‹ Les facteurs d'instruments de musique: les luthiers et la factureChapitre 31 sur 86 · JOMELLI · texte numérisé non relu

JOMELLI

Ce haut témoignage nous dispense d'insister sur les qualités de cet habile artisan dont un superbe violon, fait à Orléans en 1772, enrichit le musée du Conservatoire (n° 19). Il mourut en 1804, à Paris, où il avait suivi son fils Nicolas en 1794.

Ce dernier, le plus habile de son temps et le chef incontesté de l'école française actuelle, vin t au monde à Stuttgard en 1758, peu après l'arrivée de son père en cette ville. Sous la direction paternelle et après une étude approfondie de la lutherie itahenne, il parvint à construire des instruments pouvant rivaliser avec les meilleurs- produits de ce pays et par conséquent bien au-dessus do ceux de ses prédécesseurs. Malgré son éloignemenlde la capitale, il y fut bientôt connu et Pique, qui s'était acquis une bonne réputation, lui fit faire un certain nombre de violons en blanc qu'il ne pouvait exécuter lui-même, moyen nant le prix dt* 30 livres pour la façon*. Nous donnerons plus loin copie de la correspondance échangée à ce sujet entre les deux luthiers. C'est probablement ce qui décida N. Lupot à quitter Orléans. Bien que fixé à Paris depuis 1794, il ne fonda sa maison

* Ce prix était assez élevé. J.-B. Vuillaume ne donnait guère plus tard, que de i5 à 20 fr. pour la façon d'un violon ; aujourd'hui elle se paie de 40 à 5o fr.

qu'en 1798, rue de Grammont, qu'il transféra en 1806, rue Croix des Petits-Champs. C'est à partir de ce moment qu'il excella dans la construction de ses instruments : tandis que les violons faits antérieurement se payent aujourd'hui 5 à 600 francs, ceux qu'il fit de 1805 jusqu'à sa mort survenue le 13 août 1824, valent de 12 à 1500 francs. Ces produits sont les plus parfaits de la lutherie française ; N. Lupot prit Stradivarius pour modèle et l'imita sans le copier, ce qui donne à ses instruments une originalité propre. En 181 ^, Lupot était nommé luthier de la chapelle royale et en 18 16, de l'Ecole royale ; déjà il avait fourni, sur la demande de Gaviniés, les violons distribués en prix aux élèves du Conservatoire. En 1823 il fut chargé de remplacer les anciens instruments de la chapelle royale, mais il neput achever cette lâche, quiincomba à son élève et gendre Ch.-F. Gand. C'est à N. Lupot que l'abbé Sibire doit les éléments de son ouvrage La Chelomonie ou le par fait luthier (1806). Son frère François Lupot, né à Orléans en 1794, se consacra exclusivement à la fabrication des archets ety excella. C'est lui qui imagina d'ajouter à la hausse, la doublure en métal appelée coulisse. Il est mort à Paris le 4 février 1837 laissant à D. Peccate, le fonds qu'il avait fondée en 181 5.

Depuis le Livre commode paru en 1692, aucun autre ouvrage du même genre, n'a donné de liste de facteurs. Il nous faut arriver à 1769 pour trouver V Essai sur Valmanach général d'indications ^d'adresses personnelles et domicile fixe des six corps marchands et arts et métiers^ qui ne contient qu'un bien

petit nombre de membres de là corporation. Dans la statistique qui termine notre chapitre II, Ton a vu que,d*après cetalmanach,il en en est mentionné 39, chiffre bien au-dessous de la réalité, si l'on récapitule les noms que nous avons enregistrés jusqu'ici. Des dix luthiers qu'il signale, ont été cités précédemment : B. Fleury, Guersan, les deux Louvet, Luzzi, Salomon; il ne reste donc à mettre ici que Levalois, rue de la Calandre (instruments de toutes espèces), Lejeune, rue du Marché-Palu et Gousinean, rue des Poulies. Ce dernier, si Ton s'en rapporte à Fétis, serait Pierre-Joseph, né vers 1753, ce qui l'aurait mis à la tête d'un magasin à l'âge de 16 ans. Une telle précocité est faite pour nous laisser sceptique, d'autant plus que nous savons qu'en cette même année 1769, il y avait pour juré-comptable, un nommé Ge«irges CousiNEAu. La spécialité de ce facteur était la harpe et la guitare, mais il vendait instruments et œuvres musicales, témoin cette étiquette collée à l'intérieur d'une contrebasse à 3 cordes actuellement au Conservatoire :

