SCENE I
« Néanmoins, reprit-il, c'est un homme d'honneur Que ton monsieur Dubreuil. Si son fils lui ressemble, Allons, puisqu'il le faut, qu'on vous marie ensemble. » Ah! je me crus au ciel quand j'entendis cela. De combien de baisers je payai ces mots-là! Et comme je lui dis toute ma joie et celle Qu'éprouverait Gustave à l'heureuse nouvelle! Cependant nous étions arrivés dans le Bois. Là, l'excès du bonheur attendrissant ma voix, Je détournai la tête, et, sans plus rien lui dire, Je regardai le ciel qui semblait nous sourire, Les arbres déjà verts et le gazon nouveau, Et jamais le printemps ne m'a paru si beau !
HÉLÈNE
Tu ne l'as jamais vu des mêmes yeux sans doute.
VALENTINE
Gustave doit venir. C'est lui peut-être. Écoute.
HÉLÈNE
Tu sais donc qu'il viendra?
VALENTINE, troublée.
Moi? Non.
HÉLÈNE
Alors comment?
VALENTINE
Oh ! c'est que j'en ai là comme un pressentiment. Il viendra, j'en suis sûre. On va bien le surprendre. Il sera glorieux, sais-tu, d'être ton gendre. Mon père est haut placé, nous portons un grand nom, Je suis un beau parti.
HÉLÈNE
Voilà de l'orgueil.
VALENTINE
Non, Ce n'est que du bonheur. Je vais être sa femme!
HÉLÈNE
J'en suis joyeuse aussi jusques au fond de l'âme, Oui, car monsieur Dubreuil, ma fille, est un de ceux Qui m'ont tendu la main dans des jours malheureux. Père plutôt que chef de sa manufacture, Il cache son cœur d'or sous sa rude nature. Ses enfants dans leur sphère ont su se renfermer ; Il les a près de lui. Que de cœurs pour t'aimer! VALENTINE.
Je les aime déjà.
HÉLÈNE
Dis-moi, ton père ensuite, Sans plus rien ajouter, chez nous t'a reconduite.
VALENTINE
Oui, mais, en revenant, nous avons par hasard Rencontré près d'ici ton vieil ami César. Il nous cherchait partout, et d'un air de mystère Et d'une voix très basse il a dit à mon père.....
HÉLÈNE, émue, lia dit?
Que tu veux à ton tour lui parler.
Mon père a répondu qu'il n'y pouvait aller,
Qu'il avait un dîner, qu'il verrait, que peut-être
Mais non, je le connais, tu vas le voir paraître.
HÉLÈNE, à part.
Me compromettre ainsi! César est fou, je crois, Que faire, que lui dire ? Ecartons toutefois