‹ Les Facéties de Pogge FlorentinChapitre 96 sur 169 · I.I.S KACKTIKS L»; l'tXU.K 2^<J · texte numérisé non relu

I.I.S KACKTIKS L»; l'tXU.K 2^<J

mes enfants que j'y avais envoyés de Kome, àcausc de la peste, j'entendis une chose J>ien amusante et qui iflérite d'être ra[)[)ortée ici. Peu de jours avant, un moine, de ceux qui vont dans les bourgs voisins prêcher aux paysans, leur promettait ce qu'on appelle un breve^ qu'il leur suffirait de porter au cou pour ne pas mourir do la peste, car on redoutait déjà l'arrivée du fléau. Les paysans, gens simples, séduits par cette promesse achetaient les breve^ le prix qu'ils pouvaient et les sus- [)endaient à leur cou au moyen d'un fil qui n'avait jamais servi. Le Frère avait bien recommandé de ne pas ouvrir les talismans avant quinze jours écoulés, sans quoi ils perdraient tous leur vertu ; puis, il était parti après avoir ramassé pas mal d'argent. Mais la curiosité des hommes est telle, qu'on ne tarda pas à ouvrir les brève sur lesquels on put lire ces vers écrits en langue vulgaire :

Donna, se (ili, e cadeti lo l'uso, Quando te flelti, lien lo ciiJo chiuso,

ce qui veut dire :

Femme, si quand tu files ton fuseau tombe, En te baissant tiens le cul fermé.

Voilà (|ui enfonce toutes les ordonnances des médecins et toutes les droiiues.

CCXXXIY

Bouche qiion aurait dû tenir ferinéeK

Le romain Angelotto, homme bavard et médisant n'éparg'nait personne. Lorsque, par le malheur des temps, je ne veux pas dire par suite de la faiblesse humaine, il eut été élevé au cardinalat, il resta bouche close dans le consistoire secret, pendant quelques instant s. Suivant l'usage, les nouveaux promus se taisent ainsi, jusqu'à ce que le Pontife les ait autorisé à parler. Quelqu'un s'étant informé au cardinal de Saint-Marcel de ce qui s'était passé au Consistoire : — « Nous avons, dit-il, ouvert la bouche à Aneelotto. » — <( Oh! m"écriai-je, il eut été préférable de la lui fermer avec un fort cadenas. »

CGXXXV

Moyen de se procurer un cheval parfait 'K

(Certain gentilhomme du Picentin, pria un jour Uidolfo, de Camerino, dont il a déjà été question,

1. AngeloUi cardinalis os potins daudendum apenebatur. Opéra ^32. — NOBL I, 2'tO. — RlSTtLHUBEU CI, p. 137. LlSKUX,

t. II, p. 171.

2. Èfjuum cxqnisiluiii pxrsInvU Rcdolphus se pctenli. Opéra 223. Noël I, 241. — Liseux. t. II, p. 172.

l.K.S FACK.TIKS DK I>0(;(;k 291

de lui procurei' un iheval. Il le désirait tellement beau et parfait, si exempt de tout défaut, que jamais prince n'a possédé dans son haras semblable merveille. Alors Kidolfo, pour lui complaire, choisit dans son écurie une jument et un étalon (c'est le nom donné), les envoya à son ami, en lui faisant dire que dans Timpossibilité de découvrir un cheval l'éunissant toutes les qualités i voulues, il lui fournissait le moyen d'en faire faire un à son gré. De ce qui précède, nous devons conclure qu'il ne fa ut pas réclamer des choses tellement parfaites, qu'on ne puisse les trouver, ou (•tre obligé de refuser sans impolitesse.

Mol plaisant clans une querelle de femmes \

Une femme de la ville de Rome, que nous avons connue, qui vivait de la prostitution, avait une fille déjà grande et fort belle qu'elle avait consacrée au culte de Vénus. Au cours d'une dispute avec une de ses voisines exerçant le même métier, elles en vinrent aux insultes et aux injures. La voisine, comptant sur la protection de

1. Contenstio mulicnim extorsit dicluni risii po-diiittuni. Opéra C(.ÎXXX1V. — NoKL, I, ■242. — Guillaume Taudu': Le dosbalde deux feinines qui s'évantoyent d'avoir amvs, CIV, p. 28'2. — LiSKUx, CGXXXVl, t. il, p. 17:5. —fi. Bouchet : Sérées, Ill'séréo.

