‹ Les facteurs d'instruments de musique: les luthiers et la factureChapitre 35 sur 86 · PIANOS ERARD · texte numérisé non relu

PIANOS ERARD

entrefaites la duchesse de Villeroy qui aimait à encourager les arts, lui offrit l'hospitalité dans son hôtel où il installa son atelier et commença la fabrication du piano. Bientôt la vogue arriva, et S. Erard dut faire venir à Paris son frère Jean-Baptiste pour lui confier la direction de son atelier, pendant qu'il se livrait à ses recherches et expériences (1780). Trop à rétroit dans Thôtel de Villeroy, les frères Erard transportèrent peu après leur atelier rue Bourbon. De jour en jour la faveur que rencontraient leurs instruments devenait plus grande ; peut il y en avoir de meilleure preuve que les tracasseries auxquelles ils furent en butte de la part des autres facteurs et qui ne cessèrent que lorsque Louis XVI eût délivré à Erard le brevet dont nous avons donné copie au chapitre II? Une constatation aussi éclatante des mérites de S. Erard devait bien le venger des mesquines attaques de rivaux envieux. L'inventaire de Brdni si souvent cité au cours de ce travail, nous en apporte la confirmation. Sur 55 pianos saisis chez les émigrés ou condamnés, S. Erard en eut 12 à lui seul, les 45 autres serépartissaient entre 15 facteurs anglais ou allemands. La date de quelques-uns des instruments d'ERARD a été enregistrée ; il y en a de 1784 à 1789; deux forte-piano organisés sont de 1790 et 1791.

La Révolution française ayant ralenti pour un

3 registres de plumes et i de buffle, munis de plusieurs pédales et il constate qu'Erard est le premier facteur qui ait trouvé le moyen de faire parler les 4 sautereaux au moyen du grand clavier seul.

temps l'industrie des instruments de luxe, S. Erard partit à Londres pour y chercher des débouchés et y fonder une importante maison. Il revint à Paris après le 9 thermidor, puis il repartit en Angleterre vers 1808 pour ne rentrai^ à Paris qu'en 181 5. A partir de ce moment, il fit subir une révolution complète à la fabrication des pianos. Nous le retrouveî^ons donc au chapitre suivant. Par l'importa Mce de ses découvertes et la vigoureuse impulsion qu'il donna à la factura S. Erard appartient peut-être plus au XIX® siècle qu'au xvni'', mais notre tableau eût été incomplet si nous n'avions fait connaître ici les débuts de cet homme éminent.

Lors de la pubhcation de VAlmanach musical {ly j'y) les facteurs d'orgues étaient, comme en 1759, au nombre de dix*, tous nouver»ux venus, parmi lesquels aucun ne s'est distingué par des travaux importants. Pierre Dallery, né le 6 juin 1735 à Buirele-Sec, neveu et élève de Charles Dallery, se fit recevoir en 1778 dans la communauté des facteurs parisiens et sut dès ses débuts se faire remarquer

* >îichel Bebert ou Debert, rue du Temple jusqu'en l'an VII; Clément, rue des Jardins (i77*'5-77); Louis Lair, rue Phelippeau i775-79)> rue des Fontaines (i783) et rue N.-D. -de-Nazareth (1788-89); Lejeune, rue Quincampoix (1775-77), rue du Bac (1779); Antoine Somer, rue du Marché- Palu (1775-77), faubourg Saint-Denis (1783-89); Louis Somer, rue de la (Contrescarpe, près de l'Estrapade ^1775-89); Josepli Somer, place Maubert (1775-79); Etienne Somer, rue Bourbon- Villeneuve (1779); Maizier, enclos Saint-Laurent (1777), orgues à cylindres, vielles organisées, serinettes.

1775-1799, OBGUES 145

par le célèbre J.-H. Cliqoot qui se l'associa, ainsi que nous Tavons dit plus haut, pour la construction de plusieurs grandes orgues de la capitale. Ayant repris sa liberté vers 1780, Dallery refit l'orgue des missionnaires de St-Lazare et quantité d'autres à Paris et en province, jusqu'en 1807, époque où il cessa de s'occuper de facture, laissant k ses descendants une réputation qu'ils surent maintenir dignement.

