‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 89 sur 169 · I .lima les PoclùjuesJ · texte numérisé non relu

I .lima les PoclùjuesJ

26i LES FACÉTIES DE POGGE

que aultre ne les vaille et, quelque vertu ou don de grâce que aultre ait plus que eulx, si le veuUent ilz desprimer par une villaine niordance de langage qu'ilz ont entre eux.

GGXII

V apprenti savetier et la femme de son patron '.

L'apprenti dun cordonnier d'Arezzo revenait souvent à la maison, prétextant qu'il y cousait plus commodément les chaussures. Ces allées et venues fréquentes éveillèrent les soupçons du patron qui, un beau jour, en rentrant inopinément, trouva le gars entrain de besogner sa femme. — « Voilà une couture pour laquelle je ne te donnerai point d'argent, fit-il, et je te charge de mes malédictions. »

Plaisante histoire d'une jeune femme qui faisait des pets ''.

Une jeune mariée allant voir ses parents avec son époux, vit, en traversant une forêt, plusieurs

1. De disciprilo cerdonis qui subaqilahal nifureiii maqisiri. Opéra CCX. — Noël, I, 219. — Liseux, GCXII, t. Il, p. 140.

2. Fncetia cujusdant adoh>s€ei((ul(e qmr itnitehal petiim. Opéra

bôlici's qui sautaient les breljis ; elle demanda pourquoi ils allaient j)lutôt aux unes qu'aux autres. Son mari lui répondit, en riant : — « (^est que dès qu'une brebis a fait un pet le bélier la saute ». Alors, elle lui demanda si c'était aussi l'habitude des hommes. Comme il lui dit qu'il en était de même, elle fit aussitôt un pet, et son mari gaiement imita le bélier. Ils s'étaient à peine remis en route, que la femme fit un nouveau pet et que l'homme recommença la besogne. Enfin, ils n'étaient pas sortis de la forêt que la femme, prenant goût à ce jeu, fit un troisième pet, mais l'homme, épuisé par le travail et le voyage, se récria en disant : — « Non, tu chierais ton cœur, (jue je ne t'en ferai pas davantage ! »

En ceste Facécie, il n'y a rien de moral ; c'est toute matière salle, sinon en tant que la femme print en sa fantasie la similitude que son marv lui bailla, disant que les moutons habitoyent les brebis quand il les oyoient peter, et pour tant pétait la jeune Mlle aflin que son mary lui fist aiiisy.

CCXI. — XoEL I, -220; II, 204. — Guillaume Tardif, XCVII : De la jeune femme mariée qui fist troys pets affin que son mary l'habitast, p. 263. — Liseux, GCXIII, t. II, p. 141.— Tabourot DES Accords : liiqarures. — Escvaicjncs Dijonnaises. Liv. I. — D'OuviLLE •■ Elile des Contes : D'un paysan et d'une damoiselle, p. 18.J. — Coules à rive ou Récréalioiis françaises, p. !5G. — Grécourt : Contes, Etymologie de l'Aze to f...I t. 1. l.'ii. — Piron, Œuvres.

Dire cl faire ' ,

Je connais un farceur qui demanda à un religieux ce qui était plus agréable à Dieu, dire ou — faire : « Faire, répondit le religieux. » — « Alors répliqua le plaisant, celui qui fait des chapelets a plus de mérite que celui qui les dit. »

D'un Egyptien qu'on chcj-chail a convertir- .

Un Egyptien, venu en Italie, fut encouragé par un chrétien qu'il connaissait de longue date, à entrer au moins une fois dans une église, pendant la céh'bration d'une messe solennelle. Le mécréant y consentit et, mêlé aux fidèles, assista à roftice. Or, quelques jours après, se trouvant en compagnie, on lui demanda ses impressions au sujet de la cérémonie. Il répondit (jue tout se p.MSsait fort bien, mais qu'il avait remarqué

1. (Juid ait ncceplius Dca, dicere aut facere? Opéra 21 "2. — \oel I, 221. — LisEux, t. IF, p. 142. — Lenkant, t. II. LXVI, p. 22:5.

2. De Eçnjfjto horlalo ad fidem. Oi)era 21.3. — Xoel 1, 221. — Lenkant, t. II, p. 214. — Ristelhuber XtJlII, p. 120. — Liseu.x. t. II, p. 113.

LES FACETIES DE l'OGGE 267

cependant que la charité faisait toutefois défaut : car un seul manae et boit, ne laissant aux autres ni une miette de pain, ni une goutte de vin.

