SCENE IX
M'ont pris pour père après m'avoir pris pour module. En ces temps de discorde autour de moi group s, Le vent séditieux ne les a point frappés. Ils sont restés debout, protégeant leurs familles, Et leur montrant du doigt mes trois fils et mes filles. Je dois me croire donc et nous nous croyons tous Engagés envers eux par leur respect pour nous, Sachant, quand de si près chacun d'eux nous contemple, Que la faute chez nous s'aggrave de l'exemple, Que leurs vices enfin, des nôtres enfantés, Retomberaient sur nous et nous seraient comptés. Aussi, quand a mes lils j'ai choisi des épouses, Je n'ai point recherché ces familles jalouses De leur nom, de leurs biens, mais des gens comme nous, Rarement au-dessus, quelquefois au-dessous, De ces filles enfin modestes, mais fidèles Chez nous à nos vertus qu'on pratique chez elles. MADAME LÉPINET.
Mais qu'entendre à cela ? Mais où donc a-t-il pris ?...
M. DUBRETJIL.
Monsieur me comprend bien.
M. DE CERJNY.
Non, je n'ai pas compris.
M. DUBREUIL
La vérité doit donc m'échapper tout entière? Ouvrez, ouvrez alors vos yeux a la lumière! Aussi bien, en parlant, je satisfais mon cœur. Madame de Cerny méritait du bonheur :
J'avais prévu le coup fatal qui vint l'atteindre; Quand j'appris son malheur, je ne pus que la plaindre, Je fis pour vous parler maint effort superflu :
76 ACTE 1 il.
Je vous parle à celle heure et vous l'avez voulu.
Nous vivons dans un temps, monsieur, où ioule chose, Si sainte qu'elle soit, tombe ou se décompose, Où, s'acharnanl au mal, le fol orgueil humain Jusque sur la famille ose porter la main. Mais, quoique son triomphe enfin soit impossible. Tout excès a sa cause ou secrète ou visible. Croyez-vous qu'on eût eu le courage éhonté, Quand on jetait au monde un cri de liberté, De venir nous poser la famille en problème, Si la famille eût su se défendre elle-même ? Non, non, ils voyaient bien, les méchants et les fous, Que nous leur fournissions des armes contre nous. Ils voyaient que des mœurs on négligeait le culte, Que nos propres foyers étaient pleins de tumulte, Et qu'au cœur de l'enfant que l'exemple frappait, On ébranlait l'amour en tuant le respect. Monsieur, j'ai vu, j'estime et j'aime votre fille : Mais, sévère gardien des mœurs de la famille, Pourrais-je m'allier à vous sans insulter A ces mœurs que chez vous rien n'a fait respecter. Je vous ai dit ma vie : eh ! voyez donc la voire ! L'une n'est-elle pas la satire de l'autre? Avez-vous jamais rien aimé, rien vénéré De tout ce qui m'est cher à la fois et sacré? Époux, qu'avez-vous fait pour le bien du ménage ? Père, pour vos enfants fîtes-vous davantage? Sûtes-vous de leurs cœurs épier les penchants, Développer les bons, réprimer les méchants? Non, vous jouant des lois, outrageant la morale, Vous avez entaché votre nom de scandale,