‹ Les facteurs d'instruments de musique: les luthiers et la factureChapitre 79 sur 86 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

tenant et on les trouve supérieures aux cordes de provenance étrangère.

Les produits de la facture se divisent en deux catégories principales ; la première comprend les instruments dits de pacotille et de qualité moyenne, à l'usage des sociétés populaires ou pour l'exportation; la seconde, les instruments de choix, destinés aux artistes virtuoses ou musiciens d'orchestre, amateurs, elc. I.a distinction est parfaitement établie entre ces diverses sortes d'instruments et il ne peut y avoir de confusion à l'égard des facteurs; celui qui se fait une spécialité du bon marché ne fournit pas habituellement des instruments soignés et vice-versa. L'importance des établissements varie depuis le simple facteur travaillant avec quelques ouvriers jusqu'à l'industriel occupant un personnel nombreux ; mais la quahté des produits n'est pas toujours en raison directe de cette importance, car de petits spécialistes font souvent œuvre artistique, alors que de grands manufacturiers se voient forcés parfois de rechercher, dans la fabrication courante, un débouché facile pour pouvoir entretenir leur usine en activité*.

Paris est le siège principal de la fabrication des instruments en général, et particulièrement pour les pianos, harmoniums, orgues d'éghses, et les instruments à vent, cuivre et bois, c'est-à-dire pour toute fabrication artistique. Quelques facteurs d'instruments a vent (bois), outre leur atelier spécial à Paris,

*" Voir à ce sujet la Facture instrumentale ^ p. 6 et suiv.

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OÙ sont terminés tous les instruments et en particulier ceux à clés* dont le mécanisme exige des ouvriers adroits et expérimentés, ont une manufacture soit à La Couture- Boussey (Eure), ou dans les villages des environs, qui de longue da»e ont fait de cette fabricalion une industrie entièrement locale, soit à Manies, soit à Château-Thierry, où elle a été installée vers 1850-55, sans constituer dans ces dernières l'occupation principale de la population.

C'est probablement en Poitou que Ton commença à faire des instruments, et en particulier, les hautbois et musettes connues sous le nom de cette province. Le bourg de Croutelle était renommé pour l'habileté de ses tourneurs, qui faisaient une infinité d'objets usuels, fuseaux, quenouilles, chandeliers et divers instruments de musique percés à jour : € comme cornets à bouquins, hautbois, cornemuses, « chèvres-sourdes, flageols. piffres et flustes, dont le <i bois qui est excellent et qui rend l'harmonie et le « son plus mélodieux est le buys », lit-on (ians les œuvres de J. et P. CouiANT, publiées à Poitiers en 1628. Cette industrie était déjà fort ancienne et certainement antérieure à 1547, car un passage des Haliverneries parues à cette époque, fait montion d'un vieillard, alors centenaire, sonneur de coulre, c'està-dire de « flûtes qu'on fait à Croulèles, larges par c le milieu et à deux accords* » ; elle a pris fin, croit on, à la révocation de l'édit de Nantes ; remarquons cependant que les musettes et hautbois de Poitou

* L. Desaivre. Les- finesses de Croutelle^ Niort, 189 1.

LE POITOU — LA COUTURE 41b

faisaient encore partie de la musique du roi en 1722. L'on n'est pas fixé non plus d'une façon précise sur répoque où la fabrication des instruments de musique devint une spécialité de La Couture, mais à coup sûr elle est de beaucoup postérieure ; on dit qu'elle date duxvi« siècle,' mais sans preuve certaine. Les nombreux ouvrages sur la Normandie ne contiennent rien à ce sujet, ainsi que nous en informe le Conservateur de la bibliothèque d'Evreux; ce n'est que par les archives locales que Ton pourrait en établir les origines. Disons cependant que les HoTTETERRE étaient de la contrée et qu'ils y fabriquaient des instruments vers la fin du xvii' siècle. Quoi qu'il en soit, la facture n'y fut toujours pas bien considérable dans le principe; mais en 1834, il y avait environ 150 ouvriers sur 400 habitants s'occupant de la fabrication des instruments de musique en bois, et 50 à 60 personnes des villages voisins y étaient aussi employées. Aujourd'hui l'on compte environ 300 ouvriers sur 780 habitants travaillant soit à l'atelier, soit à domicile, pour le compte d'une dizaine de patrons ; plus une soixantaine d'Ouvriers fabriquant les clés, et une quinzaine faisant les accessoires, ligatures, boules, viroles, etc. La vapeur que Gautrot utilisa le premier en 1855, à son usine de Château-Thierry, est employée à La Couture depuis 1866. De cette ville, l'industrie de la facture des instruments en bois s'est étendue depuis 1830 à plusieurs villages voisins : Ivry-la-Bataille et Garennes où l'on utilise la force hvdraulique ; mais peu d'ouvriers y sont employés (une quarantaine) de même

qu*à Ezy où M. Tiifbouville-Gabart a fait élever une usine à vapeur vers 1880.

