‹ Les facteurs d'instruments de musique, les luthiers et la facture instrumentale; précis historiqueChapitre 51 sur 84 · ORGUE EXPRESSIF — A. MARTIN · texte numérisé non relu

ORGUE EXPRESSIF — A. MARTIN

mise en vibration immédiate, que Tair seul ne produisait qu'a vec un léger retard ( 1 84 1 ). En même temps Martin trouva l'expression par la touche, au moyen d'un système de soupapes ouvrant graduellement des trous pratiqués au sommier de Tanche, de façon à donner à chacun une nuance dififérente de son sans altération de la justesse. D'autres innovations, non moins précieuses, furent apportées l'année suivante à la construction des orgues expressifs par Martin (1842) :1e prolongement du son produit par l'adjonction d'un petit soufflet retardant légèrement le retour de la soupape, de façon à soutenir les sons quelques instants après l'abandon des touches, comme cela a lieu avec la grande pédale du piano, effet que dans les orgues de Martin on obtenait par l'action de genouillères ; la modification de la forme de l'anche, établie de telle sorte que l'air vibrant soit soutenu sur les côtés, sans qu'il puisse se répandre par derrière, dans le but d'obtenir des sons plus forts et plus harmonieux ; l'imitation du timbre du hautbois, du cor anglais et du basson, par l'application de baudruche sur les châssis, cercles ou ouvertures, à l'instar du vulgaire mirliton. Ces innovations valurent à Martin une médaille de bronze en 1844, « l'instantanéité n'ayant jamais été obtenue dans aucun instrument de ce genre * disait le rapport. Tous ces perfectionnements et quelques autres se trouvaient réunis dans les instruments que Martin exposa en 1844, savoir : la percussion à tous les jeux, les genouillères pour le prolongement des sons (donnant à volonté la sonorité de la corde ou l'harmonie sou-

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tenue), l'accouplement des registres par des soupapes et de nouveaux trembleurs. Cette fois le jury lui décerna une médaille d'argent, mais c'est surtout en 1855 que les inventions d'A. Maiitin furent remarquées et appréciées; outre la médaille de 1" classe, il reçut la rroix dé la Légion d'honneur ii4nov.) En 1807, P. Bourlet lui avait succédé; il ^^eçut une médaille de bronze à l'exposition de 1678.

Dans la transformation de l'orgue expressif, Alexandre-François Debain (né en 1809) a joué un rôle capital , et nul plus quelui, n'a donné une plusgrandeextension aux ressources de cet instrument, qui parut si borné de prime abord. En ouvrant son atelier (18^4) après avoir travaillé dans diverses maisons à la construction de pianos et pièces mécaniques, Dédain faisait breveter un nouveau système de mécanisme de pia* no ; deux ans nprès il faisait un piano de- forme nouvelle qu'il appela piano- écran à clavier mobile, puis ce fut un nouveau système de piano de concert (1847) et le piano mécanique ouàmanivelle (1848*5^) qui fit fureur à l'époque en France et à l'étranger et dont le succès n'était pas encore épuisé en 1862, car il fut une des attractions de l'exposition de Londres. Dans l'intervalle, A. Di-bain avait fait d'autres découvertes certainement plus utiles> parmi lesquelles il en est une qui lui crée un titre à la postérité : l'invention de r^'irmontum (1842). Il avait préludé à cette création en imaginant le concertino (1838), dont le défaut principal était comme celui de l'orgue expressif, duquel il dérive, la monotonie du timbre. Debain parvint à y remédier en donnant aux ancbes diverses épais-

