ORGUE EXPRESSIF — A. MARTIN
mise en vibration immédiate, que Tair seul ne produisait qu'avec un léger retard ( 1 84 1 ). En même temps Martin trouva l'expression par la touche, au moyen d'un système de soupapes ouvrant graduellement des trous pratiqués au sommier de Tanche, de façon à donner à chacun une nuance différente de son sans altération de la justesse. D'autres innovations, non moins précieuses, furent apportées l'année suivante à la construction des orgues expressifs par Martin (1842) :1e prolongement du son produit par l'adjonction d'un petit soufflet retardant légèrement le retour de la soupape, de façon à soutenir les sons quelques instants après l'abandon des touches, comme cela a lieu avec la grande pédale du piano, effet que dans les orgues de Martin on obtenait par l'action de genouillères ; la modification de la forme de l'anche, établie de telle sorte que l'air vibrant soit soutenu sur les côtés, sans qu'il puisse se répandre par derrière, dans le but d'obtenir des sons plus forts et plus harmonieux ; l'imitation du timbre du hautbois, du cor anglais et du basson, par l'application de baudruche sur les châssis, cercles ou ouvertures, à l'instar du vulgaire mirliton. Ces innovations valurent à Martin une médaille de bronze en 1844, « l'instantanéité n'ayant jamais été obtenue dans aucun instrument de ce genre » disait le rapport. Tous ces perfectionnements et quelques autres se trouvaient réunis dans les instruments que Martin exposa en 1844, savoir : la percussion à tous les jeux, les genouillères pour le prolongement des sons (donnant à volonté la sonorité de la corde ou l'harmonie sou-
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tenue), r9çpouplei||§pt i^es registres par c}es soupapes et de nouveaqx tpembleurs. Cette fois le jur^' lui décerna une médaille d'argent, mais c'est surtout en 1855 que les inventions d'A. Martin furent remarquées et appréciées; outre la médaille de i*"* classe, il reçut la croix dé la Légion d'honneur (i4nov.) En 1807, P. Bourlet lui avait succédé ; il /eçut une i^édaillede bronze à l'exposition de 1878.
Dans la transformation de l'orgne expressif, Alexandre-François Dabain (né en i8oQ)f)joyé un rôle capital, et nul plus que lui , n'a donné une plusgrande extension aux ressources de cet instrument, qui parut si borné de prime abord. En ouvrant son atelier (1834) après avoir travaillé dans diverses maisons à la conslruption de pianos et pièces mécaniques, Dédain faisait breveter un nouveau système de mécanisçoe d^ piano ; deux ans nprès il faisait un piano de forme nmvelle qu'il appela pianoéeran à clavier mobile, puis ce fut un nouveau système de piano de concert (1847) et le piano mécanique ou àmanivelle (1848^5^) qui flt fureur à l'époque en France et à l'étranger et dont je succès n'était pas encore épuisé en 1862, car il fut une des attractions de Texposition de Londres. Dans l'intervalle, A. P^BA1N avait fait d'autres découvertes certainement plus utiles^ parmi lesquelles il en est une qui lui crée ^n titre à la postérité : l'invenlion de Vhm'mQnium (1Q42). Il avait préludé à cette création en imaginant le coneertino (1838), dont le défaut principal était comme celui de Torgue expressif, duquel il dérive; la monotonie du timbre. Debain parvint à y remédier en donnant aux ancbes diverses épars-
HARMONÎÎJMf — DEBAIN 2|^
saurs, et en |es gl^içaiit ^ans 4§§ ÇP^s §9!3Pr^s 4@ 4}fr fépeïit0% fermes et Bpepâftiqns, de faeea à regfedyifç les effets des tuyauiL d'orgues, hautbois, basson, clarinette, ete. Le brevet qu'il prit en 1842 énumèreiine longue suite de découvertes ingénieuses, adoptées en grande partie par la facture d'orgues expressives. Ces instruments n'avaient eu jusqu'alors qu'un seul jeu de 6 octaves au plus, nourseulement Debain augmenta ce nembre cQqnrae nous venons de le dire, mais il trouva le moyen de faire parler plusieurs jeux (de un à 20) par la même touche et cela sur 6 ou § octaves. Dans le but de parer hu reproche que Vqïi faisait à l'orgue expressif (^e produire des sons courts et secs, il y adapta des cordes tendues sur une table d'harmonie comme pour le piano, lesquelles étaient inises en vibration par l'ébranlement des