Un des membres de la famille Somer (nous ne savons au juste lequel) qui s'iïititulait « artiste et facteur d'orgues » et demeurait faubourg St-Martin, 206, fut chargé du service des orgues pour les fêtes nationales sous la Révolution. Pour celle du 10 août 1795, il eut à démonter l'orgue des pères de la Mercy et celui de l'hôpital Ste-Calherine, (rue St-Denis,) pour les transporter dans l'église de l'Ecole militaire ; il fit de même pour les orgues de la Trinité, rue St-Denis, et de l'envoyé de Danemark, quMl transporta place de la Révolution et plaça à côté de la statue de la Liberté. Les orgues déposées à l'Ecole militaire furent portées toutes montées sur l'autel de la Patrie au champ de la Fédération. Après la cérémonie, tous ces instruments furent démontés de nouveau et reportés où ils avaient été pris. A la date du 29 floréal an 11, le Comité de Salut public arrêta qu'il serait établi un orgue au Panthéon, « pour que cet instrument contribue à l'embellissement » de la fête qui devait être célébrée le ^o prairial pour le transport des cendres des jeunes Baba et ViALA, mais le temps manquant pour l'installation « d'un orgue dont la grandeur et la bonté » devaient

répondre à la majesté du lieu, on prit provisoirement rinstrumcnt des Bénédictins anglais, rue du faub. St'Jacques et, après la fête, Somer eut pour mission de le remplacer par celui des Jacobins de la rue St-Dominique, de plus, le sculpteur Talamona fut chargé de présenter le modèle du buffet que l'architecle SouPFLOT accepta peu après (4 pluviôse an III),

Des autres facteurs d'orgues^ il n'y a rien à dire, si ce n'est que J.B. Schweickhart, (1781-1816) avait fait, en 1781, Torgue saisi chez Papillon de la Ferté, lors de son arrestation en Tan IIP. En province, on remarque Jean-Baptiste Salmon deVitry-le-François, qui, en 1789, releva l'orgue deN.-D. de Châlons-sur- Marne, avec René Cochu, et plaça celui de l'abbaye des Bernardins dans l'église St-Alpin en l'an VIII, puis, construisit un positif pour la cathédrale delà même ville en 1810; et Dominique-Hyacinthe Cavaillé-CoU, né à Toulouse en 1771, qui, après avoir suivi son père Jean-Pierre Cavaillé, en Espagne, s'établit à Montpellier en 1807, où il restaura l'orgue et en construisit plusieurs dans la contrée, avant de retourner en Espagne où le. talent des Cavaillé, justement apprécié, leur faisait réserver, de père en fils, d'importants travaux. 11 rejoignit à Paris, son fils Aristide, lorsqu'il fut chargé de la construction de l'orgue de St-Denis et il l'assista presque jusqu'à sa mort (juin 1862).

* Notons pour mémoire N. Galerie, rue Neuve-St-Laurent (1783) et Denis-Claude Ferrand, probablement fils de Claude, précédemment cité.

C'est dans la faclure des instruments à vent qu'il y a le moins de mouvement. Martin Lot paraît avoir succédé à Gilles Lot, car il est indiqué de 1775 à 1783, comme celui-ci l'était précédemment : cour convenfuelle de l'abbaye St-Germain, cependant il ne marqua pas, comme lui, ses instruments d'une étoile au-dessus du nom, il la mit après l'initiale de son prénom. On ne connaît q Tune flûte à une seule clé de ce facteur et une clarinette à 5 clos (deux ea haut, trois en bas), appartenant au Conservatoire. J. Daschamps, malgré une quinzaine d'années d'exercice (rue de l'Arbre-Sec, 1775 89), n'a ^uère fait parler de lui. En 1783, apparaissent Jean-Jacques Tortochot(i783-8^,rue iu Four) sur lequel on ne sait rien ; ainsi que M. Amlingue et D. PoRTHArx, qui ont tenu une bonne place dans leur spécialité. .Vliciiei Amlingue dut s'établir vers 1782, rue du Chantre; il fournissait la musique des gardes françaises et les nombreuses musiques militaires qui furent créées depuis 1790, lui donnèrent certainement beaucoup d'occupation, car rien n'est moins rare aujourd'hui que les clarinettes en buis à son nom. Amlingue cessa de fabriquer vers 1826. Les instruments de Dominique Porthaux sont au contraire des plus rares et malgré la réputalion dont il jouit en son temps, laquelle lui avait ^alu le titre de facteur ordinaire de la musique du roi et des musiques militaires, son nom était tombe depuis longtemps dans l'oubli lorsque nous publiâmes dans la Musique des Fa^ miles du 2 déc. 1886 {Noies inédites pour servir à Vhistoire de la facture instrumentale , p» 5 1), une

