Facetum medici qui sorte medelas dabdl. Opéra 201. — Noël
I, 211, II, 1!)8. — LlSEUX, t. II, p. 127. — BONAVENTUKE DES
PÉHiKRS, Coules; p. 257, Edit. Garnier. — Carabincria et matniscrics soldatesques : c. (i, p. 38. — Gahosse, Doctrine curieuse, p. 392. — Dictionnaire d'Anecdotes, t. II, p. IflO.
LES FACETIKS DE POr.GE 253
pêle-mêle dans un petit sac. Le matin venu, on lui apportait les urines pour obtenir une recette. Plongeant alors la main dans le sac, le médecin en retirait au hasard une formule et la présentant au client, il disait en italien : « Prega Dio te la mandi buoiia, » autrement « Prie Dieu qu'il te la baille bonne, n Triste perspective réservée à ceux dont la santé dépendait de la chance et non de la raison.
Conseil à un débiteur ennuyé^.
Triste et mélancolique, un habitant de Pérouse, circulait j)ar les rues de la ville. Quelqu'un lui ayant demandé ce qui le préoccupait si fort ; le promeneur répondit qu'il avait des dettes qu'il ne pouvait acquitter. — « Bast! que tu es bête, répliqua l'autre, laisse donc ton créancier s'en inquiéter. »
En ceste Facécie est montré pour sens moral que le soulcv des choses impossibles, ou dilllciles à nous, est vain, comme quant ung bon marchant, qui a plusieurs créditeurs, toutes fois par fortune ou inconvénient il pert
1. Exploratio ad hominem iristem ah pecumam debitam. Opéra 202. — Guillaume Tardif : De celluv qui estoit marry pour ce quil estoit en debte, XCIL p. 2.V2. — Noël I, 212; II, 198-199.
— LeNFANT. II. 141). — RlSTELHUIiER LXXXVIII . p. 119. —
ce dont il espère leur satisfaire, c'est foUie à luy de trop se niélancolier quant il n'y a point de remède, non pas aussi que il doive estre si négligent que de tous pointz ne luy en chaille, ainsi que au Pérusien devant dict, que l'aultre plus confortoit par facécie que aultrement, quant il lui disoit qu'il laissast le soulcy de ses dettes à ceulx à qui il devoit et qu'ilz estoient assez soulcyez comme il les payeroit.
De la peine infligée ii des nieurlviers Grecs et Génois ^
Des Génois habitant Péra, quartier près de Constantinople où résident spécialement les
LiSKux, t. II, p. 128. — Democritus lidens : ^Ere dirutus — Ba- RATON. Poésies : « L'Insolvable ». — Diction. d'AitecdoU's, II, p. 191. — Gerardus DicŒus épigr. citée par Noël.
EPIGRAMME Guillot se promenait triste, morne et rêveur; « Qu'as-tu donc' lui dit dit Jean, d'où vient cette langueur .'
— Vraiment, reprit Guillot, je n'ai pas l'âme en fête;
Ce qui me rend triste comme tu vois, Sont deux mille écus que je dois Et qui me rompent Tort la tète; Tout mon argent se monte à beaucoup moins, Je ne saurais payer cette somme empruntée,
— Ah! pauvre fou! dit Jean, va, va, laisse ce soin
A celui qui le la prêtée. »
Sai.n't-Glas, Contes, 1672.
1. Depœnaiiiiposita Gracis et tieiiuensihus homicidis. OperA CCII. — NoEL, I, 212. — Guillaume Tardif : I)es Grecs qui eurent la barbe du visaige raize et aussi les Gennevois celle du cul, XCIII
p. Ih'i. — Lenfant, p. 247. — Ristelhuber, LXXXIX, p. 120.
Liseux, ccv, t. II, p. 129.
Génois, étant venus en ville pour les affaires de leur négoce, se disputèrent avec des Grecs et quelques-uns d'entre eux furent tués et blessés. L'Empereur, près de qui on implorait justice de ce meurtre, la promit prompte et bonne ; en conséquence, il ordonna qu'en expiation de leur crime, les coupables eussent la barbe rasée, ce qui est pour les Grecs une chose ignominieuse. Le Consul des Génois de Péra, pensant qu'on se moquait de lui, jura de venger lui-même ses compatriotes. A quelque temps de là, des Génois étant entrés dans Constantinople tuèrent et blessèrent un certain nombre de Gi'ecs. L'Empereur aussitôt se plaignit grandement au Consul de Péra en réclamant un châtiment. Le Consul donna sa parole de punir les coupables. Le jour fixé pour l'exécution, il ordonna d'amener les coupables sur la place publique, comme s ils allaient avoir la tête tranchée. La foule, composée de beaucoup de Grecs et de toute la population de Péra, attendait anxieuse ; les prêtres mêmes avec la croix s'y trouvaient prêts à porter les cadavres en terre. Le crieur public ayant fait faire silence, le Consul ordonna de raser le cul aux coupables, déclarant que les Génois, s'ils ne portent point de barbe au menton, ils ont du moins du poil au cul. Ainsi,
Michel VllI Paléologue, pour réparer les ruines et accroître la population de Constantinople, confirma en 1202, aux Génois, aux Vénitiens et aux Pisans, la possession des divers quartiers où ils s'étaient établis (l{ .
