‹ Les facteurs d'instruments de musique: les luthiers et la factureChapitre 4 sur 86 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

toutefois que nous n'avons enregistré que des faits prouvés et établis par des documents précis et que les dates entre parenthèses, à la suite des noms, indiquent quelquefois Tannée de la naissance et de la mort du facteur, mais plus souvent celles de Texercice professionnel qu'il nous a été permis de releversûrement et non celles de Texercice intégral ou supposé.

Suivant un principe dont nous nous sommes toujours bien trouvé, nous avons puisé nos renseignements aux sources mêmes et lorsque nous avons dû faire des emprunts à quelques historiens, nous avons corroboré leurs notes ou nous leur en avons laissé la responsabilité. Cette méthode nous a évité de reproduire de grossières erreurs, et elle nous a 4or.né la possibilité de rectifier celles que nous avons rencontrées dans quelques ouvrages, ainsi que les fausses interprétations de certains écrivains, en même temps qu'elle nous a permis d'apporter une somme appréciable de faits inconnus, d'après des documents authentiques inédits ou ignorés. C'est pourquoi nous nous sommes limité aux facteurs français; les éléments ne sont pas assez complets ici pour que nous ayons pu nous occuper des facteurs étrangers.

En recherchant les diverses dénominations sous lesquelles on a successivement désigné les producteurs d'instruments de musique, nous n'avons eu d'autre prétention que de noter autant que possible, l'époque de Tapplication qu'on leur a faite de mots usuels et Tétymologie de ceux qui sont résultés des instruments qu'ils fabriquent (cbap. 1er).

L'historique de la corporation des faiseurs d'instruments (chap. II) a été déjà tracé par quelques écrivains, mais incomplètement, on peut en juger par le nombre ie pièces inédites que nous avons recueillies, parmi

XII AVANT l'BOPOS

lesquelles nous signalerons la conlirmation des statuts de 1680, le règlement de 1749, les procès et jugements de i520, 1741 et surtout celui de 1752.

Sur un assez grand nombre de facteurs, nous n'avons pu rassembler que des notes très succinctes, parfois même trop sommaires, qu'il seiait superflu de publier, si elles n'aidaient, par leur réunion, à reconstituer l'état particulier ayx époques auxquelles elles se rapportent. Nous avons ainsi mentionné (chap. lil) quantité de' ' facteurs dont on ne soupçonnait pas l'existence ou fait connaître diverses particularités les concernant, que l'on chercherait vainement ailleurs, afin de répondre au double but du présent ouvrage. Malgré cela^ nous ne prétendons pas avoir épuisé le sujet et fait un travail définitif; chaque jour amène de nouvelles découvertes qui modifient ou complètent ce que l'on sait. Mais, si pour la période antérieure au xix^ siècle, nous avons fait place aux plus petits détails, vu leur rareté, nous en avons éliminé beaucoup sur la période moderne, pour des causes expliquées au préambule du chapitre IV.

C'est autant par curiosité que pour fournir quelques renseignements assez difficiles k se procurer que nous avons consasré un chapitre aux prix des instruments anciens et modernes. Il nous a semblé qu'à défaut d'utilité, il pourrait offrir quelque intérêt, nul n'ayant encore abordé ce sujet.

Enfin, après avoir fait connaître le rôle et les travaux des principaux facteurs, il n'était pas indifférent de dire quelques mots de leur industrie en général et, par conséquent , d'en rechercher les origines , d'indiquer les lieux où elle a pris naissance, d'en suivre les progrès, d'en faire ressortir l'importance et le développement au point de vue artistique et commercial, de dire à quel degré elle s'est élevée et de la

WANT-PUOPOn XIII

comparer avec la facture étrangère ; en un mot, de faire l'historique de cette brandie spéciale de l'industrie que l'on semble ignorer ou méconnaître, puisqu'elle n'avait pas encore rencontré son historiographe. Sur ce point, le lecteur peut être assuré de trouver dans ce volume un travail original, dont les éléments sont rassemblés ici pour la première fois. En énumérant les différentes espèces d'instruments usités à diverses époques, nous avons comblé quelques lacunes et rétabli plusieurs versions inexactes par suite de l'ignorance où l'on était de certains faits que nous avons eu la bonne fortune de découvrir, notamment en ce qui concerne la clarinette basse dont l'invention était attribuée «^ un facteur allemand, les origines du cor anglais, de l'ophicléïde, de la clarinette Boehm, du basson et de l'harmonium, et aussi sur les premiers pianos connus à Paris, l'emploi de l'orgue et d'instruments imités des Romains aux fêtes nationales de la Révolution, etc.

