‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 91 sur 169 · ES CHEVEUX · texte numérisé non relu

ES CHEVEUX

La jeuQe Alix, ces jours derniers,

Je nu sais par (juelle aventure,

Ayant voulu jouera certain jeu, 11 lui fallut bientôt allonger sa ceinture.

— « Comment, lui dit certain plaisant,

Qui vous a fait si belle affaire;

Et qui diablr! est l'ignorant

Oui n'a pas fait à cet enfant

Tout ce qu'il aurait di'i lui faire. »

Fjt sur-le-ciiamp s'olfrit à le parfaire. — « Non, répondit Alix à cet officieux, Il me faut ouvrier qui travaille des mieux: Vous prenez trop de soin, et cette affaire est nôtre,

Il n'y manque que les cheveux,

Mais sachez que je veux

Qu'on les plante l'un après l'autre. »

GnÉcouRT I Contes).

LES FACETIES DE POGGE 'Zlb

cita même son nom). Pour arriver à ses lins, il demanda au mari d'être le parrain de son premier né. Le Frère qui observait tout chez la jeune femme, découvrit bientôt qu'elle était enceinte ; or, venant la voir en présence de son mari, il lui dit, comme un sorcier qui lit dans l'avenir, qu'elle était grosse et qu'elle enfanterait un être qui lui causerait beaucoup de chagrin. La femme pensant qu'il voulait dire qu'elle aurait une fille répondit : — « Quand bien même ce serait une fille elle sera la bienvenue. » Mais le Frère, prenant un air triste, affirma que la chose était plus grave, tout en refusant d'en dire davantage. La femme, par la suite, le supplia avec instance de lui révéler ce dont elle était menacée, elle le pria même de venir chez elle à linsu de son mari. Enfin, cédant à ses prières, après avoir exigé le secret absolu, il lui révéla qu'elle mettrait au monde un enfant mâle qui n'aurait point de nez, ce qui cause la laideur du visage la plus épouvantable. Terrifiée, la jeune femme demanda s'il n'y avait aucun remède. Le frère affirma que si, mais que pour cela il fallait convenir d'un jour où il pourrait coucher avec elle pour compléter la besogne défectueuse de son mari et ajouter le nez à l'enfant. Bien que la chose lui fut extrêmement pénible, elle s'y résolut cependant dans la crainte d'avoir un enfant difi'orme. Le jour dit, le Frère vint, puis revint plusieurs fois sous prétexte de terminer son ouvrage, et comme la pauvre femme

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subissait Fopération sans broncher, il lui ordonna de se remuer et d'aider i\ la façon, afin que le nez fat très solidement implanté. Finalement, elle accoucha, par hasard, d'un garçon orné dun fort beau nez. La mère en fut émerveillée et le Frère déclara que c'était parce qu'il n'avait pas ménagé sa peine. La femme, alors, mit elle-même son mari au courant de ce qu'elle avait fait pour éviter laflreuse aventure d'un enfant sans nez, le mari approuva tout et se montra très satisfait de la besogne de son compère.

En ceste Facécie est monstre notoirement qu'il est plus de compères que de amys, et que de grant aliance de amitié, qui se faict soubz ombre de quelque compairaige, est aulcune foys cause et couverture de plusieurs grans maulx. Ainsy que le Frère Mineur qui soubz ombre de bonne foy, déçeut la femme en demandant estro compère du pauvre homme, puis soubz ceste conlidence trouva moven de violer sa femme.

D'ail Florentin très Tiieiiteur^ .

Il y avait jadis à Florence un homme si enclin au mensonge, que jamais parole véridique ne sortait de sa bouche. Certain jour, un ami qui

1. De tneiidncissimo l''lorenti)io. Opéra 222. — Noël I, 229; II. 2Ui. — Li.*Eux, t. H, p. l.w. — Lenfant, t. II, CXXXII, p. 264.— BuucHKT : .S'''/r'('S. \>. 450.

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avait été souvent sa victime, le rencontra. Avant qu'il eut desserré les lèvres : — « Tu mens, dit-il. » — « Comment cela se peut-il, répliqua l'autre, je n'ai pas encore parlé. » — « Je m'explique, reprit l'ami, si tu ouvres la bouche, tu vas (lire un mensonge l ».

Comment un jaloux éprouva la vertu de sa femme'^.

Un nommé Jean, habitant la ville de Gubbio, extrêmement jaloux, ne savait quoi imaginer pour savoir si sa femme se livrait à d'autres. Finalement, après avoir mûrement réfléchi, il trouva ce moyen qui ne peut venir que dans l'esprit d'un jaloux : il se châtra lui-même ! afin que si sa femme venait à avoir un enfant, elle ne put nier l'adultère.

1. Le célèbre écrivain Barbey d'Aurevilly disait d'un autre écrivain aussi hâbleur que gourmand : — « Il ne peut pas dire un mot sans dire quatre mensonges. «

2. Zelotyptts quidam se caslraiit ut n.iofis probilalem cognoscerel. Opéra CGXXIII. — Noël, I, p. 230. — Liseux, CCXXV, t. II, p. 156. — EsTiENNE : Apologie pour Hérodote, t. II, ch. 5. — Chyrœvs. Deliciœ poetavaum gevmanorum, épigranima. — BoucHET : Séries, Ill'sérée, p. 358. — Lud. Goicciardini : Fore di recreacione : Spediente mirabile da conoscer se la moglie fà la fuse torte, p. 41.

Réponse aux paroles cV an pi être ' .

Un jour de fête solennelle, au moment de roffertoire, un prêtre florentin recevait, selon l'usage, les offrandes des fidèles. A chacun, il adressait les mots accoutumés : — « 11 vous sera rendu cent pour un et vous posséderez la vie éternelle. » A ces paroles, un vieux gentilhomme qui remettait une pièce blanche, s'écria : — « Qu'on me rembourse seulement le capital (comme on dit vulgairement), je me déclarerai satisfait.

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D'un prêtre qui se trompa en prêchant'^ .

Autre histoire. Un curé prêchait un jour sur le passage de l'Evangile dans lequel il est rapporté que notre Sauveur avait nourri la foule de ses auditeurs avec cinq pains. Par distraction, au lieu de

1. Sacenlos ulferenlibitf; (jiiid dlcciis midircril. Opéra 'l'l'\. — XoelI, 230. — LisEux, t. H, p. 157. — Lknfant, t. II, (1, p. 2i'i.

"2. Saccrdos prœdicavit et in numéro errarit a ceiiliiin » }jr:> « tnillc » dicens. Opéra 225. — Guillaume Tai;dii'' : Du Pre»tre qui en preschant print cinq cens pour cinq mille, C, p. 274. — Noël I, 231; II, 218-219. — Risteluuiiek XCVII, p. 130. — Li- SEUX, t. Il, p. 15«.

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dire cinq mille hommes, il dit cinq cent. De suite son clerc lui fait remarquer à voix basse qu'il se trompe de chiffre, l'Evangile indiquant cinq mille: — « Tais-toi, imbécile, répondit le curé, ils auront bien assez de peine à croire aux cinq cents. »

En cesle Facétie n'y a sinon la joyeuse excuse dudict preslre, que se trouva reprins et dist que à peine le vouldroit croire.

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