notice contenant tous les détails que nous avions pu rassembler sur lui. Nous ne reviendrons donc pas sur ce que nous avons dit alors, préférant reproduire ici la curieuse revendication formée par PoRTHAux contre un de ses confrères, à laquelle nous n*avions pu que faire allusion ; elle témoigne de son esprit d'initiative:

Le sieur Porthaux, facteur d'instruments à vent, demeurant à Paris, rue de Grenelle S'-Honoré, près celle des Deux Ecus, connu depuis longtemps pour la bonté de ses instruments (dont se servent les premiers artistes de la capitale), vient de lire avec surprise un avis de M. Savary, faiseur d'instruments, où il ose s'annoncer l'inventeur d'un nouveau bocal en bois pour le basson, qui tend, dit-il, à la perfection de cet instrument. Le sieur Porthaux réclame contre cette annonce déhontée et prévient le public qu'à lui seul est due cette invention ; que ce M. Savary, loin d'être inventeur, est tout au plus un mauvais imitateur et cela, par l'indiscrétion de quelqu'un à qui il fit part de sa découverte, car jusqu'à ce jour, il n'est pas sorti un seul basson de cette nouvelle facture de son magasin.

Il y a déjà longtemps que le sieur Porthaux, passionné pour son art, travaille au nouveau bocal en bois dont il est question et qu'il a terminé il y a deux mois. MM. Ozi et Delcambre, membres du Conservatoire auxquels il le fit essayer aussitôt qu'il fut fini, peuvent certifier le fait. Etïectivement, ce nouveau bocal, fait suivant les procédés du sieur Porthaux (dont M. Savary ne connaît tout au plus que la forme, sans se douter du travail intérieur; a, d'après le jugement des deux artistes ci-dessus nommés et autres, beaucoup d'avantages sur

l'ancien bocal en cuivre, tels bons qu'ils soient ; il rend les sons plus doux, plus étendus, plus sonores et beaucoup plus faciles à filer, sans perdre de leur justesse et de leur amabilité.

C'est à roccasion d'un nouvel instrument dont le s'' PoRTHAux est également d'inventeur (qu'il nomma fe'nore), pour le perfectionnement duquel il crut devoir préférer le bois au cuivre dans la confection du bocal, que cette idée l'a conduit à préférer également de bois pour le bocal du basson*. Aucune collection publique ne possède d'instrument de Portïiaux ; nous avons un basson de la fin du xvni*' siècle dont nous avons donné ailleurs la description^ et il y en a un autre au musée de La Couture. Jusqu'en 1824, PoiiTHAux figura sur les annuaires, mais il n'était plus depuis quelques années, que marchand de musique et d'instruments.

Le dernier facteur d'instruments en bois qu'jl y ait à mentionner pour le xvni* siècle est Winnen. Le Calendrier musical de 1788 l'indique rue de la Monnoye ; en l'an XII, le père Triebert travaillait chez lui rue Froidmanteau, mais peu après il était rue St-Honoré. Winnen mourut un peu avant 1834. Il fit surtout des Ûùtes et clarinettes ; nous avons vu de lui une flûte à une clé carrée marquée Wiennen. Il eut plusieurs fils dont l'un deux continua la profession paternelle et s'acquit une certaine réputation, nous le retrouverons plus loin.

* Journal de Paris, 14 février 1808.