Rue des Poulies, vis-à-vis la colonade du Louvre, à la Victoire. Cousine au, luthier, fait et vend harpes, lyres, violons, violoncelles, contrebasses, pardessus de viole, alto-viola, guitares, violes d'amour, mandolines, sistres et autres instruments de musique. Il vend aussi des cordes de Naples et tient magasin de musique française et italienne. Son épouse grave la musique S

En 1775. GousiNEAu s'adjoignit son fils Jacques-

* Nous avons vu un alto de Cousineau marqué au feu.

Georges, né le 13 janvier 1760 {VAlmanach musicil de 1775 porte : Cousineau fils chez son père), lequel entra le i®'" avril 1776, en qualité de harpiste, à Torchçstre de l'Opéra^ qu'il quitta définitivement le l'"'" janvier 181 1 ; il secondait son père et s'occupait des accords de pianos ; nous le retrouverons au chapitre suivant, quand il lui aura succédé. En 1772, Cou iNEAu père joignit à son commerce de musiques et d'instruments, la vente des pianos anglais, ce qu'il faisait savoir dans les papiers publics, par des avis comme ceux-ci : c le s"" Cousîneau vient de recevoir àe^ piano forte d'Angleterre des meilleurs facteurs » ou « il vient d'arriver de Londres au s"* Cousineau des piano- forte à ravalement. » Les harpes Cousineau avaient en général un beau son mais on leur reprochait la faiblesse de la table et la fragilité de la mécanique, occasionnant de fréquentes réparations qui mettaient bientôt l'instrument hors de service. En 1 781, il voulut donner à la harpe, la facilité de produire les ré, sol, do et fa h et les ré, la et si dièses, par l'adjonction d'un second rang de pédales, ce qui en portait le nombre à 14 et procurait 21 demi-tons, résultat que Séb. Erard devait obtenir plus pratiquement quelque temps après, par le double mouvement des sept pédales ordinaires. Cousineau inventa aussi un système d'échos qui alourdissait inutilement la harpe, l'effet ne compensant pas l'inconvénient qui en résultait.

Henocq, dont, le Conservatoire possède un beau cistre daté de 1769 (n° 256) a été omis dans l'aima nach précité. Jean Henocq fut comptable en 1773 et

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eux. Pascal-Joseph Taskin, néàTheux, en 172 j, décédé à Paris en 1795. Elève et successeur de F.-E. Blanchet, Taskfn hérita de ses précieuses qualités. En 1768, il avait réussi à corriger la sécheresse et la monotonie du clavecin en substituant aux plumes, des morceaux debuffle; les sons devenaient ainsi à volonté plus doux ou plus forts, à l'aide d*un mécanisme relié au 4® rang de sautereaux* . Taskim fut comptable en 1775 et garde des instruments du roi de 178 1 à 1790. Il inventa en cette année un nouvel instrument appelé Armandine^, sorte de harpepsaltérion que l'on peut voir au Conservatoire (n** 312). Après lui, vient Balthazar Peronard (1760-89) qui adapta au clavecin, vers 1780, une pédale actionnant un jeu de basses par laquelle on obtenait « des sons de contrebasse très beaux )^. Il fit aussi l'application du double fond avec cordes frappées par des marteaux mus par des pédales (EncycLméthAe Framery, p. 287). Un clavecin de 1777 et deux forte-piano de 1771 et 1777 étaient au nombre des instruments réunis par Bruni. Naderman figure audit almanach

instruments à archet et qu'il fut juré-comptable en 1760; il le confond avec Jean-Baptiste que nous avons précédemment cité.

* Voir à ce sujet la lettre de Thouffaut dans le Journal de mvsique de 1773, n* j, p. 10. D'laine, maître de vielle, ayant fait des essais en remplaçant les plumes par du cuir préparé spécialement, revendiqua, dans ^/lvan^CoMre^<rde 1771, no 36, l'invention que Taskin s'appropriait en employant le buffle au lieu du cuir.