2d2 1-ES FACETIES DE PfHiGE

quelque [»ersoniiage iutluent, adressait à la mère et à la fille les plus terribles menaces. Mais la mère, en tapotant de la main le haut des cuisses de sa iille, s'écria : • — « Que Dieu me garde et protège seulement cola, et je me iiche de tes sottises et de les menaces ! » C'était très bien répondu, car elle se liait dans un magnifique protecteur dont ])caucoup se délectaient.

En ceste Facécie est monstre l'infànie et ordc condition de plusieurs qui se glorilient et ont conlidence de leurs maléfices, ainsi que la vieille qui esloit macquerelle de sa fille, se confidoiten l'ayde des ribaulx qu'elle pouvoit attraii-e, et en signe de ce monstroit les cuisses de sa fille, disant qu'elles luy valloyent un héritag-e.

CGXXXVII

D'il// p/'ri'/'c (jui se Jo/ia d'i//i laie qui voulaif le snrprend/'e *.

Lu prêtre Taisait la méridienne avec la femme d'un paysan. Celui-ci s'était couché sous le lit, [)our les surprendre. Le prêtre ayant peut-être

|. S>ni:vriU)S lauiun ilvhisil se vapere volcitlem. Opcra Cl^XXW.

— XoEL, I, ^i?. — RiSTn:LHOBER,CII, p. 138.— LisEux.CCXXXXI. t. Il, p. IT.'i. — Le Cieiilo NorvKc anlike (1525). — Les ceul Amtlelles iiourelles, nouvelle XIII, édit. Garnier. et La poiro payée, nouv. XLVI, et Seigneur dessus, Seigneur dessous,

— Le Caliinel satirique, t. II, p. 282. — Le Chasse-eiinuij, cent. V. — DOuviLLi: : Coules : D'un valet d'establo. 2° partie, p. 72. — I,\ FoNT.vi.Niî : Coules : Le villageois (jui cJiLTclie .*oii veau, r-ilit. Garnier. — Conoreve ; Works: Tlio iout look-

LES FACETIES DE l'OGi.Y. 2'J3

trop " Ijcsoiuné •> éprouva Cf»inine un vertige, et ne soupçonnant pas le mari caché sous le lit, s'écria : — « Oh ! il me semble voir toute la surface de la terre ». — c Eh ! regarde donc si tu ne vois pas, par hasard, où se trouve mon âne? » sécria le paysan, ne songeant plus qu'à la béte '|u'il avait égarée la veille, oubliant Tin jure présente.

GCXXXVllI

Avcitltire c.rlraordiiKiirc d'un foulon nnghds avec sa feninie^ .

I.oi'sque j "étais en Angleterre, il arriva à un foulon une histoire extrêmement amusante, bonne

iiig fur is lieifur. — The Sprighibj Muse (1770} : The Parson and Maid, or, Collin in the appleiree. — Contes à rire on Récréa- 'ihits fra niaises, II, p. 94. — Roger Bontemps en belle humeur : Histoire de deux amans », p. 380 et « Plaisante rencontre qui arriva à un homme couché avec sa femme », p. 3'.)8; « Larcin d"amour découvert dans un jardin », p. I'i9; « Plaisante rencontre de deux amans qui jouaient au jeu d'amour », p. 378; « Mi&w colloque d'un jeune homme avec la L-mme d'un savetier qu'il entretenait. » — Le Facétieux Réreil-wnlin : « Les deux amans », p. 3i8; « D'un trompeste qui l'ut refusé de loger ;'i son logi.î ordinaire par la maistresse, en l'ahscence de son niarv et de l'aftVont que le trompeste lui fist, p. 2.')!. — Ilislaires l'uriivuses et morales, p. 71. — Conti (la ridere : « Furto d'amor ^coperlo in giardmo », t. Il, p. 21. — GRi';r.ouuT : Contes : « Amant dessus, amant dessous ». — EtRicius Cordis : Delicitr poelarum l'icrmanor : « Tubicen ». — Anonyme : « Tubicen » cité par Noel. — Babei.ianus : FacéthV : « Fabula Brassiconi », p. 168. — .VxoxYME : « Votum Triplex » c'ilè par Noël. — Mercier de ComriÈiiXE : Le rillageois qui cherche son reau.