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seurs, et ea les plaçant dsins çIqb cases sonoreâ de dif» férentos formes et proportions, de façon à reproduire les effets des tuyau;& d'orgues, hautbois, basson, clarinétte, etc. Le brevet qu'il prit en 1842 énumère une longue suite de découvertes ingénieuses, adoptées en grande partie par la facture d'orgues expressives. Ces instruments n^avaient eu jusqu'alors qu'un seul Jeu de 6 octaves au plus, non-seulement Debain augmenta ce nombre comme nous venons de le dire, mais il trouvai© moyen de faire parler plusieurs jeux (de un à 20) par la même touche et cela sur 6 ou 8 octaves. Dans le but de parer au reproche que Ton faisait à l'orgue expressif de produire des sons courts et secs, il y adapta des cOrdes tendues sur une table d'harmonie comme pour le piano, losquelies étaient mises en vibration par l'ébranlement des anches. Debain eut aussi l'idée de garnir de bÊiudruche des trous parcés au sommier, pour modifier le timbre des aîiches de certains jeux, et de joindre à l'orgue un jeu d'harmonica en verre ou de timbres de cloches^ ressorts, etc. , frappé par un marteau, ainsi que de faire des instruments à 1, 4 ou 5 claviers. Peu après (mars 1841) une importante amélioration était appliquée à l'harmonium par Dsbain : l'expression par la suppression momentanée du réservoir d'air et la communication directe du soufflet avec les anches, qui devinrent dès lors sensibles aux divers mouvements des pédales. On pUt donc obtenir à volonté, des sons détachés ou soutenus, forts ou faibles, augmentés ou diminués, par la seule action des pieds. Signalons encore quatre autres modiâeatioos de détail qui

datent de la même année. L^une, par laquelle le clavier était rendu mobile et s'ouvrait à charnière pour faciliter la recherche des dérangements qui pouvaient survenir*; l'autre, portant sur une nouvelle disposition des boutons des registres, placés au-dessus du clavier (ils avaient été jusque-là sur les côtés), et l'inscription du nom du jeu sur les boutons avec l'indication en notation musicale, dé son étendue, lesdits boulons n'ayant porté jusqu'alors qu'un numéro; la troisième, consistant en un nouveau sommier dont les cases avaient à peu près la forme d'une coquille de noix allongée; et la quatrième, en un nouveau registre à pédale pour ouvrir les jeux. Afin d'amplifier et de diversifier la sonorité des jeux, chacune des anches était jointe, dans le principe, à un corps sonore en forme de cône, de tulipe ou de pavillon, de différentes dimensions, selon la hauteur des sons. Avec l'augmentalion du nombre de jeux, ces corps sonores devinrent bientôt encombrants ; Debain remédia à cet inconvénient en plaçant plusieurs anches sur le même corps et même en ne faisant qu'un seul corps formant boite pour un jeu entier (1B44). En même temps, il fit connaître son piano harmonium et le panharmonium réunissant tous les systèmes perfectionnés. Il semble qu'à l'exposition qui suivit (1844), le jury n'ait pas compris toute l'utilité de ces découvertes, car tout en reconnaissant l'habileté de l'inventeur et la variété

* Disposition analogue à celle du clavier du poïkilorgue de Cavaillé-CoU (1834); il s'ouvrait à la manière d'un livre.

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des effets de son nouvel instrument, il constata que l'avantage n'était obtenu « que par un peu de complication dans le mécanisme », et il ne lui accorda qu'une médaille de bronze; il revint toutefois surcelte appréciation en 1849, en lui décernant une médaille d'argent; et depuis, le temps est venu donner raison à l'ingénieux facteur.

Le symphoniumy inventé en 1845, était un acheminement vers ïharmonicorde (1851), combinaison de rharmonium et du piano formant un « magnifique instrument aux sons délicieux » suivant un écrivain, et produisant avec beaucoup de bonheur, suivant un autre, « une imitation de la harpe a.ccompagnant des instrumenls à vent ». Esprit fécond, A. Dédain a encore inventé VanWphonel (1846), mécanisme s'adaptant facilement sur les claviers pour produire automatiquement l'accompagnement des chants liturgiques, dans les églises dépourvues d'organistes, qui lui donna l'idée du piano mécanique ^ Tous ces travaux apportèrent profit et gloire à leur autour : médaille d'argent en 1849, ^^ 2® classe, à Londres eu 1851, de !'■*' classe, à Paris, en 1855 et à Londres, en 1862 ; il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 1 1 fév. 1860, il fut membre du jury en 1867, époque à laquelle sa manufacture occupait 600 ouvriers. Al. Debain est mort en novembre 1877 à la veille de l'exposition et n'a pu recevoir la médaille d'or attribuée à ses produits. Un superbe spécimen

* Vanliphonel Debain. Paris, 1878, Le Piano mécatiiqae, (îd. 1871).

