‹ Les facteurs d'instruments de musique, les luthiers et la facture instrumentale; précis historiqueChapitre 47 sur 84 · PIANOS -— PREVOST · texte numérisé non relu

PIANOS -— PREVOST

7io« fondée en 1849 s'est oependant maintenue jusqu'ici. En 18Ô7, sous la raison sociale Tôt, Schreck et Cie, elle obtint une mention honorable; vers 1872 M. Hanel remplaça M. Schreck et aux expositions de 1878 et 188911 représenta Tassociation avec M. Beuard (méd. de bronze). Leurs instruments sont bons et de prix raisonnables.

Encore un nom bien connu que celui de Pruvoat ; (te n'est point pourtant pour avoir paru aux expositions. Bien qu'établi depuis 1850, Henri-Joseph PauvosT s'y présenta seulement pour la première fois en 1878. Il reçut une médaille d'argent pour ses pianos droits à sonorité bien homogène, construits sur des plans à lui particuliers. Deux ans après, il cédait la maison à son fils Henri, initié de bonne heure aux détails de la fabrication. Adoptant le cadre en fer, il lui fit subir des modifications propres à l'alléger, en compensant la diminution d'épaisseur par des nervures augmentant la résistance. Les modèles de pianos droits de ce facteur sont au nombre de cinq : deux à cordes croisées, deux à cordes obliques et un demi-oblique dont les dimensions varient de i m. 22 à I m. 40 de hauteur; le meilleur marché coûte 490 fr. V.-H. pRUvosT père, décéda à Champigny, au commencement de juin 1892, âgé de 72 ans. Une médaille de bronze a été attribuée à son fils en 1889.

Plus heureux, M. Victor Pruvost, oncle du précédent, dont la manufacture date dé 1852, reçut une médaille d'argent k la même exposition. Il est vrai que les instruments soumis au jury étaient d'une bonne facture, consciencieuse et offrant de réelles quali-

tés. Les termes du rapport sont des plus élogieux : € un piano a cadre en fer forgé d'une seule pièce, lisons nous, possédait une qualité de son aux vibrations étendues », un autre, de plus grand modèle, à cordes croisées, «joignait à une grande sonorité et à des vibrations prolongées, beaucoup d'égalité et de distinction >; enfin le piano mi-oblique « avait une mécaniquefortbien réglée, un son distingué et très égal ». Avec ces qualités, les pianos de M. V. Pruvost sont cependant à des prix fort accessibles, ce qui contribue à en assurer le succès. Ce facteur emploie les deux systèmes de mécanique, l'ancien, dit à baïonnette, et celui à lames d'EnARo, qui donne une belle sonorité et une plus grande douceur. Depuis 1890, M. V. Pruvost a cédé sa maison à son fils Edmond- Victor, né le 7 juin 1863, qui suit les mêmes principes de fabrication.

C'est de 1850 que date la maison fondée par Gervex père auquel son fils Félix a succédé. 11 a obtenu une médaille de bronze en 1878 pour ses pianos droits et un système depédaleàressortenbois,et une médaille d'argent en 1889. Périodiquement M. Gkrvex fait une loterie entre ses locataires de pianos et le gagnant reçoit un instrument à son choix. A la même époque remonte la fabrique créée par Focké père qui, après avoir associé son fils aîné, exposa en 1878 et reçut une médaille de bronze. En 1889 M. Focké fils «aîné a présenté un essai de piano à queue avec double table d'harmonie à divisions formant boîtes sonores pour renforcer toutes les notes du clavier (méd. d'or). L'ancienne maison Angenscheidt-Everhard (M. Hi 185^

et méd. de br. 1878), devenue la propriété de MM, Angenscheidt frères, a présenté (feux innovations en 1889 : un piano vertical démontable par pièces de 40 kilog , pour l'exportation, dont ces fabricants se sont fait la spécialité, et un piano oblique à double table d'harmonie (méd. d'arg.). Après les facteurs dont il vient d*être question, il faut ciLer, toujours par ordre d'ancienneté, M. Ruch, originaire d'Alsace, dont l'établissement date de 1869 et compte parmi les plus renommés. Sa facture est surtout artistique. Tout en continuant la fabrication des pianos droits et obliques d'après les traditions des meilleurs facteurs, M.Uucii a été un des premiers à adopter le système à cordes croisées et cadre en fer forgé avec la mécanique à double échappement, d'ERARD, pour les pianos à queue et celle à lames pour les pianos droits. Ses instruments ont une belle sonorité, pleine et puissante, et offient une grande délicatesse de toucher. L'excellente fabrication de M. UucH^^qu'il dirige lui même, aucun piano ne sortant de ses ateliers sans avoir été revu par lui)aélétrèsappréciéedèsle principe, et son succès est allé toujours grandissant. Les hautes récompenses obtenues en France et à l'étranger par ce facteur * , et sa grande compétence, l'ont désigné pour faire partie du jury à l'exposition de 1889, où il fut par conséquent hors concours.