2 La facture instrumentale à l'Exposition de 1889, p. 282.

Pelletier, Choulen et Camns eurent des flûtes inventoriées par Bruni ; ils ne sont pas autrement connus, sauf peut-être le dernier qui pourrait bien être le facteur que nous voyons aux annuaires jusqu'en 1822. On ne sait pas non plus à quelle époque vivaient les auteurs de différents instruments du musée du Conservatoire : Tirouvil (jeu de flageolets^, David, de Dijon (flageolet à } corps et un seul bec), Rizey (flûte en ivoire à une clé).

Aux anciens facteurs d'instruments de cuivre, on ne voit à ajouter qu'Âmboulevart, un des plus renommés pour la fabrication des cors de chasse (rue Pavée S^-Sauveîir 1777 01. Brunel (rue Croix-des- Petits-Champs), Lefèvre Crue Princesse) qui se firent aussi une spécialité des cors de chasse en 1789, et Jean-Prançois Cormery,rue Mercier, à la Nouvelle- Halle ^1776-85), puis rue dePronvaires (i788-()i), cité par Laborde f 1 780) comme un des meilleurs fabricants de Paris, qui se fit une spécialité de cors appelés à l'anglaise ou à la PuNTo,c'est-à-< lire n^unis d'une coulisse « pour allonger ou raccourcir la tonalité de l'instrument ». il y a aux Arts el-Métiers un cor avec six tons de rechange « fait à Paris par Cormery, ordi-. naire de la mvisiiue du roi. rue Mfercier, à la NoUt velle Halle », par conséquent antérieur à 1788 ainsi, qu'il résulte de Tindicalion de ses différents domiciles, donnée ci-dessus. Gormery eut pour successeur F. RiEDLOCKER vors la fin du xviii° siècle.

C'est à pnrlir de 1789 que l'on trouve installé, rue Mazarine, le premier représentant delà famille Courtois, laquelle fournit plusieurs fabricants renommés.

Uninstrument de sa fabrication est au Conservatoire ; c'est une trompette de cavalerie en mi h ayant appartenu dit-on, à un musicien du régiment de hussards qui assista un parlementaire devant St-Jeand* Acre, assiégée par Bonaparte (1799). Elle date sans conteste de la Révolution, car elle est poinçonnée : « Courtois, à Paris, rue Mazarine, Faubourg Germain . >

Pour en finiravec les facteurs de la période 1775-99, mentionnons ceux qui s'occupaient plus spécialement des serinettes, lesquelles gagnaient en faveur puisque le nombre de fabricants se trouvait alors augmenté. Weltres, logé aux Quinze -Vingts, doit être cité surtout pour avoir « fait les fourchettes d'acier du ton d'à mi la qui servent de diapason pour toutes les voix et instruments ». A ce moment, on se servait pour diapasons, de flageolets spéciaux ; l'époque de l'apparition des diapasons à branches d'acier n'a pas encore été précisée, croyons-nous, la note ci-dessus qui date de 17*^7 est donc un jalon sérieux. Quant à Antoine- Robert Perry (1783. 89) et Ferry (1788-89), ils n'ont rien de saillant à leur actif.

SeulJ,-H. Davrainville (1777) s'est fait remarquer par la perfection de ses travaux. En 1781, il offrit au public un jeu de flûte pour placer sous une pendule, lequel se composait de trois jeux pouvant faire entendre ensemble ou séparément, 1 3 airs différents. C'était une merveille d'exécution si Ton songe que cet instrument n'avait que o"* 38 de long sur 16"^ de large ; nous verrons cependant des choses plus

extraordinaires faites par son tils au siècle suivant *.

On ne peut adresser les mêmes éloges à Mayer, de Lille, car le rapport des commissaires nommés par le Conservatoire, Sejan, Lesoeur et Méon, pour examiner l'orgue ambulant à cylindre présenté par ce facteur au Ministre de l'Intérieur pour l'exécution, dans les campagnes, des airs patriotiques lors des fêtes nationales et décadaires, ne lui fut nullement favorable. On trouva que ces airs manquaient de précision dans la mesure et de netteté dans l'exécution • au point que cela nous a représenté, disaient les commissaires, un orgue touché par un mauvais organiste, tandis qu'ordinairement ces sortes d'instruments présentent l'idée d'un tact net ». De plus, ajoutaient-ils, les airs y sont accompagnés d'une basse trop surchargée, en sorte que le chant principal ne domine pas assez (8 prairial, an VII).