anche^. QppAiîf eut aussi l'idée de garnir de baudruche des trpus percés au sommier, pour modifier le tipiliFe des anches de certains jeux et de joindre à Torgue un jeu d'harmonica en verre eu de timbres de çjççlies, ressorts, etc. , frappé par un marteau, ainsi gyg ^^ f^iye des instruments à ?, 4 qu 5 claviers. Peu après (mars 1843) une importante amélioration était appliquée ^ rharmonium par Debain : l'expression par }^ suppression momenlanép du réservoir d'air et la cpmmunicatipn directe du soufflet avec les anches, qui devinrent dès lors sensibles aux divers mouvement^ des pédales. On put donc obtenir à volonté, des sons détachés ou soutenus, forts ou faibles, augmentés ou diminuas, p^r la seule açtioq des pieâ§î Sjgpalons encore quatre autres paodiôcations d@ détail gui
datent de la même année. L*une, par laquelle le cla- fj vier était rendu mobile et s'ouvrait à charnièfe pour faciliter la recherche des dérangements qui pouvaient survenir * ; l'autre, portant sur une nouvelle disposition des boutons des registres, placés au-dessus du clavier (ils avaient été jusque-là sur les côtés), et l'inscription du nom du jeu sur les boutons avec l'indication en notation musicale, de son étendue, lesdits boutons n'ayant porté jusqu'alors qu'un numéro; la troisième, consistant en un nouveau sommier dont les cases avaient à peu près la forme d'une coquille de noix allongée; et la quatrième, en un nouveau registre à pédale pour ouvrir les jeux. Afin d'amplifier et de diversifier la sonorité des jeux, chacune des anches était jointe, dans le principe, à un corps sonore en forme de cône, de tulipe ou de pavillon, de différentes dimensions, selon la hauteur des sons. Avec laugméntalion du nombre de jeux, ces corps sonores devinrent bientôt encombrants ; Debain remédia à cet inconvénient en plaçant plusieurs anches sur le même corps et même en ne faisant qu'un seul corps formant boite pour un jeu entier (1B44). En même temps, il fit connaître son piano harmonium et le panharmonium réunissant tous les systèmes perfectionnés. Il semble qu'à l'exposition qui suivit (1844), le jury n'ait pas compris toute l'utilité de ces découvertes, car tout en reconnaissant l'habileté de l'inventeur et la variété
1 Disposition analogue à celle du clavier du poïkilorgue de Cavaillé-CoU (1834); il s'ouvrait à la manière d'un livre.
HARMONIUMS — DEBAIN ^41
des effets de son nouvel instrument, il constata que Tavanlag? n'était obtenu « que par un peu de complication dans le mécanisme », et il ne lui accorda qu'une médaille de bronze; il revint toutefois surcelle appréciation en 1849, en lui décernant une médaille d'argent; et depuis, le temps est venu donner raison à ringénieux facteur.
Le syniphonium, inventé on 1845, était un »1clieminement vers Yharmonicorde (1851), combinaison de l'harmonium et du piano formant un t magnifique instrument aux sons délicieux » suivant un écrivain, et produisant avec beaucoup de bonheur, suivant un autre, « une imitation de la harpe accompagnant des instruments à vent ». Esprit fécond, A. Debain a encore inventé Vanttphonel (1846), mécanisme s'adaptant facilement sur les claviers pour produire automatiquement l'accompagnement des chants liturgiques, dans les églises dépourvues d'organistes, qui lui donna l'idée du piano mécanique*. Tous ces travaux apportèrent profit et gloire à leur auteur : médaille d'argent en 1849, de 2« classe, à Londres en 185 1, de i*"' classe, à Paris, en 1855 et à Londres, en 1862; il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 1 1 fév. 1860, il fut membre du jury en 1867, époque à laquelle sa manufacture occupait 600 ouvriers. Al. Debain est mort en novembre 1877 à la veille de l'exposition et n'a pu recevoir la médaille d'or attribuée à ses produits. Un superbe spécimen
* Uanliphonel Debain. Paris, 1873, Lo Piano mécanique, (Kl, 1871).
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de la facture de cet ingénieux inventeur, chef-d'œuvre de mécanique, es^ entré depuis peu au Conservatoire des Arts-et Métiers; c'est un {harmonium à 4 claviers analogua à celui qu'il exposa en 1 867 et qui était cpmposé de 50 jeux et ne CQjnpranpjt p^is moins de 9050 anches.
