‹ Les facteurs d'instruments de musique, les luthiers et la facture instrumentale; précis historiqueChapitre 72 sur 84 · ORGUES DE GAVAILLÉ-COLL · texte numérisé non relu

ORGUES DE GAVAILLÉ-COLL

Après lui, vient le grand orgue de Notre-Dame, également reconstruit par A. Gavaillé-Coll, qui porta le nombre de^ jeux à 86 et celui des tuyaux à 5.246 au lieu de 4.089, moyennant 200.000 fr. Sans avoir les vastes proportions de ces derniers, divers au 1res instruments, dus à M. A. Cavaillé-Coll, ont une grande valeur. Citons les orgues de la Madeleine (48 jeux, 2.802 tuyaux et claviers), montant à 80,000 fr., plus $0.000 pour le buffet ; de Ste-Glotilde, s*élevant à 70.000 Ir. sans le buffet, et de la salle du Trocadéro, comportant 66 jeux, ayant atteintle prix de 169.000 fr. également sans le buffet. Parmi les instruments placés à l'étranger par notre célèbre facteur, le plus important est celui de la salle de concert de VAlbert- £ra/^, à Sheffield (1875), qui coûta 150.000 fr. (64jeux, 4.082 tuyaux et 5 claviers). Celui du palais de l'industrie, à Amsterdam (1875), composé de 4Ô jeux, 3.041 tuyaux sur 4 claviers, monta à 80,000 fr. et, avec les frais de transport, de douane et d'installa^ tion, il revint à 95.000 fr. Enfin, l'orgue qu'il fit en 1880, pour le Conservatoire de Bruxelhîs, s'éleva à 100.000 fr. sans le buffet (48 jeux, 2.808 tuyaux et 4 claviers.)

Les instruments à anches libres dits orgues expressifs ou harmoniums, offrent la même difficulté d'appréciation que les orgues à tuyaux, car tout dépend également de leur importance, du fini du travail et de la qualité des matériaux. On en trouve depuis les prix les plus minimes (la maison Alexandre a créé sous ce rapport une grande quantité de modèles variant, par petites sommes, de 100 à 5.000 fr.) ; mais,

comme pour les précédents, nous allons donner le prix d'instruments établis dans des conditions tout à fait artistiques, et nous choisissons naturellement ceux de Mustel, qui, on le sait, ne sacrifie pas à la production courante. Le plus petit modèle est l'harmoniumà i ciavier,7jeux,i 8 registres, 2 genouillères, double expression, coté 5.500 fr.; ce prix s'augmente de 200 fr. si l'on ajoute à l'instrument le prolongement des notes de la basse, et de 300 fr. pour l'addition du mélaphone et du forte fixe. Le modèle n®2, à 2 claviers, 8 jeux, 16 registres, 2 genouillères et prolongt^ments, 2 talonnières et double expression, formant un meuble très riche, vaut 7.500 fr. et 7.800 avec métaphone. Enfin, le modèle le plus complet, celui qui comprend tous les perfectionnements et auquel est joint le celesta, atteint le prix de 8.000 fr. Un modèle spécial, pour églises ou chapelles, se fait au prix de 3.000 fr.

Bien qu'elle puisse offrir un intérêt pour quelquesuns, nous ne saurions suivre la progression de tous les instruments à souffle humain, car elle a subi bien des fluctuations. Bornons nous à faire connaître ciaprès ïe tarif actuel, avec cette remarque qu'il ne s'agit que d'instruments d'artistes, à prix nets et non à ceux des tarifs qui subissent généralement, nous l'avons déjà dit, des réductions de 2 5 333 0/0, suivant les maisons: FM^e Boihm, en maillechort, à patte d'w^de 225 à 260 et 300 ; HauiboiSy en palissandre, à 17 clés en maillechort et cadences, descendant au si b (ditTriebert, n° 5), 225 fr. ; le même, avec clés spéciales de mi bfSol dièse, si b et Ut (dit Conservatoire) ; 37ofr. ;

INStR. A VENT MODERNES 391

Cor anglais, même système du hautbois n° 5, 300 fr.; système du Conservatoire, 450 fr. ; Clarinette dite système Boehm, ébène, de 165 à 188 fr. ; Clariîietteallo, même système, ébène, 22^160'; Clarinette-basse, même système, ébène, 335 fr. ; Basson, içclésmaillechort, érable, petite branche palissandre, 280 fr„ à 22 clés, 2 anneaux (dit système Jancourt), 320 fr. ; Saxophone soprano^ si b, en cuivre (selon le système) 140a 150 ;alto mib^ 145 à 170; iénoT sib, 150 a 170; baryton mi b, 180 à 190 ; basse si 6, 280; Cornet à 3 pistons en si b , avec ses tons, 116 fr. ; Trompette simple en fa, avec tons de rechange, 95 fr.; trompette à 3 pistons en sol, avec tons de rechange, 128 fr. ; Trombone à coulisse, ténor, 88 fr. ; trombone-basse à coulisse, en sol, 1 10 fr. ; trombone à 4 pistons, 1 50 fr. ; Bugle soprano en mi b et contralto en si 6 à 3 pistons, 95 fr. ; alto en mib, à 3 pistons, de 75 à 128 fr. ; Baryton en sib k '^ pistons, 80 à 1 50 ; Basse si b, à 4 pistons, 120 à 200 fr. ; Contrebasse mi 6, à 4 pistons, 125 à 240 ; Contrebasse si b, à 4 pistons, 200 à 330 fr.

