‹ Les famillesChapitre 23 sur 108 · M. DE CERNY, CÉSAR · texte numérisé non relu

M. DE CERNY, CÉSAR

M. DE CERNY

Pardon, mon cher César. Sans façon je vous donne Rendez-vous chez ma femme, et cela vous étonne, Madame de Cerny m'attendait: c'est pourquoi Je vous reçois chez elle, étant loin de chez moi.

CÉSAR, d'un air composé.

L'endroit est bien choisi, monsieur. Je vous assure Qu'on n'en pouvait prendre un de plus heureux augure.

M. DE CERNY

Qu'est-ce ? Changez de ton, ou je m'en vais d'abord. Que diable! Un avocat n'est pas un croque-mort.

CÉSAR

C'est un grave devoir qu'il faut que je remplisse.

M. DE CERNY

Voyons, conspirez-vous? Cherchez-vous un complice ?

CÉSAR

Non, il ne s'agit pas de politique, mais Du plus intéressant sujet qui fut jamais, Qui vous est personnel.

M. DE CERNY

Bon! on dirait qu'il plaide.

CÉSAR

Un mal existe auquel il faut un prompt remède. Vos parents, vos amis se sont émus pour vous. Ils veulent par mes soins réunir deux époux

(11 prend son mouchoir et s'apprête à parler.) M. DE CERNY.

Ah î vous venez encor me parler de ma femme !

La famille m'attend, le foyer me réclame.

Sur ce texte banal vous avez médité

Quelque discours tout plein de sensibilité.

Vous voulez me convaincre et m'arracher des larmes .

J'en suis sûr. Mais gardez vos éloquentes armes

Pour livrer au palais quelque brûlant combat,

Et daignez m'écouter, ô mon cher avocat !

J'ai toujours méprisé cette philosophie Qui s'attriste de tout, qui ne voit dans la vie Qu'un pénible passage à l'éternel sommeil. Moi, je la vois en fleurs et brillant au soleil. A vingt ans, pour mâler la fougue de cet âge, On m'avait enterré dans la paix d'un ménage. Mais la paix me lit peur, et, Lazare nouveau, Je voulus m'échapper vivant de mon tombeau.

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