Mantes possède également deux manufactures d'instrumenls en bois; la première a été fondée en 1850 par Boffet-Grampon qui apporta dans la contrée cette industrie toute nouvelle pour les habitants. Il n'y eut tout d'abord que 3 ouvriers ; ils sont 150 aujourd'hui et une machine à vapeur de 25 chevaux actionne l'ouiillage. Une seconde fabrique, moins importante, a été installée ensuite dans cette ville.

C'est àMirecourtque depuisdes siècles se concentre la lutherie. Pas plus que pour les précédentes localités, l'on n'est fixé sur la date précise à laquelle y est née la fabrication des instruments à cordes. On pense, d'après certains indices, que c'est vers le xvi® siècle; mais le plus ancien document qui en fasse mention n'est que du xvii". Un passage des mémoires de ChevRfER (1634) nous apprend que Mirecourt était fameuse <( moins encore par ses violons et ses dentel- « les que par les grands hommes qu'elle a produits. * Presque tous le<5 célèbres luthiers sont issus de cette petite ville, dont il a été souvent question dans les chapitres précédents. Il y règne une activité prodigieuse et les nombreux artisans qui travaillaient autrefois pour leur compte (on les évaluai ta 250 en 1867) sont occupés en grande partie par quelques grands industriels. C'est Nicolas qui entreprit le premier la centralisation. En 1834, il employait 600 ouvriers à fabriquer environ un million d'instrumentsà cordes de toutes espèces dont les prix variaient entre 2fr. 50 et 60 fr. la pièce, et Pageot faisait faire 7a 8.000 dou-

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zaines d'archets deo fr. 50 à 15 fr. la pièce. En 1859, BuTHOD produisait 900 instruments de 5 à 40 fr. ; De- RAZEY, en 1844, en faisait 600, et aujourd'hui, M J. Thïbouvili.e-Lamy, accuse une production de 25 à 50.000 instruments Certes, il s'y fait beaucoup d'instruments de pacotille, mais en général la qualité s'est améliorée, et dans la quantité, il s'y trouve des produits estimables; néanmoins pour les véritables amateurs et artistes, un instrument de Mirecourt laisse toujours quelque prévention*. Bientôt pourtant, à la fabrication machinale succédera le travail raisonné. En 1890, sacrifiant quelques milliers de francs de la fortune qu'il a acquise dans le commerce d'instruments, M. Thibouville-Lamy a fondé à Mirecourt une école professionnelle où un certain nombre de jeunes apprentis sont initiés aux rudiments du dessin, de la physique, de la chimie, de l'acoustique et de la musique. Il est donc à prévoir que, forts de ces connaissances techniques que n'avaient pas leurs devanciers, les futurs luthiers joindront au tour de main qui a seul fait jusqu'ici la réputation des ouvriers de Mirecourt, une entente réelle des principes de construction dont bénéficieront leurs produits.

La petite facture, en provoquant la division du travail, il y a une cinquantaine d'années, donna naissance à une foule d'industries diverses, qui ont pris une certaine extension et auxquelles de grandes maisons françaises et étrangères ne dédai-

* Se reporter aux détails que nous avons déjà donné sur Mirecourt et ses produits, chap. IV. p. 287 .

gnent pas de recourir : fabriques de caisses de pianos, de claviers, de mécaniques, de chevilles, de feutres pour marteaux, de clés pour flûtes et autres instruments, de pavillons, de pistons, d'embouchures, de lames vibrantes pour harmonium, etc., dont le siège est à Paris, et dont nous n*avions pas à nous occuper, quelque grande que soit Timportance de quelques maisons et quelques services qu'elles rendent, car ils ne font que despaWie^ d'instruments et ne doivent point compter parmi les facteurs (V. p. J71). C'est par millions que se chiffre le mouvement d'jjffaires occasionnées par les instruments de mufique^ mais on ne peut. avoir de renseignements précis à ce sujet, aucune statistique officielle n'étant publiée et les facteurs se refusant à faire connaître leur situation ou ayant intérêt à la dissimuler. Cependant, si l'on songe qu'au commencement du siècle l'industrie des instruments de musique était fort restreinte, on estimera que le mouvement ascensionnel s'est vite produit, sachant qu'en 18 19, elle | occupait 1.067 ouvriers et que le chiffre d'affaires s'élevait à 2.000.000 de francs, seulement, tandis qu'en 1847, on comptait 4.500 ouvriers produisant i6.55i.7i7fr., et, en 1878,7.800 ouvriers, dont6.6oo à Paris, fabriquant pour une valeur de 2 j ou 24 mil- I lions. A elle seule, la fabrication du piano occupait i près de 2.900 ouvriers dont le rapport était de plus de onze millions. Il y a quelques années, on esti- ' mait en France la valeur de la fabrication à 25 mil- i lions, dont la moitié â peu près était consommée par I l'étranger. On trouve à ce sujet, dans le tableau sui- j

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