ARCHETS
rivaliser avec celles de F. Todrte, mais qui, à partir de 1847, se retira dans sa ville natale pour ne plus travailler que pour quelques amateurs ou artistes distingués. Il y mourut le 13 janv. 1874. De nos jours, Charles Peccate s'efforce de soutenir la réputation du nom qu'il porte; en 1889, il a obtenu une médaille d'argent pour sa collection d'archets de bonne qualité. Jacques Laflenr (Nancy, 1756 — Paris, 1832) s'est aussi distingué dans la confection des archets ; comme son père, Jos.-René-Lafleur (Paris, 9 juin 181 2 — Maisons-Laffitte, i8fév. 18.74), fut fort habile et produisit des archets comparables aux meilleurs de F. Tourte. Citons également parmi les dignes continuateurs de ce novateur : Eury( 1820), Persoit, qui travailla pour J.-B. VuiLLAUMEde 1821 à 43 ; Jos. Fonclause (né en 1800, mort en 1865) ; Nie. Maire (Mirecourt, 28 déc. 1800 — Paris, 17 juil. 1878), Pageot, fils de Louis Simon, né à Mirecourt 1025 janvier 1791, où il mourut le 24 août 1849, après avoir obtenu une mention en 1834 pour le fini de son travail; J. Henry (né à Mirecourt en 18 10 ou 1823, décédé à Paris en 1870), Gradadam dit Adam (Mirecourt, 26 fév. 1823 — 19 janv. 1869), bien supérieur à son père Jean- Adam, Simon (né à Mirecourt le i"" déc 1808), Geo.- Fréd. Schwartz (Strasbourg, 7 avril 1785 — 29 déc. 1849), fils de Bernard, luthier, décédé en 182 1 ou 22, et frère aîné de Théophile-Guillaume (né le 1 3 oct. 1787, déeédé le 29 juil. 1861), également luthier à Strasbourg, où son fils (né le 3 sept. 1821) lui a succédé. Enfin, Fr.-Nic. Voirin, qui selon quelquesuns est le meilleur après Tourte, Peccate ne venant
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qu'ensuite. Il esl certain que cet artiste avait une habileté peu ordinaire. En s'inspirant des modèles du créateur de l'archet moderne, il leur apporta quelques améliorations de détail d'un heureux effet. La tétede ses archets est moins carrée, elle chanfrein dont il les a pourvus, en fait ressortir la finesse. Né à Mirecourt le i" oct. 1833, F.-N. Voirin est mort à Paris le 4 juin 1885. N.-Alf.-Jos. Lamy. né à Mirecourt le 8 sept. 1850, s'est perfectionné à l'école de Voîrin ; il fait ses efforts pour s'élever à sa hauteur; une médaille d'argent lui a été décernée en 1889.
g V. Facteurs d'instruments a vent (bois).
Pendant la plus grande partie du xvm® siècle, cinq facteurs suffirent à construire les instruments àsouffle humain, (dits à vent; en bois. Au début du xix«> ils furent encore peu nombreux, mais peu à peu leur nombre s'accrut et s'éleva un moment 335, pour ne décroilre ensuite que très légèrement. Les anciens facteurs fabriquaient cinq sorîes d'instruments, ceux de ce siècle firent do même en grande partie, cependant quelques-uns se sont spécialisés à un seul Instrument ou à une seule famille : flûte, serpent, etc, ou hautbois, cor anglais, etc.
Plusieurs ds ceux que nous avons mentionné au chapitre llf, exercèrent pendant les premières années du xix" siècle, rappelons-le sans revenir sur leur compte et arrivons aux nouveaux venus.
mST. A VENT. BOIS 295
Nous voyons tout d'abord Pezé, de 1800 à 1830, auteur d*un basson à 6 clés (musée Sax) et d'un serpent à 4 clés du Conservatoire (n® 644) dont la forme offre quelque analogie avec celle de l'ophicléïde ;Baumann de 1800 à 1830, dont un basson à 7 clés fit partie du musée Sax et qui a une clarinette à 6 clés à Bruxelles: il fit aussi, suivant une annonce de 182$, des contrebassons et serpents basse.
Laurent borna sa fabrication à la flûte et il fit ce que personne n'avait encore tentée en substituant le cristal (verre coulé) au bois. Il est aussi le premier facteur d'instruments à souffle qui se soit présenté à une exposition. C'est à celle de 1806 qu'il fit apprécier sa flûte en cristal ; le jury constatst que le son n'était pas altéré par le changement de matière et que l'instrument conservait sa justesse en dépit des variations atmosphériques, et il lui donna une médaille d'argent*. Plusieurs spécilnens de ces instruments sont au Conservatoire (n^* 428, 445-6) ; l'un a 7 clés en argent, l'autre 8 , ornées d'améthystes. En 1835, Laurent faisait des flûtes de i à 12 clés, l'année précédente il avait réussi à construire une flûte descendant au sol du violon, dans laquelle il remplaça les longues tiges des clés par des fils d'argent. Ce facteur semble avoir cessé de fabriquer après 1848. Holtzapffel (1806-43), était marchand de musique au Palais-Royal, mais il paraît avoir fait des flûtes. En 1807 il fit breveter un système de flûte sans clé. En 1823 , il annonçait des flûtes de i, 4, 6 et 8 clés, cette
* Rapp. à l'Acad. des Beaux-Arts. (Le 3/on. i/neu., 1806, p,72o.)
d< mière avec un perfectionnement de sa façon. S'il plane quelque doute sur la qualité du précédent, il n'en est pas de même de Clair Godefroy aîné qui a consacré sa longue carrière à cet instrument : établi en 1 8 1 4, il ne cessa d'exercer que peu de temps avant 1878. A pariîr de 1823, il ne laissa passer aucune exposition sans y prendre part et sans y remporter un succès *. De bonne heure il se fit remarquer par la justesse de ses instruments et à dater de 1834 il occupa toujours le premier rang. En i 839, Godproy était cité comme ayant le plus contribué, avec Buffet, à introduire en France la flûte Boehm et à la modifier avantageusement. 11 exposa chaque fois des clarinettes, Irautbois et flageolets, mais il dut négliger quelque peu ces instruments, car c'est toujours pour la flûte et particuhèrement la petite flûte Boehm qu'il fut récompensé. Après la mort de Godfroy sa veuve conserva quelque temps la maison et participa à l'exposition de 1878 (méd. d'argent). Son fils Frédéric exerça quelque temps ; il fit breveter en 1834 un nouveau système de ressort à boudin en spirale, pour supprimer le frottement et faciliter le remplacement des ressorts cassés. P. Godfroy jeune, frère de Clair, fabriqua aussi (1823-45 environ); il avait une maison à La Couture. Peu de temps après C. Godfroy, apparaissait Bellissent, mais il s'en fallut que son exercice fut aussi long (1818-42) et sa réputation aus-
' Il reçut une mention hon. en 1823 ; des méd. de bronze en 1827, 34-39-44; des méd. d'argent en 1849 6t 67; une méd. de 2« classe en i85i et de r« classe en i855 et 1862.
