SCÈNE II
GUSTAVE, dans la plus grande joie.
Ah ! que me diles-vous ? Je tremblais en pensant A votre rang, au mien. Votre père consent!
VALENTINE
Mais avez- vous parlé de nos projets au vôtre?
GUSTAVE
Non.
Non?
GUSTAVE
Mon père à moi n'étant pas comme un autre, J'ai pensé...
VALENTINE, piquée.
Vous avez pensé fort sagement.
(A Denise.)
Qu'on prévienne ma mère.
GUSTAVE, à Denise.
Attendez un moment.
DENISE, à part.
Nous n'en finirons plus, pour peu qu'on se querelle.
GUSTAVE, à Valentine.
Vous êtes aujourd'hui bien dure et bien cruelle. Je veux gagner mon père et j'y meis tous mes soins : J'aurais parlé plus tôt, si je vous aimais moins. VALENTINE.
Voire père! Eh ! monsieur, on connaît bien les pères. J^e mien m'avait dicté des ordres fort sévères, Il s'était choisi même un gendre : il m'a fallu Deux mots, mon père a fait tout ce que j'ai voulu.
GUSTAVE
Pour que le mien se rende il suffit qu'il vous voie. Mais un jour de relard ne trouble point ma joie»
Qu'importe que d'un jour on tarde a nous unir ? Ce que je vois surtout en vous, c'est l'avenir, C'est toute votre vie a ma vie enchaînée, C'est la douceur d'avoir la même destinée, D'être deux à marcher dans le même chemin Et d'arriver au but nous tenant par la main.
DENISE, bas à Valentine.
J'ai peur qu'en le voyant Madame ne me gronde.
Je vais la prévenir.
VALENTINE
Attends une seconde.
DENISE
Secondes d'amoureux sont des heures!
VALENTINE
Attends.
Il me vient une idée excellente. Il est temps, Gustave, d'en finir. Je vais voir votre père, Je lui plairai, c'est sûr. J'irai trouver ma mère Et je la retiendrai Vous serez seuls. Je veux Que vous en profitiez pour faire vos aveux. GUSTAVE.
Ici?
VALENTINE
Sans doute ici.
GUSTAVE
Mais rien ne nous oblige...
Qu'il vous connaisse au moins.
VALENTINE
Je lui plairai, vous dis-je, A la première vue. Enfin, si vous m'aimez, #
Monsieur, vous vous rendrez aux vœux que j'ai formés.