La mort de Debain entraîna la disparjUou ^ ^Q^ importante n^anufacture. P. L. Alpb. Ito49)|li9. gui avait fondé en 1850, à sa sortie des giteliers df^F^çnr NEAux, un petit établissement, se rendit acquéreur 4^ sa marque seuI^ment^En 18; i ,il avait imaginé un olt^ vier mobile transpositpur en rapport direct ave^ l^g soupapes, présentant autant de solidité que s'il était fixe. Après avoir participé à l'exposition de 1855, il envoya à Londres (1862) un rernarqu^ible instrumteut de 5 jeux, 2} registres dont la soufflerie était (Ji^PQsée de. façon à ol5tenir à volonté l'expression sur tout ou partie du clavier iPrize medal). Mais c'est en 1878 que d'énormes progrès fureut constatés dans la facture d'Alph, Rodolphe, aussi une médaille d'or lui fut-elle accordée, il n'en avait eu qu'une çle bronze en 1867. Pour 1889, ce facteur qui dans l'intervalle, s'est associé ses fils, a voulu faire nxieux et y a réussi en combinant,surun mèrpe instrument, les deux systèmes de soufflerie française et américaine (foulante et aspirante), celui-ci donnant des sons très doux, et très approprié par suite à la musique du culte protestant ; le premier, seul usité jusqu'ici en Europe, produisant l'intensité, la rondeur et la netteté des sons. Cette innovation est heureuse en ce sens, qu'elle augmente la variété des effets si nécessaire ôt
HARMONIUMS — ALEXANDRE 2!4S
Cet jtisirument. Des registt'es ad hoc donnent la faculté de jouei* Tun ou Taiitre des systèmes, ou les deux à la fois. MM Rodolphe ont été recompensés par une médaille d'or, depuis, ces facteurs ont fait breveter uii nouveau système de casipi* harmonique applicable à Vharmoniphone (14 août 1891).
Chronologiquement nous aurions dû déjà parler def Jacob Alôxaiidi'e (fié à Paris en 1804), dont la manufacture a été fondée en 1829, mais il n'y était constniit alors que dés accordéons et phys-harmonicas,et comme nous suivons, autant que possible, les progrès de l'orgue expressif, fof ce nous est de placer ce facteur après lés créateurs de l'instrument auquel il n'apporta que plus tard son contingent d'atméliorations. Cependant dès 1839 ^ Alexandre présenta à l'exposition, avec des îiccôrdéons et harmonicas, des orgues expressives et le pianô-coîicerlina et, en 1844, il envoya un oirgué-mélodium pour chapelles et saloiis « bien exécuté et d'une bonne qualité de son », qui lui valut une médaillé de bronze. De nouveaux progrès furent ensuite réalisés et les divers brevets qui suivent, constatent des perfectionnements à l'accordéon (1846-54), à l'orgue expressif (1854-57). En 1852, J. Alexandre fit connaître un piano-organisé à
* D'après le rédacteur de la notice sur la maison Alexandre dans les Grandes Usines, un orgue à deux jeux de ce facteur aurait figuré â ^Exposition de 1834. Sans contester le fait, disons qu'il n'est corroboré par aucun document officiel, compte rendUj almanach-annonces, etc. \\ est inadmissible pourtant que semblable innovation soit passée inaperçue d€s organes spéciaux.