* Le DicUunnaire des instruments de musique^ de A. Jacquot, donne, par erreur, la date de 1723 comme celle de l'invention de Tarmandine,

comme facteur de harpes de toutes sortes (rue du Chantre St- Honoré). Jean-Henri Naderman fut comptable en 1774-7"), syndic en 1776, et habita jusqu'en Tan VII, rue d'Argenteuil. A sa mort, sa veuve lui succéda avec ses fils : en Tan VIII, la maison est indiquée « Veuve Naderman et fils : rue de la Loi » . Parmi les magnifiques instruments sortis de Tatelier de Naderman, il convient de citer la harpe faite en 1 780, pour la reine Marie-Antoinette, une des plus belles pièces du musée du Conservatoire (n® 293). Les harpes de ce facteur avaient la table forte et solide, elles étaient considérées comme les meilleures; il leur ajouta un mécanisme propre à produire les sons harmoniques annoncé dans le Mercuredu. 24 mai 1780. C'est Naderman qui construisit le bissex, sorte de luth à 12 cordes inventé en 1773 par Van Hecke.

Au dire de M'"^ de Genlis [Nouv. rnéth. de harpe, 1805), ce serait un nommé Gaiffre qui aurait eu ridée d'adapter des pédales à la harpe, vers 1745, (d'autres attribuent cette invention à l'allemand Hochbrucker), mais, que ne se doutant pas du parti que l'on pouvait en tirer, il s'occupa plus de donner des leçons, que de chercher à exploiter son invention ; de sorte que 1 5 ans après, il n'avait encore fait que 4 ou 5 instruments de ce système, vendus 20 et 25 louis Durant cette période, la harpe un moment délaissée, revint à la mode. Profitant de l'engouement, Louvet et surtout Salomon (Jean Baptiste?) conslrnisirent une grande quantité d'instruments, en copiant le mécanisme de Gaiffre, qui laissa faire sans élever de revendication, se rejouissant même

des succès prodigieux qu'obtenaient ses rivaux, sans songer un instant que c'était à son détriment. Gaiffre jeune essaya bien de fabriquer à son tour, mais sans argent et sans un nombre suffisant d'ouvriers, il ne réussit point. Salomon apporta ensuite quelques modifications à la construction de l'instrument ; il le rendit plus sonore en augmentant sa grandeur et sa grosseur, puis il eut l'idée de le faire dorer. L'effet ne manqua pas. Jusque-là, petite et de couleur brune, la harpe, grandie et relevée par réclaî des dorures, eut un prestige auquel on ne résista pas et Salomon en vendit beaucoup à 50 et 60 louis, le double de ce que demandait Gaiffre aupa ravant. Les harpes de Salomon étaient avec celles de Naderman, les meilleures de l'époque, elles avaient l'avantage de gagner en vieillissant.

Du même Essai d'almanach de 1 769, nous extrayons quelques autres noms de facteurs d'orgues : Henri Joubert auquel sa femme succéda vers 1775, et qui faisait spécialement les vielles organisées, orgues à buffet et à manivelle (1777) ; Pierre Larue, comptable en 1767, qui habita jusqu'en 1785 Cimetière St-Jean et fut, en 1788-89, rue du Pourtoir St-Gervais ; Adrien Lépine (1767-79. rue Neuve-St-Lau rent), né à Pézenas, constructeur d'un grand nombre d'instruments dans la région, choisi pour ajouter un jeu de bombarde a l'orgue de la cathédrale de Nantes en 1767; inventeur d'un système de fortepiano, organisé ayant la propriété d'enfler et de diminuer les sons sur le jeu de flûtes comme sur les

cordes, soumis à rAcadéraie des sciences en 1772 (t. I, p. 109); Simon-Pierre Mioque, duqufel on cite l'orgue de la calhédr.ile d'Angoulème, construit de 1780 à 1786, moyennant 15,462 livres.

En province existaient à l'époque : Aimé-Joseph Carlier, à qui l'on doit un grand nombre d'orgues du nord de la France (1768- 1808) ; Jean-Pierre Gavaillé, né vers 1740, fit entre autres, les orgues de Perpignan (1760), de Ste Catherine à Barcelone (1762), Toulouse (1770) et retourna, lors de la Révolution, en EspMgne où il mourut au commencement du xfx" siècle : Antoine de Rouen chargé de diverses réparations à l'orgue de Noire-Dame de la Couture, à Bernay (1769-91) et qui fournit un jeu de (le « cleron », à S'e-Croix de la même ville en 1772 ; Baron cité par Gerber comme auteur d'un orgue à Angers en 1769, et qui présenta en 1777 un devis, non accepté, pour celui d'Angoulème; enfin, Mary dit Dubois qui travailla à l'orgue de la cathédrale d'Evrêux en 1777.

