SCÈNE III
Sois prodigue plutôt de ce bonheur si rare i
Ecoute. Le printemps est de retour : au Bois,
Avec Ion frère un jour nous irons seuls, nous trois.
INous causerons longtemps, longtemps l'un avec l'autre,
Et je rafraîchirai mon âme dans la vôtre.
Je veux tout un grand jour avec toi m'oublier,
Je veux rester ton père un jour, un jour entier.
Si je n'ai pas un bal le soir.
M. DE CERNY
L'ingrate fille Qui se passe de moi plutôt que d'un quadrille!
VALENTINE, allant s'asseoir à gauche, Va, tu danses aussi.
M. DE CERNY, souriant, et s'asseyant près d'elle. Comment le sais-tu ?
(Tout à coup et sérieusement )
Mais C'est qu'on te parle donc de moi ?
VALENTINE
Maman? Jamais.
M. DE CERNY
Sois franche, mon enfant.
VALENTINE
Non, jamais, je t'assure.
M. DE CERNY
Parle, et je te promets la plus riche parure. Car si de quelques torts on m'accusait (out bas, On mentirait, vois-tu.
VALENTINE
Ma mère ne ment pas.
M. DE CERNY, se remettant.
Sans doute. — Ta grand* mère à mes yeux est suspecte.
VALENTINE
Maman veut que je l'aime et que je la respecte.
M. DE CERNY
Sans doute. Mais c'est moi qu'il faut aimer d'abord. VALENTINE.
Et maman.
M. DE CERNY
Sans doute, oui, sans doute.
(A part, pendant que Valentine est occupée à broder.)
Ah! je crains fort Que ces femmes bientôt ne sachent faire en sorte D'étouffer dans son cœur l'amour qu'elle me porte. C'est ma fille, mon bien, je défendrai mon bien. Disons-lui que sa mère.... Ah! ne lui disons rien. Si je glisse un seul mot de haine à son oreille, On peut dans un instant me rendre la pareille ; Et le père et la mère, en leur rivalité, Tirant ce cher trésor chacun de son côté, Ne s'aperçoivent pas qu'a cette guerre intime Ce qu'on gagne en amour, on le perd en estime !
VALENTINE
A quoi songes-tu là ?
M. DE CERNY
Je songe, mon enfant, Que j'allais tous les jours t'embrasser au couvent ; Que maintenant je dois attendre une heure dite,