si grande que pour lui ; ses flûtes, bien construites cependant, lui valurent une mention en 1823 et 1827. A cette dernière exposition it présenta une flûte à 6 clés à recouvrement, dont les trous étaient bouchés avec du liège, du prix de 1000 fr. ; une autre engrenadille à patte de si etmuniede 13 clés, offrait diverses innovations : les trous bouchés par les clés étaient garnis d'un tube en argent et les tenons étaient montés en liège et renforcés par une virole en argent ; elle coûtait 600 fr. Enfin, un dernier système de Tinvenlion de Bellissent était pourvu d'une mécanique permettant de hausser ou de baisser le diapason en jouant. En 1834, il exposa une flûte en argent avec ornements en or à patte d'w/, pourvue de 8 clés et une autre en grenadille à 12 clés. Comment Jean Louis Tulon (né à Paris le i 2 septembre 1786), virtuose célèbre, s'improvisa-t-il facteur ? On ne sait, mais ce n'est pas à coup sûr pour combattre la flûte Boehm, puisqu'elle ne parut qu'après 1832 et que nous le trouvons fabricant dès 1818. Adversaire du nouveau système, il le fut résolument, et jusqu'en 1855, dernière exposition à laquelle il participa, Tulou présenta toujours des flûtes coniques perfectionnées par lui et par son collaborateur J. Nonon. Cette^ hostilité s'explique. Possesseur d'un talent merveilleux, Tdlou ne voulut pas, même au prix d'une plus grande facilité d'exécution, sacrifier les avantages que lui offrait l'ancienne flûte, car la nouvelle, il faut bien le reconnaître, changeait la nature et la qualité de certains sons, par suite des modifications apportées à la forme et au diamètre du tube, à la dimension et à la po-
silion des trous. Tllou en vil plus les inconvénients que les qualités, et comme il fallait perdre certain» avantages pour en acquérir d'autres, notre célèbre . flûtiste préféra le stalu quo, et il faut Ten excuser. 11 est juste d'ajouter que les flûtes construites par To- Lou selon son sysième, avaient de réelles qualités ; elles furent toujours placées au premier rang aux diverses expositions (méd. de br. 1834-39, d'arg. 1844- 49, M. H. 18$ I, méd. de \^* cl. 1855). Pour faire disparaître l'inconvénient des corps de rechange et surtout celui de la pompe, il imagina de leur subslituer des anneaux qui se plaçaient aux emboîtures et allongeaient l'instrument d'un demi ton ou d'un quart de ton, suivant leur grosseur. Ce facteur virtuose fit quelques hautbois qu'il présenta en 1844 et 1855. A partir de ce moment il semble avoir renoncé à la lutte, car il cessa de figurer parmi les facteurs, bien qu*il ne mourût que le 18 juillet 1867. En 183 1 Tulou avait pris pour contre-mailre Jacques Nonon né à Metz en 1802, qui lui avait soumis trois ans avant, un système de flûte de son invention, dont le Conservatoire possède un exemplaire (n^ 449). En 1853 ils se séparèrent et J. NoNON construisit jusqu'à 1867, des hautbois dans lesquels il avait simplifié le mécanisme, en adoptant une nouvelle disposition des trous et des clés (méd. de 2° cl., 1855.) Bien qu'il ne fût pas fabricant, Victor Coche, célèbre virtuose apporta quelques modifications à la flûte Boehm, pour lesquelles il reçut une médaille en argent (1867). Il doit être mentionné surtout pour son ardeur à propager ce système, dont il fut, dès le principe, un adepte fervent. Son exemple
et V Examen critique de la flûte ordinaire comparée à la flûte Boehm, qu'il publia en 1838, ont fortement contribué à l'adoption en France de cet instrument, surtout lorsque plusieurs de nos facteurs l'eurent doté de divers perfectionnements indispensables.
De la flûte au flageolet, la transition est facile; revenons donc un instant en arriére pour signaler Pnident-Thierriot (1812-30), et CoUinet (1823-42), qui s'adonnèrent spécialement à cet instrument que l'on a vu disparaître sans regret, malgré les perfectionnements que lui ont apporté plusieurs facteurs, tels que Buffet. Un autre instrument, heureusement disparu, est le serpent qui eut aussi ses spécialistes en la personne de Baudoin (1812-36), et de Forveille qui, en 1822, lui donna la forme du basson et reçut une mention en 1823. Forveille cessa de fabriquer vers 1839; deux de ses instruments sont au Conservatoire (n°" 645 -646). En 18 3 5-3 7, il y avait deux autres facteurs de serpents : Malet qui les faisait droits et courbés, et Turlot qui s'en tenait aux droits.
Lebassoneutaussi ses spécialistes : Savtry père que Ton trouve, de l'an VII jusqu'après 1826, parmi les facteurs, fit peut-être aussi d'autres instruments *, mais Jean-Nicolas Savary, son jeune fils^s'adonna entièrement à cet instrument pour lequel il acquit en son temps iine grande réputation, Rien d'étonnant à cela, d'ailleurs, car, premier prix du Conservatoire en 1808, puis basson solo au théâtre des Italiens, il fut plus
Ml y a au Conservatoire un fifre en «i bémol de ce facteur, que son flls joua pendant qu'il fit partie des pupilles de la gardé impériale (n** 426.)
à même que quiconque de reconnaître les imperfeclions de l'instrument et d'y remédier. En 182^, il avait formé un atelier distinct de celui de son père, et apporté quelques innovations dans la construction du basson : petite branche a coulisse mécanique (crémaillèr3), et culasse à bascule. Divers instruments de Savary jeune sont au Conservatoire. Il cessa de fabriquer avant 1840. Son frère aîné exerça quelque temps, nous en suivons la trace de 1829 à 1853. Le fon Js Savary jeune fut acheté, croyons-nou5 par Galander (1835-55) qui inventa, vers 1853 un basson mililaire en si b, dit galandronome et dont il y a aux Arts et Métiers un serpent en forme de basson, avec bocal et pavillon en cuivre, muni de 3 clés. Ces deux fonds réunis devinrent ensuite la propriété de Geo. Schubert qui, en 1854, avait succédé à Adler. Cet Adler (Frédéric-Guillaume), s'était établi à Paris, un pou avant 1809, année où il apporta quelques améliorations au basson. En 1827, il exposa un basson à 15 clés, « bien exécuté, en bois des îles », pour lequel il obtint une mention et en 1839, il avait fait subir à cet instrument divers changements indiqués dans le rapport du jury :
Le basson de M. Adler diffère du basson ordinaire en ce qu'il est un peu plus long, qu'il se termine par unpetit pavillon, et qu'au moyen de deux nouvelles clés on peut en tirer deux sons aigus de plus : le ré et le mi b. Il a une fort belle qualité de son, quoique un peu différente, par le timbre, de celle du basson ordinaire, auquel il semble supérieur, surtout par la justesse, la pureté et Tôgialilé dËs sons. Du reste, lé doigté en est o\i plutôt
liNST. A VENT. BDIS 301
peut en être le même que celui du basson aùcien ; aussi plusieurs -de nos artistes les plus distingués se sont-ils empressés de l'adopter. M. Adier est digne de la médaille de bronze.
En 1844, une semblable récompense lui échut pour un basson d'orchestre, unconlrebassonctun basson de nouvelle conslruction à pavillon en métal, remarqué pour l'intensité des sons. En 1849, autre médaille pour ses bassons placés au premier rang. Nous avonsvudoce facteur un basson à loclés, de dateassez ancienne puisqu'il n'a pas de trou pour le si grave, ni de clés pour les quatre doigts de la main gauche, et qui pourtant présente des inriovalions que d'autres ont cru imaginer depuis* : trou du bocal, 2 clés sur la pelile branche pour le pouce gauche et une clé dont la spatule est placée sur la culasse entre les trous de l'index et du mpdium, laquelle donne les trilles si-do dièze^ do-do dièse, do dièse ré ^ ré-mi b du registre moyen et sol-lay la-si b aigus. Au Conservatoir^il y a un fifre de ce même facteur. Fr. G. Adler eut un fils Fred.-Alexandre né à Paris le 26 déc. 1813, qui fut élève de basson au Conservatoire en 1837, mais nous ne savons s'il s'est occupé de facture. En 1854, le fonds Adleu passa entre les mains de Georges Schubert qui acheta ensuite ceux de Savary-Galan- DER. Après sa mort,* en 1857, ses fils qui avaient embrassé la profession de musicien, (l'un d'eux, Théodore, est aujourd'hui i" basson à l'Opéra) abandon-
\ Eug. Jancourt. Perfectionnements apportés au basson. Notice en létfe des 24 Exérciceë mélouii^c'Si o'p. 98.
30ïi XIX' SIÈCLE
nèrent ce fonds, et le matériel fut vendu à Thôtel Drouot.