Arrêtons ici cette nomenclature déjà bien longue. Parmi les facteurs contemporains qui nous resteraient

* Méd. d'argent (Paris, 1878); de mérite (Melbourne, 18^0); d*or (Amsterdam, i883, Anvers^ i885et Barcelone, 18BR)»

à nommer, il n'en est aucun qui ait à son actif une 'découverte importante, donnant lieu à une notice particulière. En général, ils s'attachent à construire le mieux possible les divers modèles créés et perfectionnés par leurs prédécesseurs, et beaucoup y réussissent, de façon à conserver à l'industrie des pianos français une excellente renommée. Bornons-nous à donner ci-près le nom des lauréats des expositions de 1878 et de 1889, dont il n'a pas encore été question \ Dans notre revue des principaux facteurs, nous

1 MM. J. Lafontaine, établi en 1878 (M. H., 1878, méd. d'ar^ gent, 1889); MM. Louis Lévéque (méd. de br. 1878, d'argent 1889); Jeanpert (méd. de br., 1878-89); Bauvais et flls, Bellet, Limonaire, Mayeut fils, Martens, Philippi frères (méd. de br., 1878); Constants (M. H., 1878, méd. de br. 1889); A. Guillot (M. H., 1878). méd. br., 1889), auquel MM. G. Renard et Gahouet viennent de succéder; J. Nicolas Erard, méd. de bronze en 1878, qui ne s'est pas représenté en 1889; Eisenmerger, piano à diapasons légers et peu coûteux (M. H., 1878), un facteur de ce nom avait fait en i858 des pianos inclinés; J.-B. Gilson (M. H., 1878), dont la maison existait déjà en i855.

Facteurs ayantexposépour la première fois en 1889 : Méd,fVarg.'. P. Hansen, établi en 1874; Lévéque et Thersen, Tomasini (clavecins) ; méd, de bronze . J.-B. Frantz, ancien marchand de pianos à Paris, mort en 1892; Gausfl, Labrousse, Lary, Legay, qui présenta un piano eutonophone à deux tables d'harmonie; Mentions honorables : F. Barrouin, auteur d'un durcisseur de clavier au moyen d'un régulateur à poids; Dieffenbacher, dont la maison existait avant i855; Jouffroy, Leguérinais, H. Leibner, Toudy, dont la maison est antérieure, i856; Ë. Vanet, qui a trouvé le moyen de supprimer le ressort d'échappement et Ta remplacé par un contre poids et a imaginé un clavier à toucher ^oux ou dur à volonté (brevets, 1882-88); Winther.

PIANOS — BOISSELOT

n'avons encore rien dit des manufactures édifiées en province, aujourd'hui peu nombreuses et peu prospères, mais qui un moment furent redoutables pour la capitale, au point de vue de l'exportation.

Boisselot (Jean Louis), né en 1785, fut certainement bien avisé lorsqu'il choisit Marseille pour y établir sa fabrique en 1830. Aux portes de l'Italie, où il exporta largement, et à proximité des quais d'embarquement pour les diverses contrées du monde, il avait des débouchés plus faciles et moins coûteux que ses confrères parisiens. Sa situation devint rapidement prospère; ayant débuté avec deux ouvriers, quatre ans après il était en état de fournir 150 pianos par an, et en 1839, avec 70 ouvriers, il en livrait de 2 à 300 à la consommation, chififre qui s'accrut considérablement par la suite. D'ingénieuses innovations sont dues A ce facteur, entre autres le piano cledi-harmonique (1839), lequel permettait de monter2Cordesàla fois, à Tunisson parfait, de supprimer la cheville ordinaire remplacée par une vis sans fin et de substituer au nœud ordinaire de la corde, une cheville d'attache à vis de pression ; la mécanique à fourche (1840); le piano à double son (1843) dont les marteaux frappaient à volonté 5 cordes, trois à l'unisson et deux à l'octave haute ; le piano planicorde dans lequel les cordes étaient remplacées par des lames d'acier. Ces recherches ne lui faisaient pas négliger la fabrication courante. Après avoir eu une mention honorable en 1834 et une médaille d'argent en 1839, Boisselot obtint une méd. d'or en 1844 pour un piano à queue placé au premier rang et un petit piano de même forme mis au second