VEssai sur Valmanach confirme l'existence des facteurs d'instruments : Delusse, Vincent, Villars et Carlin précédemment cités, mais il omet Thomas et Gilles Lot qui, on le sait, vivaient encore. Par contre, 11 nous fait connaître un nouveau venu.. Prudent Thierriot, rue Dauphine, qui s'est acquis une juste réputation pour la fabrication des hautbois, clarinettes et surtout des bassons. Jlest plus connu sous le nom Prudent, car il marquait ses instruments de ce prénom seul ; ainsi qu'on le constate sur le basson

à 5 clés et le flageolet- diapason qui sont au Conservatoire (n*** 506 et 746). En 1775, le père, qui avait été comptable en 1772-73 et le fils, faisaient partie de la communauté; à partir de 1772 jusqu'en 1785. Prudent Thierriot fils est seul mentionné.

Nous voici enfin à la dernière période du xviii" siècle. Les éléments d'information sont moins rares ; la musique ayant de jour en jour plus de faveur, des publications spéciales apparaissent, donnant, avec des renseignements divers sur les faits musicaux et sur les individus exerçant la musique au théâtre et à bi ville, des listes de facteurs, fort utiles à consulter, car sans elles, bien des noms ne nous seraient pas parvenus.

La première publication de ce genre est VAlmanach musical qui psvni de 1775 à 1783; puis viennent les Tablettes de Renommée de 1785 et 1791. et le Calendrier musical pour 1788 et 1789, rédigé par Framery ; ce dernier beaucoup plus connu que VAhnanach musical, dont peu d'historiens ont fait usa^e en raison de sa rareté. 11 va sans dire que ce^s ouvrages présentent de nombreuses lacunes et, cho^e bizarre, elles portent souvent sur des personnalités ayant occupé une place importante dans leur spécialité. Pour y remédier, nous continuerons à donner, d'après les écrits contemporains et les instruments, les détails complémentaires offrant quelque intérêt historique.

11 semble qu'alors que le nombre des facteurs s'accroissait considérablement, plus nombreux devaient

être ceux qui parvenaient à la célébrité. Rien n'est moins vrai cependant. Pour des causes difficiles à expliquer et dont il faudrait peut-être chercher l'origine dans les événements et les changements de coutumes, cette fin de siècle n'a pas vu s'augmenter proportionnellement le nombre des facteurs ayant jeté un relief exceptionnel sur la corporation. Ce fut une période de transition.

Presque tous les luthiers dont le nom a paru pour la première fois dans VAlmanach de 1775 sont restés obscurs et c'est à peine si l'on trouve aujourd'hui des instruments de leur fabrication * Plus heureux sont François Fent (cul-de-sac, S*-Pierre rue Montmartre

* François AUard, place Maubert (1776-83), rue du Petit-Pon- (1788-89), probablement fils de la veuve Allard qui figure à la première adresse de 1775 à 83; Jean-Gaspard Bachelier, rue de la Tissanderie (1777), place Baudoyer (1783-89); Jean-Robert Ghihon, rue de la Gomtesse-d' Artois (1775-79) et de la Grande- Truanderie (1783-85) ; deux de ses altos et une basse sont sur l'inventaire de Bruni ; Pierre-Jean Gonnet, rue du Temple (1775-83); Jacques-Antoine Guédon, rue de la Tissanderie 0775-77), de la Barillerie (1779-83); François Henocq, rue Jacob (1775-77), puis rue des Sts-Pères (1779-89) ; un autre Hénocq était, en 1785, au faubourg St-Antoine; Antoine Fouquet-Lecomte, ou simplement Lecomte, rue des Fossés-St-Germain-des-Prés (1775-1800); Pierre Lécuyer, rue des Kossés-St-Jacques (1775-83); Jean-Charles Lejeune, rue du Four-St-Germain (1775-83); Jean- Baptiste Lejeune,rue Montmartre (1775-89); (il y avait encore un luthier de ce nom à cette adresse en 1816) ; Claude Paris, rue du Roule-St-Honoré( 177^-91) en 1816 : Paris, oncle et neveu ; Perault, rue du Petit-Musc (1775-77); Claude-Edme-Jean Prieur, rue de la Pelleterie ( 1775-77) et de la Calandre (1779-^9) ; P. Charles Prévost, rue de la Verrerie (1775-89), « au Dieu Apollon ». Vve Somer,pont au Change (1770-83); Vibert, rue de Seine (1775-83)5

