SCÈNE VIII
CÉSAR
Mais l'amour maternel n'est pas ce qui vous guide. L'esprit seul de discorde à tous vos plans préside, Et de moi vous voulez vous servir seulement Pour la lutte et non point pour le rapprochement.
MADAME LÉPINET.
Voila les avocats ! Ils n'ont tous qu'une corde. On leur parle de paix, ils parlent de discorde. Mais réfléchissez donc, César, à mon projet. Vous ne retrouverez jamais pareil sujet. Vous pourrez y verser des trésors d'éloquence , Leur peindre le foyer avec son innocence, L'amour pur et le calme... Enfin, pour abréger, Je veux les réunir, il faut vous en charger.
CÉSAR
Mais votre fille, a qui je viens de tout apprendre, Se trouve heureuse enfin et ne veut rien entendre.
MADAME LÉPINET.
Ma fille ne veut rien entendre ? Oh ! sans tarder, il faut agir pour elle, il faut me seconder. Courez chez son mari.
CÉSAR
Ma course serait vaine, Je le connais. D'ailleurs, je ne suis pas en veine.
MADAME LÉPINET.
Ouais! vous me faites voir une étrange tiédeur. Par bonheur j'ai de quoi stimuler votre ardeur. Vous avez un rival près d'Emma. C'est un homme Superbe, mon voisin de campagne; il se nomme Kigourdin. Votre Emma vient de passer deux mois
Dans ma terre, et parlant elle Ta vu cent fois. Il me charge de mettre aux pieds de ma parente Ses terres, ses châleaux, cent mille écus de rente; Et, si vous ne cédez à mes désirs, soudain Je lui fais épouser mon ami Rigourdin.
CÉSAR, exaspéré.
Mais cela me confond! C'est odieux, inique! Mais vous vous arrogez un pouvoir tyrannique ! MADAME LÉP1NET, qui a été sonner.
Mes chevaux !
(Pierre est entré et sort.)
CÉSAR
Dieu ! Pourquoi ?
MADAME LÉPINET.
Vous en savez assez.
La voiture est pour vous ou pour moi, choisissez. Mon gendre est au café de Paris, il est l'heure Du déjeuner : courez le trouver, je demeure; IN 'y courez pas, je sors.
CÉSAR
J'y cours, j'y cours, restez.
MADAME LÉPINET.
Et soyez éloquent î Si vous ne l'emportez, Je lance Rigourdin.
CÉSAR
La vieillesse est cruelle !
MADAME LÉPINET.
Je rendrai donc ma fille heureuse en dépit d'elle!
PIERRE, revenant. Les chevaux...