PIANOS — HERZ
OÙ il n'avait obtenu qu'une mention, sa maison avait pris, en 1844, un grand développement : il faisait à celte époque 400 pianos par an, et leur valeur artistique était fort appréciée; le jury lui décerna une médaille d'or pour ses petits pianos à queue, ses pianos carrés à 2 et 3 cordes et son piano droit à cordes obliques, classés au premier rang. H. Herz partit alors à l'étranger où il donna une fructueuse série de concerts de 1845 à 1851. Pendant son absence, un brevet fut pris à son nom pour des instruments dont la mécanique reposait sur le parquet du clavier (1849). L'exposition de Londres, en 185 1, ne lui valut qu'une mention, mais à Paris, en 1855, il mérita une médaille d'honneur. A dater de ce moment, la manufacture de H. Herz fit de rapides et incessants progrès. Si elle a longtemps végété, elle s'est élevée tout à coup au rang des premières maisons de Paris. A Londres, en 1862, le jury reconnut : « la perfection de toutes les parties de ses pianos, la puissance, l'égalité et la pureté de son, ainsi que la précision du mécanisme et la souplesse du clavier. » Hors concours en 1867, ^n raison de sa qualité d'expert, Herz prit part au tournoi artistique de 1878 et obtint un rappel de médaille d'or avec mention élogieuse. Bien loin était le temps où l'on louait la salle de concert édifiée par ce pianistefacteur, rue de la Victoire, avec condition de n'être pas obligé de jouer ses instruments. Agé de 86 ans, H. Herz mourut le 5 jauv. 1888. 11 était né à Vienne (Autriche), et avait fait ses études au Conservatoire de Paris où il remporta un i®"" prix de piano
182 XIX' SlàCLE
en i8i8, et où il enseigna cet instrument de 1842 a 1866.
C'est M™^ V« Herz qui présenta en 1889, les derniers instruments préparés pour l'exposition par son mari, lesquels furent à la hauteur de la réputation de sa maison, et lui valurent une médaille d'or. Mais elle ne conserva pas longtemps le lourd fardeau qui lui incombait; depuis le 3 juillet 1891, M™e V* Herz a cédé à MM. A. Thibout et C»% matériel et fonds de commerce, qu'ils ont réuni à la maison fondée par Amédée Thibout père, dont il sera question plus loin.
D'autres membres de la famille Herz se sont livrés à la facture du piano : Jacques Simon, frère du précédent, né à Francfortsur-Mein, le 51 déc. 1794, élève du Conservatoire de Paris, premier prix de piano en 181 2, qui, comme facteur, obtint une mention en 1844 et mourut à Nice le i®^ fév. 1880, sans avoir persévéré longtemps dans la fabricalion, qu'il n'avait entreprise d'ailleurs que sur une petite échelle puisque, en 1844, il n'occupait que 24 ouvriers tant chez lui qu'au dehors et ne produisait que 70 pianos par an. Un neveu des précédents, Philippe-Henri Herz, s'acquit une certaine renommée et lit remarquer ses instruments en 1867. Après son décès. S'a veuve conserva la maison avec le concours d'un neveu (méd. de bronze, 1878); elle est devenue la propriété do M. Levy Mario (méd.
d'argent, 1889).
Si les Irois maisons dont il vient d'être question se sont placées en tète de la facture des pianos,
tant par l'importance que par la perfection de leur fabrication, bon nombre de facteurs plus modestes, aujourd'hui disparus, ont tenu une place honorable dans la corporation, et participé dans une assez large mesure aux progrès accomplis dans cette industrie* Parmi les ouvriers de la première heure citons Ùnpoirier, qui reçut une médaille d'argent en 1806; Pfeiffer, qui obtint une mention la même année pour un piano vertical fait en collaboration avec Pëtzold, imagina un piano à caisse triangulaire soumis à l'Acadé^nie des Beaux- Arts en 1807, pereetionna le piano carré en lui donnant la longueur de la table d'harmonie et présenta en 1827 un piano transpositeur par le moyen d'une pédale ^méd. d'argent, 1819-23); Schneider, à qui vint l'idée de faire plaquer en argent les cordes de piano (1827).
J. -Henri Pape, d'origine allemande, mais formé à la fabrication dans les ateliers de Pleyel, fonda vers 18 18 un établissement qui fut longtemps prospère. Le nombre des inventions de ce facteur est considérable (137), sans qu'elles soient toutefois d'une utilité et d'une valeur égales. Nous faisons bon marché des instruments en forme de meubles usuels^ tels que le piano-table, 1^ piano-rond (1834) le piano-console, du piano sans cordes dans lequel ces dernières étaient remplacées par des ressorts (1825-34-40); mais nous devons citer son système de marteaux en dessus des cordes (1827-35), son piano vertical d'un mètre de hauteur (1828), son système de montage des cordes tendant à diminuer I0 tirage (1838), et surtout l'empLoi du feutre p&ur
la garniture des marteaux, d'où résulta une égale intensité de son, telle que cette matière a été adoptée universellement depuis (1826). Comme récompenses II. Pape a obtenu des médailles d'argent en 1823 et 1827, des médailles d'or en 1834, 1839, 1844, une médaille de 2® classe à Londres, en 185 1. Depuis lors, cette maison a, pour ainsi dire, cessé d'exister; elle ne reparut plus aux expositions, ou du moins elle ne s'y est point signalée; de 1872 à 1885 environ, elle fut tenue par M™''^ Pape et Delouche. En 1855, parmi les exposants, figurait le fils de J.-H. Pape, qui exerçait encore vers 1875, et un de ses neveux, qui n'ont rien ajouté à l'éclat du nom.
C'est par une sonorité exquise, bien que d'une extrême ténuité que se distinguèrent les pianos de Petzold (Guill-Lebrecht), né à Lichtenstein (Saxe), le 2 juillet 1784 et établi à Paris vers 180^. Associé à Pfkiffer jusqu'en 1814, il travailla seul ensuite. Petzold fit quelques changements dans la direction de la table d'harmonie qu'il rendit indépendante. (1823), et obtint un brevet pour un piano carré à cadre en fer fondu (1829); il reçut une médaille d'argent en 1823.
Le premier essai de piano droit tenté à Paris fut exposé par Roller et Blanchet en 1827 et fit sensation ; c'était un beau résultat que d'avoir construit un piano de un mètre de hauteur sur 1™ 30 de large et l'on sait quel succès a eu ce genre de piano qui devait faire disparaître le piano carré. Des modifications apportées au premier modèle par Roller en 1830, en firent le type qu'adoptèrent tous leurs confrères;