1774-89), qui acquit une grande renommée en son temps, mais dont il ne reste aucun instrument, hors l'alto du M»8 de RoQU^FKUIL mis en réserve par Bruni, et le violon sans date qui passa à la vente d'EwoNviLLE en 1881, d'une facture remarquable; dans la collection Ramonet vendue à Sl-Omer, en 1872, il y avait un violon de 1774 « réparé par L. Delannoy, Lille, 1828 > (c'est sans doute Fent qui est désigné sous le nom de Sendt, rue Montmartre près le cul de-sac, sur les Ta ')fp.ttes de 1 79 1 , comme faisant les raccommodages) ; Louis-Sigismond Laurent, auteur d'un théorbe daté tle 1775 actuellement à Bruxelles, qui avait pour (enseigne a au cytre allemand » et resta passage du Saumon (1775-89), il faisait aussi des harpes; Jac- . «[ues Pierre Michelot, «.4 la Mélodie »,rue St-Honoré (1775- 1800) qui avait une harpe éolienne dans la collection SwoYE, et dont le Conservatoire possède une petite guitare de 1 781 ; en 1 791, il fit passer l'annonce suivante ; « renommé pour les guitares en bateau « dont les avantages sont de réfléchir, le son au dehors « d'une manière plus sensible, et pour faire d*excel- « lentes quintes et violons » ; Nicolas Pérou, rue de l'Arbre-sBc (1775-79), rue Mauconseil (1783), place de la Comédie-italienne (1785) et rue Richelieu près la Comédie française (1787-89), d'après le grand cistre carré à 1 8 cordes du musée Sax, fabriqua la lyre espagnole inventée par l'abbé de Morlane {Calendrier musical 1788) et fut luthier de la duchesse d'Orléans ;

Walter, rue Coquillière (i775), rue St-Denis, vis-à-vis la rue Mauconseil (1776-77) et rue Quincampoix (1779).

il répara la basse qui servait à réducation des élèves de la musique des gardes françaises en 1788, moyennant 18 livres ; un théorbe de sa facture appartint à M. Savoye et M. Audinot, luthier, a en ce moment un de ses violons du beau type Galliano, daté de 1790 ; Mathurin-François Remy, rue Tiquetonne (1775-91), dont on doit signaler l'innovation originale ainsi annoncée : « fait des quintps qu'il voûte comme si elles « étaient prises dans l'épaisseur du bois et qu'il vernit € à rhuile»; Jean-François Tiphanon (rue St-Honoré du Louvre 1 775-1 800), auteur d'un cistro-théorbé acquis par le Conservatoire, qui avait cela de particulier qu'au moyen de crochets actionnés par des bascules placées sous le haut du manclie des cordes basses, on pouvait les raccourcir d'un demi-ton, ce qui facilitait les modulations.

L'édit de 1776 n'eut pas pour résultat de faire entrer beaucoup de luthiers dans la communauté, son effet se fît plutôt sentir sur les facteurs de clavecins, pianos, et harpes, dont il sera question tout à l'heure. Les seules réceptions nouvelles de luthiers sont au nombre de quatre : I éopold Renaudin, rue S*-Honoré (1776-95), ordinaire de l'xXcadémie royale, qui fit d'excellentes contrebasses, avait pour enseigne « Aux amateurs ». et fut dit-on, juré du tribunal révolutionnaire et exécuté le 7 m^i 1795 ; on connaît deux de ses altos de 1783 et 1789, et un violoncelle « fait d'une basse de viole » ; Pierre Krupp, rue S'-Honoré (1777-91), qui fit aussi des harpes; Bruni en inventoria une chez le C»® de Montmorency ; une harpe à j^ cordes de ce facteur est dans la collection E. de Bric-