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de la faclure de cet ingénieux inventeur, chef-d'œuvre de mécanique, est entré depuis peu au Conservatoire des Arts-et Métiers; c*est un harmonium à 4 claviers analogue à celui qu'il exposa en 1867 et qui était composé de ;o Jeux et ne comprenait pas moins de ^050 anches.

La mort de Debain entraîna la disparition de son importante manufacture. P. L. Alph. Rodolphe, qui avait fondé en 1850, à sa sortie des ateliers de Fourneaux, un petit établissement, se rendit acquéreur de sa marque seulement. En 1 85 1 , il avait imaginé un clavier mobile transposileur en rapport direct avec les soupnpes, présentant autant de solidité que s'il était fixe. Après avoir participé à l'exposition de 1855, il envoya à Londres (1862) un remarquable instrument de 5 jeux, 2} registres dont la soufflerie était disposée de façon à obtenir à volonté l'expression sur tout ou partie du clavier (Prize medal). Mais c'est en 1878 que d'énormes progrès fureut constatés dans la facture d'Alph. Rodolphe, aussi une médaille d'or lui fut-elle accordée, il n'en avait eu qu'une de bronze en 1867. Pour 1889, ce facteur qui dans l'intervalle, s'est associé ses fils, a voulu faire mieux et y a réussi en combinant,surun même instrument, les deux systèmes de soufflerie française et américaine (foulante et aspirante), celui-ci donnant des sons très doux, et très approprié par suite à la musique du culte protestant; le premier seul usité jusqu'ici en Europe, produisant l'intensité, la rondeur et la netteté des sons. Cette innovation est heureuse en ce sens, qu'elle augmente la variété des effets si nécessaire à

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cet instrument. Des registres ad hoc donnent la faculté déjouer Tun ou l'autre des systèmes, ou les deux à la fois. MM. Rodolphe ont été recompensés par une médaille d'or. Depuis, ces fiacteurs ont fait breveter un nouveau système de casier harmonique applicable à Vharmoniphone (14 août 1891).

Chronologiquement nous aurions dû déjà parler de Jacob Alexandre (né à Paris en 1804), dont la manufacture a été fondée en 1829, mais il n'y était construit alors que des accordéons et phys-harmonicas,et comme nous suivons, autant que possible, les progrès de l'orgue expressif, force nous est de placer ce facteur après les créa leurs de l'instrument auquel il n'apporta que plus tard son contingent d'améliorations. Cependant dès 1839', Alexandre présenta à l'exposition, avec des accordéons et harmonicas, des orgues expressives et le piano-concertina et, en 1844, il envoya un orgue-melodium pour chapelles et salons € bien exécuté et d'une bonne qualité de son », qui lui valut une médaille de bronze. De nouveaux progrès furent ensuite réalisés et les divers brevets qui suivent, constatent des perfectionnements à l'accordéon (1846-54), à l'orgue expressif (1854-57). En 1852, J. Alexandre fit connaître un piano-organisé à

* D'après ie rédacteur de la notice Sur la maison Alexandre dans les Grandes Usines, un orgue à deux jeux de ce facteur aurait figuré à rExposition de 1834. Sans contester le fait, disons qu'il n'est corroboré par aucun document officiel; compte rendu, almanach-annonces, etc. Il est inadmissible pourtont quQ scfn^blable innovation soit passée inaperçue des organes spéciaux.

sons prolongés à Taide de genouillères et à cordes vi branles. Ne se conlentant pas de ses inventions, Alexandre achetait le droit d'exploitation de tous les perfectionnements connus, de façon à mettre ses produits à la hauteur des derniers progrès : percussion, prolongement, expression à la main, etc. En 1855, rétablissement Alexandre père et fils, avait pris par conséquent un grand développement : alors que dans l'origine le chiffre d'affaires était de 50.000 francs, il avait atteint, dit-on à ce moment 1.500.000 francs, line médaille d'honneur fut décernée à cette maison parle Jury international. Cinq ans après (16 janv- 1860), Edouard Alexandre fils, était décoré de la Légion d'honneur; à l'exposition de liondres (1862), il obtint la Prize médal en raison du bon marché et do la bonne construction de ses instruments et, en 1867, il reçut une médaille d'or. J. Alexandre père est mort à Paris le 11 juin 1876. Depuis 1872, une société s'est constituée sous ce titre : « Société des orgues d'Alexandre père et fils », pour l'exploitation de la marque de fabrique. Elle fut administrée au début par M, II. BioxNE et la fabrication resta sous la direction d'Ed. Alexandre jusqu'à sa mort (8 mars 1888). En 1873 il s'était adjoint son gendre M. Edmond S.Ècfus qui fut nommé administrateur en 1884, fonction qu'il exerce actuellement. Les traditions de la maison ont été coniinuées quant à la qualité defe instruments et à la recherche des perfectionnements propres à faciliter l'exécution. Plusieurs brevets ont é!é pris dans ce but, notamment pour le système dit à lotie sonore^ permettant a Texécutant de

