‹ Les facteurs d'instruments de musique: les luthiers et la factureChapitre 34 sur 86 · PREMIERS PIANOS A PARIS · texte numérisé non relu

PREMIERS PIANOS A PARIS

mais si Ton porte un coup d'œil attentif sur l'intérieur de leur construction, leur complication effraye à l'instant. Si les dessus en sont charmans, les basses dures, sourdes et fausses, semblent donner la consomption à nos oreilles françaises : défaut jusqu'à présent irrémédiable, si Ton ne pratique à ces sortes de clavecins un jeu de 1" flûtes*, tels qu'on en a vu quelques-uns à Paris, pour ! améliorer îes basses et renforcer les dessus

; Cependant les musiciens n'hésitèrent pas à sacri-

fier au goût du jour en accommodant leurs œuvres — au moins sur le titre — au nouvel instrument. Le plus ancien exemple que nous ayons trouvé de cette adaptation — nous ne disons pas qui ait existé — est dû à M'^° Branche et à Romain de Brasser qui faisaient annoncer à la date du 22 avril 177 1, la première, des Ariettes choisies mises en sonates pour le clavecin ou le piano-forte ; le second. Trois sonates pour clavecin ou forie-piano; puis, le 13 mai suivant paraissaient six concertos pour le clavecin ou le forte-piano par J.-G. Bach. (op. VH).

Les facteurs ne furent pas moins diligents, et J.-K.Mercken est peut-être le premier qui construisit régulièrement des forte-piano à Paris. Il y a aux Arts-et-Mé iers un de ces instruments, de forme rectî^ngulaire, marqué « lohannes Kilianus Mercken, Parisiis 1770 » et Castil-Blaze a cité celui de son

* L'écrivain fait allusion ici aux essais qui ont précédé le forte-piano organisé, présenté en 1772 par l'Epine, facteur d'orgues, à l'Académie des sciences (Mém. t I, p. 109), lesquels ne possédaient l'expression qu'au jeu de cor'^es.

père, daté de 1772. Mercken ne figure qu'à partir de 1776 parmi les membres de la communauté, mais comme beaucoup d'autres il avait travaillé antérieurement dans les lieux privilégiés, n'étant pas en état de satisfaire aux charges imposées par les règlements de la corporation. A la faveur de Tédit de 1776, il quitta les Quinze- Vingts pour se fixer rue du Chantre où il resta jusqu'en 1789; en 1791 il était butte Si Roch, puis en l'anVlll, rue St-donoré; son i^endre Beckers lui succéda vers 1825.

A partir de 1777 d'autres facteurs se firent re»;evoir dans la communauté : Foucault (rue Platrière jusqu'en 1 791) et Nicolas Hoffmann (rue des Fossés- St-Germain-des-Prés, puis rue Percée-S^-Severin 1783 il rue Ilautefeuille de 1783 à l'an VIll);- l'année sui- 'ante c'est au tour de François Duverdier (porte du l'aubourg-S^-Jacques, rue de la Harpe en 1783).

En 1785, de nouveaux facteurs de pianos s'étaient installés à Paris, presque tous étrangers, si l'on s'en ! apporte à leur nom * parmi lesquels-^ on remarque Hillebrand, auteur d'un perfect'onnement important, consistant à mettre les marteaux au-dessus, des cordes (comme l'avait déjà fait Marujs en 1716), au moyen duquel les sons devenaient plus doux et le mécanisme plus sensible au toucher (1783); Pierre- Joseph Zimmermann (1783-an Vlll) faisant également les harpes (il y en a une aux Arts et-Métiers)

* Jacques Klein, rue St- Denis (1783-89) ; Mathieu NeUesse, rue 'lu Vert-Bois (178.3-85); rue St-Martin (1782, an VII)); Jean Scbwerr, rue des lossés-Saint-Germaiii (1788;.

et tenant des pianos anglais, méritent seuls l'attention avecî Guillaume Zimmermann (aîné?) qui de 178^ à l'an VI H s'occupa de faire, vendre, louer, acheter et raccommoder tous instruments à clavier, î lusieurs pianos marqués : Zimmermann figurent à l'inventaire de Bruni, mais à défaut de prénom, on ne sait auquel les attribuer; il y a une seule exception, encore fait-elle connaître un troisième facteur ?'(! de ce nom « Joannes Zimmermann. 1780 ».

En 1788 d'aulres noms viennent s'ajouter aux précédents ^ maïs il n'y a à retenir que celui de Korwer rue Favart, qui avait pour enseigne à l'Y, dont deux pianos de 1783 se trouvent à l'inventaire de Brdni; il fut fournisseur de l'Opéra, nous avons vu un mémoire pour 53 accords de clavecins faits du Il thermidor an IV au 28 brumaire an V, à raison d'une livre 10 sous; et celui de Wolff, aussi accordeur de l'Opéra suivant un facture de l'an V, qui était rue des Petits-Carreaux en l'an VH.

Les timides tentatives de ces facteurs auraien { laissé longtemps encore le champ libre à la produc-

* Bosch, rue St-Honoré (17B8, an VIII); Daickviller, rue St-Honoré (1788, - îin VU); Daujard, rue de la Cossonnerie (1788-89); Eberhard, rue des Deux-Portes-St-Sauveur (1788); ce nom est écrit à la plume sur la table d'harmonie d'un piano deZumpeaux Arts-et-Métiers; Lange, rue St-Victor( 1788-80); Schmidt, carrefour de Bussy (1788-89), rue de Thionville (an VII); Schmidt, rue St-André-des-Arts (1788-89V, Tibbes rue de Chartres (1788-80).

A l'Exposition de 1889 il y avait un piano organisé fait par Stimemann, à Lyon, en 1788. Un piano à 5 octaves, de Léonard Systermansfait partie de la collection de Bricql'e ville.

lion étrangère si Sébastien Erard ne fût survenu et n'eût porté dès le principe, le piano à un état de perfection lui permettant d'abord de lutter avec les instruments allemands et anglais, puis de les surpasser. L'industrie du piano en France ne date réellement que d'ERARo.

Après avoir fait de bonnes études à Strasbourg, sa ville natale, et s'être exercé aux travaux manuels dans Tatelier d'ébénisterie de son père, S. Erard, âgé de i6 ans (il naquit le 5 avril 1752) vint à Paris en 1768, peu après la mort de ce dernier. Entré comme ouvrier chez un facteur de clavecins, il n'y resta que peu de temps, son désir de tout connaître ayant déplu à son maitre inquiet et soupçonneux. Son second maître, moins habile peut-être, n'eut pas les mêmes scrupules; il fut au contraire fort heureux d'accueillir un apprenti adroit et zélé, pouvant lui être d'une grande utilité et lui procurer même quelque réputation, ce qui ne manqua pas. Chargé de construire un instrument particulièrement délicat, il dut faire appel à son apprenti pour mener à bien une tâche qu'il était incapable de remplir et dont le jeune Erard s'acquitta à l'entière satisfaction de l'acquéreuri Mais contre l'attente de son maitre, le véritable auteur ne tarda pas à être connu et l'aventure attira naturellement l'attention sur le nom d'ËRARD. Peu après, il exécuta, pour le duc de la Blan- CHERiE, un clavecin mécanique qui fit sensation, dont la description parut au Journal de Paris *. Sur ces

VAlmancich musical de 178.S mentionne son clavecin à

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