‹ Les facteurs d'instruments de musique, les luthiers et la facture instrumentale; précis historiqueChapitre 53 sur 84 · LUTHIERS — GAND ET BERNARDEL · texte numérisé non relu

LUTHIERS — GAND ET BERNARDEL

se trouvait un peu atténué. En sus des instruments courants, MM. Eug. Gand et Gust. Bernardel (M. Aug. - Ërn. Bernaruel s'étantretiré en 1886), présentèrent une contrebasse à $ cordes donnant Vul grave. La chose en soi n'était pas nouvelle. Déjà on avait résolu le problème, en augmentant les dimensions des tables et la longueur des cordes ; mais les énormes proportions d'un tel instrument le rendaient peu pratique. Obtenir le înême résultat sur une contrebasse ordinaire, était la véritable, mais difficultueuse solution à trouver! A l'aide des formules de M. G. Lyon dont nous avons parlé, la grosseur de l'âme de la corde et des traits pour le filage furent facilement vérifiés ; il ne resta plus qu'à approprier le manche en vue de l'adjonction d'une cinquième mécanique et à élargir la touché pour recevoir cette corde supplémentaire. L'orchestre serait donc doté d'un instrument puissant, sonore, si l'esprit d'initiative ne faisait défaut à nos modernes directeurs de concerts èl théâtres de musique. En attendant, cette contrebasse a été acquise par la maison Pleyel, comme un témoignage frappant de la justesse des théories fixées par son savant directeur. Hélas ! ce nouveau succès fut le dernier connu par le très regretté luthier ; atteint d'une cruelle maladie, Eug. Gand mourut à Boulogne-sur- Seine, le 5 fév. 1892. Il ne nous sied pas d'insister davantage sur ses qualités, l'hommage de ses confrères étrangers sera moins suspect et plus éclatant. Voici comment s'exprimait le Musical News par la plume anonyme de M. Hill, luthier à Londres :

M. Gand jouissait d'une plus grande réputation

qu'aucun autre luthier de son temps en ce qui concernait l'ajustage du chevalet et de l'âme du violon. Pour prouver combien était parfaite la connaissance du violon que possédait cet habile luthier, nous pouvons rappeler que Sarasate et d'autres grands artistes ne confiaient qu'à lui le soin d'accorder leurs instruments. Il connaissait à fond toutes les parties de son métier ; il vernissait lui-même tous les instruments qui portent son nom ; et ainsi, en dépit des exigences du commerce moderne, il ne sacrifia jamais qu'à son art. En plus de sa réputation comme ouvrier, M. Gand jouissait du juste renom comme connaisseur d'instruments anciens, et, dans cet ordre d'idées, sa mort est une perte sérieuse *.

Dans VÉcho musical de Bruxelles, M. V. Mahillon écrivait :

C'était un remarquable artiste, d'une habileté professionnelle que nous avons toujours admirée et qui était d'ailleurs universellement appréciée.

De son côté, la Zeilsfricht fur Instrumentenbau de Leipsig, disait :

* Musical-News du 26 fév. 1892. Après avoir constaté au commencement de son article que la maison Gand « occupait la première place du monde entier dans l'industrie du violon » et rappelé que N. Lupot est « le plus célèbre luthier que la France ait possédé », l'auteur remarque que la famille Gand « n'est pas originaire de Mirecourt, ce qui, dit-il, constitue une exception importante dans l'histoire de la lutherie française ». Observons à ce sujet que l'écrivain anglais commet une légère erreur; si Ch.-F. Gand, le père d*Eugène, naquit à Paris, il ne faut pas oublier qu'il est fils du luthier Charles Michel que nous avons signalé. L'erreur d'ailleurs est excusable, le renseignement que nous donnons, n'ayant encore été public nulle part.

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