SCENE V
Que monsieur de Cerny chez sa femme introduit Dans notre appartement avait passé la nuit. HÉLÈNE, avec une très vive émotion.
Passé la nuit?
César doit être son complice. Et ce qui me révolte et met au supplice, C'est qu'Emma persévère à lui donner sa main Et qu'enfin leur contrat doit se signer demain.
CÉSAR, l'embrassant.
Et je l'apprends par vous! Demain? Ah ! quelle joie! Demain !
HÉLÈNE
Passé la nuit! Se peut il qu'on le croie? Mais depuis le matin tout semble m'avertir, Et mes gens qui, dit-on, ne l'ont point vu sortir,
Et ma fille, et vous même, et ces rumeurs confuses
Seule j'ignorais tout!
MADAME LÉPINET.
Fort bien ! Ruses sur ruses.
Mais qui croira jamais qu'un homme, votre époux, Sans que vous le sachiez, passe la nuit chez vous?
HÉLÈNE
Si c'est ainsi?
MADAME LÉPINET.
Chansons !
HÉLÈNE
C'est la vérité pure.
MADAME LÉPINET.
Je n'en crois pas un mot.
HÉLÈNE
Ma mère, je le jure.
MADAME LÉP1NET.
Eh! bien, tanl pis pour vous, ma fille, dans ce cas;
Car, si la chose est telle, on ne la croira pas.
On dira que la paix par caprice acceptée,
Par caprice s'est vue aussitôt rejetée,
Qu'on évite le piège en y regardant mieux,
Et que pour voir un homme une femme a des yeux.
HÉLÈNE
Mais qui l'a fait entrer? Quel est le misérable ?
VALENTINE
N'accuse pas les gens. Je suis seule coupable.
HÉLÈNE
Ma fille !
VALENTINE
Nos chagrins finiront aujourd'hui, S'il obtient ce pardon que j'implore pour lui.
HÉLÈNE
Son pardon ! Et d'abord méritez-vous le vôtre ? Coupable, avez-vous droit de parler pour un autre ? Verrai-je donc sans cesse et jusqu'au dernier jour Les êtres les plus chers me trahir tour a tour ?
VALENTINE
Ma mère î
(Hélène se laisse tomber dans un fauteuil à gauche. Valentine fait un mouvement, sa mère l'arrête du regard.) MADAME LÉP1NET, à demi-voix, à César.
Mais chez nous, César, est-il encore ?
VALENTINE, de même.
Il est là.
MADAME LÉP1NET, de même.
Dans sa chambre ? Et ma fille l'ignore !
VALENTINE, de même.
11 attend que maman soit seule. Viens.