Certains auteurs, en présentant leur ouvrage au lecteur, expriment le vœu qu'il ait autant de plaisir à le lira qu'ils en ont eu à l'écrire. Nous ne dirons pas de même,— bien que la découverte de nombreux documents ou renseignements inédits nous ait procuré la joie qu'éprouve tout collectionneur lorsqu'il rencontre une pièce rare — car la mise en œuvre d'une multiplicité de détails, dont la recherche et la vérification n'avaient pas laissé déjà que d'être laborieuse, a présent 3 parfois trop de diflicultés pour qu'il en soit résulté un véritable agrément pour nolis. Nous souhaiterons simplement que le public, considérant que notre tâche n'a pas toujours été aisée, ne nous tienne pas rigueur si sa satisfaction n'est pas complète et qu'il veuille bien accueillir ce volume avec indulgence.

Dénominations successives de la corporation.

Ce n'est qu'après une longue période et à la suile de variations curieuses à noter, que le nom de fadeur a été adopté définitivement pour désigner, d'une manière uniforme et générale, les constructeurs des diverses espèces d'instruments de musique.

Au moyen âge, on désignait par le mot « féseeurs », suivi du nom de l'objet faisant leur spécialité, les ouvriers qui ne tiraient point de leur métier un nom particulier; ceux qui s'occupaieni des instruments de musique elaient du nombre.

Une ordonnance du prévôt de Paris, rendue en 1297, mentionne des « féseeurs de trompes », un arrêt du Parlement, de 1520, cite un « faiseur d'orgues », et des lettres patentes de 1599 établissent la communauté des « faiseurs d'instruments de musique », composée des fabricants d'instruments de toutes sortes.

Puis, le nom de facteur apparaît en 1668 dans les Comptes des bâtiments du Roy sous Is règne de Louis XIV (J. GuiFFREY : Collection de documents

DËNOMINÂTIONS SUCCESSIVES

inédits sur l'hisloire de France), appliqué aux constructeurs d'orgues :

1668. — 6 aoust, à Jean Joyeux, facteur d'orgues, pour plusieurs tuyaux qu'il a faits pour conduire l'eau dans le rocher de la salle du festin 77 1.

1668. — 24 décembre, à Estienne Evre, facteur d'orgues, pour son parfait payement de 200 livres pour avoir restably le cabinet d'orgues des Tuilleries. 100 1.

Cependant il faut croire que Tusage n'avait point encore fait loi, car en 1670, 1671 et 1679, le nom de faiseur revient dans les mêmes comptes :

1670. — Recepte. De luy (Jeannot, garde du trésor royal) 7.562 livres, pour en deslivrer au nommé Pampet, faiseur d'orgues, pour le paiement d'une orgue, une espinette et autres instrumens.

1671. — II janvier, à Pampes, faiseur d'orgues et de clavessins, pour une orgue, une espinette et un clavessin qu'il a fait pour le Roy 7.500 1.

1679. — 26 fébvrier, à Estienne Enocq, faiseur d'orgues, pour son parfait payement de 2.000 i.ooo 1.

Mais, à partir de cette même année 1679, le nom de € faiseur » ne reparait plus, il fait place définitivement à celui de facteur, pour ce qui concerne les organiers S que le comptable de Louis XIV avait,

* Nom que l'oQ tend à donner, do nos jours, aux constructeurs d'orgues d'églises. La Fage semble l'avoir employé le premier, entre autres dans son volume V Orgue de V église royale (le Saint- Denis (1845). N'est pas au Dictionnaire deLittré.

Page 1