INSTRUMENTS DU XVIII® SIÈCLE
nombre s'augmente encore par la constitution de familles complètes et la création de nouveaux agents sonores, dérivant des types existants. Mersennb a donné en i6j6 une liste des instruments en usage de son temps ; elle en comprend un certain nombre qui n'ont pas encore été cités ici : le tuorbe (ou théorbe), \dipentdore, le colachon, Yépinette organisée^ le clavecin, la trompette marine (instruments à cordes), le sifflet de chaudronnier (syrinx ou flûte de Pan), le ehalumeAi, le tornebut {io\ivnehoul),ldL flûte eunuque (dite quelquefois flûte à t* oignon)^ la cornemuse, le basson ou bombarde, le fagot, le courtaut, le cervelat, le serpent, le cor de chasse (instruments à vent)*. On connaissait en outre â Tépoque, les castagnettes et orgues de Perse^, les hautbois qI musettes dw Poi/ow (dessus, taille et basse-contre), qui fai-
' Les autres instruments mentionnés par Mersbnnb nous sont déjà connus : luth, guitare, psalterion, épinette, manichorde, harpe, violon, viole, lyre, vielle (inst. à cordes); flageolet, flûte douce (ou à bec , flûte d'Allemand (ou traversière), fifre, cornet à boiniuin, chalemie, musette, grand hautbois, saqueboutc et trompette (inst. à vent).
s « Le Koi voulant donner sérénade à la reine et aux dames, avait ordonné (1648) à Dumanoir, des vingt-quatre (violons), de composer plusieurs jolis birs et d'y mêler quelques instruments bizarres, fit exécuter un soir trois airs les charivaris où se mêlent des violons, vielles, flûtes douces, castagnettes, flageolets; orgues de Perse^ un petit rossignol de terre plein d'eau et une saunière de bois qu'un d'eux avait attaché à rîa ceinture et sur laquelle il battait avec des baguettes de tambour et faisait des fredons. -» (Mém. inéd. de Dubois dans la bibl. de TEc. des Chartes, le s:, t. IV.) ^
390 LA FACTURE INSTRUlklENTALE
saieiit partie de la musique de la grande écurie du Roi (i$}2), ainsi que les cromornes (1699).
Le xviu® siècle, avec l'évolution musicale qu*il produisit, accrut l'importance des instruments et donna une impulsion favorable à la facture. On en créa peu de nouveaux, mais d'impoftantes modifications furent apportées aux types connus afin de les mettre à même de procurer les ressources d'exécution que réclamait l'état plus avancé de la musique. Une liste établie au commencement de ce siècle (1702) par l'Académie des sciences, qui chargeait un de ses membres « de décrire tous les instruments de musi- « que dont on fait usage en France et qui sont au « nombre de plus de soixante »,n'en contient qu'un très petit nombre qui n'aient été cités précédemment ; encore ne sont-ils pour la plupart que des variétés des anciens ; inst. à cordes : Varchiviole, la poche, Vangélique, la consonantey la demoiselle; inst. à vent : la sourdeline, Vorgue de BarbaHe; inst. à percussion : le claquebois, la trompette d'acier *.
1 Histoire de V Académie des sciences f 1702, p. i36. Les autres instruments cités dans ce document sont : inst, à cordes : clavecin» épinelle, manicordion, luth, Ihcorbe, harpe, guitare, basse, dessus de viole, lyre, violon, rcbec, sistre, pandore, vielle, psaltérion, trompette marine, etc. ; inst. a vent : orgues, trompclte, saquebute ou trompette harmonique, cor de (basse, clairon, cromorne, serpent, cornet à bouquin, hautbois, flageolet, flûte traversière ou flûte allemande, fifre, musette, cornemuse, instrument de Pan, etc.; inst. à percussion : tambour, tymbales, castagnettes, cloches, etc. Est-il nécessaire de remarquer que contrairement à Tavis du rédacteur de cette liste, beaucoup d'entre èeux-ci n'étaient déjà plus « en usage ».