256 LES FACÉTIES DE l'OGGE
en rasant la figure des uns et le cul des autres, la peine fut égale pour les malfaiteurs.
En ceste Facécie n'y a aulcuu sens moral, mais y est seuUement monstrée la joyeuse recompense que les Grecz eurent des Gennevois par le Prévost, qui dist : « Les Giecz portent liarbe au visage et les Gennevois la portent entre les fesses », et leur fisl raire le cul.
Pourquoi les Romains dé^éuèrcfit ? '^ .
Aux Calendes de mai, les habitants de Rome préparent et mangent le matin plusieurs variétés de légumes qu'ils appellent vertus. Un jour, on plaisantait entre amis, à propos de cet usage, Francesco Lavegni, de Milan, qui était présent, dit : — « Je ne m'étonne plus maintenant de ce que les Romains aient dégénéré de leurs ancêtres, puisque chaque année, ils anéantissent leurs vertus en les mangeant. »
1. Facehtm coiiti-a Ronianos (jui cduiit a rirtules u Opéra 20'i. Noël I. 214. — Liseux, t. II, p. 131.
GGVII
Vœii imprudent à la Vierge Marie i .
Me trouvant en Angleterre, j'ai entendu citer un mot plaisant d'un capitaine de navire marchand, irlandais d'origine. Le navire, ballotté par les flots, fut assailli en pleine mer par une violente tempête ; il était tellement désemparé que l'équipage désespérait du salut. Le capitaine fit vœu, si l'on écnappait à ce g-rand danger, de donner à certaine église placée sous le vocable de la Vierge Marie, Mère de Dieu, très renommée par suite de faveurs obtenues en pareilles circonstances, un cierge aussi élevé que le grand mât. Le second, blâmait un pareil vœu, parce qu'on ne trouverait pas en Angleterre, assez de cire pour confectionner un cierge de pareille dimension : — « Eh ! tais-toi donc, dit le capitaine, laisse-moi faire à la Mère de Dieu toutes les promesses qu'il me plaira pour nous tirer du péril. Si nous sommes sauvés, elle se contentera bien d'une petite chandelle. »
1. De (pKtdani (pu cocit candelam Virijini Maria'. Opéra •JO-"). — Noël 1, 21 i; II, lUô. — Lenfant II, L, p. 214. — Ristelhuber XC, p. 122. — LisEox, t. II, p. 137. Promptuarium exetnplonim ad usum pi-œdicantium secundum oi-dinem alphabeli, imprimé au xv° siècle, traduit sous le nom de Fleur des commandeme>its de Dieu, dans d'Artigny. — Noureau.r Mémoires d'histoire, de critique et de littérature. Paris 1740-17.56. — Bebellian, Facet. I, II, p. 102 : De rustico saialuui Mcolnuni inrocante.
258 LES FACÉTIES DE l'OGGE
Histoire de celui qui fit également un vœu à Saint Cyriaque ^ .
Dans une circonstance semblable, certain marchand d'Ancône, ag-it de la même façon à l'égard de Saint Cyriaque, patron de la cité et qu'on représente portant une longue barbe. Son navire étant secoué par des vagues énormes, notre homme fît vœu d'offrir une maison à Saint Cyriaque, dans un délai qu'il fixa. La date indiquée étant passée. le marchand vint se confesser et avoua au curé de la paroisse le vœu qu'il avait fait. Le prêtre, qui comprenait l'utilité que cela aurait plus tard pour lui, exhorta son pénitent à accomplir sa promesse. Le marchand répondit qu'il s'empresserait de décharger sa conscience d'une si lourde préoccupation; toutefois, il ne s'exécutait pas malgré des remontrances souvent réitéi'ées et quelques fois un peu vives». In jourenfia, fatigué peut-être de l'insistance de son curé, ou désirant afficher par fanfaronnade son impiété, il répondit à une nouvelle interpellation : — « De grâce, ne me tracassez plus à ce sujet, j'ai roulé maintes fois de plus longues barbes que celle de Cyriaque. »
• 1. Facelnm item dr atiu t/Hifeiil volmn sancio Cyriaco. Opéra 20G. — "Noël 1, 215. — Liseux, t. II, p. 133.
