CHAPITRE PREMIER
Facteurs de croissance pour les animaux supérieurs.
VITAMINES
La composition chimique de l’organisme des vertébrés supérieurs a été établie au xix° siècle : de l’eau, des sels minéraux, des corps azotés, des hydrocarbonés, et des graisses. [l paraissait logique et lon crut longtemps que le problème de l’alimentation consiste à fournir à l’organisme, en quantité suffisante, ces mêmes substances. Mais on s’aperçut, à la fin du siècle dernier, que la ration alimentaire doit obligatoirement comprendre, en plus des substances minérales, quaternaires et ternaires qui en forment la portion proprement nutritive, destinée à être incorporée par l’organisme, des : traces parfois infinitésimales de produits dont la nature chimique est inconnue, qui ne servent pas d'aliments, mais de stimulants de l'assimilation. Ces produits, pour lesquels l’usage a consacré l'appellation inadéquate de vitamines, proposée par C. FUNK (1) en 1912, offrent le trait particulier d’être caractérisées surtout par leurs actions : on ne connaît pas leur formule chimique (2), elles agissent à si faible dose qu’elles sont quasi impondérables ;
4. En raison de l'hypothèse que ces substances avaient des rapports
avec les acides aminés.
2, Funk a proposé pour la vitamine B la formule :
Art
* As Hig O6:
NH
ML
on ne les connait que par les troubles de la nutrition que leur carence entraine dans l’organisme des animaux supérieurs.
Ces troubles sont si marqués qu'ils ont permis de tracer le tableau clinique de plusieurs maladies de carence, ou avitaminoses. On a même pu reconnaitre des avitaminoses dans les maladies des longues navigations décrites par les chroniqueurs des Croisades et par les premiers marins allant outre-mer. La maladie dont parle JorNviLLe au siège de Damiette, celle qui frappa les équipages de Vasco DE GAMA voguant vers les Indes ou de Jacques CARTIER faisant voile pour le Canada, est le scorbut. Elle est due à la consommation d’aliments de conserve salés ou fumés. Elle est rapidement guérie par l’ingestion de fruits ou de légumes frais.
Cest également une avitaminose qui donne le béribéri, cette maladie d’'Extrême-Orient qui sévit chez les mangeurs de riz, d'autant plus que le riz est mieux décortiqué; en effet les facteurs favorisant la nutrition sont contenus dans le son du riz.
L'étude expérimentale des avitaminoses, à l’aide des.régimes artificiels, permit de vérifier et d'étendre les données de l’observation. On admet à l’heure actuelle l'existence de plusieurs vitamines dont la présence est nécessaire dans l'alimentation pour assurer soit le développement des jeunes, soit le maintien de l'équilibre sanitaire des adultes.
Leur définition commune est la suivante : Substances indispensables à la nutrition, de nature inconnue, qui ne paraissent appartenir à aucune des grandes classes d'aliments, existant en petites quantités dans certaines matières nutritives, ne pouvant pas être élaborées par synthèse par les animaux supérieurs, détruites par les hautes températures.
On distingue deux groupes de vitamines :
19 Vitamines liposolubles. — Ces principes paraissent jouer un rôle essentiel dans les phénomènes assurant le développement, l’édification de l’organisme des Vertébrés.
Vitamine À — ou facteur principal de la croissance — ou vitamine antixérophtalmique. Découverte par Mac CorLum et Davis
qu
en 1913. On la trouve dans l'huile de foie de morue et les huiles de poisson en général, les végétaux verts, le beurre, le jaune d’œuf. Résiste bien à l’action de la chaleur, à celle des acides et à celle des alcalis, n’est pas adsorbée sur le noir végétal.
Vitamine A’ ou D (1) — ou facteur antirachitique. Se rapproche du cholestérol dont il est peut-être un dérivé. A pu être obtenue arüficiellement en 1927 par RosenNHEIM et WEBSTER par irradiation de l’ergostérol (2). Résiste aux alcalis.
On a décrit encore une vitamine intervenant dans la reproduction et aussi à la fin de la croissance, appelée substance X par Evans et Bisaop en 1927, substance E par SuRE, substance F par Funk en 1925. Elle se trouve dans l’huile du germe de blé, dans quelques légumes verts, mais non dans la levure. Elle est soluble dans l’éther.
20 Vitamines hydrosolubles. — Ces principes paraissent jouer un rôle essentiel dans les phénomènes assurant le fonctionnement de l’organisme.
Vitamine B — ou facteur de l’utilisation des glucides. La vitamine B comprendrait deux facteurs distincts :
a) le facteur antinévritique qui agit sur le béribéri.
b) un facteur de croissance.
Décrite en 1911 par C. Funx. Se trouve dans les cuticules des céréales, dans certains organes glandulaires des vertébrés supérieurs; est particulièrement abondante dans la levure de bière. Résiste bien à la chaleur sèche à 1200, mais mal en milieu humide. Est détruite par les alcalis, à des concentrations assez élevées. Résiste aux acides. Est facilement adsorbée. Donne, avec l’acide phosphotungstique, l’acide phosphomolybdique.
Vitamine C — ou facteur antiscorbutique. Se trouve dans les
1. Funx et Dusin donnent en 1921 le nom de vitamine D à un autre facteur, extrait de la levure de bière,et qui favorise la croissance des levures. Nous en parlerons plus loin, dans la IIIe Partie. |
2. C. Fuwx appelle vitamine E la vitamine antirachitique (Progrès médical, 13 juin 1925, p. 502). On verra à l’alinéa suivant que l’appellation de vitamine E a été donnée par SURE à une autre vitamine, indispensable à la reproduction.
fruits (citron, orange) et les légumes frais (tomates). Est très sensible aux agents oxydants. N'est pas adsorbée sur la terre à foulon. |
On a décrit aussi une vitamine antipellagreuse qui fait partie de ce groupe.
Le problème des vitamines a suscité un très grand nombre de recherches. Les premières découvertes ont permis d’établir une thérapeutique très efficace du rachitisme, du scorbut et du béribéri. Mais, depuis lors, comme le disent Mme Ranpoin et H. SiMonneT,il semble qu'il y ait une disproportion entre les résultats généraux précis qui peuvent être formulés et la somme des efforts et des dépenses représentés par tant de travaux. La brève énumération que nous venons de faire montre qu'il n’y a même pas entente sur la terminologie. ;
Toute l'étude des vitamines a été dominée par la notion de carence et il faut reconnaitre que du point de vue pratique on sait maintenant ordonner un régime alimentaire susceptible de mettre à l'abri des accidents causés par une avitaminose aiguë ou partielle. Mais on ne sait rien encore de la nature même des vitamines.
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