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Si complète et si exacte que puisse paraître cette liste quasi-offlcielle, elle offre quelques omissions, car une Méthode de musique parue en 1728 nous indique parmi les instruments propres à la mélodie, la fhîte de Biscaye ou de basque, et parmi ceux employés à l'accompagnement, la contrehas&e d'Italie et le violon-sel, instruments tout nouveaux à la vérité, ou d'usage absolument populaire. Ce volume nous apprend encore que le fifre s'appelait aussi flûte martiale ou de guerre, l'orgue de barbarie tintinnahulairej les cymbales instruments à petites sonnettes, et enfin, que la vielle était la lyre des pauvres.
Dans le courant du .wiii^^siècle, on substitua aux divers individus servant à l'exéculion des parties intermédiaires du quinletteàcordes(haule contre, taille et quinte de violon), Vallo-viola ou simplement alto ; la harpeiyxl munie de pédales ; une variété de pardessus de viole *futcrééesousle wom&Q qui nlone\ l'addilion à la viole, de cordes métalliques vibrant par influence, constitua la viole d'amour. Des petits tuyaux d'orgues adjoints à divers instruments à cordes formèrent la vielle organisée, le cbivecin organisé, etc. ; en remplaçant les sautereaux du clavecin par des archets, on obtint le clavecin à archet; enfin, en combinant les principes de la harpe et du paltérion.
* II y avait des pardessus de viole à 5 et 6 cordes ; ce dernior différait du dessus de viole, en ce qu'il était plus petit et qu'il s'accordait une quarto plus haut : sol (du violon), do, ml, la, ré, so/. (Marc. Suite de pièces de dessus et pardessus de viole,
P. Taskin ûi V armandine {lygo). Les transformations des instruments à vent donnèrent naissance au basson-soprano en A?, au petit hautbois en soi, au hautbois-6ar^/on sonnant à Toctave inférieure du hautbois ordinaire, à la contrebasse de hautbois sonnant à la double octave de celui-ci, au cor d'harmonie, au serpent'basson dit par la suite basson-russCy inventé par J.-J. Kegibo, de Lille *, et au cor anglais dérivé de l'ancienne taille du hautbois ou du piffaro *.
^ n avait la forme du basson et se démontait en 3 parties ; il était plus aisé à jouer que le serpent ordinaire et sa sonorité avait plus de force. Le diapason, l'embouchure et le doigté étaient semblables au serpent. Il se vendait 3 louis. {Calendrier musical, 1789.)
s D'après Lacombe, le piffaro répondait à la haute-contre de hautbois {Dict, portatif des Beaux-Arts, 1752) ; Dé Momigny le désigne ainsi : piffaro ou cor anglais (Encycl. méth.^ 1818; t. II, p. 268). On sait que Gluck employa deux cors anglais dans sa partition d'Alcesle, représentée à Vienne en 1762 (p. 28, etc., de rédition italienne publiée en 1769 : corni inglese). Nous avons trouvé dans divers écrits quelques détails ignorés jusqu'ici, qui prouvent que cet instrument n'était pas tout à fait ignoré en France et qu'il y fut connu, de nom tout au moins. En reproduisant, d'après la Gazette des Deux- Ponts ^ quelques notes sur un instrument nouveau appelé taille d'amour, joué à Vienne par des bohémiens, V Avant- Coureur de 177 1 nous apprend qu'il participait « du cor de chasse ordinaire, du cor anglais et du hautbois ». Le 3o mars 1782, un nommé Montzani fit entendre au public du concert spirituel un concerto de cor de chasse anglais qui ne fut pas goûté, lisons-nous dans un journal qui désignait l'instrument d'une façon plus correcte en l'appelant « cor anglais ou hautbois de forôt ». Enfin, nous avons la preuve que cet instrument avait pénétré en France, par l'inventaire de Bruni, qui enregistra à la date du ib ven-