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nuancer les sons sans s'ôlrc aslreinl à la longue et difficile étude de Veocpression par les pédales, et pour Torgue mixte, réunissant les jeux d'anches libres et des jeux de tuyaux (1885). La difficulté, pour un instrument de cette nature, était de maintenir Taccord entre le jeu d'orgue et le jeu d'anches, le premier étant essentiellement sujet aux variations de température. On a paré à cet inconvénient en rendant mobile la partie supérieure des tuyaux, qui forme coulisse et peut s'allonger ou se raccourcir à Taide d'une vis de réglage, au moyen de laquelle on les met facilement d'accord avec l'harmonium qui lui, ne varie pas. Une création qui ne saurait donner lieu à brevet, mais qui est appelée à rendre des services, est l'harmonium à 4 jeux, 2 claviers à main et pédalier. Sa disposition est identique à celle du grand orgue et, beaucoup mieux que le piano-pédalier, il prépare à l'exécution de la musique spéciale à cet instrument. Voilà résolu le problème de l'étude du grand orgue chez soi, et il n'est pas un organiste qui n'apprécie une telle ressource . En 1889, la société des orgues d' Alexandre exposa une série d'instruments résumant l'ensemble de sa fabrication, « instruments de qualité supérieure et instruments à bon marché », composée de 14 modèles (sur les 30 ou 40 qui se construisent couramment), depuis le petit orgue à 100 francs jusqu'à l'orgue mixte (anches libres et tuyaux), lesquels furent l'objet de remarques flatteuses de la part du jury qui lui décerna une médaille d'or.

Ce ne fut pas un grand industriel que Ch -Viclor

Mustel, et de nombreux instruuienls ne répandront pas son nom de par le monde, mais il est de ceux qui remplacent la quantité par la qualité. Artiste, il le fut, et ce n'est pas trop s'avancer que de dire qu'il a été à riiarmonium, ce que Cavaillé-Coll est aux grandes oro^ues, pour le soin, la conscience et Tingéniosité qui président à la construction des instruments *. Fils d'un jardinier, menuisier de sa profession, Mustel (né au Havre le i} juin 1815), devint facteur par goût : un mauvais accordéon qui lui tomba dans les mains et qu'il entreprit de réparer lui-même, décida de sa vocation. C'est seulement en 1855 qu'il put s'établir après avoir été longtemps contre-maître de la maison Alexandre; l'année suivante, il faisait breveter le fruit de ses premières recherches : la distribution faculta-

* Le rapport de rExposition de iH8<j s'exprime ainsi sur le travail de V. Mustel : « Dans un instrument de M. Mustel, les touches, les registres, la soufflerie, les genouillères, tout enfin fonctionne d'une manière parfaite. Le mécanisme intérieur est ajusté avec une précision mathématique. Les notes parlent avec une facilité et avec une égalité qui n'a été atteinte, jusqu'à ce jour, par aucun autre facteur, et il est d'ailleurs le seul qui ait donné à l'accord de ses instruments des soins aussi minutieux. Non-seulement il s'assure, avant de l'employer, de la nature du métal dont il formera les languettes des lames, mais encore ces languettes seront préparées par lui-môme ou par un des siens, afin que, sur ce point qu'il trouve très important, aucune négligence ne puisse se produire. Pour assurer la perfection de l'accord, il observera l'instrument pendant plusieurs mois, le réglant à des intervalles déterminés et sous l'inftuence de températures diverses. Auâsi pent-on être assuré que tout harmonium sortant de la maison Mustel est un véritable objet d'art.