\. Fiilloni in y\filia accidil resmiiniulfi cum uxorc. Opéra

2'.)i I.KS FACETIES DE l'OdGK

à retenir. Cet homme, qui était marié, avait chez hii bi^aucoup déjeunes gens et de servantes. Parmi ces dernières, il en distingua une tout particulièrement, qui lui parut la plus jolie et la mieux tournée et lui demanda, à maintes reprises, de coucher avec elle. Celle-ci en informa sa maitresse qui lui donna le conseil d'accorder un rendez-vous à certain jour et à une heure déterminée, en un lien obscur et retiré, où la maitresse se rendrait secrètement à la place de sa servante. L'homme vint et besogna avec la femme, qu'il était loin de soupçonner être la sienne. L'affaire faite, en sortant delà chambre il rencontra un de ses plus jeunes ouvriers à qui il conta son histoire en l'engageant à aller, lui aussi, besogner avec la servante. Le jeune homme ne se fit pas prier, et la dame, croyant que c'était encore son mari, se remit, sans rien dire, au travail et ce fut

CCXXXVI. — NoKL : l'iV silii cornua pvoiHoncns, I,. "243. — (iuiLi,.vuA£E Taruii' : D'uiij: l'oullon d'Angleterre qui list chevaucher sa leinme à son varlet, C\, p. 28i. — Ristelhuber, C.III, Les ([uiproquo. p. 130. — Liskux, t. II, p. 170. — ExaiKiiANi» d'Oi.st: l.e Roman du Meunier (/■.l/eiu(xiii°siècl'0,éclit. F. Michel.

— Leurand d'Als^y, t. II, p. 413. — Sacchetti : Norel: nov. CCVl. DoccACE : Décaineron, H° journt?e, nouv. 4, édit. (jarnier.

— Les Cent Nouvelles )iourelles, IX, édit. Garnier. — Mar- GLKUiTE de France : Ileptomeroïi, nouv. VIII. — L. GuicciaruiNi : Dclti c l'alli piaceiioli. — Facétieuses jountées, p. 103

— BoL'CiiET : Sérées, .sérée VIH. — Othon Melaxdri : Joco-seria. p. '?.)S. — Malespixi, 2° partie, novel 06. — Le l'asse-Teiups ;t;j:i'c'able, p. 27. — Amans lieureu.r, II, p. 10. — Piiilipi- Beroai.- Di;s : Dcticiti- poelarunt liai. : '< Leno uxoris inscius » cité par Noël. — La Fontaine: Contes: Le quipi'oquo, liv. •"). conte Vlil, «'ilil. (larnier.

oiicore, pour la troisième fois, do môme, avec un autre ouvrier que ie foulon lui dépêcha de semblable faron. La femme, croyait toujours avoir affaire à son mari, et les ouvriers à la servante. La dame étant sortie de la chambre aussi secrètement qu'elle y était entrée, la nuit suivante fit une scène à son mari qui se montrait si froid envers elle et si ardent avec la servante, que par trois fois, ce même jour, il avait besogné avec elle-même, croyant être avec la dite servante. Le mari ne souffla mot de son erreur, ni du péché de sa femme dont il était seul cause.

En ceste Facécie est monstre que les marys sont atilcunes foys cause de mal que leurs femmes font, ainsi que le FouUon qui, par voulente de corrompre la chambrière, list violer sa femme à ses deux varlets.

GGXXXIX

Une confession à la façon toscane d' ahorcf puis sans fard'.

In individu qui n'avait pas respecté la pudeur (le sa sœur, vint à Rome pour se confesser de ce crime, auprès d'un confesseur qui parlait Toscan. Etant allé trouver celui qu'on lui indiqua, il lui demanda, tout d'abord, s'il entendait bien le