sons ()rolongés à Taide de genouillères el à cordes vibrantes. Ne se contentant pas de ses inventions, Alfaaxdrk achetait le droit d'exploitation de tous les perfectionnements connus, de façon à mettre ses produits à la hauteur des derniers progrès : percussion, prolongement, expression à la main, etc. En 1855, l'établissement Alexandre père et fils, avait pris par conséquent un grand développement : alors que dans l'origine le chiffre d'affaires était de 50.000 francs, il avait atteint, dit-on à ce moment 1.500.000 francs. L ne médaille d'honneur fut décernée à cette maison parle jury international. Cinq ans après (16 janv- 1860), Edouard Alexandre fils, était décoré de la Légion d'honneur; à Texposition de liondres (1862), il obtint la Prize médal en raison du bon marché et de la bonne construction de ses instruments et, en 1867, il reçut une médaille d'or. J. Alexandre père est mort à Paris le 1 1 juin 1876. Depuis 1872, une société s'est constituée sous ce titre : « Société des orgues d'Alexandre père et fils », pour l'exploilation de la marque de fabrique. Elle fut administrée au début par M. H. Bionne et la fabrication resta sous la direction d'Ed. Alexandre jusqu'à sa mort (8 mars 1888). En 1873 il s'était adjoint son gendre M. Edmond Sèciils qui fut nommé administrateur en 1884, fonction qu'il exerce actuellement. Les traditions de la maison ont été cominuées quant à la qualité des instruments et à la recherche des perfectionnements propres à faciliter l'exécution. Plusieurs brevets ont éJé pris dans ce but, notamment pour le système dit à 1.0 lie sonore, permettant a Texéculant de
HAUMONlUxMS — ALKXANDHE L>4;j
nuancer les sons sans s'èLre astreint à la longue et difficile étude de Yexpression par les pédales, et pour l'orgue mixte, réunissant les jeux d'anches libres et des jeux de tuyaux (1885). La difficulté, pour un instrument de cette nature, était de maintenir Taccord entre le jeu d'orgue et le jeu d'anches, le premier étant essentiellement sujet aux variations de température. On a paré à cet inconvénient en rendant mobile la partie supérieure des tuyaux, qui forme coulisse et peut s'allonger ou se raccourcir à Taide d'une vis de réglage, au moyen de laquelle on les met facilement d'accord avec Tharmonium qui lui, ne varie pas. Une création qui ne saurait donner lieu à brevet, mais qui est appelée à rendre des services, est l'harmonium à 4 jeux, 2 claviers à main et pédalier. Sa disposition est identique à celle du grand orgue et, beaucoup mieux que le piano-pédalier, il prépare à l'exéculioïi de la musique spéciale à cet instrument. Voilà résolu le problème de l'étude du grand orgue chez soi, et il n'est pas un organiste qui n'apprécie une telle ressource. En 1889, la société des orgues d' Alexandre exposa une série d'instruments résumant l'ensemble de sa fabrication, « instruments de qualité supérieure et instruments à bon marché'», composée de 14 modèles /sur les 30 ou 40 qui se construisent couramment), depiiis le petit orgue à 100 francs jusqu'à l'orgue mixte (anches libres et tuyaux), lesquels furent l'objet de remarques flatteuses de la part du jury qui lui décerna une médaille d'or.
Ce ne fut pas un grand industriel que Cli -Victor
Mastel, el de nombreux instruments ne répandront pas son nom de par le monde, mais il est de cétix qtli remplacent la quantité parla qualité. Artiste, il le fut, et ce n'est pas trop s'avancer que de dire qu'il a été à l'harmonium, ce que Cavaillé-Coll est aux grandes orgues, pour le soin, la conscience et ringénîosilé qui président à la construction des instruments *. Fils d'un jardinier, menuisier de sa profession, Mustel (né au Havre le 13 juin 181 5), devint facteur par goût : un mauvais accordéon qui lui tomba dans les mains et quil entreprit de réparer lui-même, décida de sa vocation. C'est seulement en 1855 qu'il put s'établir après avoir été longtemps contre-maître de la maison Alexandre ; l'année suivante, il faisait breveter le fftfCt de ses premières recherches : la distributiofifaculta-
* Le rapport de TExposition de 1889 s'exprime ainsi sur le travail de V. Musteî : « Dans un instrument de Bl. Muslci, les touches, lés registres, la soufflerie, les genoaillères* lout ènifîn
fonctionne d'une manière parfaite. Le mécanisme intérBuf 6st ajusté avec une précision mathématique. Les notes parlent avec une facilité et avec une égalité qui n'a été atteinte, jusqu'à ce jour, par aucun autre facteur, et il est d'ailleurs le seul qui ait donné à l'accord de ses instruments des soins aussi minutieux. Non-seulement il s'assure, avant de l'employer, de la nature du métal dont il formera les languettes des lames, mais encore ces languettes soront préparées par lui-même ou par un des siens, afin que, sur ce l^oint qu'il trouve très important, aucune négligence ne puisse se produire. Vôuf assurer la perfection de l'accord, il observera l'iiïstrument pëùdant plusieurs mois, le réglant à des intervalles déterminés et sous l'inftuence de températures diverses. Aussi pent-on être assuré que tout harmonium sortant de ta maison Mustel est un véritable objet d'art.