QDBViLLE ; J.-M. Nermel, rue Stt-Germain-rAuxerrois 11777), du Pol-de-Fer (1783), du Vieux-Colombier (1788-89) et Clève ou Clerc aux Quinze-Vingts

Pour compléter celte liste de luthiers, mentionnons maintenant les omis : Lavinville, fournisseur du duc de Chartres, spécialité de mandolines (1777) ; Delaunay, d'après une vielle de 1775 (Conserva! oiren** 21 9) ; Michel Pacherele, rue d'Argenteuil, d'après un violon de 1779; G. Leblond de Dunkerque, d'après un cistre de la même année actuellement à Bruxelles ; Jean Théodore Namy, « luthier chez M. Salomon » en 1778 et, de 178J à 89, place du Louvre, cité par l'abbé Sibire comme ayant un grand mérite {Chélomonie^ 1806) ; Charles Michol Gand, né à Mirecourt en 1748, établi à Versailles en 1780, chef d'une famille de luthiers dont le nom est devenu célèbre, grâce à son fils aîné élève et digne successeur de N. Lupot; Ch -M. Gand mourut à Versailles, en 1820, laissant sa maison à son second fils. Il avait pour enseigne : « Auj^ tendres accords ». Nicolas-François Fourier appelé simplement Nicolas, originaire de Mirecourt où il naquit le 5 octobre 1758, commença, suivant Choron, à travailler chez Saunier à l'âge de 12 ans. 11 acquit une grande réputation et fut nommé luthier de l'Ecole royale en 1784. UAlnranach de Paiis de 1789, indique son domicile, place de l'Ecole et les Tablettes de 1791 font connaître qu'il était luthier de l'Académie royale de musique ; il fut ensuite, jusqu'à sa mort (181Ô), fournisseur de la chapelle et de la musique particulière de l'Empereur. Nicolas était sur-

tout renommé pour le choix de ses bois, l'ensemble des proportions et le placement de la barre.

François-Louis Pique, né à Roreiprès Mirecourt en 1758, se fixa à Paris vers 1777 ou 1778 où il ne tarda pas à se faire une belle réputation ; Spohh a cité ses instruments comme étant des meilleurs [Méth. de violon). On a au Conservatoire un théorbe (n^ 221) portant la date de i779etra(lresse«rueCoquillièreau coin de la rue du Bouloy ». Pourtant, après avoir fait connaître ce détail et indiqué la rue Plâtrière comme ayant été le siège de l'atelier de Pique de 1782 à 1789, G. CFiouQUET se contredit en donnant Tannée 1789 comme celle de l'établissement de Pique à Paris (Le Musée du Conservatoire^ P- 5 5 et 12). Nos documents nous permettent d'affirmer que le dernier renseignement donné par cet écrivain est inexact. Quant au siège de ratelier,ilfi;t bien d'abord rue Coquillière, puis dans le voisinage, rue Plâtrière (1787 89) c visà-vis de l'hôtel de BuUion » (comme le confirme l'étiquette d'une mandore à 16 cordes du musée Sax, faite en 1787) et enfin, rue de Grenelle-St-Honoré au coin de la rue des Deux-Ecus. Remarquons cependant que les Tahlettesde Renommée de 1791 indiquent encore la rue Coquillière, en annonçant que ce luthier « fait, raccommode el vernit à l'huile » les violons et instru. ments à cordes. Nous avons déjà signalé cette particularité en parlant de Lupot et M. F. Remy ; c'était un retour à l'ancien procédé que certains luthiers du commencement du siècle avaient abandonné, bien à tort pour faire usage du vernis à l'alcool. Pique se retira vers 1 816 et mourut à Charenton en 1822. Nous

avons dit à l'article N. Lupot, que Pique avait eu recours à lui pour la confection d'un certain nombre de violons en blanc. L'assertion a besoin d'être appuyée, car elle fait planer un doute, non pas sur • la valeur des instruments portant la marque de Pique — bien au contraire — mais elle laisse incertaine leur authenticité en tant que produit personnel de ce luthier. Or, la preuve, c'est Pique lui-même qui nous la fournit dans la correspondance qu'il eut à ce sujet, avec Lupot, actuellement en possession de la famille Gand, qui a bien voulu nous en donner communication. Après une première lettre ayant pour but de pressentir Lupot, Pique, sur une réponse favorable, écrivait à la date du 14 avril 1792 :

A M. Lupot fils,

rue d*Illiers^ 8, à Orléans.

