SCENE vi. m
Et vous me repoussez, et nul ne sait pourquoi.
HÉLÈNE
C'est que c'est un secret, monsieur, de vous à moi, Qui ne serait connu d'un tiers que pour ma honte, Qu'il me faut taire à tous et dont je vous dois compte. Oui, j'étais prête hier à pardonner vos torts : Rien ne s'était passé d'irréparable alors.
M. DE CERNY
Qu'ai-je fait?
HÉLÈNE
En bon père, en père de famille, Vous m'avez fait hier rougir devant ma fille. Monlrez-moi donc comment le père se défend D'avoir flétri la mère aux yeux de son enfant !
M. DE CERNY
Hélène !
HÉLÈNE
Ah ! vous avez retrouvé la mémoire ?
Il fallait en sortir, du reste, à votre gloire; Démasqué par Dubreuil, il fallait vous venger, Et le plus court moyen était de m'outrager. Ma fille m'estimait : vous m'en avez punie En me déshonorant par une calomnie, Vous tenant toutefois dans ce vague affecté Qui permet de mentir avec impunité.
Monsieur, souvent ma fille a pu voir sur la route Où sa mère passait, le sourire du doute; Elle a pu recueillir plus d'un bruit répandu : A ses moindres soupçons ma vie a répondu. Mais que peut le respect qu'elle porte à sa mère, Quand le coup qui me frappe est parti de son père,
\n ACTE V.
Quand devant moi son père ose dire aujourd'hui Que l'on ne me doit pas plus d'estime qu'à lui, El que, pour s'alléger d'un fardeau qui l'accable, Sentant qu'on le méprise, il me fait méprisable? Et vous voulez, monsieur, que j'aille maintenant Justifier l'outrage en vous te pardonnant, Confirmer, consacrer moi-même l'imposture; Que je reste flétrie en cette âme si pure, Qu'elle estime perdu par mon manque de foi L'héritage d'honneur qu'elle attendait de moi, Et qu'enfin si plus tard, en la voyant en faute, Je viens à la reprendre et parler a voix haute, Ma fille oppose alors a ma sévérité Mon propre déshonneur par son père attesté! Non, non, je veux garder le droit de lui répondre, Je veux qu'elle ne puisse avec vous me confondre, Que jamais contre moi ne puisse être tourné L'exemple criminel que je n'ai pas donné; Je veux, si pour faillir elle s'en autorise, Je veux, si quelque jour ma fille me méprise Et me jette a la face un reproche infamant, Lui dire que son père a menti lâchement.
M. DE CERNY
Craignez de prononcer des mots irréparables.
HÉLÈNE
Ah ! puissions-nous tous deux en trouver de semblables, Afin que la barrière entre nous s' élevant Soit plus infranchissable encor qu'auparavant !
M. DE CERNY
Tout mon orgueil se brise à. cette affreuse image. Au nom de votre honneur auquel je rends hommage,