Plus que le basson, la clarinette occupa les facteurs, et nombreuses sont les tentatives de perfectionnements à enregistrer. Depuis 1 79 1, année où le clarinettisteX. LEFÈvnEla dota d'une 5'clef, jusqu'en 1808, il n'y fut faîtaucune améliora tionimporlante.En celte année, Jacques-François Simiolde Lyon, fil connaître le rcsuUat de ses recherches consistant dans reddition de deux nouvelles clés et dans diverses modifications aussi simples qu'utiles. La 6" clé ajoutée par SiMroT (petit doigt de la main droite), avait pour but de baisser le si b et de hausser le si naturel du chalume au (au-dessous de la portée) etde faciliter l'émission du mi b de la 4'' octave, tout en servante Iriller le sib Cl si du chahimeau et les mi et /a de la j° octave. La 7° clé (médium gauche) n'avait pour effet que les Irilles de la avec si qVs% b avec ut (2« octave). Un double trou, sous l'annulaire gauche, remplaçant avantageusement la clé (Tut dièse du chalumeau, servait à faire les cadences det/o dièse avec rc(i''*^ octave) et sol dièse avec la (3® octave). Parmi les inconvénients inhérents à la construction de \\ clarinette, l'écoulement de la salive par le trou du pouce gauche est un des plus . désagréable ; Si- MiOT tenta d'y obvier par l'adjonction d'un tuyau saillant à l'intérieur. De même la clé de sib ou de clairon se trouvait facilement obstruée par la salive, à cause de la petitesse du trou. Notre ingénieux facteur y remédia par un mécanisme qui, en conservant au pouce la branche ou spatule actionnant cette
clé, la faisait ouvrir en dessus du corps de Tinstrument, tandis qu'elle ne s'ouvrait ordinairement qu'en dessous. Ce système qu'un facteur belge nommé Albert a cru inventer longtemps après, donnait un si b plus sonore et une grande purelé à toute Toctave du clairon, en rendant impossible l'obturation accidentelle du tuyau d'âme. A la même époque Simiot construisait des clarinettes en ut avec corps de si h portant 10 coulisses et dont le corps des grandes clés se graduait dans tous les tons par une charnière mécanique*. En 1823, il exposa une clarinette en ut à laquelle il avait donné les qualités qui n'avaient appartenu jusqu'alors qu'à celle en si et une autre dite à mécanique, sans âme. Enfin ce facteur inventif soumit à l'Académie des Beaux-Arts en 1828 un modèle muni de 19 clés. Le musée Kraus possède une clarinette à 6 clés de Simiot et M. Millereau a de lui, une clarinette basse en fa,
J. F. Simiot s'attacha aussi au perfectionnement du basson. C'est lui qui, avant 1808 ajouta à la petite branche une coulisse destinée a faciliter l'accord, et une clé pour faire t avec aisance » le la de la 3» octave et d'autres pour le** naturel et Y ut dièse de la 1™ octave. Ses bassons dont les clés étaient d'un nouveau genre, plus jolies, plus légères et plus solides que les anciennes, a-'aient upe justesse et une égalité supérieure aux systèmes connus jusqu'alors. En 1817, il supprima le bouchon de liège fermant la partie in-
* Tableau explicatif des innovations et changements faits à la clarinette, pdiV Simiot, facteur à Lyon; iri-f% cnregisti'é à Ja bibliothèque impériale, 1808.
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férieure de la culasse en formant deux angles défectueux, il le remplaça par un canal en métal s'ouvranl à volonlé pour permettre récoulemont de la salive, qui conservait la forme ronde de la perce. En même temps SiMioT fit la pQlite branche à coulisses pour faciliter l'accord de l'instrument et il donna une forme évasée au pavillon pour accroître la vigueur des sons*.
Ces améliorations furent remarquées àrexpositiou de 1823 :
M. Simiot, à Lyon, fabrique des bassons auxquels il est parvenu à donner plus de justesse, plus d'égalité et une plus grande étendue de moyens que n'en avaient eu jusqu'ici les instruments de cette espèce. On y remarque un cramail interne à la coulisse, un piston pour extraire l'eau, une clé de si et une d*ut dièze au grave, une clé à^ut dièze aux deux octaves, une clé de si h et une clé de fa à levier à la première et à la seconde octave. Cet instrument renferme encore des tubes qui sont disposés pour éviter l'écoulement de l'eau par les ouvertures. Enfin on y remarque plusieurs améliorations dont l'objet est d'augmenter la solidité des tubes.
Il y a aux Arts et Métiers un basson de Simiot pourvu de ces divers perfectionnements; il est- à 9 clés (s/, re, mi b, fa dièse graves, /"a dièse, 50/ dièse), la petite branche, à coulisse, porte deux autres clés pour les sons aigus (pouce gauche). Simiot exerça jusque vers 1835, ^^^^ ^^ n'exposa qu'une seule fois, en 1823, et reçut une médaille d'argent; son fils,
* Rapport à rAcadémie des Beaux-Arts, 22 nov. 1817. Le Moniteur universel f p. 236.
André-Reine^ né en 1 815, est devenu compositeur de musique après avoir fait ses études au Conservatoire. Winnen,dont nous avons dit quelques mots au chapitre précédent, exerça jusque vers 1833, sajis avoir participé aux expositions. Il laissa plusieurs fils ; G. Chouquet en a signalé un, nommé Jean, qui naquit à Paris le 21 janvier 1795 et mourut le 12 novembre 1867. lien eut d'autres; Alex is-Nicolns- Vie- (or, né le 5 juillet 1816, qui fréquenta le Conservatoire (classe de flûte) en 1832 et Léon- Louis-Honoré, né le 3 1 août i8i7,élève de hautbois de la même école, de 1832 à 1834. Nous ne saurions dire quel est celui qui continua la fabrication des instruments, toujours est-il que nous avons vu des flûtes à une clé marquée : Vin7ien cadet, à Paris ; l'une d'elles^ appartenant au musée du Conservatoire, ofifre cette particularité que le disque de métal supportant le tampon est mobile sur un petit axe, de façon à rester parallèle au trou lorsqYie la clé est ouverte, au lieu de se trouver dans la position légèrement oblique de la tige de cette clé. Winnen père décédé, son successeur prit part à l'exposition de 1834; il y présenta entre autres, un nouvel instrument t inventé par feu son père et lui >, nommé bassonore^ t parce qu'il joue les « parties de basse et que tous ses sons sont pleins et « sonores i.Cel instrumentavait trois octaves d'éten-
* C'est donc par erreur que M. A. Jac^uot a dit dans son Dictionnaire (p. 19) que le bassonore a été inventé à la fin du xvMie siècle. II a donné aussi (p. 22) une définition inexacte, en écrivant que le trou latéral du bocal du basson est fait
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due depuis Vul du violoncelle et il rendait des sons plus beaux que ceux du cor et beaucoup plus intenses que ceux du basson, par suite de l'augmentation du diamètre de la colonne d'air et de l'adjonction d'un pavillon. Winnen soumit aussi au jury : une embouchure factice au moyen de laquelle t personne ne « devait plus être privé déjouer de la flûte par la perte « de dents, soit par suite d'une difformité des lèvres • ; un basson auquel il avait supprimé la mécanique actionnant la pompe (ou coulisse) et ajouté une semblable pompe à la culasse, et enfin des flûtes et clarineltes en bois « couvertes en cuivre > à l'usage de la cavalerie. Une médaille de bronze fut le partage de ce facteur. En 1839, quelques-unes de ces tentatives, améliorées, reçurent l'approbation du jury, notamment le basson à pavillon, émettant des sons « d'une intensité et d'une vigueur remarquables » ; quelques notes restaient cependant à ajuster et en 1H44, on distingua son bassoBore perfectionné, également en raison derinlensilé de ses sons» De nouvelles médailles de bronze furent accordées à Winnen qui ne reparut plus depuis aux expositions ; pourtant nous suivons sa trace jusqu'en 1860.
Un des plus anciens et des plus renommés fac^ leurs de clarinettes est François Lefèvre qui fit partie de la musique du Roi. C'est en 181 2 qu'il ouvrit son atelier; en ]823 ilreçutunemenlionpour sesclarinettes € parfaitement exécutées »; en 1827, une méd. de bronze pour une clarinette et une flûte de bonne
« afla que la salive ne puisse séjourner en jouant ». Il n'a d'autre but que de faciliter l'octaviation du ré.
