LE PIANO A PARIS
ceux d'Angleterre et rharmonie en est plus agréable et d'un meilleur effet.
ViRBEs s'occupa très activement de la propagation du nouvel insi rumen! et l'année suivante, il faisait annoncer dans la même feuille (p. 149), que son fils avait eu « l'honneur de toucher le forte-piano devant M"*^ la Dauphine ».
L'apparition de cet instrument fit quelque bruit; il rencontra tout d'abord de l'opposition et l'accueil ne fut pas absolument des plus enthousiastes :
Quoi, cher ami, tu me viens d'Angleterre, Hélas! comment peut-on lui déclarer la guerre!
s'écriait le chanteur Albanèse dans un à -propos: V Arrivée du forte piano, annoncé dans HÂDant- Coureur du 25 février 1771. Cette pièce, d'une platitude inouïe , qui ne mériterait aucunement d'être exhumée des carions où elle gît ignorée depuis plus de 120 ans, si elle ne constituait un document (îertain et curieux sur les débuts du piano, commence ainsi :
11 est donc vrai qu'enfin je te possède, Mon cher anii, mon cher piano-forté, Au plaisir de te voir, tout antre plaisir cède. Ah ! que lu vas être fêté, Ah! comme tu seras goûté.
Si ses vers sont l'expression sincère de sa pensée et non pas satiriques, le chevalier Albanèse fut un adepte convaincu dès la première heure * ; voici com-
* Nous croyons à sa sincérité, car peu après (1775) il écrivait
ment il dépeignait les effets de son nouveau favori :
Du medioQ que le timbre est sonore Que les hauts sont brillants, que les bas sont profonds, Ce sont clarinets et bassons, Cest le hautbois, c'est la mandore, ah ! etc.
Entendez-vous tout ce tapage D'un combat, d'un affreux orage Qui confond et trouble les airs.
Des oiseaux à présent, voici les doux concerts Ma voix se mêle à leur ramage.
Tout le monde ne partageait pas précisément ce lyrisme; on connaît l'opinion de Voltaire : « Le piano-forte n'est qu'un instrument de chaudronnier, en comparaison du clavecin >» écrivait-il à M™« du Deffand,* le 8 déc. 1774 avec raison, car ie piano était loin encore d'avoir son caractère propre, et sa sonorité ne différait pas sensiblement de celle du clavecin, comme on peut en juger par l'instrument de Mercken (1770) dont nous parlerons tout à l'heure. Un an avant, le 20 déc. 177), le chanoine Trouflaut, organiste de Nevers, avait écrit aux auteurs du Journal de musique :
J'ose ajouter avec confiance que le clavecin à bufÛes (de P. Taskin) est très supérieur aux piano for te... Placés chez le vendeur, ils ont de quoi plaire et séduire ;
« Je préfère le forle-piano au clavecin pour accompagner la voix. Je trouve que le premier a plus de rondeur dans les sons et, par conséquent, plus d'analogie avec la voix que l'autre, quoique très agréable dans les morceaux d'exécution, devient paquet de clefs dans l'accompagnement ». (La Soirée du Palais- Royal, nouveau recueil d'airs, op. IX).