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live du vent sur l'une ou l'autre partie du clavier, autrement dit la double expression, sans laquelle il n'est plus aujourd'hui d'instrument parfait. Dès ses débuts aux expositions, il reçut les plus hautes récompenses . pour le fini de son travail au point de vue facturai et artistique * (médaille de i" classe, Paris 1855 et Londres 1862, méd. d'argent 1867). L'instrument présenté à la première de ces expositions était pourvu du jeu de harpe éoliemie, oscillant comme la voix céleste^ mais d'un timbre parfaitement distinct et d'un effet tout particulier. Eu le plaçant à la basse, V. Mustel réussit à renforcer la sonorité de cette partie du clavier et à créer des ressources nouvelles et variées pour l'accompagnement. Si l'idée du typophone, que V. Mustel construisit en 1865, ne lui appartient pas, il se Test appropriée de telle sorte qu'il en a fait une création originale. Cet instrument consiste en une série de 49 diapasons montés sur des caisses résonnan tes et mis en vibration par des marteaux actionnés par les touches d'un clavier, dont l'effet est analogue à celui de la flûte harmonique du grand orgue ; son prix élevé en a entravé la diffusion, mais il ne faut pas

1 Le rapport de Lissajous constate que les jeux étaient d'une pureté exquise et articulaient avec facilité sous le vent le plus faible, ce qui permettait d*éviter la percussion. En 1867, Fétis écrivit dans son rapport : « M. Mustel n'est pas, à proprement dire, un fabricant, car le nombre d'instruments qui sortent chaque année de ses mains ne dépasse pas i5. M. Mustel est un artiste; il porte dans son travail les soins les plus minutieux; toutes les parties de ses instruments se font remarquer par la précision et le fmi et la qualité des sons a une rare distinction. »

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trop lo regretter puisque le palliatif de cet inconvénient a donné naissance au célesfCy que nous signalerons à son tour. 11 nous faut mentionner avant, le méiaphone créé en 1878, qui a pour but, en éliminant • les harmoniques suraigus et en renforçant les sons graves, de donner deux caractères différents au timbre de certains jeux et de les rendre à volonté plus ronds ou plus éclatants. Par diverses modiScations à la forme du châssis de Tanche (1880), brevetées sous le nom ù'anche euphonique, V. Mustf.l est parvenu à donner à ses instruments une sonorité mâle et pleine, (jui les dislingue des harmoniums courants à sonorités aiguës et criardes, nasillardes même, que Ton ren contre si souvent. Aucun harmonium ne donne, mieux que ceux de Mustel, Tillusion de l'orgue à tuyaux, parla puissance,la pureté et la variété delà sonorité. En remplaçant les diapasons du typophone par des plaques métalliques et en les disposant sur des cases sonores, V. Mustel créa le célesta (1886), au timbre si pur, qui peut être joué seul et se substituer fort avantageusement aux jeux de timbres employés à l'orchestre \ mais qui se joint de préférence à Fharmonium, auquel il apporte une nouvelle source d'effets ravissants. Sa dernière création est la partUion-Mus- /e;(i888),consistanten 12 lames de bronze accordées avec précision, selon lo tempérament égal, de la à sol dièse, pour faciliter l'accord des instruments à sons fixes, le plus pratique et le plus immuable des nombreux procédés qui ont paru jusqu'ici.

* Aux théâtres de l'Opéra et de rOpéra-Comique on fait usage du Célesta- MusleL

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Une médaille d'or avait récompensé en 1878 les efforts de V. MusTEL. De plus hautes distinctions lui étaient réservées en 1889 • 1© seul grand prix pour les harmoniums lui fut attribué, ainsi que la croix de la Légion d'honneur (29 oct.), juste couronnement d'une carrière toute de travail et de dévouement à l'art. Hélas, la joie bien légitime de V. Mustel devait être de courte durée. Il mourut au mois de janvier 1890, laissant à ses fils Charles et Auguste, ses dévoués collaborateurs — - qui à ce titre reçurent chacun une médaille d'or à la dernière exposition — le soin do continuer son œuvre, dont ils possèdent heureusement le secret *.