1. Coiifessio lusca et postea hnisca. Opéra CCXXXVil. — Noël, 1, •24.-). — LisEux, (:<:xxxix, t. IT, p. I?."^.

i'jG LES FAl.ÉTir.S l>K l'OGGE

Toscan. Le prêtre répondit afliriuativemeiit et notre homme lui dit. après beaucoup d'autres fautes, qu'étant un jour seul dans une chaml)re avec sa sœur, son arc étant bandé, il lui décocha une flèche. — <- Quel crime ! s'écria alors le confesseur, avez-vous tué votre sœur? — Point du tout, répliqua le pénitent, vous n'entendez donc pas le Toscan? » — Si, parfaitement, puisque je suis du pays ; ne m'avez-vous pas dit que votre arc étant bandé, vous aviez décoché une flèche sur A^otre sœur. — Ce n'est i)as ce que je veux dire, mais bien que j'ai bandé mon arc, que j'y ai mis une flèche et que je l'ai décochée sur ma sœur. — Lavez-vous blessée à la figure ou à un endroit quelconque de son corps? — Oh ! vous n'entendez rien au Toscan. — J'ai parfaitement compris vos paroles, mais il se pourrait bien que ce fut vous qui ne sachiez pas le Toscan, fit le prêtre. — Je ne dis pas, reprit le pénitent, que j'ai blessé ma sœur, mais que mon arc étant bandé, je lui ai décoché un trait ». Le confesseur faisant toujours semblant de ne pas comprendre, le pénitent persistait à dire qu'il n'entendait pas le Toscan et continuait à parler de son arc et de sa llèche. — « Si vous n'employez d'autres expressions, insista le prêtre, je ne saur;ii jamais ce que vous voulez dire » . L'autre, alors. qui avait tergiversé, retenu par la pudeur, dit carrément, en termes vulgaires, qui! avait abusé de sa sœur. — « Je comj)rends parfaitement, maintenant, (jue vous parlez toscan

T.KS FACETIKS DK 1'U(,(;K 297

à un Toscan; » s'exclama le prêtre ; il lui imposa une pénitence pour son aberration et Thomme s'en alla. On ne doit pas se montrer si [)udibond on paroles, quand on a été si impudique et si scélérat dans ses actes,

Comhal entre des pies et des geais '.

Dans le cours de la présente année 14ol, au mois ^ d'avril, ua fait extraordinaire arriva aux extrémités de la Gaule, dans la contrée qu'on nomme actuellement la Bretagne. Des pies et des geais, s'étant rangés en bataille dans les airs, poussèrent des cris perçants et se livrèrent, tout le long du jour, un combat acharné. Les geais remportèrent la victoire, la terre fut jonchée des corps des combattants, on trouva deux mille geais et quatre mille pies. Gomment doit-on interpréter ce prodige? L'avenir le dira.

CGXLI

Bon mot de Francisco sur les fils des (Jéiiois'-.

In négociant Florentin, Francisco de Quarli, qui habitait Gênes avec sa femme et sa famille,

1. De prwlia picarnm et qraculannn. Opéra 238. — Noël. I, •2i(i: LisEux, t. II, p. 181.

'2. Faceliim dictum Fraucisci Gemtensiinu /i/îV''.<;.Oi)oraGCXXXIX.

avait des enfants malingres et chétifs tandis que les Génois ont ordinairement des enfants sains et robustes. Quelqu'un ayant demandé à Francisco pourquoi ses enfants étaient ainsi débilles et rachitiques et que ceux des Génois étaient tout le contraire, il répondit : « La chose est fort simple. C'est que je suis seul à les faire, je crois, tandis que pour les vôtres vous vous y mettez à plusieurs. » C'est la vérité, car les Génois ne sont pas plutôt mariés qu'ils vont, pendant de longues années, naviguer sur mer. laissant leurs épouses à la garde des autres, comme ils disent.

En cesle Facécie est seullement monstre comme joyeusement le Florentin, se farsa desditz Gennevoys, qui dcmandoyent pourquoy sesenfans estoyent si maigres.

Geste significatif mais grossier (l'un Florentin ^

L'n de mes amis raconta en pleine société (|u'uu Florentin, qu'il connaissait, avait une très jolie femme (|ue suivaient beaucoup de galants dont quel([ues-uns lui donnèrent àas sérénades (comme

— Noël, I, 248. — Ouillau-mk Tardif: (TVI. p. -im. ~ Liseux. v'il, t. II, p. 1X2.

1. De facto mjuxdnm Flnrcntiui, juslo sed brulo. Opci-a CCXL.

— XoEL, 1, 247. — LisKux, CCXLII, t. 11, p. 183. — .Vnonyme : (hauialio, vers lalins cités par No('I, p. 2.Î2.

ils disent) ordinairement la nuit, à la lueur des torches , selon l'habitude et , dans la rue , en face sa maison. Le mari, qui était un farceur, réveillé une nuit par les trompettes, sortit de son lit et vint à la fenêtre avec sa femme ; en voyant la troupe bruyante et folâtre, il cria d'une voix forte aux assistants de re£;arder un peu de son côté. A ces mots, tous les yeux se fixèrent vers lui, alors exhibant hors de la fenêtre un superbe Priape dont il était muni, il dit aux gens qu'il pensait que désormais, ils comprendraient l'inutilité de leurs instances, puisqu'ils pouvaient constater que luimême possédait, pour satisfaire sa femme, beaucoup mieux que pas un d'eux tous et que, par conséquent, il espérait qu'on lui éviterait, à l'avenir, de pareils ennuis. Ces paroles facétieuses firent, en effet, cesser ces vaines poursuites.