HARMONftIMS — MUSTEL 247
live du vent sur Tune ou Taulre partie du clavier, autrèmenl dît la double expression, saris iâquelle il n'est plus aujourd'hui d'instfuitient parfait. Dès ses débuts aux expositions, il reçtil les plus hautes récompenses pour le fini de son travail au point de vue facturai et artistique * (médaille de !'* classe, Paris 1855 et Londres 1862, méd. d'argent 1867). L'instrument présenté à la première de ces expositions était pourvu du jeu de harpe éolienne, oscillant comme la voix célesleo mais d'un timbre parfaitement distinct et d'un effet tout particulier. Eu le plaçant à la basse, V. Mustel réussit à renforcer la sonorité de cette partie du clavier et à créer des ressources nouvelles et variées pour raccompagnement. Si l'idée du iypophone, que V. Mustel construisit en 1865, ne lui appartient pas, il se Test appropriée de telle sorte qu'il en a fait une création originale. Cet instrument consiste en une série de 49 diapasons montés sur des caisses résonnan les et mis en vibration par des marteaux actionnés par les touches d'un clavier, dont l'effet est analogue à celui de la flûte harmonique du grand orgue ; son prix élevé en a entravé la diffusion, mais il ne faut pas
^ Le rapport de Lissajous constate que les jeux étaient d'une pureté exquise et articulaient avec facilité sous le vent le plus faible, ce qui permettait d'éviter la percussion. En 1867, Fétis écrivit dans son rapport : « M. Mustel n'est pas, à propretrient dire, un fabricant, car le nombre d'instruments qui sortent chaque année de ses mains ne dépasse pas i5. M. Mustel est un artiste ; il porto dans son travail les soins les plus minutieux; toutes les parties de ses instruments se font remarquer par la précision et le fini et la qualité des sons a une rare distinction. »
trop le regretter puisque le palliatif de cet inconvénient a donné naissance au célesfa, que nous signalerons à son tour. 11 nous faut mentionner avant, le métaphone créé en 1878, qui a pour but, en éliminant les harmoniques suraigus et en renforçant les sons graves, tte donner deux caractères différents au timbre de certains jeux et de les rendre à volonté plus ronds ou plus éclatants. Par diverses modiScations à la forme du châssis de Tanche (1880), brevetées sous le nom (ïanche euphonique, V. Mustf.l est parvenu à donnera ses instruments une sonorité mâle et pleine, qui les distingue des harmoniums courants à sonorités aiguës et criardes, nasillardes même, que Ton rencontre si souvent. Aucun harmonium ne donne, mieux que ceux de Mustel, l'illusion de l'orgue à tuyaux, parla puissance,la pureté et la variété delà sonorité. En remplaçant les diapasons ilu typophone par des plaques métalliques et en les disposant sur des cases sonores, V. Mustel créa le céleata (1886), au timbre si pur, qui peut être joué seul et se substituer fortavan • tageusement aux jeux de timbres employés à l'orchestre *, mais qui se joint de préférence à l'harmonium, auquel il apporte une nouvelle source d'effets ravissants. Sa dernière croalion est Idipàrlilion-MuS' /e^(i888),consistanten 12 lames de bronze accordées avec précision, selon le tempérament égal, de la à sol dièse, pour faciliter l'accord des instruments à sons fixes, le plus pratique et le plus immuable des nombreux procédés qui ont paru jusqu'ici.
* Aux théâtres de l'Opéra et de l'Opéra-Gomique on fait usage du Célesta- Mustel,
HARMONIUMS — MUSTEL ^49
Une médaille d'or avait récompensé en 1878 les efforts de V. MusTEL. De plus hautes distinctions lui étaient réservées en 1889 • 1® seul grand prix pour les harmoniums lui fut attribué, ainsi que la croix de la Légion d'honneur (29 oct.), juste couronnement d'une carrière toute de travail et de dévouement à l'art. Hélas, la joie bien légitime de V. Mostel devait être de courte durée» Il mourut au mois de janvier 1890, laissant à ses fils Charles et Auguste, ses dévoués collaborateurs — qui à ce ti{,re reçurent chacun une médaille d'or à la dernière exposition — le soin de continuer son œuvre, dont ils possèdent heureusement le secret *.
