C. 44 Versailles, 1" juin
Chambre des États — Faïencerie d'Aprey
Lettre de M. Laboureau à M. Dupleix.
(c II lui envoie un mémoire par lequel M. de Villehaut fait des « représentations contre la suppression de l'encouragement qui « lui avait été accordé. Le manque de fonds (dit M. Laboureau) en « serait le seul motif, d'après la réponse des Élus. Cependant, si « la manufacture dont il s'agit est aussi utile qu'il y a lieu de le « penser d'après la lettre que M. de BufFon a écrite à ce sujet, et « que vous trouverez ci-jointe, il est bien difficile de croire qu'une « administration comme celle de Bourgogne ne soit pas en état de « disposer d'une modique somme de 500 livres lorsqu'il s'agit d'en- « courager et de soutenir un établissement de cette nature.
« M. Laboureau prie M. Dupleix d'engager les Élus, dans l'inté- « rêt même de la province, à avoir égard aux représentations du « S"" de Villehaut, s'il les trouve fondées.
Signé : « Laboureau. »
Dijon, 5 juillet 1777
Les Elus répondent à M. L (Laboureau?)
« Qu'ils ont secouru pendant sept années consécutives l'établis- « sèment de M. de Villehaut et n'ont cessé qu'après avoir été assu- « rés, d'après l'aveu même de M. de Villehaut, que le débit de ses « ouvrages avait surpassé ses espérances. S'il dit aujourd'hui à « M. le Contrôleur général que si cette gratification de 500 livres « lui est retirée, il ne pourra plus continuer et sera même obligé de « vendre sa terre, pour rembourser 12.000 livres qu'il a emprun- « tées, il faut en conclure que l'établissement, depuis qu'il existe, « n'a pas été utile, et que les Klus ont eu raison de ne plus s'en « occuper.
« Ils croient que M. de Villehaut a voulu, par ces représenla- « tions, exciter la compassion de M. le Contrôleur général, mais ils « n'en sont pas moins surpris qu'il se soit pourvu à ce ministre sur « un objet qui dépend entièrement de l'administration, et sur lequel « môme les Etats leur laissent toute liberté. Leurs prédécesseurs « ayant, du reste dépensé au-delà des sommes destinées aux encou- « ragements, il leur a fallu combler ce déficit avec les fonds votés « pour leur triennalité. Ils ont donc secouru avec ce qui restait, « les établissements qui leur ont paru le plus intéressants, et ont « répondu aux autres qu'ils n'avaient plus de fonds.
Ont signé : « Labbé Dklagoutte.
« Maufoux. Behnari) de Chanteau. »
Paris, 8 octobre 1777
Lettre de M. Necker à M. Dupleix.
« Le S*^ Lallemant de Villehaut, chevalier de S'-Louis, expose dans le mémoire que je vous envoie, que depuis qu'il a quitté le service, il s'est occupé dans sa terre d'Aprey en Bourgogne de l'établissement de plusieurs manufactures, dont une de verrerie imitant celle de Bohème, et une de fayancerie à l'imitation de celle de Strasbourg, auxquelles il vient de joindre un genre de travail en grand d'un très beau biscuit de porcelaine, dont il a fait exécuter des bustes de grandeur naturelle. Ce biscuit, qui a eu l'approbation de MM. de l'Académie de Paris et de plusieurs connaisseurs, outre sa solidité et sa blancheur, qui égalent celle du marbre, a une délicatesse que le ciseau ne peut pas rendre, et est infiniment moins dispendieux que le marbre, « Il ajoute que les États généraux de la province, reconnaissant l'utilité de ces établissements, l'autorisèrent par délibération à faire un emprunt de 12.000 livres dont ils payeraient les intérêts en justifiant par lui de l'emprunt et de l'emploi, mais que les administrateurs actuels, sous prétexte d'économie et de faute de fonds, lui ayant supprimé les intérêts de ladite somme, les créanciers en exigent le remboursement avec toute l'activité de gens qui en craignent la perte, et le menacent de décret sur sa terre et sur ses manufactures.
« Il réclame une gratification annuelle de 300 livres, que M. l'abbé Terray ne lui avait accordée qu'autant qu'il ne démériterait pas vis-à-vis de la province, et dont le paiement a été suspendu depuis deux ans. Il demande qu'il y soit joint même une augmentation qui puisse le dédommager en quelque sorte
« de l'intérêt de la somme que la province s'était comme engagée « à payer.
« Je vous prie, Monsieur, de vous l'aire rendre compte de l'état « des différentes manufactures du sieur de Villehaut, de me mar- « quer quelles peuvent avoir été les raisons de la conduite que la « province a tenue à son égard, et jusqu'à quel point il mérite « l'attention du Conseil.
Signé :
« Necker ».
Paris, 7 février 1778
Lettre de M. Necker à M. Diiplei.v.
« Il l'informe que d'après le témoignage avantageux (ju il lui a « rendu de l'état des verreries et fayanceries du sieur de Villeliaut, « le Conseil lui continuera encore sur la caisse du commerce pen- « dant trois ans la gratification qui lui a été accordée pendant « sept ans, dans la confiance que les États continueront pendant « le même temps à contribuer de 500 livres ù un établissement « dont vous leur ferez sentir l'utilité pour le commerce de la pro- « vince.
« M. Necker demande à être informé si le sieur de Villeliaut se « sert de cliarbon de terre pour les usines de sa manufacture, et « de quelle mine il se sert principalement.
Signé :
« Necker ».