SCÈNE III
Les mêmes, excepté DENISE.
MADAME LÉPINET.
C'est très bien. Aujourd'hui voila comme on les dresse! « A Monsieur G. Dubreuil. » Monsieur G. ! C'est l'adresse,
(Remettant le billet à Hélène.)
Mais contentez un peu le grand désir que j'ai De voir ce qu'elle écrit à ce beau monsieur G.
VALENTINE
Ah! maman, ne lis pas, ne lis pas.
MADAME LÉPINET.
Qu'est-ce adiré?
HÉLÈNE
Ce que vous écrivez, ne puis-je donc le lire, Ma fille?
VALENTINE
En l'écrivant j'étais au désespoir, Et ce sont des pensers que je ne puis avoir.
HÉLÈNE, lisant.
« Gustave, je ne vous écris aujourd'hui que quelques
« lignes a la hâte. »
Aujourd'hui !
(Elle reprend.)
« Tout est rompu. Je ne sais comment j'ai le courage
« d'écrire ces mots-là; je ne puis les prononcer sans
« fondre en larmes. On veut me marier à un autre , mon
« père et ma grand'mère surtout. Je n'y survivrai pas. »
(Ici madame Lépinet s'essuie les yeux.)
« Mais n'est-il donc plus d'espérance? Par moments « ma pauvre tête s'égare. Cher Gustave, je m'aban- «donne à votre honneur: dites un mot, et je suis « prête à tout quitter pour vous. »
MADAME LÉPINET, s'essuyant les yeux.
Cette lettre est touchante. Pauvre ange!
HÉLÈNE
Oui, mais surtout la fin est digne de louange. (Relisant.) «... Dites un mot, et je suis prête a tout quitter pour « vous. »
VALENTINE
Ma mère !
HÉLÈNE
Vous voulez me fuir, m' abandonner?
De ceux qui me sont chers rien ne doit m'étonner, Ma fille, et trop souvent ils m'ont bien fait comprendre Qu'il n'est coup douloureux que je n'en doive attendre, J'y suis faite, on a tort de craindre mon courroux.