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spécialistes, mais il date de 1849; quant à ceux qui appartiennent aux autres branches de la facture, ils n'ont été jusqu'ici l'objet d'aucun travail d'ensemble; à peine trouve-t-on sur eux, quelques détails dans des ouvrages divers ou catalogues de collections.
L'opportunité du présent volume n'était donc pas douteuse. Aussitôt résolu, une grosse question pour nous se présenta, relativement à son but, à la forme à lui donner et au plan à adopter pour en faire un ouvrage utile aux uns, et partant très documenté, et le moins ennuyeux possible pour les autres. Ferions -nous un dictionnaire biographique, une histoire complète ou une analyse succincte par spécialité ou par époque? Ces diverses façons d'envisager la question ayant chacune leurs avantages et leurs inconvénients, nous avons essavé de les combiner pour donner satisfaction, s'il se peut, à l'amateur, au professionnel et à l'écrivain en quête de matériaux. On trouvera par conséquent dans les pages qui vont suivre, un mélange de faits, de remarques, d'anecdotes, de critiques, de notes biographiques, de détails techniques, etc., semés à travers le récit qui les relie et en dégage la substance pour constituer l'histoire des principaux représentants de la facture et- de son mouvement à travers les siècles.
Donc qiie l'amateur, le simple curieux, ne se rebute pas aux passages arides ou fastidieux inévitables dans un livre de ce genre, et qu'il ne le ferme pas impitoyablement; qu'il poursuive en parcourant, cela est facile avec la disposition typographique et la division que nous avons adoptées, et il rencontrera certainement des pages susceptibles de retenir son attention. Quant au collectionneur, au travailleur, les tables et sommaires lui donnent le moyen de trouver rapidement les renseignements qui peuvent lui être nécessaires. Qu'il sache
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toutefois que nous n'avons enregistré que des faits prouvés et établis par des documents précis et que les dates entre parenthèses, à la suite des noms, indiquent quelquefois Tannée de la naissance et de la mort du facteur, mais plus souvent celles de l'exercice professionnel qu'il nous a été permis de releversûrement et non celles de l'exercice intégral ou supposé.
Suivant un principe dont nous nous sommes toujours bien trouvé, nous avons puisé nos renseignements aux sources mômes et lorsque nous avons dCl faire des emprunts à quelques historiens, nous avons corroboré leurs notes ou nous leur en avons laissé la responsabilité. Cette méthode nous a évité de reproduire de grossières erreurs, et elle nous a dor.né la possibilité de rectifier celles que nous avons rencontrées dans quelques ouvrages,- ainsi que les fa-usses interprétations de certains écrivains, en même temps qu'elle nous a permis d'apporter une somme appréciable de faits inconnus, d'après des documents authentiques inédits ou ignorés. C'est pourquoi nous nous sommes limité aux facteurs français; les éléments ne sont pas assez complets ici pour que nous ayons pu nous occuper des facteurs étrangers.
En recherchant les diverses dénominations sous lesquelles on a successivement désigné lesjroducteurs d'instruments de musique, nous n'avons eu d'autre prétention que de noter autant que possible, l'époque de l'application qu'on leur a faite de mots usuels et l'étymologie de ceux qui sont résultés des instruments qu'ils fabriquent (chap. 1er).
L'historique de la corporation des faiseurs d'instruments (chap. Il) a été déjà tracé par quelques écrivains, mais incomplètement, on peut en juger par le nombre de pièces inédites que nous avons recueillies, parmi
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lesquelles nous signalerons la confirmation des statuts de 1680, le règlement de 1749, les procès et jugements de i520, 1741 et surtout celui de 1752.
Sur un assez grand nombre de facteurs, nous n'avons pu rassembler que des notes très succinctes, parfois même trop sommaires, qu'il seiait superûu de publier, si elles n'aidaient, par leur réunion, à reconstituer l'état particulier aux époques auxquelles elles se rapportent. Nous avons ainsi nientionné (chap. lil) quantité de facteurs dont on ne soupçonnait pas l'existence ou fait connaître diverses particularités les concernant, que l'on cbercberait vainement ailleurs, afin de répondre au double but du présent ouvrage. Malgré cela, nous ne prétendons pas avoir épuisé le sujet et fait un travail définitif; chaque jour amène de nouvelles découvertes qui modifient ou complètent ce que l'on sait. Mais, si pour la période antérieure au xix« siècle, nous avons fait place aux plus petits détails, vu leur rareté, nous en avons éliminé beaucoup sur la période moderne, pour des causes expliquées au préambule du chapitre IV.
C'est autant par curiosité que pour fournir quelques renseignements assez difficiles à se procurer que nous avons consa3ré un chapitre aux prix des instruments anciens et modernes. Il nous a semblé qu'à défaut d'utilité, il pourrait offrir quelque intérêt, nul n'ayant encore abordé ce sujet.
Enfin, après avoir fait connaître le rôle et les travaux des principaux facteurs, il n'était pas indifférent de dire quelques mots de leur industrie en général et, par conséquent , d'en rechercher les origines , d'indiquer les lieux où elle a pris naissance, d'en suivre les progrès , d'en faire ressortir l'importance et le développement au point de vue artistique et commercial, de dire à quel degré elle s'est élevée et de la
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comparer avec la facture étrangère ; en un mot, de faire Thistorique de cette branche spéciale de Tindustrie que Ton semble ignorer ou méconnaître, puisqu'elle n'avait pas encore rencontré son historiographe. Sur ce point, le lecteur peut être assuré de trouver dans ce volume un travail original, dont les éléments sont rassemblés ici pour la première fois. En énumérant les différentes espèces d'instruments usités à diverses époques, nous avons comblé quelques lacunes et rétabli plusieurs versions inexactes par suite de l'ignorance où l'on était de certains faits que nous avons eu la bonne fortune de découvrir, notamment en ce qui concerne la clarinette basse dont l'invention était attribuée «^ un lacteur allemand, les origines du cor anglais, de l'ophicléide, de la clarinette Boehm, du basson et de l'harmonium, et aussi sur les premiers pianos connus à Paris, l'emploi de l'orgue et d'instruments imités des Romains aux fêtes nationales de la Révolution, etc.
