‹ Les famillesChapitre 73 sur 108 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Je n'obtins que des pleurs, ma fureur s'en accrut, Et j'étais prêt a tout quand mon père parut. « Gustave, me dit- il d'une voix faible et tendre, Plus tard. En ce moment tu ne saurais m' entendre. » Et pour nous séparer faisant comme un effort, 11 me prit les deux mains et les serra bien fort.

HÉLÈNE, avec un vif sentiment d'espérance,

Votre père est si bon î

Qu'aux bontés de mon père J'eusse alors préféré sa haine et sa colère ! Le débat s'engageait, j'en sortais triomphant; Mais devant son amour je ne suis qu'un enfant, Resté seul cependant je repris mon courage. J'allais d'un front hardi tenir tête a l'orage; Mais quand mon père entra dans ma chambre, le soir, Pâle, les yeux mouillés, je perdis tout espoir. Il s'assit près de moi donnant cours à ses larmes : « Je n'ai contre ton cœur que de bien faibles armes, Dit-il, car à ton âge on est libre, mon fils, Et tu peux, si lu veux, repousser mes avis, Te rire de mes pleurs et suivre ton caprice. Mais ne peux-tu me faire, ingrat, un sacrifice? Je l'implore de toi, quand je puis l'exiger. Si mes jours te sont chers, crains de les abréger. » Pouvais-je à cette voix demeurer insensible, Tenter contre mon père un combat impossible ? Mon père a pareil coup aurait-il survécu ? Sans même avoir lutté je me sentis vaincu*

HÉLÈNE

Et que décidez- vous?

9i ACTE IV.

GUSTAVE

J'ose y penser à peine.

HÉLÈNE

Mais il vous laisse libre.

GUSTAVE

Et c'est ce qui m'enchaîne.

HÉLÈNE

Contrainte imaginaire!

GUSTAVE

Impérieux devoir !

Ne pouvez-vous?.

GUSTAVE

Je puis faire son désespoir,

HÉLÈNE

Et vous ne songez pas à celui de ma fille !

GUSTAVE

Moi, je n'y songe pas, mon Dieu! Mais ma famille, Madame, mais nos vieux, nos bons et chers parents, Eux à qui je dois tout, qu'est-ce que je leur rends? Ils m'ont voué leur vie, et j'en trouble le reste ! Pour mes frères, enfin, quel exemple funeste! Nous croyons en mon père ainsi qu'on croit en Dieu. Au schisme intérieur irai-je donner lieu? Cette maison de paix, aux vieilles mœurs fidèle, Où j'ai grandi, faut-il la quitter en rebelle? Même dans mon bonheur serais-je heureux alors? Non, j'empoisonnerais vos jours de mes remords. Soyez juge pourtant, parlez. Que dois-je faire? Faut-il à mon amour sacrifier mon père?

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