Les facteurs cités jusqu'ici sont ceux qui se sont le plus distingués dans la perfection ou la construction de Tordue expressif; à l'époque où la vogue commença pour cet instrument, quantité de facteurs s'improvisèrent que nous ne pouvons citer ici -.
Parmi ceux qui continuent à exercer, le premier
• Depuis que ces lignes sont écrites, la mort a frappé l'aîné des frères Mnstel, Charles (20 mai). C'est une perte regrettable à tous égards, car il était maître dans l'art d'harmoniser les jeux.
2 Exception doit être faite cependant pour ceux qui obtinrent des récompenses aux expositions : Fr. Dubus qui tenta, en 1841, d'obtenir l'instantanéité des sons en faisant un sommier fjrmanl le fond du clavier (mention hon., 1844. méd. de br. 184Q et de 2" cl . i855, pour orgue à deux claviers); P. Stein, P. Sergent (M. H., 1849); MaiUard (M. U., i855); Salaûn, Schwaabet Ce (M. H., 186:); Couty et Richard (M. H., 1867); Goutyel Liné(méd. d'arg., 1878), auxquels M. Chabin a succédé; Guéroult (méd. de br., 1878); C. Gavioli fils (br. 1878), lesquels ont cessé depuis la fabrication.
tto XIX« afÊCLE
en date est L. BouteTilin qui, après avoir eu en 1878 tine mçdaille de bronze pour un harmonium à 2 claviers, céda la maison qu'il avait fondée en 1865, à MM. Cottino et Tailleur, dont la facture a été récompensée en 1889 par "i^e médaille d'argent. Viennent ensuite MM. Christophe et Etienne, dont les progrès ont été toujours croissants (mèd. de br., 1867, d'argent, 1878 et d'or, 1889). En 1878, ces fadeurs présenteront un instrument pourvu d'une boite résonnante appliquée aux sommiers, donnant la faculté de faire parler les notes graves avec la même rapidité que les notes aiguës, ainsi qu'un haï monium à volume réductible. Pour 1889, ils soumirent au jury, outre leurs divers modèles, un harmonium construit d'après les indications du D^ Gontard*, pour obtenir des cinquièmes de tons. (Ex. : si dJèse, do bémol, do naturel, do dièse, do double dièse). Cet instrument, dans lequel l'auteur 8'pgtpl*oposé de réaliser la justesse absolue, est aujourd'hui au musée du Conservatoire. MM. Christophe et Etienne ont fait breveter, en 1891, un harmonium pliant nommé angelophone.
En 1878, MM. Dûment et Lelièvre, des Andelys, n'exposaient que des* instruments ordinaires bien construits (méd. de bronze); en 1889 ces facteurs voulurent se distinguer par l'abondance des nouveautés : le médiophone ou harmonium de forme élevée ; le choriphone pour accompagner à l'unisson le chant
* Voir le brevetdu piano-Gontard, 19 mars 1888 et27 jànv. 1889 (no 189404).
HARMONIUMS 251
d'église, donnant au moyen d'une pédale spéciale l'illusion du coup d'archet de contrebasse ; Vharmoniphrase produisant seul l'accompagnement, et le claviphûne, petit instrument à clavier pneumatique dont les touches actionnent le soufflet (méd. d'argent). liU. J. Richard et C^^ se contentent de bien soigner la construction des instruments de système courant (inéd. de br., 1H78, d'arg., 1889).
Au xixe siècle la facture des instruments mécaniques, orguies et pianos à manivelles, a pris une grande extension ; néanmoins nous ne nous y arrêterons pas, car, si nous avons pu admirer l'adresse et l'esprit d'invention cies facteurs du xviii' siècle dans la construction des petites orgues et automates rr- véritablf^s objets d'art et de précision — on ne salirait accorder la même attention aux orgues à cylindre dits de Barbarie ou pianos à manivelle, quelque développement qu'on leur ait donné, qui ne concourent en rien à l'expression de l'art musical.
