ÉPILOGUE
L'effroyable tourmente a passé, couvrant de ruines morales et matérielles les deux hémisphères de la planète. Des fleuves de sang ont roulé aux océans immenses ; des fleuves de larmes ont noyé les cœurs des épouses et des mères. La guerre, « fraîche et joyeuse », déchaînée par un sinistre fou. est virtuellement finie ; elle dure encore sur plus d'un point, et le volcan fume toujours en projetant de menaçantes étincelles.
En l'an de grâce 1921, où retrouver les personnages de ce roman ?
Les de Riverolles, père et fille, avec les deux fidèles Barbe et Ursule, ont vécu un peu de temps dans un village d'isbas, à quelques verstes de Simféropol. C'est dans le petit cimetière criméen que le comte, pieusement endormi dans le baiser du Seigneur, dort en attendant la résurrection. Tout près de ce village, vivait, dans l'abandon de soi et des autres, la pauvre princesse Chemokonsky. Paule recueillit cette épwe brisé» par la LerminofT et Ginestat ; elle l'achemina doucement vers la vraie foi, puis lui ferma les yeux. La triste veuve ignora toujours que celui dont elle portait le nom avait péri des mains d'un garde rouge, dans la forteresse Petro-Paulo.
Après de longs jours d'angoisse, Paule et ses humbles compagnes purent fuir l'enfer bolcheviste, et, bravant mille dangers, gagner la côte d'Asie Mineure, puis ni' Chypre, puis la France et Paris. Il ne lui
fut pas difficile de retrouver les traces de son frère et de son doux ami. Alexis Pawloff, auréolé d'héroïsme et de dévouement, était chirurgien à Laënnec. Il portait le deuil cuisant de son admirable fiancée, et il crut mourir de saisissement quand il la revit. Elle lui avait donné rendez-vous à Montmartre, aux pieds du Sacré Cœur. Ce fut comme une seconde bénédiction de leurs émouvantes fiançailles, et la messe fut célébrée pour le repos de l'âme du cher et regretté disparu. Les préliminaires du mariage furent courts. La vie aujourd'hui recommence dans une délicieuse maison enfouie sous les roses, à Passy.
Jean a choisi la meilleure part. Aux lueurs terribles des batailles, il mesura la vanité de toutes' les choses humaines, la profondeur des plaies sociales à guérir. Sitôt démobilisé, il courut à Issy afin de se vouer corps et âme aux missions intérieures. Quel champ d'apostolat ! Faire de la diplomatie ! poursuivre la carrière ! Chimère, billevesée ! Tout cela lui semblait creux et ridicule. Tout était vain, sauf le bonheur de l'effort suprême : gagner des âmes pour les donner à Dieu.
Il gardait en son cœur le souvenir ému de la charmante Nadia, de sa douce mère et de la veuve blanche éplorée. Devenu prêtre, il offrirait chaque jour à l'autel ses ferventes prières. On ne sut que plus tard ce que fut le destin des Tchernine et de leur pauvre amie. Le loyalisme du comte l'avait lié au sort du tsar ; la tendresse de la comtesse et de Nadia l'avait accompagné sur les routes* de l'exil, sur celles de la mort ; Mme Babrowskoff les ayant suivis, elle partagea leur sort.
On sait comment finit l'horrible tragédie : la fusillade dans une cave à Eka-
terinoslaw, les' corps emportés et brûlés, puis jetés dans un puits de carrière, confondus dans la mort, mais toujours vivants dans les cœurs fidèles.
Si Paule de Riverolles écrivait son journal de guerre et d'exil, quel sujet de roman !
889-20. — lrap. Paul Ferox-Vrau, 3 et 5, rue Bayard , Paris, 8
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tfne Gerbe de légendes, iiiu^tré, Ch. d'Atone. Cn Mariage sous la Terreur, illustré, A. dk Bb-