INÔTR. A VENt. BOIS 307
construction et le jury de 1834, confirmant celte récompense, constata que ses instruments étaient très estimés des artistes. Lefèvre fit breveter en 1835 un nouveau système de flûte qui porte son nom, simplifiant de beaucoup Texécution. Onze ans après, il réalisa la suppression des notes factices de la clarinette au moyen d'anneaux mobiles, sans changer les positions de la main gauche del'ancienne clarinette à 13 clés. En.1853, il imagina une nouvelle disposition des clés. Ce facteur dont le fils fabriqua également, mourut en 1856. Le 16 mars 1855, il avait vendu son fonds à Paul Biô et à Rustique Noblet. Ce dernier étant mort en 1858, I». Bié conserva seul la maison à laquelle il appartenait de longue date comme ouvrier. Après une abstention de plus de 30 ans aux expositions, il présenta en 1867 des clarinettes Boehm, une clarinette basse et une flûte cylindrique en métal, parfaitement établies, ainsi que la clarinette imaginée par A. RoMEno de Madrid pour perfectionner le système Boehm, merveille de mécanisme qui fait honneur au facteur à qui linvenleur en confia la conception et la réalisation. En 1886 M. André Thibonville (né en 1831 à La Couture) succéda à P. Bié. Après avoir participé brillamment à Texposition de 1889 où il l'emporta une médaille d'argent, ce facteur associant ses fils sous la raison sociale André TniBovwiUE ot C'*', confia kV^iné, Désiré (né en 1861), la direction delà maison de Paris et au plus jeune,7/e/in (né en 1863), celle de la fabrique installée à La Couture en 1886. Un perfectionnement consistant dans l'application d'une double clé de si b. et d'une
clé de trille fa dièse-soi dièse décrit dans la Facture instrumentale iloc. cit., p. 72) fut soumis au jury de 1889 qui, en constatant la belle exécution de la clarinette RoMERo, ne manqua pas de remarquer la justesse et le beau timbre d'une clarinette soprano et d'une clarinette basse en la. Depuis, ces facteurs ont fait breveter un nouveau système de bec dit mégallophone^ dont Tintérieur est rayé en spirale à l'instar d'un canon de fusil, avec lequel on obtient une grande facilité d'émission et une plus grande sonorité (1891). Les instruments construits par les divers successeurs deLEFÈvRE sont toujours marqués à son nom. Sept ans après Lefèvre (1819), parut Gentellet qui fit aussi de la clarinette l'objet principalde sa fabrication. C'est à lui qu'Iwan Muller confia la construction de sa clarinette à 13 clés et de sa clarinette-alto, voyons nous dans une annonce de 1821. Prestreau lui succéda vers 1854 et étendit sa fabrication aux flageolets, flûtes et hautbois, instruments qu'il présenta en 1867 avec une clarinette en cuivre argenté, pour lesquels il reçut une mention. Ce facteur exerçait encore en 1873. Bien qu'on lui doive l'adaptation de rouleaux aux clés des instruments pour en faciliter le doigté, Janssen n'est pas à comprendre parmi les facteurs. Son invention fut adoj)tée par tous les artistes et elle lui valut une mention en 1823. De Guerre (1825-50), Ton connaît des clarinettes et des flageolets à 7 clés (M. H. 1827), mais de Wideman (1837-50) l'on ne sait rien, si ce n'est qu'il faisait spécialement les clarinettes et s'intitulait fournisseur du Gymnase musical.
ÏNSTR. A VENT. BOIS 309
Louis-Auguste Buffet jeune n'a pas borné sa fabrication à la clarinette, mais c'est surtout par elle qu'il est parvenu à la célébrité. Etabli vers 1 83 1, il ne tarda pas à se faire connaître. En 1836, il construisit une clarinette basse en w^, puis en 1838 une nouvelle flûte à i") trous, perfectionnement du système Boehm, comportant entre autre un nouveau trou pour le ré dièse, et le montage des ^ clés de la ipMed'ut sur une seule tringle au lieu de 3. En 18^9 il exposa ces instruments ainsi que des flûtes et petites flûtes Boehm et « une clarinette construite d'après le même système, mais que AL Uoehm n'avait pas cherché Jusqu'ici à appliquer à laclarinettei^. Cetextrait du rapport (p. 365, t. II) prouve que la date acceptée d'ordinaire (1843) pour l'application des anneaux mobiles à la clarinette, autrementdit la création de la clarinette dite Boehm, est erronée. Cette erreur provient de ce que le brevet n'a été accordé qu'en 1844 (n® 16036) après que Bdffet eut également pourvu le hautbois du même système, que l'on appelle également à tort hautbois-Boehm. On sait que c'est avec le concours du clarinettiste Klosb que Buffet chercha à doter la clarinette des perfectionnements qui ont été adoptes par tous les facteurs français et que l'on commence à suivre à l'étranger*. Avec Soler, il fit de même pour le hautbois, mais le succès n'a pas été semblable ; les artistes n'ont gas adopté ce système
' Voir dans la Facture instrumentale (p. 60 et suiv.) un parallèle entre le système à i3 clés et le système dit Boehm, avec réfutation des objections de M* V* Mahillon contre ce defni^n
qui dénature le timbre de rinstrument. C'est en 1844 que Buffet exposa son nouveau hautbois; on lui renouvela la médaille de bronze qu'il avait eue en 1839 Sur toutes les clarinettes présentées en 1849 parles divers exposants, seules celles de L.-A. Buffet furent classées au premier rang ; il y en avait des systèmes Muller* (13 clés) et Boehm, des clarinettes-alto mi b et deux petites clarinettes, l'une en mi b, l'autre en la b d'un mécanisme simplifié (méd. d'argent) ; ses hautbois eurent le second rang et sa flùle le troisième. Après avoir figuré honorablement àl'exposiiion de Londres en 1851 (méd. de 2e classe), il remporta des succès non pioins brillants à Paris en 1855 où il fit apprécier la bonne sonorité de ses instruments; Fétis constate dans son rapport, que seul il eut un modèle de clarinette-alto satisfaisant (méd. de r* cl.). Ne voulant pas se rendre une seconde fois à Londres (1862) sans offrir d'innovations, il imagina la clarinette métallique à double tube et double tonalité que nous avons décrite ailleurs ^ Pour 1867, ce fut un fifre en aluminium et des becs de clarinette en porcelaine (méd. de br.). Cet ingénieux facteur s'abstint aux expositions suivantes ; il mourut en i88ç.
Buffet-Auger, qui fonda en 1825 1^ maison si connue et si justement célèbre du passage du Grand- Cerf, est frèr^ du précédent; il céda bientôt (1830) à son fils qui débuta à l'exposition de 1839 avec une mention. Marié en 1836 a M"e CRAMi'0N,il fit suivre son
i En i833,iRELET avait déjà exposé des * clarinettes à la Muller •. *La Faetitre imirummtah (p. ijo.)
INSTR. A VENT. BOlS 3^
nom de celui de sa femme pour se distinguer de son oncle et depuis, sauf une exception* , quels qu*aient été les propriétaires de la maison, les instruments ont toujours porté la marque universellement connue : Buffet-Crampon. A partir de 1850 îl prit F. Tournier pour associé, puis son frère Louis Buffet (1850-55), lequel fut remplacé par P. Goumas. En 1859, Tournier étant disparu,une nouvelle société fut constituée entre Bufpet-Cramf»on, P. Goumas et le clarinetiste Leroy (Buffet-Crampon et G'"), mais la mort du premier (17 avril 1865) elles difficultés qui surgirent entre les 2 autres associés, laissèrent Goumas seul à la tête de la maison. Il s'associa ses deux gendres (Léon Le- GUAY et Léon Crampon), en 1871; puis il céda le fonds le 1er juillet 1885 , après avoir reçu la croix de la Légion d'honneur, à MM. Paul Evette et Ernest Schaeffer. Les débuts de celle maison ne furent guère marqués que par une bonne fabrication d'instruments courants (méd. debr. 1844-49), mais en 1845, Buffet- Crampon fit breveter la clarinello conçue avec Blancou, sous le nom d'omniionique, deslinée à donner les mêmes facilités que le système Boehm, sans changement de doiglé, qui eut quelques succès. Néanmoins ce facteur ne négligea pas les autres systèmes et il s'appliqua tant à en perfectionner la construction, qu'il put rivahser avec les meilleurs fabricants. Progrès et succès furent croissants à chaque exposition *, mais c'est surtout à partir de 1878 que la su-
^ De i855 à 59, Tournier et Goumas.
* Méd. de 2" classe, Londres i85i; de i"*' cl , Paris i855; Londres 1862; Paris, méd* d'argent, 1867.
périorilé de la maison fut portée à son comble. Les 42 instruments exposés ; familles complètes de clarinettes et saxophones, hautbois, flûtes, bassons, furent reconnus d'une justesse et d'une qualité de son parfaites, et la médaille d'or fut décernée à P. Gou- M AS. Une plus haute récompense était réservée à ses successeurs ; un seul grand prix fut stpcordé, en 1889, pour les instruments à vent et c'est à MM. Evette el ScuAEFFER qu'il échut. En sus des instruments en usage, ils avaient exposé des petits bassons en mib, fa et sol et un contrebasson *. La famille des clarinettes € d'une perfection rare », dit le rapport, et d'une « grande égalité de son > secomposait de petites clarirettes en mi b et fa (cette dernière très difficile à bien réussie), des clarinettes soprano en ut, si 6, la, des clarinettes alto mi b et fa et des clarinettes basses en ut, si b et la. Pour la compléter, MM. Evette et Shaeffer ont entrepris depuis une clarinette-contrebasse sonnant à l'octave inférieure de la clarinette basse. Ce qui distingue cette nouvelle clarinette, c'est non seulement la rondeur, la justesse et la beauté des sons (qui ne sont pas accompagnés de vibrations ou bruits désagréables, comme certains instruments similaires), mais encore la facilité d'octaviation ou plutôt de quintoiement, et surtout la conservation du timbre particulier à la clarinette, qui fait de ce nouvel individu, un membre appartenant bien à la famille. La clarinette-contrebasse Evette et
Vi La Facture instrumentale, p. 25 et3i.
