‹ Les farces de mon ami JacquesChapitre 14 sur 34 · LA THÈSE DE €LODOMIR · texte numérisé non relu

LA THÈSE DE €LODOMIR

\'ouée à la morale, ils ne manqueraient pas de lui en savoir gré dans le fond. Clodomir se destinait à la magistrature et ses notes d'examen lui tenaient beaucoup à cœur. Au bas de son travail, il en avait écrit le résumé en gros caractères desiinés eux-mêmes à être reproduits en formidables italiques. C'était un simple axiome ; le voici : — V La propriété, c'est le fondement de la société. »

Il y avait bien une bonne demi-heure que je ne l'écoutais plus quand nous nous quittâmes. Je ne lui demandai pas oiiil allait ; jamais Clodomir ne répondait à cette question. Il était alors huit heures environ et je me dirigeai vers l'institution Bullier, dont je suivais volontiers les cours du soir, pour adultes.

L'automatique Desblin secouait sur la foule les mesures saccadées d'une polka. Je pense encore quelquefois à ce phénoménal orchestre dont l'instrument le plus discret était le trombone. Je lui dois d'avoir entendu, sous forme de mazurka, la Romance de la Rose écrite pour grosse caisse.

M. de Flotow lui-môme en eûl été émerveillé. Celait le morceau favori de cette pauvre Voyageur qui promenait, dans ces triviales débauches, un front de courtisane royale. Camille Pompier ^vqférait X Adieu de Schubert arrangé en valse. Quant à la petite Rosalba^ elle se pélmait liUéralemeni au quadrille dont la pastourelle avait pour motif favori une phrase de la Syinphonie en ut mineur de Beethoven. Que nous aimons la musique en France 1 C'est bien le moins que je le constate, en passant, pour l'honneur de mon pays !

C'était une soirée comme toutes les autres, médiocre même dans ses réjouissances, parce qu'il y avait bal masqué le surlendemain et que les personnes prudentes s'étaient réservées pour cette solennité. J'en étais à ma trente-deuxièin,' cigarette, quand une belle fille passa près de moi, riant très fort malgré ses yeux rouges et cherchant visiblement à étourdir quelque mystérieuse douleur. N'imaginez pas, au moins, une grisette au nez en l'air, au menton mutinement troué : j'ai toujours eu horreur de ces beautés du diable et des femmes dont on vante la physionomie. Celleci avait les traits réguliers et fins, le front bas, le nez long et droit, les yeux écartés comme ceux de

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