Les facteurs cités jusqu'ici sont ceux qui se sont le plus distingués dans la perfection ou la construction de l'orgue expressif; à l'époque où la vogue commença pour cet instrument, quantité de facteurs s'improvisèrent que nous ne pouvons citer ici ^

Parmi ceux qui continuent à exercer, le premier

• Depuis que ces lignes sont écrites, la mort a frappé l'aîné des frères M'isteK Charles (20 mai). C'est une perte regrettable à tous égards, car il était maître dans l'art d'harmoniser les jeux.

- Exception doit être faite cependant pour ceux qui obtinrent des récompenses aux expositions : Fr. Dubus qui tenta, en 1841, d'obtenir l'instantanéité des sons en faisant un sommier faniianl le fond du clavier (mention hon., 1844, méd. de br. 184g et de 2" cl. i855. pour orgue à deux claviers); P. Stein, P. Sergent {M. II., 1849); Maillard (M. II.» i855); Salaûn, Schwaabet Ce (M. H., 1867); Couty et Richard (M. H., iJ^):); Couty cl Liné(méd. d'arg., 1878), auxquels M. Chabin a succédé; Ouéroult (méd. de br., 1878); C. Gavioli fils (br. 1878), lesquels ont cessé depuis la fabrication.

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en date est L. Boutevilin qui, après avoir eu en 1878 une médaille de bronze pour un harmonium à 2 claviers, céda la maison qu'il avait fondée en 1865, à MM. Cottino et Tailleur, dont la facture a été récompensée en 1889 par une médaille d'argent. Viennent ensuite MM. Christophe et Etienne, dont les progrès ont été toujours croissants (méd. de br., 1867, d'argent, 1878 et d'or, 1889). En 1878,068 fadeurs présentèrent un instrument pourvu d'une boite résonnante appliquée aux sommiers, donnant la faculté de faire parler les notes graves avec la même rapidité que les notes aiguës, ainsi qu'un haimonium à volume réductible. Pour 1889, i's soumirent au jury, outre leurs divers modèles, un harmonium construit d'après les indications du D^ Gontard*, pour obtenir des cinquièmes de tons. (Ex. : si dièse, do bémol, do naturel, do dièse, do double dièse). Cet instrument, dans lequel l'auteur sVgt proposé de réaliser la justesse absolue, est aujourd'hui au ihusée du Conservatoire. MM. Christophe et Etienne ont fait breveter, en 1891, un harmonium pliant nommé angelophone.

En 1878, MM. Dament et Lelièvre, des Andelys, n'exposaient que des instruments ordinaires bien construits (méd. de bronze); en 1 889 ces facteurs voulurent se distinguer par l'abondance des nouveautés : le médiophone ou harmonium de forme élevée ; le choriphone pour accompagner à l'unisson le chant

^ Voir le brevetdu piano-Gontard, 19 mars 1888 et27 janv. 1889 (no 189404).

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d'église, donnant au moyen d'une pédale spéciale l'illusion du coup d'archet de contrebasse ; Vharmoniphrase produisant seul l'accompagnement, et le claviphone, petit instrument à clavier pneumatique dont les touches actionnent le soufflet (méd. d'argent). MM. J. Richard et C^** se contentent de bien soigner la construction des instruments de système courant (méd. de br., 1B78, d'arg., 1889).

Au xixe siècle la facture des instruments mécaniques, orgues et pianos à manivelles, a pris une grande extension ; néanmoins nous ne nous y arrêterons pas, car, si nous avons pu admirer l'adresse et l'esprit d'invention des facteurs du xvni® siècle dans la construction des petites orgues et automates — VéritablBs objets d'art et de précision — on ne saurait accorder la même attention aux orgues à cylindre dits de Barbarie ou pianos à manivelle, quelque développement qu'on leur ait donné, qui ne concourent en rien à l'expression de l'art musical.