ScHAEFFER est en métal à peree large (4 centimètres environ), elle est cotée 650 francs. Ces facteurs ont également fait une contrebasse de saxophone sonnant à l'octave inférieure de baryton en mi b. A rexemple de Triebert, MM. Evette et Schaeffkr ont placé des clés de correspondance sur la culasse du basson pour supprimer les écarts auxquels était as- . Ireint le pouce gauche dans les successions de notes graves *.Dans sa spécialité celte maison tient la première place comme importance et comme supériorité des produits ; depuis longtemps elle justifie la confiance des artistes, et c'est elle qui fournit le Conservatoire et les écoles de musique des départements, pour les clarinettes, saxophones et bassons.
Le principal obstacle à Fadoption de la clarinette imaginée par L.-A. Buffet et dite système Boehm, fut, à Torigine, le changement de doigté qu'elle entraînait. Aussi s'évertua-t-on à obtenir par d'autres procédés les avantages qu'elle procurait. Fr.-Jos. Gyssens, qui avait quitté l'atelier de Buffet pour s'établir en 1845, fut du nombre des chercheurs. En 1852, il fit une clarinette dont il avait modifié la disposition des trous, clés et anneaux, pour obtenir la justesse et les facilités du syslème Boehm, sans changement de doigté. Gyssens fit aussi des flûtes et flageolets appréciés; après avoir été mentionné en 1849, il obtint une médaille 2® classe en 1855. Vers 1860, ce facteur abandonna la fabrication des instruments de musique pour faire le commerce de faux-cols, mais
^ V> La FmIW$ tnt^rumenfoltf» p» 981
il ne cessa pas de se préoccuper des améliorations à donner au mécanisme de la clarinette et, devenu rentier, il fil breveter en 1878-80 85, un système de spatules jumelles articulées pouvant s'appliquer également aux autres instruments. 11 mourut le ^i octobre 1888, à Tage de 76 ans.
Élève de Laurent, J.-D, Bretonne pouvait manquer d'employer le cristal pour ses flùles, mais il ne le fit pas à l'exclusion de loule autre matière. C'est avec des flûtes en bois ordinaires et Boehm, remarquables par le fini du travail, qu'il concourut en 1844 et 1849 (méd. de br.). Breton faisait ses instruments sans le secours d'aucun ouvrier étranger à son atelier. Il tenta quelques changemenis à la perce et au mécanisme en 1855, et fit remarquer à l'exposition de cette année, plusieurs flûtes en cristal dont une, de nuance verte, ne coûtait pas moins de 1.500 fr. (méd. de F® classe). Breton utilisa aussi cette matière pour la confection des becs de clarinette (1859) qu'il présenta à Londres en 1862 (Prizemedal), où il avait déjà obtenu une menlion en 1851, et à Paris, en 1867, il y joignit des embouchures pour instruments en cuivre (méd. de br.). Brkton cessa d'exercer vers 1874.
Puisque Breton nous a ramené aux facteurs de flûtes, abordons de suite les spécialistes con temporains et leurs prédécesseurs. Etabli depuis le mois de mars 1855, Louis Lot se signala inopinément à l'exposition de celte année par l'excellence de ses flûtes ordinaires et système Boehm (méd. de F* cl.). Depuis, nul ne l'a surpassé ; ses succès à Londres {Prize medal) et à Paris (1B07) \% constatent; A cette
mSTR., A VENT. BOIS 3l8
dernière, il présenta des flûtes en argent système Boehni, Tune à trous très ouverts, l'autre à trous plus petits; la qualité de son de celle-ci sembla préférable. L. Lot fit, en 1872, une flûte système Boehm, à 13 clés, descendant au ^i, portant le n*» 1746 que l'on peut voir au Conservatoire (n^ 652). Ce fut une dés dernières, car il se retira en 1875 à Châtou. H. D. Villette qui travaillait avec lui depuis 1855, prit sa succession et soutint dignement la réputation de la maison. En lui décernant une médaille d'argent, le jury de 1878 reconnut la justesse parfaite, l'excellente qualité de son et la facture irréprochable de ses instruments. Comme Lot, Villette fut contraint par l'âge de cesser la fabrication ; en 1882, il céda le fonds à un de ses ouvriers Debonneetbeau, qui vendit à son tour, le i*''' mai 1889, l'outillage et la marque Lot à M. E. Barat, lequel continue les traditions de celle maison de premier ordre, que les artistes auraient vu disparaître avec regret. C'est le modèle établi définitivement par L. Lot, c'est à-dire la flûte à trous larges pour* la main droite et à petits trous pour la gauche, qui.fail la base de la fabrication. Alors que le Conserratoire donnait en prix des inslrumcnts à ses lauréats, ils étaient livrés par ce facteur qui a conservé la fourniture des flûtes nécessaires aux classes, à laquelle il joint celle des Ecoles de musique des départements dont il est chargé par la Direction des Beaux-Arts.
En 1869, F. Barbier imaginait une flûte cylindroplane avec colonne d'air unie assez ingénieuse, mais c'est par la nouvelle disposition des clés qu'il appli-
qua à la petite flûte Boehm pour la rendre enfin pratique, qu'il s'ncquit quelque notoriété (1874). En 1875, il perfectionna le système de bouchage des ins- Irumenls à clés. Une médaille d'argent fut attribuée à Barbier en 1878, qui, depuis plusieurs années, est attaché à une manufacture d'instruments et ne travaille plus à son nom personnel. C'est la flûte qui réunit aujourd'hui le plus de spécialistes. En 1877, s'établissait M. Cl. Rive, qui exposa l'année suivante des instruments d'une fabrication soignée et d'une belle qualité de son, pour lesquels il reçut une médaille d'argent. En 1889, même jugement et même récompense. Presque en même temps (1876), M. Aug. Bonneville ouvrait son atelier et obtenait le suffrage des artistes. En 1889, il recueillait celui du jury, qui lui décerna une médaille d'argent avec cette note « flûte cylindrique très juste, joli son, mécanisme fonclionnant bien ». L'année précédente M. Bonne- VJLLE avait fait aux flûtes l'application d'anneaux mobiles sans tampons, dans un but que nous avons fait connaître ailleurs.
Les instruments de la famille du hautbois ont eu aussi leurs spécialistes et, parmi eux, nul n'a égalé les Triebert. Le foniaîeur de la maison, Guill. Trie- BERT, naquit à Horndorf Qlesse) le 24fév. 1770. H vint de bonne heure à Paris et travailla chez Winnev, rue Froidmanteau où il était en l'an XI, ainsi qu'il appert du livret d'ouvrier qui lui fut délivré le 1 1 'thermidor an XII, en exécution de la loi du 22 germinal de l'année précédente, sur les manufactures. Le 4 juil. 181 1, G. Triebert se présenta à la préfecture
de police pour réclamer la jouissance des droits de citoyen français, en vertu de l'article 3 de la Constitution. A cette époque il était devenu maîlre-facteur et habitait depuis 18 10, année de son mariage, la rue Guénégaud, qu'il ne quitta qu'en 1830 pour s'installer rue Dauphine, avant de se fixer rue Montmartre (1839). Cestà Texposilion de 1827 que Trie- BERT produisit pour la première fois ses instruments : flûtes à patte d'tt^ hautbois, cor anglais et hautbois baryton, dit aussi « hautbois-ténor » (sonnant une octave plus bas que le hautbois), lequel fixa Tattenlion du jury par sa belle qualité de son et les ressources qu'il apportait à l'orchestre et aux musiques militaires (méd. debr.) En 1834, ses hautbois furent jugés « supérieurs à tous ceux du même genre » présentés à Texposition. G. T«iebert mourut en 1848, mais il laissait en ses fils Charles-Louis (né à Paris le 30 oct. 1810) et Frédéric (né le 8 mai 181 3), d'adroits et intelligents continuateurs. Plus occupé de sa carrière de virtuose, l'aîné, après avoir remporté le I*»* prix de hautbois au Conservatoire en 1829, laissa à son jeune frère — également hautboïste, qui fit un moment partie de l'orchestre de l'Opéra-Comique * — la plus grande part dans la direction de l'atelier. La première innovation de F. ThieberI* fut l'invention du bec de clarinette à table mobile et
* 11 y entra en 1839 en qualité de second hautbois, aux appointements de i.uoo fr. par an. En 1846, il y était encore. F. Triobert n'avait cependant pas été destiné à la musique, il apprit la gravure chez Lecoq, rue Dauphine, où il entra en 1826, mais il dut abandonner cette partie en i83o.