GCXLIII

Drôle (le demaiulc d'un vieillard impuissant^ .

Une autre personne de la même société nous conta une semblable histoire d'un Florentin, son voisin, qui, quoique fort âgé, avait épousé une

1 . Facela pelitiu si'iii:i lahori'ni copulir nnn polciilis. Opéra CGXLl . — Noël, t. I, liO. — Guillaume Tardif, CVII. Du viel homme ijui se efforçoit do habiter sa femme, de })aour qu'on ne luy habitast, p. 289. — Lisedx, GCXLIII. t. 11. p. 18.j.

300 LES lACETILS ]>E l'OGGE

jeune femme dont Ricardo deiili All)erti, jeune homme noble et beau, devint amoureux, et il lui fit donner en pleine rue, comme le précédent, des sérénades par des musiciens et des chanteurs qui vinrent souvent au milieu de la nuit interrompre le sommeil du bonhomme. A la fin, celui-ci alla trouver le père de Ricardo, après un long préambule dans lequel il lui rappela leur vieille amitié et les ser^dces qu'ils s'étaient mutuellement rendus, il finit par lui dire qu'il ne voyait i)as pourquoi son fils voulait l'assassiner. A ces mots, le père, stupéfait et bouleversé, s'écria qu'il saurait bien empêcher lui tel crime et demanda, en même temps, qu'on lui expliqua comment son fils pouvait comploter un ]»areil dessein. Le bonhomme lui dit : « Votre fils est fort amoureux de ma femme, souvent il vient nous réveiller, elle et moi, avec des flûtes et autres instruments; une fois éveillé, pour empêcher ma femme de porter ses idées ailleurs, je me vois oblii;é de besogner plus que mes forces me le permettent. Cela arrive par trop souvent et je ne puis suffire à la besogne, or si votre fils ne cesse son ridicule manège, les veilles qu'il m'impose causeront fatalement ma mort ». Le père enjoignit à Ricardo de cesser sa plaisanterie, et le bonhomme ne fut plus jamais tracassé.

En (;este Facécie, n'y a point que ung- bon mot; c'est que le vieillard accuse l'aultre de le voulloir tuer parlant que à l'appétit de ses réveils il luy fait faire plus que sa puissance et dont il se passerait bien.

LI'.S lACÉriKS I>E l'OGGE 301

Amusante moquerie des Vénitiens par une courtisane"^ .

Lorsque j'étais aux bains de Petriolo, un docte personnage me raconta un mot plaisant d'une courtisane, qu'il faut que j'inscrive parmi les anecdotes de notre société.

« Il y avait à Venise, me dit-il. une putain chez laquelle venaient des gens des nations les plus diverses; un jour, on lui demanda de quel pays étaient les honmies qui lui paraissaient le mieux montés. La femme répondit que c'étaient les Vénitiens. Gomme on lui en demandait la raison, elle dit : « C'est parce que, même lorsqu'ils sont en pays lointains , voire au-delà de la mer , ils visitent leurs femmes et leur font des enfants. » Elle se moquait ainsi des Vénitiennes que leurs maris, en voyageant, abandonnent aux attentions des autres.

1, Faceliiiii iHclutii )nerelricis adjocans Veuelts. Opéra CCXLII. — Noël : Quœ gens mentulaliar? I, p. 260 — Liseux, CCXLIV, p. 187. — Bebelianus : Faceliœ : Da parto adulterïe cujusdam mulieris, liv. I[, p. 106. — Roger Bonlemps en belle humeur. — Subtile response d'une femme à une sage-femme, p. 208. — Gausard: Contes dans les Bigarrures de T. des Accords.

D'un igiioi-fint ([ul confondit des savants^.

