‹ Les famillesChapitre 24 sur 108 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Je hâtai la rupture a force de scandale,

Je brisai les anneaux de la chaîne fatale,

Et libre, triomphant et marchant au grand jour,

Je délaissai l'épouse et je cherchai l'amour,

Cet amour qui ne traîne après soi nulle entrave,

Qui n'attache point l'homme à la femme en esclave,

Et qui permet enfin à l'un et l'autre amant,

Librement réunis, de rompre librement.

Je l'ai trouvé, j'ai su faire choix d'une femme

Qui ne s'est point liée en me donnant son âme,

Et qui, sans prodiguer des serments à l'autel,

A juré de m'aimer à la face du ciel.

Ce n'est point pour toujours que ce serment l'engage,

Nous pouvons nous quitter au milieu du voyage,

Et nous irions chacun tenter un autre sort,

Sans rester enchaînés, l'amour une fois mort.

Mais, pour désaltérer mon âme dans sa course,

Je trouve encore a l'ombre une limpide source,

Et je suis resté père en cessant d'être époux.

J'adore mes enfants, ma fille au front si doux,

Mon fils déjà superbe, impatient de vivre,

Qui voit le monde esclave et veut qu'on le délivre.

Ne suis-je pas heureux ? N'est-ce point un bonheur

Qui ne doit pas laisser de vide dans le cœur ?

Docile aux vérités que mon siècle révèle,

Je me suis élancé dans la route nouvelle ;

Je sape des abus d'âge en âge transmis,

J'use de tous les biens permis ou non permis;

Je me moque du fou qui croit que sur la terre

L'homme arrive au bonheur par le devoir austère,

Et, ne reconnaissant pour loi que mon désir,

Je dis que le bonheur est tout dans le plaisir.

Vous m'écoutez les yeux fixes, la bouche ouverte, Et ma profession de foi vous déconcerte. Qu'importe ? Il est un point qui me semble bien clair, C'est que je suis heureux, que mon repos m'est cher, Et que ma femme enlin aurait tort de prétendre Que mon amour éteint renaisse de sa cendre. Portez donc ma réponse, avocat fourvoyé, Aux gens officieux qui vous ont envoyé.

CÉSAR

Non pas, j'ai la parole et je vais vous confondre.

M. DE CERNY

Vous n'auriez pas, mon cher, deux mots a me répondre.

CÉSAR

Quoi! je....

M. DE CERNY

Tout serait vain.

CÉSAR

Monsieur....

C'est temps perdu,

CÉSAR

Mais la justice veut que je sois entendu.

M. DE CERNYr lai tendant la main.

Bonjour.

CÉSAR

Comprenez donc ...

M. DE CERNY

Je ne veux pas comprendre.

Si...

Non!

Je...

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