presse-anclie, brevelé en 1847, en même temps que la clarinellc muUipho nique ^ s'allongeant au moyen d'emboitures à coulisses, de façon à donner à l'instrument la longueur des clarinettes en uf, si b et la. Puis ce fut l'application d'une nouvelle combinaison de clés simplifiant le doigté (1849); beaucoup d'autres suivirent, qui ne firent pas l'objet de brevets et qui, par suite, sont difficiles à suivre exactement ; nous les verrons cependant définies d'une façon précise dans le rapport de 1855 où, après avoir eu une méd. do bronze en 1849 ^^ ^^^ de i"" classe à Londres en 185 1, Triebert obtint la seule médaille d'or décernée. G*est d'abord le perfectionnement du hautbois de Buffet dit Boelim, à 14 clefs, dans lequel le même doigt pouvait faire l'office de plusieurs ; puis vint le hautbois en la^ donnant une amélioration de sonorité des notes supérieures sib à ré. Voici d'ailleurs l'opinion de Fétis en 1855 :
La qualité de son très pure est celle qui a toujours été préférée dans les hautbois frxmçais ; tous les détails du mécanisme sont terminés avec une grande perfection. La clé du demi trou, ajoutée au hautbois ordinaire par ce facteur, est une heureuse innovation, en ce qu'elle fait disparaître une des pins jurandes difficultés du doigté de l'instrument et donne plus de sûreté dans rexécution. On remarque aussi dans leurs nouveaux instruments les dispositions particulières des clés de ré et de fa dièse, de sol dièse, si b^ ut et ut dièse, dont l'effet est de rendra le doigté d'un grand nombre de traits plus simple et plus facile. Etablie il y a plus d'un demisiècle par le père du facteur actuel, la maison Triebert
n'a C3ssé de progresser ; sa persévérance à chercher des améliorations pour ses produits ne s'est jamais démentie. Ses appareils mécaniques et, en général, son outillage pour la précision dans la fabrication des pièces, sont dignes de beaucoup d'intérêt.
Pour compléter la famille, Triebert présenta des hautbois aigus en m» b. et autres Ions élevés, un cor anglais auquel l'application de clés à anneaux mobiles permit de rectifier l'échelle chromatique et d'en redresser la forme, courbée jusqu'alors; puis un basson construit d'après les proportions Boehro, qui ne ressemble en rien à celui de Sax, quoi qu'on en ait dit. Inachevé en 1855 (on ne put faire entendre que l'échelle chromatique du tube sonore, l'adjonction des clés n'ayant été terminée qu'après l'exposition), le basson Triebert-Boehm put être jugé convenablement à Londres en 1862. Le mécanisme en était heureusement conçu et le son plus juste et plus homogène que celui du basson ordinaire, mais il avait l'inconvénient de différer « un peu trop de Tancien par son timbre et son ampleur ». Ajoutons que le prix très élevé de cet instrument 1,200 fr,, en rendait le placement difficultueux. On peut voir un spécimen de ce chef d'œuvre de facture, au musée du Conservatoire (n*' 5 10); il n'en a été fait que trois. La Prize medal fut décernée aux frères Triebert pour l'excellente qunlité des instruments et la première application du système B^ehmau basson. Charles Triebert étant mort le 18 juil. 1867, c'est à Frédéric, qui s'était toujours beaucoup occupé de la fabrication et avait complètement abandonné la car-
rière d*artiste musicien, qu'échut la médaille d'or décernée par le jury de 1867. F. Triebert, en conservant les avantages de la nouvelle construction, était parvenu à retrouver le joli timbre du hautbois français « très préférable au gros son du hautbois alleman.l » disait Fétis. A Tégurd du doigté, ajoutait-il, il a rendu faciles des successions de notes qui offraient auparavant de grandes difficultés dans la vitesse, des combinaisons heureuses de clés ayant supprimé la nécessité de se servir du même doigt pour deux notes différentes et rapides. Ce fut le dernier succès public de Fr. Triebert qui mourut le 19 mars 1878. Six ans avant, il avait fait breveter divers autres perfectionnements au hautbois et au basson. Pendant quelques semaines, la maison fut dirigée parM'^^'C.DEHAis, après quoi ellefutachetée par un des ouvriers de Triebert, Félix Paris, très habile cleflier ; mais la faillite étant survenue, la maison Gadtrot acheta, à la vente qui eut heu par autorité de justice, le 5 août 1881, le matériel et, avec lui, la marque de Triebert, de sorte que Ton peut rencoiilrer des instruments portant le nom de ce fameux facteur, qui ne sont pas de sa fabrication *.
' En tête du catalogue de la maison Coucsnon (anciennement Gautrot), on lit : « Comme par le passé, nos instruments porteront, suivant leurs diverses catégorie?, nos marques do fabrique : Gautrot aine, Gautrot-Marquet» Tulou, Triebert. Nous les livrons également sans marque, à la volonté derachctcur. •
Nous avons dit (la Facl. inslr.; p. 254) qu'il résulte des inconvénients pour les collectionneurs, de la transmission des marques de fabrique qui se pratique aussi bien dans la facture que dans les autres industries. Au point de vue liistoiique, elle laisse
En droit, la succession de Triebert appartient à la maison que nous venons de nommer; en fait, elle est passée', pour la fourniture du Conservatoire et des écoles nationales de musique, à M. François Lorée, son ex-chef d'atelier depuis 1867, qui s*est établi en 1881 et qui a eu la bonne fortune, par sa fabrication soignée, d'obtenir l'approbation de M. G. Gillet, le distingué professeur du Conservatoire, puis 'celle du jury de 1889 : t Le cor anglais avait une sonorité égale, charmante, sympathique, dit le rapport, et la justesse était parfaite. Le hautbois d'amour et le baryton ont un timbre particulièrement agréable ; construits avec méthode, ils ont un son d'une grande puretéet d'une justesse irréprochable». (Médaille d'argent.) Pour plus amples détails- sur ces instruments nous renvoyons à Isi Facture instrumentale (p. 20).
Pour en finir avec les facteurs que nous avons appelé petits spécialistes comparativement à ceux qui occupent un personnel nombreux et comprennent dans leur fabrication la totalité des instruments, bois ou cuivre, ou réunissent les deux espèces en y joignant quelquefois les instruments à cordes et mécaniques, signalons le hautboïste Henri Brod, auteur de diverses compositions musicales qui, comme TuLou, Savary et autres, s'improvisa facteur en 1835. 11 apporta de nolables perfectionnements à son ins-
subsister un doute sur l'époque précise des instruments, ainsi que sur leur authenticité, en tant que produits personnels de celui dont ils portent le nom. Ajoutons qu'une excellente mnrque peut passer entre des mains incapables de faire des instruments qui on soient dignes.
trument, mais il ne put recevoir la récompense del ses efforts : il mourut le 6 avril 1839 avant que le jury de l'exposition eût examiné les produits exposés. C'est donc à sa mémoire que fut décernée la médaille de bronze qu'il avait méritée pour son hautbois « remarquable non seulement par la qualité du son, mais encore parla disposition de toutes les parties qui le constituent » ; Brod avait exposé en même temps' une machine à raboter le roseau poiu' les anches ; il étaitnéàParislei3Juin 179901 avaitobtenu un l'^^'prix au Conservatoire en 1818. A. Harzoli, bassoniste au théâtre Italien, qui travailla quelque temps avec Trie-- BERT et essava de jouer à ce théâtre le basson-Boehm dont il a été question ci dessus, fit aussi d'excellenlsi bassons et contrebassons. En quittant la maison Ad.' Sax, où il était en 1867, Aug. Feuillet se fît une spé-' cialité du saxophone (1872). 11 obtint une méd. de bronzeen 187801 céda sa maison vers 1885 àTassocia-' lion des ouvriers facteurs. George, deToulon, avait fait en 1867 quelques changements au montage des clés des saxophones et clarinetles, qui lui valurent une mention en 1878. La même année, MM.Hicollier père et fils reçurent une médaille d'argent pour leurs instruments d'une bonne facture et surtout un hautbois d'une très belle qualité de son. Ils exercent encore.