La facturé instrumentalô 1.

Le développement de la facture a été subordonné

* On entend par ces mots l'ensemble de la corporation des facteurs d'instruments de musique» patrons et ouvriers, les travaux et le commerce d'instruments en générale

aux progrès de Tari musical et à sa vulgarisation ; son importance au point de vue industriel et commercial ne date réellement que du xix* siècle.

Au moyen â^e, la facture n'existe pas encore, quelques artisans font les instruments populaires, ceux des ménestrels et des guerriers, sans que cette fabrication constitue leur profession principale. Pourtant, le nombre d'instruments était assez considérable si Ton en juge par les noms que Ton trouve dans les anciennes chroniques, encore que les mêmes instruments aient été souvent désignés sous des noms différents. Nous avons déjà cité les trompes et les cilolei d'après le livre de la Taille (1292): il y avait encore au xi»^ siècle les araines, clairons^ cors et buisines^, les mandoires, roie^ rubebe^ viele, cymbales, tympanons^ nacairey labour^. Divers documents du siècle suivant nous en font connaître beaucoup d'autres. Dans sespoésies6.deMACHADLT(i284-i377), en cite pêle-mêle une grande quantité : chalemelle, chevrette^ corne, cor sarrasinois^ cornemuse^ doussaine ou douçaine^ èles, flaios ou flajol, flaustes iraverseinnes, flaustes bréhaingne, grant cornet d'Aïlemaigne, musetesy orgues^ pipe, trompettes, tous instruments à vent; ceux à cordes sont moins nombreux : chifonie,enmorache,guigue {gigue^, guiterne. harpe, luth, micanon^ monocorde, psallerion (saulevioïï^), viole et, comme percussion, le trepié (triangle)

* Récits d'un ménestrel de Reims (xiii* siècle).

* Le Rouman de Cleomades (xin'' siècle).

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et le tymhre^ auxquels il faut joindre la guitare moresche^. La plupart des instruments qui précèdent se retrouvent dans les documents du xv*" siècle, quelques autres y paraissent pour la première fois : tubesy orgueites, bedons, claquettes, sonnettes, monicordion ', tabourin, chalomie^,

A cette liste, on pourrait ajouter d'autres noms, elle suffît cependant pour montrer la diversité des agents sonores au moyen-âge, dont le rôle musical était assurément très borné. Mais voici la Renaissance, beaucoup vont disparaître ou se transformer et Tart du luthier et du facteur va naître, les instrument se perfectionnant à mesure que progresse la musique, qui prend faveur de plus en plus auprès des grands. Les concerts d'instruments deviennent plus fréquents, les divertissements et ballets s'établissent peu à peu et exercent une influence favorable sur la facture.

Parmi les instruments qui parurent à cette époque, signalons les sacqueboiUe et haulxbois **, les bue* dues et flustes de boys non pareilles » ainsi que des instruments d'airain à la mode milanaise •, le rebec\

* La Prise d'Alexandrie et le Temps paslour,

' Comptes de Phôtel de Jean duc de Normandie, iS^g, 3 Œuvres do JcanMolinet (1420-1507).

* Comples des ducs de Bourgogne (i45o).

•''» Bibl. Ne mss. fr. 7835, quittance du 3i déc. i5i8do Christophe Plaisance, sacqucboute et joueur de haulxbois du roi.

** Fétc donnée dans la cour de la Bastille par François K', le 22 déc. ï5i8.

7 Relations des réjouiss. données au camp du Drap d'Or ( i520).

Yépinetle *, le violon *, les cromornes ', la bibole *, la mandore^ la flûte à 9 trous '.

En France, on Ta vu, d'habiles luthiers existaient déjà au XVI® siècle et l'emploi de plus en plus grand que l'on faisait des instruments à cordes, augmenta leur nombre au point de leur permettre de former une corporation (1599).

Dès ce moment la prospérité de la facture est assurée et les grossiers instruments du moyen âge font place à d'autres, d'un travail plus artistique et de ressources plus étendues; quelques-uns, longtemps abandonnés, reparaissent sous une nouvelle forme ou sous un autre nom. Aux xvi° et xvu^ siècles, leur

1 Voir chap. IH, H. de Lœuvre, facteur d'épinettes, i523-45.

* Aux fêtes données à Rouen lors de l'avènement de Henri II (i55o) il y eut un divertissement dans lequel les muses « rendaient ensemble de leurs violons madrés et polis...». Quittance du 28 déc. 1559, donnée par Pierre Bonnette, violon des ducs d'Orléans, d'Angoulème et d'Anjou, i5 livres pour 6 mois (Bibl. N% loc. cit.).

3 Le Ballet comique de la Reine (i58i).

* Etat de la mus. de la grande Ecurie du Roi (Arch. n*®* K.K. 143).

* Sept airs sonnés la nuit de St-Julien, 1587, etc. (Recueil de ballets par Michel Henri).

D'autres instruments étaient certainement connus en France à cette époque, parmi ceux que décrit S. Yirdung, dans le volume qu'il publia à Bâieen i5ii iclamcordey virginale^ clavecin^ claviciterium, lyre, luth, grande et petite viole, harpe, psaltérion, hackbrett, monocorde, petite viole à 3 cordes ou rebec, hautbois, bombardes, flûtes douces, flûtes traversièrcs, sifflets, cornets à bouquins, tournebout^ platcrspiele, musette, trombone, orgue positif, régale, guimbarde.

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