Certains auteurs, en présentant leur ouvrage au lecteur, expriment le vœu qu'il ait autant de plaisir à le lira qu'ils en ont eu à l'écrire. Nous ne dirons pas de même, — bien que la découverte de nombreux documents ou renseignements inédits nous ait procuré la joie qu'éprouve tout collectionneur lorsqu'il rencontre une pièce rare — car la mise en œuvre d'une multiplicité de détails, dont la recherche et la vérification n'avaient pas laissé déjà que d'être laborieuse, a présenta parfois trop de diflicultés pour qu'il en soit résulté un véritable agrément pour nous. Nous souhaiterons simplement que le public, considérant que notre tâche n'a pas toujours été aisée, ne nous tienne pas rigueur si sa satisfaction n'est pas complète et qu'il veuille bien accueillir ce volume avec indulgence.
Dénominations successives de la corporation,
Ce n'est qu'après une longue période et à la suile de variations curieuses à noter, que le nom de fadeur a élé adopté définitivement pour désigner, d'une manière uniforme et générale, les constructeurs des diverses espèces d'instruments de musique.
Au moyen âge, on désignait par le mot « féseeurs », suivi du nom de l'objet faisant leur spécialité, les ouvriers qui ne tiraient point de leur métier un nom particulier; ceux qui s'occupaient des instruments de musique étaient du nombre.
Une ordonnance du prévôt de Paris, rendue en 1 297, mentionne des t féseeurs de trompes », un arrêt du Parlement, de 1520, cite un « faiseur d'orgues », et des lettres patentes de 1599 établissent la communauté des « faiseurs d'instruments de musique », composée des fabricants d'instruments de toutes sortes.
Puis, le nom de facteur apparaît en 1668 dans les Comptes des bâtiments du Roy sous le règne de Louis XIV (J. GuiFFREY : Collection de documents
DENOMINATIONS SUCCESSIVES
inédits sur l'hisloire de France), appliqué aux construcleurs d'orgues :
1668. — 6 aoust, à Jean Joyeux, facteur d'orgues, pour plusieurs tuyaux qu'il a faits pour conduire l'eau dans le rocher de la salle du festin 77 1.
1668. — 24 décembre, à Estienne Evre, facteur d'orgues, pour son parfait payement de 200 livres pour avoir restably le cabinet d'orgues des Tuilleries. 100 1.
Cependant il faut croire que J'usage n'avait point encore fait loi, car en 1670, 1671 et 1679, le nom de faiseur revient dans les mêmes comptes :
1670. — Recepte. De luy (Jeannot, garde du trésor royal) 7.562 livres, pour en deslivrer au nommé Pampet, faiseur d'orgues, pour le paiement d'une orgue, une espinette et autres instrumens.
1671. — II janvier^ à Pampes, faiseur d'orgues et de clavessins, pour une orgue, une espinette et un clavessin qu'il a fait .pour le Roy 7.500 1.
1679. — 26 fébvrier, à Estienne Enocq, faiseur d'orgues, pour son parfait payement de 2.000 i.ooo 1.
Mais, à partir de cette même année 1679, le nom de « faiseur » ne reparaît plus, il fait place définitivement à celui de facteur, pour ce qui concerne les or^aniers S que le conjptable de Louis XIV avait,
* Nom que l'on tend à donner, de nos jours, aux constructeurs d'orgues d'églises. La Fage semble Tavoir employé le premier, entre autres dans son volume VOrgue de l'église royale de Saint-Denis (1B45;. N'est pas au Dictionnaire deLittré.
DE LA COItl»OUATlON
probablement par inadvertance, qualifiés en 1671 d'organistes * :
1671. — 25 octobre, à Estienne Henoc, organiste, à compte du restablissement de l'orgue de la Grotte de Versailles 600 1.
1678. — I déc à Hénoc, facteur d'orgues, pour avoir rétably Torgùe de la Grotte de Versailles 180 1.
1679. — i3 aoust, à Enoc et Gliquot, facteurs d'orgues, à compte de l'orgue de la chapelle de Versailles 2.000 1,
1684. — 19 wmr5, à Thierry, facteur d'orgues, à compte de la dépense qu'il a faite à démonter la grande orgue de Saint-Germain-en-Laye et celle de la Grotte de Versailles 25o 1.
i685. — .10 sept., à Jean Bessart, facteur d'orgue, pour un soufflet et portemens, qu'il a fournis au nouveau fourneau de la Monnoye des médailles 55 1.
i685. — i«r avril'() décembre, à Alexandre Thierry, facteur d'orgues, à compte du rétablissement qu'il fuit à l'orgue de la chapelle de Saint-Germain 1.450 1.
1687. — 5 aoust, recette : pour délivrer au nommé Rastoin, facteur d'orgues, pour le buffet d'orgues qu'il a livré pour le service do S. M i.5oo 1.
1688. — 5 sept,, à Alexandre Thierry, facteur d'orgues, parfait payement de 2.700 liv. à quoy monte l'orgue par luy fait pour l'église de Saint-Gyr. . . 5oo 1.
* Dans le pacte (traité) concla en 1604 pour la construction de l'orgue de Notre- Dame-des-Tables, à Montpellier, le facteur Jehan Torrian, de Venise, est appelé « maistre organiste •,