En cesle responce est louché ung- grant argument et ot obprobre que les Juifs ont contre les caestiens, c'est assovoir que charité, qui est le principal commandement de la loy est faillie entr'eulx, et pourtant ilz ne veuUent croire à la lov des crestiens bonne.

^ De r Ei'êqiie espagnol qui mangea des perdreaux en guise de poissons K

Un Evéquc espagnol, voyageant un vendredi, s'arrêta dans une auberge et fit chercher du poisson par son domestique, mais celui-ci n'en pouvant trouver rapporta deux perdrix à son maitre. L'évèque, les ayant payées, ordonna de les faire cuire et de les lui servir. Très étonné, le domestique, qui croyait les réserver pour le dimanche, demanda à l'évèque s'il allait les manger un jour de chair défendue. L"évc(]ue lui répondit : — « Je les mangerai comme si elles étaient poissons. » Le valet fut de plus en plus stupéfait : et l'évèque

1. De episcopo hispauo qui comedit perdices p)-o piscibus. Opéra CCXIV. — Noël I, 22-2; II, 201). — Ri.-.tllhubeb. XCIV, p. 12G. — LisEox, CCXVI, t. II, p. 144. — Les cent nourelles itouvelles, nouv. 99. — J.a métamorphose. — Edit. Garnier. — Beroald DE Vebviixb. Moyeit de parvenir, XXVI. — Edit. Garnier. — Alexandre Dumas : Histoire du moine Goienflo.

ajouta : — ((Ne sais-tu pas que je suis prêtre ? Eh bien ! est-il plus difficile de changer le pain dans le corps du Christ, que des perdreaux en poissons. <( Et, faisant le signe de la croix, il commanda aux perdreaux de se transmuer en poissons.

En cesle facétie il n'y a que l'escuse de l'Evesque qui dist qu'il pouvoyt par paroles faire de chair poisson aussi bien comme il faisoit le pain le corps de Jésus-Christ.

CGXVII

Uun fou qui, dormant avec l'A/'chei'êque de

Cologne, déclara que celui-ci était un

quadrupède '.

Défunt l'archevêque de Cologne avait beaucoup d'affection pour un fou qu'il faisait coucher avec lui ^ Or, une fois que l'archevêque avait une nonne dans son lit, le fou qui était couché aux pieds s'aperçut qu'il y avait plus de jambes qu'à l'ordinaire. Tàtant un pied, il demanda à qui il était. L'archevêque répondit qu'il était à lui,

1. Dr falud ildniiiciilc cuin aixhiepiscopo Colottioiis (jui lU.rit cHin (luadnipcdein. Opéra CCXV. — Nobl I, l'23. — I.i>eux,

(>CXVII, t. II, p. 145. — RiSTELHUBER, XCV,p. IVÎS. — ESTIKNNE.

ApoUxjie pour Ilérodole, ch. 39. — Bonaventure des Périers. Contus, Edit. (larnier.

2. C'était dans les mœurs du temps, le dernier degré de l'amitié. L'Arétin avait une place dans le lit de Jean de Mëdicis, le Grand Diable : LeKcre, t. III. p. \li. iR .

se précipita à la fenêtre, en criant de toutes ses forces : — « Accourez tous vt»ir un phénomène nouveau et extraordinaire : Notre archevêque qu^ est devenu quadrupède ! » Il révéla ainsi la turpitude de son maître.

(lelui qui se plaît dans la société d'un fou est certainement plus fou que lui.

ainsi que le second puis un troisième et même un quatrième. Alors le fou, se levant en toute hâte,

En ceste facétie est montré par expérience (}u il est bien fol et très infâme qui se delect a ung l'ol, car un Fol ne sçait quant il doit parler et souvent accuse ce qu'il doit celer.

Plaisanterie du pape Martin à un ambassadeur importun l .

Un ambassadeur du duc de Milan insistait avec acharnement pour obtenir je ne sais trop quelle concession, dont le pape Martin ne voulait pas entendre parler. Ce très importun ambassadeur harcelait sans cesse le Pontife, il le suivit même un jour jusqu'à sa chambre à coucher. Arrivé là, le Pape, pour échapper à cette obsession, porta la main à sa mâchoire — « Oh! fit il, que j'ai mal aux dents! » et plantant là Fambassadeur, il rentra chez lui.

1. Fncetum Martini Pontificis iii oratorvni tnolest it m. Opéra IIG. — XoEL I, '22 i. — LisEux, t. II, p. 1 i7.

GCXIX

A propos du cardiiifil Angelotlo ' .

