‹ Les famillesChapitre 82 sur 108 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Il doit à la fleuriste, il doit au bijoutier, Au gantier, au libraire, au coiffeur, au bottier. Ce sont trois mille francs qu'il lui faut tout de suite, Vu que ses fournisseurs sont tous gens de conduite, Gens mariés, ayant beaucoup d'enfants chacun, Et qu'il lui coûte enfin de devoir à quelqu'un.

M. DE CERNY

Mais, pour payer ces gens, en bons billets de banque J'ai fourni l'autre jour la somme qui lui manque.

HÉLÈNE

Et moi j'ai tout payé tantôt.

C'est singulier.

CÉSAR

Non pas, mais c'est qu'il mange a plus d'un râtelier.

MADAME LÉPINET, riant.

Voyez-vous le rusé.'

HÉLÈNE

Parlez, mon fils.

RAOUL

Écoute, Je vous ai tous trompés, et cet aveu me coûte. N'osant vous demander la somme en une fois, J'espérais m'acquilter en tirant sur tous trois. Mais, sans plus recourir à de vaines défaites, Je vais vous confesser le total de mes dettes,

M. DE CERNY, Plaît-il?

RAOUL, Je ne puis plus me taire, et la raison C'est qu'on ose parler de me mettre en prison.

MADAME LÉPINET, En prison, Dieu du ciel ! La somme est donc bien forte ?

RAOUL

Très forte.

MADAME LÉPINET.

Et pas d'argent ! Nous payerons, il n'importe.

(A M. de Cerny.)

Voyons, n'auriez-vous pas quelques milliers de francs, Monsieur ?

RAOUL

Ah ! sauvez-moi, mes bons, mes chers parents ! HÉLÈNE.

Vous demandiez tantôt à quoi sert la famille.

MADAME LÉPINET.

Si tout n'est pas payé dans une heure, ma fille, Je vends mes diamants à vil prix, et demain C'est moi qui lui remets la somme dans la main.

M. DE CERNY

La lui remettre à lui! Ce serait du délire, Madame. Ce serait à vous faire interdire. MADAME LÉPINET.

Moi, m'interdire! moi!

CÉSAR, à part.

Je m'en chargerai bien.

(Haut.)

Madame, écoutez-nous.

MADAME LÉPINET.

Non, je n'écoute rien.

M'interdire! Par vous je serais interdite! Interdisez-moi donc, monsieur, et plaidons vite.

CÉSAR

Il n'est point question de plaider, Dieu merci.

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