Si nous faisons exception en faveur de Davrainville, c'est qu'il procède directement des anciens spécialistes et que ses travaux ne sont pas moins remarquables que les* leurs. Davrainvillk est fils du fabricant de serinettes dont nous avons déjà parlé. Il naquit le ^o août 1784 et reçut des leçons de musique de CoupEBiNfils, tout en s'exerçant, sous la direction paternelle, à la construction des instruments mécaniques. A 15 ans, il notait son premier cylindre, et de 1 810 à 1 814, il aida son père qui, pour sacrifier à la mode, faisait beaucoup d'orgues à manivelle

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pour la danse. Il fit le jeu de flûte à cylindre parcourant 5 octaves et exécutant avec netteté et précision quatre ouvertures, que son père présenta à l'exposition de 1806. 11 reçut une mention, et en 1823, une médaille de bronze. Cette même année (1825) DavrainviLLE fit pour le duc de Bordeaux, une pièce mécanique représentant un escadron de 120 lanciers manœuvrant au son des fanfares de trompettes, actuellement en possession du Conservatoire de Bruxelles (n^ 457). In autre instrument du même genre, merveille d'exécution, est aussi dans cette collection (n° 4';8); il fait entendre les 32 sonneries d'ordonnance des fanfares de cavalerie, avec un éclat et une pureté de sons extraordinaires et une grande exactitude de coups de langue. Cet instrument était destiné à l'instruction des trompettes des régiments do cavalerie et quantité de militaires n'eurent pas d'autre maître. Le même musée possède un jeu de flûte, dont a la précision et la délicatesse sont admirables • au dire de M. Maiijllon, fait pour Louis- Philippe, jouant des quadrilles et l'ouverture du Fré aux Clercs (n« 459). Davrainville fit aussi de jeux de trompettes pour les voitures publiques. En 1842, il exerçait encore.

Cet adroit constructeur a laissé un digne successeur en la personne de P.-Ern. Kelsen qui fixa l'attention du jury de 1855 avec un orgue à cylindre actionné par un mouvement d'horlogerie faisant mouvoir les touches. La précision, la netteté de rarticulalion, la variété des jeux, donnant le coloris del'orchestre, justement appréciées, firent beaucaup

d'honneur au talent de l'auteur de Tinstrument, qui reçut une médiaille de 2« classe. Kelsen, qui était établi depuis 1845 environ, cessa de fabriquer peu après 1873.

g IV. Luthiers.

La disparition de nombreux instruments à cordes, causée en grande partie par l'évolution musicale qui marqua la période révolutionnaire, les guerres de l'Empire et l'incontestable supériorité des violons italiens, rendirent fort précaire la situation des luthiers. Aussi de tous ceux qui avaient surgi dans les dernières années du xyim siècle, ne vit-on prospérer et se maintenir au xix^ siècle, que ceux qui s'attachaient à reproduire les qualités des plus beaux modèles de la lutherie italienne. Le plus célèbre d'entre eux, celui de qui date réellement la belle école française, est N. Lupot, qui jusqu'en 1824 forma un grand nombre d'élèves expérimentés, lesquels ajoutèrent successivement aux connaissances pratiques et au bon renom des produits français; de telle sorte qu'à mesure que s'accentuait la décadence de l'école italienne, les luthiers français voyaient leurs efforts couronnés et leurs produits appréciés de plus en plus, au point de tenir une des premières places, sinon la première, dans la facture européenne.

Celui qui a su acquérir au plus haut degré les précieuses quahtés de N. Lupot et les transmettre utilement, est Charles-François Gand, fils de Charles-

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Michel, luthier établi à Versailles (jiepuis 1780, dont il a déjà été question, Ch.-F. Gand naquit en celte ville le 5 août 1787 et après s'être initié quelque temps à la lutherie sous la direction de son père, il entra comme apprenti le i*"" germinal an X (1802) dans l'atelier de N. Lupot, « pour l'espace de quatre € années, moyennant la somme de 732 1. seulec ment pour sa nourriture, plus 100 1. tournois, reçues « comptant pour apprendre l'état de luthier ». Le 17 juillet 1806, à l'expiration de son contrat, il retourna chez son père à Versailles jusqu'en 1810^ après quoi il revint à Paris où il s'établit rue Croixdes-Petits-Champs, n» 5, eten 1820,1! acheta le fonds de KoLiKER, situé au rf 24 de la même rue, puis il prit en 1824 la succession de Lupot, dont il avait épousé la fille*.