Des Religieux s'entretenant de l'âge et des travaux de Notre Sauveur, disaient qu'il commença sa prédication aprèsavoir atteint l'âge de trente ans. Un homme aljsolument illettré qui se trouvait dans l'assistance leur demanda, s'ils savaient ce que Jésus avait fait imuKkliatement après avoir atteint sa trentième année . Les Religieux indécis , émettaient des avis divers. — « Avec toute votre science, reprit l'ignorant, vous ne découvrez pas une chose bien facile à, savoir. » — (c Qu'a-t-il donc fait. » — « Il est entré de suite dans sa trenle-et-unième année. » On se mit à rire, et de l'avis de tous, la plaisanterie fut trouvée excellente.

GCXLVI

Réponse maligne, ii un marchand ciui accusait les au 1res de folie'^.

(Jarlo (ierio, de Florence, un de ces banquiers

1. Faivlmii (lictitiii iiiditcli duclioirs lonfuiKleiia. Opéra ^'i3. — XoEL I, 250; ]l, 2.JÔ-2J(i. — Liseux, t. II, p. 188. — B. de la MoNNOYLf. Epiq. « Problema ». — Ilisloirc facétieuses ci morales : « D'un paysan et de quelques prêtres. »

2. Salsnni Itoininis (lirlii)i) contra niercatorem aiins accusanleiti. 0|)era 2'i'i. — Xoei. I, 2".]. — Liseix. t. If. p. 190.

LES F.Vi.ÉTlKS DE l'OGGE ."^Oo

à l<( suite (le la Curie romaine, s'était rendu à Avignon, comme font les négociants qui trafiquent dans différentes contrées. A son retour à Rome, on s'enquit dans un repas intime du genre de vie que les Florentins menaient à Avignon. — « Tous sont satisfaits et dune gaieté extravagante », répondit-il, « il leur suffît d'habiter cette ville un an pour devenir fous. ■> Un des convives, Aldigherio, très ami de la plaisanterie, s'informa alors de la durée de son séjour. — «. Je suis resté six mois seulement » . répondit Carlo. — <( Tu as alors l'esprit bien faible, reprit Aldigherio, puisqu'il faut une année aux autres et <]ae six mois t'ont suffi? » Ce mot piquant nous fit tous sourire.

J{é/>oiise d'une femme à un jeune homme éperduement amoureux d'elle^

Ln jeune Florentin était éperdument épris d'une dame noble et sage; souvent, il la poursuivait dans les églises et même ailleurs. Il épiait, disîiit-il à ses amis, le moment favorable où il pourrait lui faire entendre quelques mots qu'il ■ivait préparés avec soin et appris par cœur. Un jour de fête, la dame étant venue à l'église Sainte-

1. liellum iiiulh'i-is lespoiisuni ad jHveiiem siioainnre llniiiiuilcin. Opéra '2V<. — Xoei. I, 2ô'i.

;iU4 LES FACÉTIES ]\¥. l'OCi.E

Lucie, se dirigeait seule vers le bénitier, lorsqu'un des amis du jeune homme lui dit que l'occasion était très favorable pour parler. L'amoureux, tout ému, perdit son SMUg-froid au point que son ami fut obligé de le pousser et de le contraindre à s'approcher. Arrivé près de la dame, la mémoire lui faisant défaut, il oublia son compliment et resta bouche close. L'ami insistait pour (jii'il i)rononçât un mot: — « Madame, s'efTorça-t-ildedire alors, je suis votre serviteur ». Et la dame de répondre immédiatement avec un sourire : — « Je n'ai besoin d'aucun nouveau serviteur, car j'en ai assez, trop môme, chez moi pour balayer la maison et laver la vaisselle. » On a ri de la sottise du pauvre garçon et on loua la verte réponse (pi'il s'était attirée.

GCXLVni

Contre les vantards^.

C'était à l'époque ou l'empereur Frédéric ((jui moui'ut à Buonconvento ^, ville du territoire de Sienne 1, vint établir son camp à deux mille de Flo-

1. De iiohili fj)iodam teiiiporc l'iich/rici inipei-atnris tu a)niis pnrsuiiicidi, sed nil facicnti. Opéra '^'iG. — Noël I, 200; II. '25(). — RiSTELHi'iîKR CIV, p. l'il. — LisEux, t. Il, p. 193. — Fahulœ .lisopicw, Camerarii : De (Jloriose in iprnaria lîellatore, p. 170.

2. Petite place sur l'Ombrone à quinze millos de Sienne, sur l.» route de Sienne à Rome, doni il est question dans les Vom-

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