ORPHISE, ALCIDOR, ERASTE, LA MONTAGNE
ERASTE
MAis voy-ie pasOrphise? ouy c-est elle, qui vient. Ou va-t-elle si viste, et quel homme la tient?
// la salué comme elle passe, et elle en passant détourne la teste,
Quoy me voir en ces lieux deuant elle paroistre, Et passer en feignant de ne pas me connoistre! Q.ue croire! qu'en dis-tu? parle donc, si tu veux.
LA MONTAGNE
Monsieur, le ne dis rien de peur d'estre fâcheux.
ERASTE
Et c*est Pestre en effet que de ne me rien dire Dans les extremitez dVn si cruel martyre.
Fais donc quelque responce à mon cœur abbatu : Que dois-ie présumer? parle, qu'en penses-tu r Dy-moy ton sentiment.
LA MONTAGNE
Monsieur, ie veux me taire^ Et ne désire point trancher du nécessaire.
ERASTE
Peste rimpertinentl va-t*en suiure leurs pas; Voy ce qu'ils deuiendront, et ne les quitte pas.
LA MONTAGNE reuenant.
Il faut suiure de loin ?
ERASTE
Ouy.
LA MONTAGNE reuenant.
Sans que Ton me voye.
Ou faire aucun semblant qu'après eux on m'enuoye.
ERASTE
Non, tu feras bien mieux de leur donner auis, Que par mon ordre exprés ils sont de toy suiuis.
LA MONTAGNE reuenant.
Vous trouueray-ie icy?
ERASTE
Que le Ciel te confonde
28 LES FASGHEVX,
Homme, à mon sentiment, le plus fâcheux du monde.
La Montagne s* en va.
Ah ! que ie sens de trouble, et qu'il m'eust esté doux, Qu'on me l'eust fait manquer^ ce fatal rendez-vous, le pensoîs y trouuer toutes choses propices; Et mes yeux pour mon cœur y trouuent des suplices.