‹ Les facteurs d'instruments de musique, les luthiers et la facture instrumentale; précis historiqueChapitre 46 sur 84 · PIANOS — A. BLONDEL · texte numérisé non relu

PIANOS — A. BLONDEL

ment dans les œuvres pour piano et. qui, en réalité, est faite à deux cordes, avec la pédale douce ordinaire. Dans ce système, contrairement à Fusage courant, le clavier et la mécanique restent en place — ce qui évite l'usure causée par le va-et-vient, — le nouveau jeu d'étouffoirs est fixé au delà du frappé du marteau et les feutres en forme de coins, viennent se placer entre deux cordes, de façon à n'en laisser vibrer qu'une. On voyait aussi, à la galerie Desaix, lin piano droit avec clavier établi de manière à permettre de transposer de trois demi-tons et construit de telle sorte qu'il n'y ait pas de frottement comme à l'ordinaire. Appliqué au piano à cordes croisées, le clavier-transpositeur présentait des difficultés que l'inventeur a pu surmonter heureusement; une médaille argent a été la récompense de son ingéniosité. C'est aussi de 1839 que date rétablissement de M. Blondel (Alphonsè-Philippe-Alfred). Ce facteur? originaire de Douai où il naquit le 4 février 181 3, se fit d'abord connaître par l'invention d'une mécanique indépendante du clavier ( 1 84 1 ), puis, il imagina un a ppareils'adaptantà tous les pianos, à l'aide duquel on peut ajouter à chacune des notes de la basse, son octave grave et à celles des dessus, l'octave aiguë, et que, pour cette raison, il nomma piano-octave (1853-55) ; ensuite il apporia diverses modifications à la construction générale du piano, consistant dans l'invention d'une baïonnette d'étouffoir détachée du levier d'échappement dont l'usage s'est généralisé, et dans l'emploi d'une grande table d'harmonie hbre, ayant pour but de donner aux basses des pianos droits la so-

norité de celle des pianos à queue. A. Bi.ondel n'a ^uère fréquenté les expositions; pourtant, en 1849, il avait eu ses pianos classés au troisième ranfç et reçu une médaille de bronze; puis, une mention en 1855. Ce ne fut qu'en 1881 qu'il se représenta devant le jury pour lui soumettre un système de double échappement pour piano droit, dit mécanique niondel, donnant la répétition des notes quelîe que soit la distance du marteau et un piano à clavier mobile, se relevant de façon à supprimer la saillie qu'il présente d'ordinaire en avant delà caisse, inventé en 1838 par Uogez, chez qui il avait travaillé, qui lui valurent une médaille d'argent. S'inspirant d'une disposition de son clavier mobile qui, en s'abaissant, fait ouvrir un volol formé d'une partie du panneau placé au-dessous du clavier, afin d'augmenter la sonorité comme cela a lieu avec les jalousies de la boîte expressive du grand orgue, A. Blondel a rendu mobile le panneau placé audessus du clavier et sur lequel sont llyés les flambeaux, pour le faire servir de pupiire et donner en même temps un large passage aux ondes sonores, qui ne trouvent plus d'issue suffisante depuis que la mode est venue de charger le couvercle des pianos de livres, statuettes et autres objets d'art (1890). Une des ingénieuses découvertes de cet infatigable chercheur est le piano-orgue à un seul clavier permettant déjouer séparément l'un ou l'autre de ces instruments, soit de les faire entendre simultanément ou bien encore d'employer la moitié de l'un et moitié de l'autre, de façon à obtenir les basses avec l'orgue

PIANOS A. THiBOUT 197

et léchant avec le piano elvice-versa.M, Alph. Blondel est mort le 26 mars 1893, laissant à son ûls Alphonse- Alexandre-Ferdinand, né à Paris le 14 avril 1852, dont il avait fait son collaborateur depuis 24 ans, le soin de maintenir sa maison au rang des plus honorables où il avait su l'élever et qui lui mérita, en 1840, le titre de fournisseur de l'Académie de musique. C'est, comme Ta dit sur sa tombe M. 0. Commettant, le distingué critique du Siècle^ par un travail persévérant dont il a été le témoin dès la première heure, et grâce aux rares facultés d'intuition qui donnèrent naissance à leur amitié dans des cir constances peu communes, que M. A. Blondel a pu convertir l'étroit atelier où il débuta avec deux ouvriers, en une manufacture dont les produits ont reçu les suffrages des maîtres du piano : F. Planté, Marmontel, M""® Massart, etc.