D'une veuve qui désirait se remarier avec un homme âgé K
Une femme veuve disait à une voisine que, bien que la vie du monde n'ait plus de charme pour elle, elle désirait, cependant, épouser un homme âgé, plutôt pour avoir une société et l'aider à supporter l'existence que pour tout autre chose, car. il était l'heure pour elle de songer à son salut et non point à la satisfaction de ses sens. La voisine promit de lui trouver un mari à sa convenance, et, dès le lendemain, elle vint dire à la veuve qu'elle avait trouvé un sujet ayant toutes
I. Millier vidua quœ citpiebat hahere virum provecta œtate. Opéra CGVII. — Noël, I, •:21G; II, 195. — Guillaume Tardif, XCIV : De la vieille qui se voulut remarier et refusa ung homme par laulte d'oustil, p. '258. — Ristelhuber. XCl : La paix du Ménage, p. 123. — Liselx, II, p. 12.^. — Abstemius : Fabulœ « De Vidua virum petente », p. 54. — Balthazar Bonifacl : Historiœ ludicrœ : Pax conjugis. — Gérard Dicœus : Conjugii pax. — GwEN : Uxor pia et Ad Marinuua '^cités par Noël}. — G. BoucHET : Snres, sérée V. — Ldd. Guicciardixi : L'hore di Ricreazioiie : L'hipocrisia mal potersi ricoprire, p. 21(1. — Le Tombeau de la Mélancholie: Hypocrisie d'une jeune veuve, p. 112.
— Esope en belle humeur: « La jeune veuve amoureuse, p. 136.
— Baraton : Poésies : « L'Eunuque ». — Julien Scopan : Œuvres diverses {[l'2Hj : La Veuve d'.Avignon, conte; I, p. 38. — Ano- NYMB : (I Un mari et une femme vieux et qui vivoient depuis longtemps ensemble se querellaient, le Mari dit à la femme : Quand on est à notre âge, il ne faut pas se brouiller, parce qu'on n'a pas de quoi se raccommoder ». — Sedaine: Œuvres,
les qualités désirées, particulièrement celle dont il avait été surtout question. C'est-à-dire, qu'il manquait de virilité. Mais la veuve se récria : — « Je n'épouserai jamais cet homme-là. Car si le Pacificateur (c'est ainsi qu'elle appelait l'outil à fabriquer les hommes) fait défaut, quel Médiateur (car on doit vivre en paix avec un mari) viendra apaiser les querelles qui pourront surgir entre nous ? »
En ceste Facécie est monstre comme les paroles ne sont pas toujours la vraye urine du cueur et comme elles sont contraires à la pensée, ainsi que de la vieille qui disait qu'elle ne vouloit plus avoir compaignie d'homme; toutefois, quant on luy en oiïroit un chastré, elle le refusa disant que le membre génital est principal médiateur pour mettre paix entre l'homme et la femme *.
1. L'homme porte avec lui la paix du ménage. Au salutaire toucher de l'homme, vieille grondeuse met bas tout courroux, jeune querellant s'apaise et prend patience. L'homme guérit les souffrances et adoucit les humeurs, l'homme rétablit les forces, ôte les causes des obstructions, donne l'esprit et le jugement, rend parolle; redresse et restaure. L homme seul fait en la femme plus de miracles que n'en ont fait ni saint François, ni tant d'illustres saints du pieux et sacré Martyrologe. Enfin les merveilles de l'homme en la l'eiume surpassent celles de frère Luca-, quand prêchant au plus fort de l'hyver, il fait suer de détresse les plus iioids de ses auditeurs. {}{('■ fierions de l'éd. d'.VmsIerdam, 171"2}.
D\iit moine qui engrossa une abbesse '.
Un Frère, de TOrdre des Minimes, aimait l'abbessc de certain monastère de Rome (que j'ai bien connue) et lui demandait, sans cesse, découcher avec elle. Cette femme refusait toujours, parce qu'elle craignait de devenir grosse et d'encourir de ce fait une punition des plus sévères. Le Frère lui promit alors de lui apporter ce qu'il appelle un brève - qu'il sutfit de porter suspendu au cou par un fil de soie pour n'avoir jamais d'enfant, et de cette façon être à même de faire lamour sans crainte, avec qui lui plairait. Elle le crut, parce qu'elle le désirait et le Frère posséda maintes fois la femme. Au bout de trois mois, celle-ci s'aperçut qu'elle était grosse, mais le Frère, ayant flairé la chose, avait pris la fuite. L abbesse, se voyant jouée, détacha le fameux brève et l'ouvrit pour voir ce qu il contenait. Il portait ces mots, en très mauvais latin : Tasca imbarasca, non fcicias te supponi^ et non implebis tascani^.
1. De quodam fratre abbatissam i)npr(Fgnan(e. Opéra CCVIII. — Guillaume Tardif, XCV, p. -261. — ' Ijseux, II, p. 13G. — GiucciARDiNi, Hni-e di Ricreazione : Ne anche aile donne, etc., p. 167.