Monsieur, J'ai reçu l'honneur de la vôtre par laquelle vous convenez de me faire des violons comme je vous les demandais. Je m'en vais vous envoyer du bois d'abord pour deux avec les manches et éclisses, la voûte du fond pareille à celui que j'ai eu de M. Woldemar dans le même genre, excepté les coins moins usés. Quand ces deux violons seront finis, vous m'en donnerez avis en me les envoyant et je vous en ferai passer les fonds par la messagerie ou par d'autre voie, comme vous voudrez. Je vous prierai, si vous pouvez me faire le plaisir de me céder dans ce moment-ci de votre vernis à l'huile pour quelques violons, en étant à court dans ce moment-ci et n'ayant pas le temps d'en faire. J'en avais fait il y a quatre ans, qui m'a servi jusqu'à ce jour ;

avec cela à Paris on n'est pas trop commodément pour cela, il faudrait avoir une cour ou un jardin. Gomme j'ai deux violons à vernir tout de suite, vous m'obligerez de m'envoyer cela dans une petite bouteille avec du raucourt pour mettre sous le safran, n'en ayant pas et étant bien pressé pour les deux violons dont je vous parle.

J'espère Monsieur, que nous ferons des affaires ensemble, d'après le récit que M. Woldemar m'a fait de vous.

J'ai l'honneur, etc.

Pique *.

^ Voilà qui est clair. Mais, dira-t-on, c'était là un fait exceptionnel. Point du tout. Cette autre lettre de I Pique le démontre :

Paris ^ 25 février 1793.

Monsieur, J'ai reçu l'honneur de la vôtre par laquelle Je vois que vous ne pourrez vous retirer pour soigner les violons que je vous demande. J'adhère volontiers au prix de trente livres en vous priant de vouloir bien les soigner et imiter le plus qu'il vous sera possible le violon que M. Woldemar a eu à Paris avec le manche vermoulu, la voûte et les /f. Vous pouvez être sûr, Monsieur, que je ne rendrai aucun compte des prix que nous ferons ensemble à personne. Je m'en vais vous envoyer du bois pour quatre, quand il sera employé, je vous en enverrai d'autres. Je vous suis bien obligé du vernis que vous aurez eu la bonté de me céder

A divers titres ces deux lettres sont curieuses. En

* Nous n'avons pas respecté l'orthographe par trop fantaisiste de Pique, laquelle rend sa pensée difficile à saisir et fatigante à lire.

SUS du fait que nous voulions établir, elles nous apprennent que l'on s'appliquait déjà à l'imitation des violons anciens et que la main-d'œuvre pour ce travail d'artiste était payée 30 livres, que rinstallation des luthiers à Paris était défectueuse et peu favorable à la fabrication du vernis, et enfin, qu'ils ne tenaient pas à mettre le public au courant de leurs relations commerciales .

De tous les nouveaux luthiers dont le nom nous parvient par les almanachs de 1783 et autres, aucun ne s'est signalé d'une façon particulière et l'on ne trouve même pas, dans les grandes collections, d'instruments sortis de leuratelier*. Par contre, quelquesuns qui ne figurent pas dans les documents précités, nous ont transmis leur nom par des instruments divers. Louis Hoitessier est connu par un violon

Joseph Bassot, aux Quinze-Vingts (1783), rueChabanais (178Ban VIII), eut une basse dei78i, inventoriée par Bruni; un instrument de 1802 a été signalé; Jean-Baptiste Champion (1783); Claude Deschamps, rue de Seine (1783-85,»; Jean-Laurent Elément (1783); Jean-François Fleuri (1783); Jean-Gabriel Roliker, rue desFossés-Saint-Germain-des-Prés (1783-99), rue Croix-des- Petits-Champs (1800), excella dans les réparations, Ch. F. Gand acheta son fonds en 1820; J. Lafleur, rue de la Coutellerie (1783), rue de la Verrerie (1786), rue de la Juiverie (1788-99) , né croit-on à Nancy en 1760, mort en i832 ; Toussaint-Nicolas- Germain Lefèvre, cimetière Saint-Jean (1783-89) ; Louis Lejeune, rue de la Juiverip (1783-89); Claude Simon, rue de Grenelle- Saint-Honoré (1783-an VII), les violons de la veuve Simon, carrefour de l'Ecole étaient renommée en 1780; J.-B. Thériot, (1783); Jean Walter, rue Bourbon (i 783-99); Drouleau, rue du Temple (r. 88-1800); Montron, rue du Grand-IIurleur (1783-89); Michaud, rue Guérin-Boisseau (i788-8(;).

