mais lorsqu'il réclama son salaire, l'individu lui déclara qu'il n'avait point le sou, lui olfrant, en compensation, de le payer d'un bon conseil. — « Ce n'est pas avec de bons conseils que je nourrirai ma famille qui meurt de faim, » observa le batelier. — Je ne puis te donner autre chose » répondit le voyageur. Le pauvre homme, fort en colère, demanda quel était ce bon conseil. — « Voici, dit l'étranger : Ne passe jamais personne sans t'être fait payer d'avance, et ne dis jamais à ta femme qu'il y en a d'autres qui sont peut-être mieux montés que toi. )) Là-dessus, le batelier étant rentré tout triste, sa femme lui demanda de quoi acheter du pain. A cela il répondit qu'au lieu d'argent on lui avait donné de bons conseils, et il raconta l'histoire en détail, même les bons conseils qu'on lui avait donnés. Lorsqu'il parla de la chose intéressante, la femme tendit l'oreille. — « Eh quoi, mon ami, fit-elle, tous les hommes ne sont donc pas égaux? — Bah ! il y a entre eux de grandes différences, répliqua le mari. Tiens, par exemple notre curé nous dépasse tous de moitié. » Et ce disant, pour mieux donner une idée de la mesure, il étendit lavant-bras. Aussitôt, la femme s'étant rendue chez le prêtre, ne voulut pas sortir avant d'avoir vérifié par elle-même si son mari avait dit vrai. Ainsi donc, la sagesse était tournée en imbécillité et le batelier apprit (ju'il ne faut jamais parler de ce qui peut nous porter préjudice.
LES FACKTIES DE \'UiH,E
GLXXVI
Solfise (Ti/n Milduciis qui (ivail écrit sa confession ^ .
Certain Milanais, soit par sottise, soit par hypocrisie, soit qu'il redoutât quelque écart de mémoire, écrivit ses fautes longuement détaillées sur une immense leuille. S'étant ensuite rendu, pour se confesser, chez Antonio d<^ Rauda, Milanais, de l'Ordre des Frères Mineurs, homme très instruit et directeur expérimenté ; il lui présenta son manuscrit en le priant de le lire. — « C'est ma confession », dit-il. Le père, homme avisé et prudent, comprenant de suite que cette lecture lui demanderait beaucoup de temps, et sachant, de plus, qu'il avait alfaire à un individu niais et bavard, se contenta de faire quelques ({uestions au pénitent : — « Je te donne l'absolution de tous les péchés que tu as inscrits sur cette pancarte » ajouta-t-il. Notre homme s'informant alors de la pénitence qui lui était infligée : — « Pendant tout ce mois, répondit le religieux, tu liras sept fois [)ar jour ce que tu as écrit». Le ■Milanais eut beau crier à limpossibilité, le confesseur ne céda pas. Ainsi fut punie la prolixité d'un imbécile.
1. f)t' qnodani iuKuho Mi'diolanensi (jui in scriptis porreril pcccnta sua sacerdati. Opéra CLXXVI. —Noël I. 187. — Lenfant, t. II, XI.V, p. -211. — RisTELiiuiiEu LXXVIII. p. 107. — Ltseux, t. Il, p. lH.
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Jactance d'un individu confondue par son cotnpagnon ' .
Un indivklu, d"une Scintô chancelante et loin d'être favorisé des dons de la fortune, faisait sa cour. Invité à diner, un soir dV'té, [)ar les parents de sa fiancée, il vint accompagné d'un ami au<|uel il avait donné pour consigne de renchérir sur tout ce qu'il dirait. — « Le beau pourpoint, comme il vous habille bien, dit la future belle-mère », — (( Oh, rép )ndit notre homme, j'en ai un beaucoup plus élégant » ; et l'ami d'ajouter, — « Sans parler d'un autre deux fois plus riche ». Le beau-père s'étant informé du nombre de domaines qu'il possédait, il indiqua une petite propriété, sise hors la ville, et dont les revenus suffisaient à son entrc-
1. De fjnodain qui visilaudo alftnes tixoris ralelml a aocio com- )iiritdaii. Opéra CLXXVII. — Xoel I. 18S; II, 174-170. — Liseox, t II, p. U'I. Babel. FarwIitv.De siipor!iO adolescente, L. 5. j). IGli.
— Bebo.vld de Verviule : Moyen de l'aiTenii-, édit. Oarnier.
— Hisinire comique de Fvaiicioii, t. 4, p. 219, édit. 1G41.
LK -MKNTKUR KT SOX V.VLKT
Un habitant des bords de la Garonne,
A tou.s propos effronlément contait
Ses biens en l'air : c'était toujours son prone.
Mais son valet, simple et rustre personne,
Qu'à chaque instant le croiyeur attestait,
S.ins y penser ton ours le démentait;
LF.S FACÉTIES DE l'OC.dK 227
tien. — « Oublies-tu donc cette autre terre bien plus considérable, qui te procure de si importants bénéfices? » repartit le camarade. Ainsi, chaque fois que notre homme avançait quelque chose, l'ami renchérissait. Pendant le repas, comme le gendre prenait peu de nourriture, le beau-père lencourageait à faire honneur aux difTérents mets :
— « Pendant l'été, ma santé laisse à désirer, dit l'invité » ; et son compagnon, qui croyait le servir en soutenant son rôle de hâbleur, de s'exclamer :
— « C'est bien plus grave qu'il ne dit ; il se porte mal l'été et l'hiver c'est encore pire ». A ces mots, les assistants se mirent à rire aux dépens de celui qui. pour avoir recherché des éloges mensongers, ne recueillait qu'un ennui pour prix de sa sottise....
Tant qu'il lui dit : — « Si sur ce que j"avance
Tu n'enchéris toi-même de moitié,
Prends pour certain que sur ta covporaiice,
I loups c!e liâton vont j)leu.oir sans pilié.
Le Drôle eut peur, et jura sur sa vie
De n'y manquer. Le maître, en compagnie.
Dit que la foudre a brûlé son château. — •
' Vous en ave/, par lionlienr un plu? b^au, »
Dit le valet, secondant sa manie. —
L'instant d'après, l'on p.irle de bateau;
Triste voiture, où l'on trouve un tombeau,
Quand sur les (lots les vents se font la guerre :
Le maitre dit : — « Je suis poltron sur l'eau, r, —
(i Oui, répond l'autre, et même sur la terr.'. »
Deforges-Maii.lard.