Nous avons vu, pour les instruments à cordes, quelques fabricants de Mirecourt prendre part aux expositions et améhorer par conséquent leur fabrication. 11 en a été de même pour les facteurs d'instruments à vent de La Couture qui, longtemps, avaient borné
iV iGur production aux instruments rudimentaires. \ Quelques-uns même sentirent la nécessité de créer un f magasin à Paris et de tenter la fabrication artistique, Y tout en continuant à faire les instruments ordinaires r pour les besoins du commerce et de l'exportation.
Le premier qui entra dans la lice est Martin (Jean- [ François)-qui obtint en 1834 une médaille de bronze. C 11 occupait alors 20 ouvriers, « ses instruments sont de l « beaucoup meilleur marché que ceux de Paris, quoi- [\ « qu'ils soient inférieurs de bien peu de chose à ces i[ « derniers pour le choix des bois et la qualité des
I € sons »,disaillerapporteur.Les instruments exposés I étaient : clarinettes en si et ut, ko et i^ clés ; flûtes ; -i 5, 6 et 7 clés; 4 petites flûtes à 4 clés et i flageolet à 5 clés. En 1839 et 1844, même récompense ; depuis 1840, la maison, devenue Martin, frères (Jean- Baptiste et Félix), avait un magasin à Paris. Après avoir mérité des médailles de 2° classe (1855), de bronze (1867 et 78), J.-B. Martin fils, obtint une mé- . daille d'argent en 1889. L'exemple de Martin ne pouvait manquer d'être suivi par ses concitoyens et concurrents. Aussi vit-on les frères Hérouard lui disputer la palme en 1839, Vne mention lui fut accordée et le jury s'étonna delà modicité des prix, l'exécution étant assez soignée t pour qu'on ne puisse pas s'expliquer comment on peut les livrer à des prix si faibles *. Ces . facteurs occupaient de 30 à 40 ouvriers. Même récompense et même remarque en 1844, pour des flûtes à 5 clés en argent t bien confectionnées » ne . coulant que 30 ir. Un flageolet et une canne-flûte de j ©es facteurs sont au Conservatoire. Ils eurent pour
associé M. Lanbé, qui leur succéda vers 1878 et qui recul une médaille de bronze en 1889. M. Martin Thibouville fils aîné, avait déjà une fabrique à La Couture depuis 1820, lorsqu'il vint établir une maison à Paris peu avant 1848. Après avoir obtenu des mentions en 1849-5»;, il reçut une méd. de bronze en 1867 et 1878. Sa facture devenait de plus en plus artistique : » les flûtes, hautbois et clarinettes sont € de bonne facture et très soignés dans les détails », lisons-nous dans le rapport de 1889. La transformation s'est accomplie et les produits de la maison Martin Thibouville sont aujourd'hui estimés des artistes. Un essai de contrebasson en métal dont il a été question dans la Facture instrumentale (p. 33) fut, avec une flûte Boehm en bois avec anneaux sans tampons (toc, ciLy p. 82), la nouveauté de l'exposition de ce facteur, qui reçut une médaille d'argent. Son fils (Martin-Victor-Gustave, né à Tilly en 1856) qui dirige la maison de Paris, et revoit tous les instruments, est actuellement archiviste de la chambre syndicale. L'association Thibouville frères (Louis, Nicolas et Pierre) à La Couture, ayant pris fin, deux d'entre eux" continuèrent la fabrication, le cadet sous le nom de Thibouville-Buffet, le plus jeune sous lé nom de Thibouville-Hérouard (1842). Les fils de ce dernier lui succédèrent et, pendant que l'aîné restait à La Couture, l'autre Jean-Baptiste, né le 4 mai 1832, créait une maison à Paris, en 1857, sous la raison sociale Thibouville frères ; mais, le premier étant mort en 1864, il fut remplacé jmr son cousin Béranmh, gondre de Thibouvills^Buff^t, dont les nouveaux
ÏNST. A VENT. BOIS 325
associés Thibouville et Béranger, conservèrent la marque de fabrique, pour peu de temps il est vrai, car ce dernier mourut à Ja fia de 1805. Le survivant adopta ej 1869 la marque Thibouville-Cabart* pour éviter toute confusion, et il transporta sa manufacture à Ezy. Ce facteur fit, dès lors^ tous ses efforts pour améliorer sa fabrication et la rendre digne des artistes. Après avoir participé à l'exposition de 1867, il remporta une médaille de bronze en 1878, pour ses instruments reconnus d'une bonne justesse et en 1889, il mérita une médaille d'argent. La clarinette en si b qu'il présenta était, de même que la flûte cylindrique, « parfaite d'égalité et de justesse » ; elle était munie de 2 clés nouvelles facilitant divers trilles [fa dièse-50/ dièse) dont nous avons parlé à l'époque dans notre ouvragé déjà cité (p. 71). Le hautbois < avait un très joli son et était juste dans toute son étendue ». On ne s'en étonnera pas, sachant que M. Louis Bas, i®' prix du Conservatoire, hautboïste à l'Opéra et à la Société des Concerts, gendre de M. J.-B. Thibouville-Cabart est chargé du magasin de Paris. Actuellement ce facteur étudie divers perfectionnements à apporter à la construction du basson. Parmi les facteurs de La Couture et des environs, prirent part encore aux expositions : Isidore Lot (méd. de br., 1878); Thibouville-Coudevillain, son successeur, qui ajouta à la flûte en 1886, des clés de trilles dignes de remarque (méd. de br., 1889) ;
' Depuis quelques années, les instruments d'artistes (système compliqué de mécanisme) portent seulement le nom de Cabart.
Eug. Thibouville et fils, qui déserta Paris où il était en 1855, pour s'associer en 1863 avec Noblet jeune, à La Couture (méd. de br., 1889) ; auxquels il faut joindre MM. Dolnet, Lefèvre et Pigis, établis à Mantes, auteurs de perfectionnements à la clarinette Boehm (1885) et au saxophone (1888), qui obtinrent une médaille de bronze en 1889.
Faute de plus amples détails, bornons-nous à signaler Lefebvre, de Nantes, qui reçut en 1839 une mention pour ,une clarinette avec laquelle on jouait dans tous les tons sans changer de bec; Buhner et £eller, de Strasbourg, dont le Conservatoire possède une clarinette alto et des bassons; Dobner et Consort de la même ville, qui ne nous sont connus que par une clarinette à 7 trous et 5 clés carrées ; Ferry qui créa à Mirecourt la première fabrique d'instruments à\ent en bois, comprenant 10 à 12 ouvriers (M. H. 1831.9) ; Leroux aîné, de la même ville (M. II. 1839-44) qui eut une maison à Paris et s'est associé avant 1867 à C\sTEGNiEn (M. H. 1867). Cuvillier fils aine, de Saint-Omer, prend place parmi les réformateurs du hautbois. 11 exposa en 1834 un inslru ment avec une clé de si grave donnant effeclivenienl ce son, celte clé ne servant, disait-il, sur les autres hautbois, qu'à corriger Vut toujours trop h;aut. Une 10® clé donnait la facilité de couler les octaves de fa à si et de faire sortir les notes aiguës. Un serpent droit, dit basson russe, de ce facteur nous est connu, et le muséa de Bruxelles possède un cor anglais à 2 corps s'emboitant dans un barillet coudé.
§ VI. Facteurs d'instruments en cuivre.
La facture des instruiiients de cuivre avait à peine compté durant tout le xviii® siècle. Bornée aux cors et. trompettes, qui aurait pu prévoir qu'elle prendrait un développement rapide et jouerait un rôle capital dans rindustrle des instruments de musique? Au commencement du siècle même, malgré l'activité qui se manifesta, il eût été difficile de se prononcer. Non-seulement la consommation devait s'accroître, mais la transformation des instruments et des procédés de fabrication devaient faire de cette branche de la facture, une industrie indépendante et prospère, n'ayant plus rien de commun avec l'ancienne cliau-dronnerie.