de 1781, ainsi que le P. Vermesch, religieux minime à Beaumonl-sur-Oise (1781) ; Mareschal, rue Rameau, 11, près l'Opéra, a une lyre-guitare à Bruxelles, dont on ne connaît pas la date, mais cette étiquette t Maréchal, luthier et facteur de pianos, rue Neuve-Le-Peletier, 179 », indique l'époque où il exerçait ; N. Duménil est mentionné par Bruni pour un violon de 1786 et Guillaume est révélé par une guitare de 1789.

Aldric commença à travailler à la fin du siècle ; un petit violoncelle de la collection Loop porte la date de 1788, mais ce luthier appartient plutôt au xix® siècle. D'après une basse, il était, en 1792, rue des Arcis, en l'an VII, ruedaliussy et, lorsque son neveu Aubry lui succéda, il avait transféré son atelier rue de Seine; Aldric a laissé des instruments parfaitement faits et d'une sonorité remarquable ; il tient une place honorable dans la lutherie moderne.

La province compte aussi des luthiers dont l'existence est connue par des instruments : Joseph Didelin, luthier à Nancy « à l'enseigne de la Guitare des Dames de France » (alto daté de 1775 à M. Audinot) ; Le Riche, rue de la Clef, à Lille (cistre de 1 87 1 ) ; Fevrot, à Lyon (1788 1813); Aubert, à Troyes, 1789 (guitare à deux manches, du musée Sax) ; Thomas Bomé, à Versailles, 1790 (violon n" 24, Conservatoire); Caron, luthier de la reine, rue de Satory, à Versailles, 1783-85 (décacorde no 224), auieur d'un alto fait en 1777 ; Nicolas Viard, à Versailles, 1790 *.

^ n est d'autres luthiers sur lesquels on n'est pas fixé quant à

Ainsi que nous l'avons déjà dit, une des conséquences de Tedit de 1776 fui d'accroître le nombre des facteurs. L'augmentation porta surtout sur les conssLrucleurs de clavecins, harpes et pianos. Pour les premiers, il n'y a à constater qu'une élévation du nombre, mais, pour les harpes, il faut noter un commencement de spécialisation, ces instruments ayant été faits jusque là par des luthiers ou facteurs de clavecins. Quant au forte-piano, c'était le début d'uoe industrie nouvelle et toute spéciale.

Les nouveaux facteurs de harpes étaient : Godefroy Holtzman (1776 89), faub. St-Antoine) ; d'autres facteurs de ce nom seront mentionnés plus loin ; François Châtelain (1777-89, rue de Braque 9 ; an VII, rue de Berry), un alto recoupé dans une basse de viole, en 178?, avec le nom de ce facteur, passa à la vente d'Emon ville (1881), une harpe à sujets chinois est au musée de Gluny (n" 7018) ; Sébastien Henault, rue ae Braque (1777-an VII), un archi-cistre de 1804,

répoque où ils oat exercé ; ils n'en doivent pas moins trouver place ici en attendant que la lumière se fasse sur leur compte : I.-E. Antoine, à Mirecourt; Charles Glaudot (violons dans la collection Samary); Guillaume Barbey (basse de viole à 6 cordes à Bruxelles) ; Nezot (réparations au pardessus de viole à 6 cordes du Conservatoire, no 139); nous avons vu une belle viole de ce luthier, également sans date; Mille, à Aix (pochette a Bruxelles , réparée par Remy) ; Dimanche Drouyn , Paris (pochette); Jean-Laurent Mast (étiquettes); Louis Poires (violon, inventaire Bruni); Claude Girod (vielle, iV.), La Lœ, et Pierre De Planche (pardessus de viole, irf.)> et enfin Jean Raut, à Rennes; Pitet; Antoine Carré,, à Arras; Desrousseau, à Verdun « au Luth 17.. ».

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