Dans un flot de paroles, quelqu'un récriminait contre la vie et le caractère du défunt cardinal Angeletto. Il fut, en effet, rapace, violent, sans conscience. Un des assistants ajouta : — « Je suppose bien que le diable l'a déjà mangé et chié plusieurs fois, à cause de sa scélératesse. » Alors, un plaisant de répliquer : — « Sa chair était si mauvaise, qu'aucun diable, même avec un excellent estomac, n'aura osé le manger de peur d'avoir des vomissements. »

CGXX

Puissance d'un cadeau'^.

Autrefois, vivait à Florence un chevalier que nous avons bien connu; de petite stature, mais portant une barbe assez longue. Certain plaisant se mit à le taquiner chaque fois qu'il le rencontrait, à tourner en dérision l'exiguité de sa taille

1. De (juodam qui danuiabat vilain ca)-iliiialis Àurjelolli. Opéra 217. — \oelI, 2-2i. — Ristelhuiîkk XCVI. p. 129. — Liseux, t. II, p. 14s.

?. De falKO (jiii niililctn l'ioriniliiium inidehat. Opéra 218. — Noël I, 2-2.'). — Liseux, t. H. |). 140.

et la longueur de la l)arbe; il y mit tant d'acharnement que cela devint agaçant. Informée de la chose, la femme du chevalier fit venir notre homme, lui fit accepter un bon repas et de plus un vêtement, en lui recommandant de ne plus molester son. mari à l'avenir. L'homme promit et par la suite, chaque fois qu'il rencontra le chevalier, il ne souffla plus mot. Surpris de ce silence, on voulut le faire parler, on lui demanda pourquoi il ne bavardait pas comme auparavant. Alors, le doigt posé sur les lèvres, il dit : — « On m'a rempli la bouche, afin que je ne puisse plus parler. » Un excellent moyen de se concilier la bienveillance . c'est de donner à manger aux i^ens.

Singulière excuse dune femme stérile^.

La femme d'un seigneur fut répudiée par son mari au bout de quelques années, pour cause de stérilité. Lorsqu'elle fut rentrée à la maison paternelle, son père lui-même, l'abjura en secret, de lui dire pourquoi elle n'avait pas cherché à faire

1. Excusatio slerilitatis filiœ ad patron. Opéra CCXIX. — Noël I, ^M; II, 210.— Guillaume Tardif, XCVIII: L'excuration d'une fille qui ne pouvoit concepvoir enfans, p. 208. — LiSEUx, CCXXI, t. II, p. 150. — Bebblian. Fahrl. L, t. Il — Fabula tacetissima de pulchra Matronâ, p. ll'i. — Hisinires

nn enfant avec son mari ou avec d'autres ? — « Mon père, répondit-elle, je vous jure que ce n'est pas de ma faute, j'ai essayé tous les domestiques, même les valets d'écurie, pour voir si je pourrais concevoir, çà ne m'a servi de rien » . Le père plaignit la malchance de sa fille qui n'était certainement pas stérile par sa faute.

En ceste Facécie est monstre ung ini'onvenient qui peut souvent advenir en mariage, si ce n'est de la grâce des femmes, c'est de engendrer un maulvais héritier ; car pourroil estre de telles femmes que, quant elles verroyent que leurs marys ne leur feroyent des enfans, essayeroyent à en faire par autruy, ainsi que la Damoiselle devant dicte, qui se excusait de stérilité pour avoir essayé à d'autres qu'à son mary.

facétieuses et morales ; « D'une l'emine stérile, pour trop lais.-er cultiver son jardin ».

A ALGIDON

ÊPIGRAMME

Vous êtes rude à votre femme Pour que, sans faire d'enfant, Vous l'ayez eue onze ou douze ans; Mais considérez en voire âme Que c'est le seul destin qui le veut.

Et que pour se rendre léconde Elle fait tout ce qu'elle peut, Et s'en adresse à tout le monde.

N. DE LA Giraldu":ke.

LES F.VCETIKS DK l'0(HiE 273

Eu flagrant délil ^

Lo docteur Giovanni Andréa, de Bologne, d'une renommée très répandue, fut surpris par sa femme pendant qu'il besognait sa servante. La femme, stupéfaite d'une cliose si peu ordinaire de la part de son mari, se tournant vers lui : — « Jean, lui dit-elle, où donc est ta sagesse à cette heure? » Lui, répliqua aussitôt : — « Dans un trou où elle est fort bien à son aise. »

1. Johaïuiis ÀH(lrc(e adulterium deprehenditur. Opéra CCXX. — XoEL, I, 2-27; II, 211. — Liseux, CGXXII, t. II, p. 151. — Es- TiENNB, Apologie pour Hérodote: Ch. 8.

Page 1