Après avoir fait son apprentissage chez Mussard et avoir travaillé quatre ans chez H. Pape, Thibout (Amédée-Benoit), fils du luthier J.-P. Thibout, dont il sera question plus loin , s'étabht fort modestement en 1 840. 11 n'occupa d'abord que 20 à 25 ouvriers produisant 75 à 90 pianos par an ; en 1867, il en construisait environ 500 avec 80 ouvriers tant à l'atelier qu'au dehors ; aujourd'hui la maison en emploie une centaine et fait à peu près 700 pianos. A. Thibout s'est acquis une certaine réputation pour la fabrication des instruments à prix modérés ; il reçut des médailles de bronze en 1844 et 1849, P^is des médailles d'argent en 1867 et 1878. A Vienne, en 1873, il obtint une médaille de mérite. Il mourut le 14 fév. 1877, à l'âge de

m XIX^ 8IÈGLB

54 ans. Par suilc de ce décès, c'est M™"* veuve Thiboot, qui prit part à Texposition de 1889 où elle obtint une médaille d'argent pour ses divers instruments parmi lesquels on remarqua un piano à cadre en fer au prix 1res accessible de 550 fr. , destiné à l'exportation. M"'° veuve Thidout, en présence des suffrages recueillis par ses instruments et des récompenses précédemment obtenues (médaille d'or, Bruxelles, Amsterdam, Anvers) ne crut pas devoir accepter cette médaille et, par exploit d'huissier, elle notifia son refus à l'administration. En 1891, après avoir acquis le fonds H. IIebz, M"^ veuve Tbibout s'est associé son fils Hu^'ues-Amédée (né le 2 juin 1862), qui avait été nommé officier d'acdémie l'année précédente, et elle continue avec lui, sous la raison sociale Am. TniBouT et C", son ancienne fabrication.

En 1843, alors qu'il commença, à fabriquer luimême ses premiers pianos, Antoine-Jean-Denis Bord tout optimiste qu'il put être, ne dut certainement pas prévoir l'importance qu'acquerrerait sa manufacture, laquelle comporte aujourd'hui 300 ouvriers et d'où il est sorti jusqu'ici 84.000 pianos, soit une moyenne de 12 par jour. Humble fils d'un boulanger de la rue des Pénitents-Noirs, à Toulouse,où il naquit le 13 octobre 1814, A. Bord, à peine établi depuis un an, prenait part à l'exposition de 1844 et obtenait une médaille de bronze pour un petit piano à queue classé au 3^ rang; c'était heureusement débuter. Cinq ans après, ce fut un grand pjano à queue qui lui valut la médaille d'argent. A. Bord ne s'est pas attardé à la recherche de procédés nouveaux — il

t>lAN0S A. 60RD m

n'iraaginii guère qu'un mccanismo à double ôchappemenl en 185 1 — il s*est spécialement appliqué à produire des instruments dans les meilleures conditions économiques, et est ainsi parvenu à établir, entre autres, un système de piano droit au prix exceptionnel de 580 francs. Améliorant sans cesse sa fabrication, A. Bord obtint de hautes récompenses aux expositions françaises et étrangères S eten 1878, il fit partie du jury. A la suite de l'exposition d'Amsterdam où il avait dignement soutenu l'honneur de la iacture française, A Bord reçut du gouvernement français la croix do la Légion d'honneur (26 sept. 188^). En 1877, Antoine Bord avait appelé auprès de lui son neveu M. Antonin Bord, né à Toulouse en 185 3, pour en faire son élève et collaborateur, et à sa mort (5 mars 1888), ce dernier qui dirigeait les ateliers de» puis 4 ans, devint son continuateur. C'est lui qui présenta en 1889 divers modèles de pianos toujours conçus suivant les principes de bon marché établis par le fondateur, très remarqués du jury, notamment le piano petit format avec barrage en bois à 450 francs, celui à cordes verticales à cadre en fonte et sillet en dessus, le piano demi-oblique avec trois barres de fer et sommier prolongé ainsi que ceux à cadres en fonte et à cordes croisées, pour lesquels M. Antonin Bord reçut une nouvelle médaille d'or. Ce jeune facteur s'efforce de propager le système à cordes

1 Méd, de l'*^ classe: Paris (i855), Londres (1862); méd, d^argent : Paris (1867); méd. d'or : Sidney (1879), Melbourne OaSo), Amsterdam (1883).

croisées avec cadre en fer, et panlii les améliorations qu'il poursuit, il faut citer particulièrement la prolongation du son, problème qui de longue date, exerce la sagacité des facteurs, ainsi que l'adoption d'une nouvelle division du travail permettant à l'ouvrier d'acquérir une plus grande habileté et lui procurant un salaire plus élevé. Sonjenvoi à Chicago comprend un petit modèle de piano à queue avec cadre en fonte d'acier et cordes croisées, construit sur un nouveau plan et dont la puissance, l'homogénéité des sons ainsi que la qualité du timbre sont à remarquer. Les pianos droits, également à cadres de métal et cordes croisées, sont pourvus de la mécanique à lames d'ERARD, la seule qui convienne aux instruments à longues vibrations et d'une pédale douce par rapprochement des marteaux.