Nous ne saurions dire si Ribadeau, d'Angoulême appartient à la facture ; reproduisons cependant cette annonce d'un perfectionnement à la flûte de tambourin, extraite de V Avant-Coureur de 1773.

t Ribadeau d'Angoulême augmente retendue d'un ton et demi dans le bas, par l'addition d'un second corps de flûte qui procure ainsi des successions d'accords sur toute l'étendue de l'instrument, soit de tierce, quarte,

1 II y a au Conservatoire de Bruxelles une serinette à 8 airs, sonnant un demi-ton plus bas que le diapason normal, ce qui indique une origine assez ancienne ; elle est de Simon aîné, à Bayonne.

RÉSUMÉ. — STATISTIQUE lo3

quinte, sixte, septième, octave et autres accords arbitraires et produits par le mélange des dièzes et bémols. »

Voici donc close notre liste d'anciens facteurs, trop longue certainement pour avoir été toujours d'une lecture captivante, mais pas assez pourtant pour offrir un tableau complet de l'état de la facture dans les siècles passés. Cependant, la quantité de noms que nous avons pu réunir, en donne une idée suffisante et permet surtout de constater que la facture française n'a pas été aussi nulle autrefois — tout au moins numériquement — que l'ignorance où l'on était auparavant, de l'effectif approximatif de ses représentants et des diverses particularités qui ont marqué dans leur carrière, pouvait le laisser supposer. Le très petit nombre de personnalités ayant imposé leur nom à l'histoire était insuffisant pour faire ressortir l'importance de la corporation, et le rôle de ceux qui pourètre moins connus, tiennent néanmoins une place honorable auprès d'eux.

Il n'a pas été cité moins de 473 facteurs dans les pages qui précèdent ; à lui seul le xvni« siècle en comple 350. En récapitulant par spécialités. Ton trouve 21 luthiers pour la fin du xvn® siècle et 170 au xvm* ; tandis que nous n'avons que 7 facteurs d'orgues au xvi*" siècle et ?8 au xvn^ily en a 60 au siècle suivant ; les facteurs de clavecins et épinettes, dont 7 seulement sont connus pourlexvii« siècle étaient au nombre de 49 dans celui qui suit et, de 18, les facteurs d'instruments à vent passent à 29 ; enfin, au

xvni° siècle, surgissent i6 facteurs de harpes, 21 de pianos et 4 de serinettes.

De prime abord ces chiffres peuvent paraître élevés et excessifs pour l'époque, mais si l'on considère que la production n'était pas rapide et que, par conséquent elle devait se répartir sur un plus grand nombre d'individus, on revient facilement sur cette opinion. Il ne faut pas oublier non plus que les maîtres facteurs n'occupaient en général que très peu d'ouvriers et qu'ils travaillaient eux-mêmes; ils n'avaient donc aucune peine à satisfaire à une consommation assez restreinte Ne les a-t-on pas vus joindre à leur métier la pratique de la musique ou quelque autre occupation. Il est bien évident que s'ils n'avaient pas eu de loisirs, point n'eût été besoin de recourir à ce cumul. Ce ne fut pas une nécessité particulière aux premiers temps, puisqu'à la fin du xv!!!** siècle, cette tradition s'était maintenue pour beaucoup. Ce sont surtout les facteurs d'orgues et d'instruments à vent qui se sont adonnés au jeu des instruments ; quelques-uns même furent des virtuoses remarquable^. Nous ne rappellerons pas le nom des organistes facteurs, il faudrait tout citer; mais nous mentionnerons les Hotteterre, Delusse, Carlin, Raoux, auxquels il faut ajouter Gaiffre, Gousineau et Naderman pour la harpe ; on ne signale pas de luthiers ayant exercé publiquement. Le talent d'exécution de ces virtuoses-facteurs avait nécessairement une répercussion salutaire sur la construction des agents sonores, dont ils étaient à même, mieux, que personne, d*appvécier les qualités et défauts.

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