Peu de maisons du xviii® siècle prolongèrent leur existence. L. J. Raoux se préparait néanmoins un digne successeur en son fils Marcel-Auguste, né le 21 août 1795, Comme ses ancêtres, celui-ci fut à la fois instrumentiste et factenr, et, après s'être initié à la fabrication, il commença sa carrière de virtuose dans les pupilles de la garde impériale, où il s'engagea le 16 oct. 181 3. Son service terminé, il reprit sa place à l'atelier de son père et entra comme corniste à l'orchestre du théâtre italien, où nous le trouvons en 1833 comme second cor et où il était encore en 1856 en qualité de premier, avec 150 fr. d'appointements par mois. Ce n'est que lorsque M. A. lUoux eut l'entière direction de son atelier, que l'on vit ses pro-
duits aux expositions; malgré l'excellente réputation de sa maison et les suffrages de sa clientèle, il comprit qu^il ne pouvait se désintéresser de ces concours périodiques. Il y parut pour la première fois en 1839 et obtint une médaille d'argent (la première qui ait été accordée aux instruments à vent) < ayant été placé trois fois an premier rang. » En 1844 ce fut une médaille d'or, également la première accordée aux instruments de cette catégorie : « quatre ins- « truments sortant de l'atelier de M. Raodx, dit le « rapport ont été placés, au premier rang dans le « concours, savoir : un cor sans pistons, un cor, un « cornet et un ophicléide, tous trois avec pistons. € Un pareil succès trouve son explication dans les « soins apportés à la construction de ces instru- € ments et peut être aussi dans la nature des procé- « dés employés par M. lUoux qui continue à. se ser- € vir du marteau pour façonner ses cuivres. » Cinq ans après, nouvelle médaille d'or avec la croix de la Légion d'honneur et, en 1855, médaille de i" classe. Parvenu à ce point, M. A. Raoiix crut devoir se retirer après 48 ans d'exercice, il céda son fonds le 1 2 janv. 1857 à Labbaye, moyennant une rente viagère de 2,400 fr. Chose bizarre, il n'avait pas voulu, rompant avec les anciennes traditions de sa famille, que son fils suivit la carrière d'artiste et de facteur. M. A. Raoux mourut le 3 juin 1871 . Ses instruments sont aujourd'hui très recherchés, les cors surtout ont une pureté de son et une^justesse irréprochables. Toutefois l'on rencontre des instruments qui ont perdu ces qualités par la faute des artistes qui
ont fait transformer des cors simples en cors à pistons, opération 1res délicate dont le résultat est souvent incertain.
Courtois qui, en 1789, était rue Mazarine, exerça aussi au commencement du siècle, puis, des membres de sa famille formèrent deux maisons distinctes ; l'une eut son siège rue des Vieux-Auguslins, 34, et fut dirigée d'abord par Courtois neveu aîné, puis vers 1841 par ses enfants (Auguste, Kugèneet Louis), sous la raison sociale les trois fils de Courtois neveu ^ avant de devenir la propriété de l'aîné, Auguste Courtois, (1847-48), qui la transporta rue de la Folie-Méricourt, un peu avant 1860 *; l'autre, datant de 1803, connue sous le nom de Courtois frères, située rue du Caire, eut pour continuateur Antoine Courtois fils (1844-80) qui la transféra, en 1856, rue des Marais, où elle est encore sous la direction de M. Mille.
Courtois neveu fit, en 1838, un cornet à pistons et à coulisse. On retrouve peu d'instruments de sa fabrication. Nous ne connaissons que le cornet à 2 pistons du Musée du Conservatoire (!nv''«n'* 1227) et de son fils Aug. Courtois aîné, aucun ne nous est encore parvenu. A l'exposition de 1849, ce dernier obtint une mention pour un cornet placé au 4® rang ; il figura sur la liste des exposants de 1855, mais il ne paraît pas avoir soumis ses produits au jury. Aug. Courtois inventa, en 1847, le piston curviligne et. en 1856, les pistons obliques par rapport à l'instrument.
4 Son frère Eugène créa une maison qui dura peu, rue Bichat. Bq 1849, il figurait sur la liste des exposants.
De Courtois frères il y a au Conservatoire une trompette de cavalerie en usage sous Napoléon I^ (no 604), une trompette circulaire en sol qui servit à ropéra de 1826 à 1832 (n" 606) et un autre en forme de demùlune avec laquelle on obtenait des sons bouchés comme sur le cor. On y voit aussi un clairon présenté par Courtois frères qui fut adopté en 1823 parle Ministre, lorsqu'il fil appel aux facteurs pour la création d'un instrument à sons différents de la trompette, pour les signaux dans l'infanterie (n°59o). La même collection possède les tromBones à coulisse, décernés en prix à D. Simon et à Delisse (1838-41), des cornets, bugles à clés, cors, ophicléides, donnés par M. Mille, dont nousavons parlé dans la Facture instrumentale. La renommée des instruments des frères Courtois est solidement établie aussi bien à l'étranger qu'en France, elle est due à un travail consciencieux et 1res artistique. On ne s'explique donc pas pourquoi ces habiles facteurs sesontabstenus aux diverses expositions; ce n'est que lorsque Antoine Couutois eut pris possession de la maison qu'elle y parut. Pour ses débuts, A. Courtoiç obtint la Prize medal à Londres en 185 1, efla médaille de i»"" classe à Paris, en 1855, où figura une grande va- . riété de beaux instruments, parmi lesquels les cornets, trompettes et trombones firent merveille et dont l'excelh^nce ne s'est jamais démentie (Pn'2:e medal, Londres 1862, méd. d'arg., Paris 1867, d'or à Moscou 1872 el Paris 1878) Depuis 1856, M. Aug. Mille (né à Lille, le 3 avril i8:î8) faisait partie de la maison; après l'exposition de 1878, où il reçut une médaille
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de bronze en qualité de chef d'atelier, A. Courtois se l'associa^ et à son décès, (1880), il lui succéda. Initié de longue date aux procédés de facture qui ont fait la gloire delà maison et lui ont valu le titre de fournisseur du Conservatoire et des écoles succursales, M. Mille était à même de les maintenir; ses succès, personnels aux expositions postérieures le prouvent assez : décoration nationale (Boston 1883), grand diplôme d'honneur à Anvers, médaille d'or à Londres (1885), et à Paris (1884). A cette dernière, il présenta un trombone à coulisse avec une 8^ position (si naturel), que nous avons décrit à V époque {loc. cit., p. 105). Revenons au commencement du siècle pour suivre le mouvement qui fut tout d'abord à peu près nul,car aux facteurs du xviii® siècle qui exerçaient encore, nous n'avons à ajouter que J.-B. Dupont (1785-1865), inventeur d'un cor et d'une trompette omnitoniques au moyen d'une coulisse à crémaillère (181 8), qui lui valut un prix de l'Institut, et dont il y a, au Conservatoire, un cor composé d'autant de tubes que de tonalités, qui s'obtiennent en plaçant l'embouchure sur celui du ton désiré ; François Riedlocker, né à Linz, en 1753, élève de Gormery, et son successeur peu avant 1808, inventeur, dit Choron, de la coulisse d'accord du trombone, et que nous trouvons jusqu'en 1831, époque à laquelle Halary père acheta son fonds*; Boileanqui présente à l'exposition- 18 19: l** un
*I1 y a au Conservatoire un trombone-alto de ce facteur (n°66i). Dans la même collection sont une basse de musette (n* 468) et un hautbois en cuivre (n® 478) poinçonnés, l'un I. I.R.
cor en bois avec pavillon et bocal en cuivre ayant la faculté de donner des sons justes et d'accompagner dans tous les tons, sans corps de rechange ; 2® des trompettes d'harmonie et de cavalerie; 3° une grande flûte en la et une clarinette en sol avec petite clé (méd, do bronze), mais ne reparut plus aux expositions suivantes, bien qu'il ne cessa de fabriquer qu'après 1840 ; André-Antoine Schmittschneider 1820-31) auteur d'un procédé de fabrication des cors et trompettes ( 182 1), d'un cor à 23 tons de rechange cl cic trombones d'une construction nouvelle, ayant plus de rondeur el de force dans le grave, récompense en 1823 d'une médaille d'argent. En 1826, il faisait des cors, cors octaves, trompettes, trombones et cornets.
De cette époque datent également deux maisons qui devaient avoir une plus longue durée et une plus grande renommée.
La première est celle de Jacques-Charles Labbaye P'to, élève de Cocrtois, qui débuta à l'exposition de 18 19, avec des cors mécaniques « portant 9 tons cie- « puis le Si du haut jusqu'au si&n bas, sans changer « de ton, ni d'embouchure, modulant dans tous les < Ions en moins d'une seconde, dans le même système que le cor ordinaire », dont il existe un spécimen au Conservatoire (n° ioi6d'inv.),plus un coravec 3 tons de rechange, faisant l'office des 9 tons ordinaires.
l'autre, J. J. R., initiales sous lesquelles G. Chouquet a cru voir celles d'un Riedlocker (1740-1820). Nous ne le contestons pas, mais il ne s'agit pas assurément du facteur ci-dessus.