Si nous faisons exception en faveur de Davrainville, c'est qu*il procède directement des anciens spécialistes et que. ses travaux ne sont pas moins remarquables que les leurs. Davrainvjlle est fils du fabricant de serinettes dont nous avons déjà parlé. Il naquit le 30 août 1784 et reçut des leçons de musique de CoupERiN fils, tout en s'exerçant, sous la direction paternelle, à la construction des instruments mécaniques. A 1$ ans, il notait son premier cylindre, et de 1810 à 1814, il aida son père qui, pour sacrifier à la mode, faisait beaucoup d'orgues à manivelle
pour la danse. Il fit le jeu de flûte à cylindre parcourant 5 octaves et exécutant avec netteté et précision quatre ouvertures, que son père présenta à l'exposition de 1806. 11 reçut une mention, et en 1823, une inédaille de bronze. Cette même année (1825) DavrainviLLE fil pour le duc de Bordeaux, une pièce mécanique représentant un escadron de 120 lanciers manœuvrant au son des fanfares de trompettes, actuellement en possession du Conservatoire de Bruxelles (n^^ 457). In autre instrument du même genre, merveille d'exécution, est aussi dans cette collection (n°458); il fait entendre les 32 sonneries d'ordonnance des fanfares de cavalerie, ayec un éclat et une pureté de sons extraorllinaires et une grande exactitude de coups de langue. Cet instrument était destiné à l'instruction des trompettes des régiments de cavalerie et quantité de militaires n'eurent pas (i'autre maître. Le même musée possède un jeu de flûte, dont <c la précision et la délicatesse sont admirables > au dire de M. Mahillon, fait pour Louis- Philippe, jouant des quadrilles et l'ouverture du Pré aux Clercs (n^ 459). Davrainville fit aussi de jeux de Irompetles pour les voitures publiques. En 1842, il exerçait encore.
Cet adroit constructeur a laissé un digne successeur en la personne de P.-Ern. Eelsen qui fixa Tatlention du jury de 1855 avec un orgue à cylindre actionné par un mouvement d'horlogerie faisant mouvoir les- touches. La précision, la. netteté de i:ai*liculalion, la variété des jeux, donnant le coloris déForcheslre. justement appréciées, firent beaucoiup
d'honneur au talent de l'auteur de rinstrument, qui reçut une médaille de' 2* classe. Kelsen, qui était établi depuis 1845 environ, cessa de fabriquer peu après 1875.
g IV. Luthiers.
La disparition de nombreux instruments à cordes, causée en grande partie par l'évolution' musicale qui marqua la période révolutionnaire, les guerres de ' l'Empire et l'incontestable supériorité- des violons italiens, rendirent fort précaire la situation des lu- ' thlers. Aussi de tous ceux qui avaient surgi dans les dernières années du xviiie siècle, ne vit-on prospérer et se maintenir au xix*' siècle, que ceux qui s'attachaient à reproduire les qualités des plus beaux modèles de la lutherie italienne. Le plus célèbre d'entre eux, celui de qui date réellement la belle école française, est N. Lupot, qui jusqu'en 1824 for- ^ ma un grand nombre d'élèves expérimentés, lesquels .ajoutèrent successivement aux connaissances pratiques et au bon renom des produits français ; de ' telle sorte qu'à mesure que s'accentuait la décadence de l'école italienne, les luthiers français voyaient leurs efforts couronnés et leurs produits appréciés de plus en plus, au point de tenir une des premières places, sinon la première, dans la facture européenne.
Celui qui a su acquérir au plus haut degré les précieuses qualités de N. Lupot et les transmettre ulile- . ment, est . Charles-François Gand, fils de Charles-
281 XIX* SIJKÎLÏ
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Michel, luthier établi à Versailles depuis J780, dont il a déjà été question, Ch.-F. Gand naquit en cette ville le 5 août 1787 et après s*étre initié quelque temps à la lutherie sous la direction de son père, il entra comme apprenti le i®"" germinal an X (1802) dans l'atelier de N. Lupot, « pour l'espace de quatre € années, moyennant .la somme de 732 1. seulec ment pour sa nourriture, plus 100 1. tournois, reçues « coniptant pour apprendre l'état de luthier t. Le 17 juillet 1806, à l'expiration de son contrat, il retourna chez son pèr^ à Versailles jusqu'en 1810^ après quoi il revint à Paris où il s'établit rue Croixdes-Petits-Champs, n» 5, et en 1820,11 acheta le fonds de KoLiKEH, situé au n° 24 de la même rue, puis il prit en 1824 la succession de Lupot, dont il avait épousé la fille*.
