‹ Les famillesChapitre 78 sur 108 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Tout voir, tout deviner. Ma fureur se réveille !

(Avec une grande force.) César, auriez-vous cru jamais chose pareille? J'étais trompé, j'étais joué, j'étais trahi, Trahi par ma maîtresse et mon meilleur ami !

CÉSAR , involontairement.

Quel bonheur ! Ah ! monsieur, excusez, c'est la joie. C'est-à-dire...

M. DE CERNY

J'étais leur jouet et leur proie.

Lui m'avoir trompé, lui qui venait chaque soir Comme un frère chez nous entre elle et moi s'asseoir ! Ce cher ami faisait sa maison de la mienne, Ma bourse était à lui, ma table était la sienne ; Je ne réservais qu'elle, il me la prend aussi ! Et l'imprudent venait s'en vanter jusqu'ici! Fier de ses lâchetés, dans une lettre infâme, Il osait déclarer son amour à ma femme, Et pour mieux la séduire et comme un argument, De celle que j'aimais se proclamait l'amant! Nous verrons s'il sera jusqu'au bout intrépide, Ce digne et noble ami !

CÉSAR, à part.

Sa douleur m'intimide, Et je n'ai plus le cœur de lui dire deux mots.

M. DE CERNY

Maisquoi.'Qu'ai-jeàme plaindre, à gémir surmesmaux ? Qu'ai-je fait de ma folle et joyeuse sagesse ? N'est-il qu'un seul ami, n'est-il qu'une maîtresse ? Des amis pour souper ! J'en ai vingt sous la main, Aujourd'hui j'ai pleuré, mais je rirai demain.

CÉSAR, à part.

Et moi qui Je plaignais ! Soyons impitoyable.

(Haut.)

Puis dans un mois ou deux ce convive admirable Vous soufflera la dame un soir après soupe, Et vous regémirez d'avoir été trompé.

M. DE CERNY

Qu'importe ! Je suis las de ces amours fidèles. J'en aurai désormais tous les jours de nouvelles. Je veux me promener de cœur en cœur, je veux Trahir tous mes amis, être lâche, être heureux. Aussi bien j'avais là comme un reste de honte, Faiblesse dont je ris et qu'enfin je surmonte. Je reprends mon sang-froid, mon cœur est calme au point Que bientôt, croyez-moi... Non, ne me croyez point! Non, ma tête est en feu, mon cœur n'est point paisible, Tout se révèle a moi sous un aspect terrible. Ce que j'avais au cœur d'ardentes passions, Et mes plaisirs d'hier, et mes illusions, Tout me fuit, tout pour moi se transforme à cette heure : Ce qui brillait s'éteint, ce qui souriail pleure. De mes yeux tout a coup un voile est-il tombé, Me laissant voir le jour qu'il m'avait dérobé ? Le présent n'est plus rien déjà ; ce qui m'accable, C'est le passé lointain qui se dresse implacable, Ce sont des souvenirs qu'en moi j'avais crusmorls, Et j'échappe au regret pour trouver le remords.

CÉSAR

Permettez qu'un ami vous parle avec franchise.

M. DE CERNY

Eh ! que me diriez-vous qu'ici tout ne me dise ?

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