Les rares talents de N. Lupot l'avaient fait nommer luthier de l'Ecole royale de musique et de la chapelle du roi; Ch.-F. Gand était digne de ces litres, il les obtint et fut chargé de terminer }es instruments que Lupot n'avait pu achever pour la chapelle royale: 6 violons, 3 quintes, 5 basses, 4 contrebasses (1824 28). Tous ces instruments, dont quelques-uns avaient été détériorés en 1830 lors de l'envahissement des Tuileries, ont été détruits en 187 r dans l'incendie du Palais, Un fragment de la contrebasse faite

* Pendant le séjour qu'il fit chez Lupot et chez son père, il construisit des instruments qu'il signa : « Gand, chez Lupot, rue de Grammont, i8o5 » et •Ch.F.Gaud fils, Versailles, 1807, » ainsi qu'il résulte d'étiquettes qiie l'on a retfoiivées.

en 1827 et brisée à .la prise du Châienu le 29 juillet i8?o, a ùlé donné ai Conservatoire par Eug, Gand (n*» 200). Jl porte le chiffre de Charles X avec l'écusson - en or <t couleur delà famille d s Bourbons et sur une banderole, cette inscription : Mu4que de la chapelle du mi. Un alto fait en sus du nombre commandé et qui servait d.>.ns Ihs concerts exigeant la présence de musiciens supplomenhiires - également au Conservatoire (n* 16}) — permet d'apprécier la belle facture et la coupe savante des instruments donlon ne saurait trop déplorer la perte, car les produits de Gand père, sont aujourd'hui très estimés.

A sa mort (10 mai 1845) ce fut son fils aîné CAarleS'Adolphe^ né kPdiris le 11 déc. 181 2, qui prît la direction de l'atelier et les titres de fournisseur de la Cour et du Conservatoire. Homme d'une grande intégrité, ouvrier très consciencie;ix, il n*a produit qu'un nombre relativement restreint d'instruments, mais portant sa marque personnelle. Connaisseur expérimenté, il excellait dans la réparation des instruments anciens, grâce à l'étude approfondie qu'il avait faite des maîtres de la lutherie. En 1855, il s'associa son frère Charles- Nicolas- Eugène ; et peu après, ils remportèrent une médaille de i '«^classe. C'était la première fois que celle ancienne maison soumettait ses produits à l'examen d'un jury. Ni le fondateur, ni son successeur immédiat n'avalent jugé à propos de prendre part aux diverses expositions ; que pouvaient-ils y gagner ? Ils n'avaient pas eu besoin de ces sortes de succès pour établir solidement leur réputation. Pour les frères Gand, les choses n'en allaient pas d§

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même, malgré leur talent, ils ne pouvaient se désintéresser davantage, ni paraître déserter la lutte : situation, comme noblesse, oblige ; d'ailleurs Timportance même de cette exposition et son caractère international leur faisaient un devoir de s'y présenter. Ils n'eurent pas à le regretter puisqu'ils triomphèrent. Quelque temps après, le 19 août 1862, la croix de chevalier de la Légion d'honneur accordée à Ch.- Ad. Gand, vint rendre un éclatant témoignage du mérite de cette famille, qui sut honorer la lutherie française et attirer sur elle la considération générale. Mais l'heureux titulaire de cette haute distinction ne put en jouir longtemps, il s'éteignit le 24 janv. 1866. La mort de Ch.-Ad. Gand laissait à son jeune frère Eugène,.né à Paris le 5 juin 1825, la lourde tache de soulenir la renommée de Lupot. Avant de s'exercer à la lutherie, sous la direction de son père et de son frère aine, Eug. Gand s'était adonné à l'étude de la musique. Il entra au Conservatoire le 19 nov. 1854 dans la classe de solfège de Leborne et obtint un i®' prix en 1858. Puis, de la classe préparatoire de violon, dirigée par Guérin, où il avait été reçu élève le 6 déc. 1837, il passa dans la classe spéciale de Baillot, le 28 nov. 1840, qu'il quitta en 1845, à la mort de ce dernier. Joignant à une excellente culture musicale une pratique déjà grande, E. Gand se trouvait donc, au décès de son frère (1866), en mesure de continuer les traditions qui ont fait de la maison « la première du monde entier ». Cependant, les multiples occupations qu occasionnait sa qualité de luthier de la musique de l'Empereur, du Conservatoire, de l'Opéra, de

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