Un an après la fondation de la maison Bord, s'élevait celle de M. de Prodw^-Aubert (1844) aujourd'hui dirigée par M. L. Burgasser, qui s'est presque toujours abstenue aux expositions. En 1889, une mention a été accordée au propriétaire actuel. C'est de Piiouw- AuBERT qui eût l'idée de la vente à tempérament, qui contribua beaucoup à répandre le piano dans la classe bourgeoise.

Contrairement à la précédente, la maison Auchern'a guère manqué de participer aux exi)ositions depuis 1849, où une médaille de bronze lui fut accordée pour uu piano droit*. En 1889, le jury constata que

' 1 Elle fut à Londres en iBSi et i865(M. H.), à Paris en i865 (méd. de 2* cl.), 1867 (bronze), 1889 (argent).

PIANOS — ELCKE. GOUTTIERE 201

les frères Aucher conservaient les < bonnes et anciennes traditions de la maison ». Un système de barrage mixte et d'agrafes mobiles posées sur le chevalet pour compenser la charge des cordes, imaginé en 1850 donne une bonne sonorité aux instruments. Une semblable exactitude aux expositions est k noter pour l'établissement créé en 1846 par Fréd. Elcké *. En 1878x6 facteur qui s'était fait aussi une loi de vendre à ces prix peu élevés, et ne construisait que des pianos droits, avait réalisé de grands progrès constatés dans le rapport du jury. En prenant la direction de la maison (1878), M. Ed. Gouttière résolut d'étendre sa fabrication aux pianos à queue. A ce titre il reçut un diplôme d'honneur à Anvers (1885) et à Bruxelles {1888), mais c'est à l'exposi tion de 1889 que M. Gouttière obtint la meilleure consécration de son succès. En le plaçant t le premier sur la liste des médailles a'or », le jury reconnut à ses instruments de remarquables qualités. Deux d'entre eux fixèrent particulièrement son attention ; le grand piano à queue de concert, modèle Erard , par sa < grande puissance de son et ses basses excellentes » ; et celui à cadre en fonte avec cordes croisées, par la beauté des sons, leur prolongement et leur égalité dans loule l'étendue. M. Gouttière a su placer sa maison au rang des plus réputées et des plus importantes ; il occupe 100 ouvriers et fabrique environ 700 pianos par an.

* Médailles de bronze (1849), de 2« classe (i855), mention à Londres (1862), méd. de bronze (Paris, 1867; et d'argent (1878),

i>02 XIX"^ aiècLB

S'il est un nom très connu du public, c'est cerlainement celui de Jos.-Gab. Oaveau, né à Romorantiti en 1824. Il n'a pas non plus accumulé les brevets d'invention, pourtant il a introduit bien des modifications à la construction du piano et donné son nom à une mécanique adoptée par beaucoup de facteurs français et étrangers, connue sous le nom de mécanique Oa\)eanA\ est aussi l'auteur d'une transformation de la mécanique de piano à queue à!Erardy à laquelle il applique le ressort à boudin et d'un système de piano démontable en einq parties. M Gaveau a tenté d'obtenir Tampliflcation du son par réflexion, en plaçant une ^lace à quelques millimètres de la table d'harmonie; l'expérience nous fixera sur la valeur de cette innovation présentée à l'exposition de 1889. En attendant, elle témoigne du souci et des soins que ce facteur apporte à sa fabrication. C'est en 1847 QU^ '^1* Gaveau débuta, dans de fort modestes conditions ; aujourd'hui il occupe 200 ouvriers et construit environ i,;oo pianos paran; sa production totale s'élève actuellement après de 15,000 instruments^. Ce iacteur eut une médaille de deuxième classe en 1855, une d'argent en 1867. La médaille d'or en 187B et en 1889, atteste l'excellence de la qualité de ses instruments, affirmée à diverses reprises aux expositions d'Amsterdam (1883), d'Anvers (1885) et de J3ruxellej (1888) par le diplôme d'honneur. Depuis peu, M. Gaveau s'est adjoint ses six fils qu'il a placés à la tète des différents services de son usine.

11 est assez rare qu'une association ouvrière ait -une e&istence durable, la Société des facteurs depiâ-

Page 1