rang. Boisselot père mourut au mois de mai 1847» laissant sa maison à son fils Louis-Constantin^ associé depuis longtemps à ses travaux, mais qui ne lui survécut pas de beaucoup : la mort le surprît au mois de juin 1850. Force fut donc à son frère Dominique" François-Xavier, né à Montpellier* le 5 déc. 181 1, qui avait obtenu le Grand Prix de Rome pour la composition musicale en 1836, et fait représenter avec succès, en 1847, son opéra-comique Ne touchez pas à la Reine, d'abandonner la composition pour donner tous ses soins à la fabrication des pianos. Il ne fut pas moins bon facleur qu'habile musicien ; une seconde médaille d*or avait clé décernée à son frère en 1849 ; il obtint une méd de i""" classe en 1855 et, à Londres en 1862, il reçut la même distinction pour la perfection de ses instruments, auxquels il sut donner lîne belle et ample sonorité, par une plus grande longueur et un plus gros volume des cordes. X. Boisselot est mort le 8 avril 1893. Voici quelque 25 ans quMl ne s'occupait plus de facture : à la suit^ de Tincendie, (1865) de la manufacture fondée par son frère à Barcelone vers 1850, il avait abandonné la maison à son neveu Frann donl le fils a pris la suite. Un autre facteur, nommé Schultz, après avoir travaillé quelqnes années à Paris, se fixa à Marseille; il obtint une mention en 1844 et une médaille de bronze en 1849. Tandis que Boisselot père s'établissait à Marseille, Pierre Hyacinthe Hangeot fondait une fabrique de

* C'est par erreur que l'article nécrologique du Ménestrel du 16 avril indique la ville de Marseille, comme lieu de sa naissance.

PIANOS — MANGEOT 209

pianos à Nancy (1830) qu'il ctdait à ses fils Alfred et Edouard-Joseph en 1859, n'ayant participé qu'à des expositions régionales (Nancy 1833-38-43). Ces derniers firentremarqueràrexposition de Londres (1862), un piano à cordes obliques d'une charmante sonorité, lequel était muni d'un système de contre-tinige opposant une résistance convenable à la tension des cordes. En 1867 l^s frères Manoeot qui occupaient 60 ouvriers et faisaient ?6o pianos par an, alors qu'en 1850 leur père n'en fabriquait que 180, adoptèrent d'enthousiasme les modèles américains, qui devinrent la base de leur fabrication; ils les réussirent assez bien pour mériter une médaille d'argent. Mais il était réservé à ces facteurs de faire la tentative la plus originale que l'on ait à enregistrer, en construisant le piano à deux claviers renversés, qui fut la curiosité de l'exposition de 1878. Cet instrument réunit deux pianos à queue superposés de façon à ce que la corde la plus grave du premier se trouve vis-à-vis de la plus aiguë du second. L'idée d'un semblable instrument appartient au fameux pianiste J. WiEiSAWSKi alors professeur à Bruxelles qui, dans une conversation tenue en 1877, racontait que les facteurs étrangers auxquels il s'était adressé, avaient refusé de l'entreprendre, vu les difficultés à surmonter. Séduits immédiatement, MM. Manoeot réalisèrent l'instrument que le pianiste polonais J. Zarkbski fit entendre aux visiteurs de l'exposition. L'avantage qui résultait de cette disposition des claviers, consistait dans la suppression de l'écartemenl du bras pour atteindre aux limites extrêmes de l'étendue et des

croisements de mains, avantages bien minces en comparaison des études auxquelles ce système entraînait Texécutant. Il a cependant été fait six de ces instruments, sur lesquels il y en a un au Conservatoire de Varsovie et un autre à Bruxelles ; leur prix était de 5.000 fr. Avec une plus grande difficulté d'exécution, MM. Mangeot frères parvinrent à faire quelques pianos droits du même système au prix de 7.500 fr. La médaille d*or leur échut et M Ed. Mangeot, aujourd'hui directeur du journal Le Monde musicalyVemi la croix de la Légion d'honneur (20 octobre 1878); son frère Alfred est décédé le 29 avril 1889. Egalement à Nancy était, dès avant 1855, J. Staub, gendre de Warnecke, qui eut une médaille de bronze en 1878 et auquel son fils a succédé.

