‹ Les farces de mon ami JacquesChapitre 4 sur 34 · CI-GIT JAQUOT · texte numérisé non relu

CI-GIT JAQUOT

11 y a quelques mois encore de cela, c'était sur une tombe du cimetière Montmartre, particulièrement désolée et abandonnée, que ces simples mots se lisaient à grand'peine, les rouilles de la mousse les dessinant, seules, en jaune sale, sur la pierre fendillée et noire. Un peu plus bas, dans un coin, et écrite de la même encre passée, ces autres mots étaienttracés en moindres caractères: Concession à perpétuité.

Et quoi î rien de plus ? Pas un regret, pas un adieu, pas une vertu à ce triste défunt ? Ni bon père, ni bon époux, ni bon oncle, ni bonne tante, rien ! rien ! rien ? Aussi les mausolées voisins, tous pimpants et entourés de jardinets galants, regardaient-ils avec un singulier mépris le misérable monument perdu dans les hautes herbes et avaient-ils l'air de se dire entre eux : « Qu'est-ce qui nous a fichu un pareil voisin ? » Vous savez,

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rn effet, que lorsqu'on parcourt les inscriptions et l'pilaplies, répandues à profusion dans nos cités mortuaires, on est étonné de voir combien le monde est mieux composé qu'on ne le croirait au premier abord. C'est à se demander comment des huissiers et des procureurs ont pu trouver à vivre dans une société qui ne comptait que des gens irréprochables ou même sublimes. Réjouissons-nous donc de mourir ! C'est alors seulement, suivant toute vraisemblanee, que nous commencerons à fréquenter la bonne compagnie.

Mais qu'avait donc fait ce Jaquot pour être seul déshérité de tout mérite au milieu de tant de morts estimables ? Mon Dieu î rien du tout. C'avait même été un fort brave homme de son vivant, mais il avait eu le tort immense de ne laisser après lui que des neveux qui n'avaient pas trouvé son héritage aussi gros qu'ils l'espéraient et ces mauvais parents s'en étaient vengés en l'enterrant fort mal, et en le négligeant tout à fait après son enterrement. Encore regrettaient-ils amèrement d'avoir été obligés, par le testament, de lui offrir un gîte perpétuel et l'avaient-ils traité à cette occasion à la fois de prodigue et de crasseux, ce qui n'est pas le comble de la logique des

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