‹ Les fâcheuxChapitre 21 sur 31 · DORANTE, ERASTE · texte numérisé non relu

DORANTE, ERASTE

DORANTE

A Marquis que ron voit de Fascheux tous les îours, Venir de nos plaisirs interrompre le cours !

Tu me vois enragé dVne assez belle chasse, (lu'vn fat... C'est vn récit quMl faut que le te fasse.

ERASTE

le cherche icy quelquVn, et ne puis m'arrester.

DORANTE le retenant.

Parbleu chemin faisant ie te le veux conter.

Nous estions vne troupe, assez bien assortie,

Qui pour courir vn Cerfauions hier fait partie;

Et nous fusmes coucher sur le pays exprés.

C'est à dire, mon cher, en fin fond de forets.

Comme cet exercice est mon plaisir suprême,

le voulus, pour bien faire, aller au bois moy-mesme;

Et nous conclusmes tous d'attacher nos efforts.

Sur vn Cerf, qu'vn chacun nous disoit Cerf-dix-cors;

Maismoy, moniugement, sans qu'aux marques i'arreste^

Fut qu'il n'estoit que Cerf à sa seconde teste.

Nous auions, comme il faut, séparé nos relais. Et des)eunions en haste, auec quelques œufs frais ; Lors qu'vn franc Campagnard, auec longue rapière, Montant superbement sa lument poulinière, Qu'il honoroit du nom de sa bonne lument, S^en est venu nous faire yn mauuais compliment, Nous présentant aussi, pour surcroist de colère, Vn grand benest de fils, aussi sot que son père. Il s'est dit grand Chasseur, et nous a priés tous, Qu'il pust auoir le bien de courir auec nous. Dieu preserue, en chassant, toute sage personne, D'vn porteur de huchet, qui mal à propos sonne ; De ces gens, qui suiuis de dix Houret^ galeux Disent ma meute, et font les chasseurs merueiileux. Sa demande receué, et ses vertus prisées, Nous auons esté tous frapper à nos brisées.

A trois longueurs de trait, tayaut ; voila d'abord Le Cerf donné aux chiens. Tappuye, et sonne fort. Mon Cerf débuche, et passe vne assez longue pleine. Et mes chiens après luy; mais si bien en haleine, Qu'on les auroit couuerts tous d'vn seul iuste-au-corps Il vient à la Forest. Nous luy donnons à lors La vieille meute ; et moy, ie prens en diligence Mon Cheual AUezan. Tu l'as veu?

ERASTE

Non ie pense.

DORANTE

Comment? c'est vn Cheual aussi bon qu'il est beau, Et que ces iours passez, i'achetay de Gaueau*.

* Marchand de Chenaux célèbre à la Cour,

le te laisse à penser, si, sur cette matière,

56 LES FASCHEVX,

Il voudroit me tromper, ]uy qui me considère : Aussi ie m*en contente, et iamais, en effet, Il n*a vendu Cheual, ny meilleur, ny mieux fait. Vne teste de Barbe, auec TEstoile nette; L'encolure dVn Signe, effilée, et bien droite; Point d'espaules non plus qu'vn Lièvre; court-iointé, Et qui fait dans son port voir sa viuacité.

Des piez, morbleu, des piezl le rein double : à vray dire, l'ay trouué le moyen, moy seul, de le réduire. Et sur 1 uy , quoy qu'auxyeux il montrast beau semblant, Petit lean de Gaueau ne montoit qu'en tremblant. Vne croupe, en largeur, à nulle autre pareille; Et des gigots, Dieu sçait ! bref c'est vne merueille, Et l'en ay refusé cent pistoles, croy moy.

Au retour dVn cheual amené pour le Roy.

le monte donc dessus, et ma ioye estott pleine, De voir filer de loin les coupeurs dans la plaine; le pousse, et ie me trouue en vn fort à l'escart, A la queu6 de nos chiens moy seul auec Drecar*.

* Piqueur renommé,

Vne heure là dedans nostre Cerf se fait battre.

Tappuye alors mes chiens, et fais le diable à quatre :

Enfin iamais Chasseur ne sévit plus joyeux;

le le relance seul, et tout alloit des mieux;

Lors que d'vn ieune Cerf s accompagne le nostre,

Vne part de mes chiens se sépare de l'autre.

Et ie les voy, Marquis, comme tu peux penser.

Chasser tous auec crainte, et finaut balancer.

Il se rabat soudain, dont i'eus l'ame rauie;

Il empaume la voye, et moy ie sonne et crie,

A finaut, à finaut : i'en reuois à plaisir.

Sur vne taupinière, et ressonne à loisir.

Quelques chiens reuenoient à moy, quand pour disgrâce,

Le ieune Cerf, Marquis, à mon Campagnard passe.

Mon étourdy se met à sonner comme il faut,

Et crie à pleine voix, tayaut, tayaut, tayaut. Mes chiens me quittent tous, et vont à ma pécore , Ty pousse et i*en reuois dans le chemin encore; Mais à terre, mon cher, ie n'eus pas ietté l'œil, Que ie connus le change, et sentis vn grand dueil. Pay beau luy faire voir toutes les différences, Des pinces de mon Cerf, et de ses connoissances; Il me soustient tousiours, en Chasseur ignorant. Que c'est le Cerf de meute, et par ce différent Il donne temps aux chiens d'aller loin : l'en enrage. Et pestant de bon cœur contre le personnage, le pousse mon cheual, et par haut, et par bas, Qui plioit des gaulis aussi gros que les bras : le ramené les chiens à ma première voye.

Qui vont, en me donnant vne excessive ioye, Requérir nostre Cerf, comme s'ils l'eussent veu : Ils le relancent ; mais, ce coup est-il preueu ? A te dire le vray, cher Marquis, il m'assomme. Nostre Cerf relancé va passer à nostre homme, Qui croyant faire vn trait de Chasseur fort vanté, D'vn pistolet d'arçon qu'il auoit apporté, Luy donne iustement au milieu de la teste, Et de fort loin me crie, ah! i'ay mis bas la beste. A-t'on iamais parlé de pistolets, bon Dieu!

Pour courre vn Cerf? pour moy venant dessus le lieu, I'ay trouué l'action tellement hors d'vsage, Que i'ai donné des deux à mon cheual, de rage. Et m'en suis reuenu chez moy tousiours courant, Sans vouloir dire vn mot à ce sot ignorant.

ERASTE

Tu ne pouuois mieux fiaire, et ta prudence est rare : C'est ainsi, des Fascheux, qu'il faut qu'on se sépare; Adieu.

58 LES FASCHEVX,

DORANTE

Quand tu voudras, noua irons quelque part, Oîi noua ne craindrons point de chasaeur Campagnard .

ERASTE

Fort bien, le croy qu'enfin ie perdray patience. Cherchons à m'excuser auec diligence.

Fin du deuxiesme Acte.

BALLET Du second Acte.

PREMIERE ENTREE

DES loueurs de Boule Varr estent pour mesurer vn coup, dont ils sont en dispute. Il se défait d*eux auec peine, et leur laisse dancer vn pas^ composé de toutes les postures qui sont ordinaires a ce leu,

DEVXIESME ENTREE.

De petits Frondeurs les viennent interrompre qui sont chasse^ en suite,

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