ALyon, toujours en 1830, s'installait Samuel Wirth qui, pour payer son tribut à l'innovation, produisit en 1840 un pianO'doucine &Q iovmQ et de mécanisme différents des pianos ordinaires et un double échappement à frappé en dessus avec nouveau jeu d'étouffoirs, exposés en 1844; puis,en 1854, un nouveau genre d'échappement pour pianos droits. S. Wirth 8*est contenté de ses succès locaux, car depuis la mention qu'il remporta à Paris en 1844 — époque à laquelle il employait 1 5 ouvriers et faisait une soixantaine d'instruments par an — il déserta les luttes pacifiques du Palais de l'Industrie et du Champ de Mars. Ce n'est qu'en 1889 que son successeur M. Aurand-Wirth sortit de cette réserve et reçut une médaille de bronze, pour les jolis pianos qu'il présenta. Ce facteur n'est plus seul dans la cité lyon-

naise, il compte aujourd'hui un concurrent sérieux, M. Baruth, qui présenta en 1878 des pianos droils d'un travail soigné, à sons homogènes (méd. de bronze), et obtint une médaille d'argent en 1889.

De Lyon, franchissons les 280 kilomètres qui nous séparent de la ville de Nîmes, pour donner un souvenir à Pol-Louis qui, en 1854, imagina, pour éviter les ruptures occasionnées parla tension et la distension des cordes lors de l'accord, d'employer la pression angulaire au moyen d'une cheville à vis, dont reflfel fut de rendre la corde sensible au moindre effort (méd, de 2° classe, 1855). Mieux que ce succès éphémère, le piano qui est au musée Kraus à Florence, conservera le nom de l'ingénieux facteur nîmois, qui a aussi tenté de donner à la table d'harmonie du piano, la forme de celle du violon (1854). Une mention fut accordée en 1855 à deux autres facteurs de Nimes : Haury et Dumas.

Suivons maintenant le cours capricieux de la Loire et arrivons à Orléans, où était établi J. Ch. Loddé qui se distingua en 1854, par quelques perfectionnements et par l'adjonction au piano droit, d'un clavier de pédales de 27 notes, faisant vibrer des cordes indépendantes de celles du clavier à mains, aussi récompensé d'une médaille de 2* classe en 1855. En 1878, Louis Loddé lui avait succédé. A Nantes, nous trouvons J. Lôté marchand de pianos dès 1827, devenu fabricant en 1847. Les succès régionaux lui suffirent, mais M. L. Didion, son successeur depuis 1871, fut plus ambitieux et la chance le favorisa d'une médaille d'argent en 1878, et, en 1889, il fît partie du jury en qualité d'ex*

pert.llors concours, ce fadeur exposa dc^s pianos droils à cordes obliques, établis pour résister aux influences atmosphériques du voisinage de la mer, La majeure partie des pièces ayant servi à la fabrication de ces instruments était de provenance parisienne, lisonsnous dans le rapport de M. Tliibouville-Lamy, ce qui veut dire, en d'autres termes, que ce facteur ne construit pas entièrement ses pianos, ils possèdent cependant un caractère de facture spécial, ajoute le susdit rapporteur.

La ville de Toulouse ne pouvait rester en arrière- Grâce à Martin fils aine dont le frère, Casimir Martin, inventeur du chirogymnasle avait exposé un piano secrétaire en 1844 avant de s'établir à Madrid, elle eut sa manufacture de pianos vers 1840 et elle figura avec honneur aux expositions de Lon. dres en 1862 (Prize medal) et de Paris en 1867 et 1878 (méd. d'argent). A celte dernière, la raison sociale était devenue Martin- et C'°.

On le voit la facture de pianos n'a pas été bien considérable en province et c'est Paris, qui est resté le véritable foyer de cette fabrication.

Trois facteurs de harpes du xviii* siècle continuèrent à exercer directement ou par leurs descendants pendant une partie du mx** siècle, et, (faut-il le dire ?) ils ne comptèrent point parmi les partisans de la harpe à double mouvement, soit par un reste d'attachement au passé, soit par intérêt commercial. Mais en présence des ressources nouvelles qu'apportait ce système, quelques-uns cher-

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