SCÈNE IX
Mais tous ces jeunes gens ont la tête si vive! A notre âge on se tient un peu sur le qui-vive. Il faut pour réfléchir vous laisser, je le vois, Huit ou dix jours.
M. DUBREUIL, de plus en plus embarrassé.
Madame...
HÉLÈNE, avec une grâce qui cache l'appréhension.
Eh bien ! prenez un mois,
(M. Dubreuil se tait.) M. DE CERNY.
Non, qu'à l'inslanl monsieur se lie ou se dégage: L'hésitalion seule est pour nous un outrage.
M. DUBREUIL
Vingt partis que ie sort a mieux favorisés Doivent s'offrir a vous.
M. DE CERNY
Donc vous me refusez?
M. DUBREUIL
Mon fils est jeune encore et sans expérience : Ce n'est point un refus.
Ah! je perds patience.
Comment ! lorsqu'on veut bien descendre jusqu'à vous. . .
M. DUBREUIL
Donc on se mésallie en s'unissantà nous?
M. DE CERNY
Ah! n'allez point chercher de faux-fuyants semblables, La franchise convient entre gens honorables. Il fut un temps, monsieur Dubreuil, où nous avions Le courage hautain de nos opinions.
M. DUBREUIL
Et qui vous dit, monsieur, qu'on n'ait plus ce courage?
M. DE GERNT.
Vous qui parlez à peine et changez de visage.
M. DUBREUIL
J'aurais peur en parlant d'irriter ces débats.
M. DE CERNY
Soyez plus franc, monsieur, c'est que vous n'osez pas.
M. DUBREUIL
Je ne relève point une insulte pareille : Mes raisons, je pourrais vous les dire a l'oreille.
M. DE CERNY
Dites, mais parlez haut.
M. DUBREUIL
Je parlerai chez vous.
Ce qu'on dit devant moi, je l'entends devant tous.
M. DUBREUIL
Vous le regretterez.
M. DE CERNY
Peu m'importe, vous dis-je !
M. DUBREUIL
Ainsi, vous le voulez malgré tout?
M. DE CERNY
Je l'exige.
M. DUBREUIL
Eh bien, soit. Écoutez! — Je suis un roturier, Manufacturier, fils de manufacturier!
Dans ma fabrique, ou, comme a dit fort bien madame, Dans ma ruche, et ce mot n'est point une épigramme, J'ai trois ou quatre cents ouvriers comme moi Pour qui, depuis trente ans, mon exemple fait loi, . Et qui, toujours au bien m'ayant trouvé fidèle.