Les rares talents de N, I^umqt l'avaient fait nommer luthier de l'Ecole royale de musique et de la chapelle du roi; Cb»-F. Gano était digne de ces titres, il les obtint et fut ebargé de terminer les instruments que LupoT n'avait pu achever pour la chapelle royale: 6 violons, 3 quintes, 5 basses, 4 contrebasse^ (1824 28). Tous ce^ instrumenta, dont quelques-uns avaient été détériorés en 1830 lors de l'envahissement des Tuilerieg, ont été détruits en 1871 dans l'incendie du Palais. Un fragment de la contrebasse faite
* Pendant le séjour qu'il fit chez Lupot et chez son père, il construisit des instruments qu'il sfgna : « Gand, chez Lupot, rue de Gramraont, i8o5 «• et *Ch.F.Gand fils, Versailles, 1807, » ainsi qu'il résulte d'4tiÇIil@Ues QM^ l'oa a r^trouv^Çfi*
LUTHIEBS -=- GAND 2o5
en 1827 et brisée à la prise du Ghâleaii le 29 juillet i8?o, a été donné au Conservatoire par Eug, Gand (n® 200). 11 porte le chiffre de Charles X avec l^écusson — en or et couleur de la famille d^-s Bourbons et sur une banderole, cette inscription : Musique de la chapelle du roi. Un alto fait en sus du nombre commandé et qui servait dans les concerts exigeant la présence de musiciens supplémentaires — également au Conservatoire (n* 16^) — permet d'apprécier la belle facture et la coupe savante des instruments dont on ne saurait trop déplorer la perte, car les produitsdeÛAND père, sont aujourd'hui très estimés. ^ A sa mort (10 mai 1845) ce fut son fils aîné C^arteS'Adolphe^îié kPdLris le 11 déc. 1812, qui prit la direction de l'atelier et les titres de fournisseur de la Cour et du Conservatoire. Homme d'une grande intégrité, ouvrier très consciencieux, il n'a produit qu'un nombre relativement restreint d'incjtruments, mais portant sa marque personnelle Connaisseur expérimenté, il excellait dans la réparation des instruments anciens, grâce à l'étude approfondie qu'il avait faite des maîtres de la lutherie. En 1855, il s'associa< son frère Charles- Nt colas- Eugène; et peu apr s. ilsremportèrent une médaille de i '«classe. C'était la p'êr mière fois que celte ancienne maison soumettait ses produits à l'examen d'un jury. Ni le fondateur, ni son successeur immédiat n'avaient jugé à propos de prendre part aux diverses expositions ; que pouvaient-ils y gagner ? Ils n'avaient pas eu besoin de ces sortes de succès pour établir solidement leur réputation.. Pour les frères Gand, les choses n'en allaient- pas de
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même, malgré leur talent, ils ne pouvaient se désintéresser davantage, ni paraître déserter la lutte : situation, comme noblesse, oblige; d'ailleurs Timportance même de cette exposition et son caractère international leur faisaient un devoir de s'y présenter. Ils n'eurent pas à le regretter puisqu'ils triomphèrent. Quelque temps après, le 19 août 1862, la croix de chevalier de la Légion d'honneur accordée à Ch,- Ad. Gand, vint rendre un éclatant témoignage du mérite de cette famille, qui sut honorer la lutherie française et attirer sur elle la considération générale. Mais Theureux titulaire de cette haute distinction ne put en jouir longtemps, il s'éteignit le 24 janv. 1866. La mort de Ch.-Ad. Gand laissait à son jeune frère Eugène, ne à Paris le 5 juin 1825, la lourde tâche de soutenir la renommée de Lupot. Avant de s'exercer à la lutherie, sous la direction de son père et de son frère aine, Eug. Gand s'était adonné à l'étude de la musique. 11 entra au Conservatoire le 19 nov. 18^4 dans la clnsse de solfège de Leboune et obtint un i**"" prix en 1838. Puis, de la classe préparatoire de violon, dirigée par Guérin, où il avait été reçu élève le 6 déc. 1837, il passa dans la classe spéciale de Baillot, le 28 nov. 1840, qu'il quitta en 1843, à la mort de ce dernier. Joignant à une excellente culture musicale une pratique déjà grande, E. Gand se trouvait donc, au décès de son frère (1866), en mesure de continuer les traditions qui ont fait de la maison « la première du monde entier ». Cependant, les multiples occupations q-ioccasionnait sa quahté de luthier de la musique de l'Empereur, du Conservatoire, de l'Opéra, de