‹ Les fastes de la gloireChapitre 11 sur 19 · Tome J · texte numérisé non relu

Tome J

58Ç LESiPASTES*

fait cacher dans ua chemin creux nn tirailleur des^plaa adroita, il s'approche du tertre et porte un Aé& à FEcossaia^; celui ci tire , sur lui , le manque et le voyant fuir, se met à sa poursuite ; c'était ce que Pomard demandait: dès que TEcossais s'est livré ^ le tirailleur s'élance de son embuscade, ajuste l'Ecossais et lui fait mordre la poussière.

A la saite de la dernière attaque du pont Jumeau, un des chefs anglais vint demander qu^on lui pennit.de faire enlever un officier de marque , tué dans les retranchemens; le généi^al Férion lui accorda une heure pour déblayer la redoute des morts et des blessés, dont la bra* voure française s'était entourée; pendantcetle Irève Férion s'entretint avec l'Anglais : « Mepiendres-yous demain? lui dit-il,* — Oui, répond celui-ci, sije suis commandé* ^— £/t bien, nous vout cUtendans* Les soldats des deux nations . fraternisèrent le verre à la main^ il y eut une collation dont les Anglais firent les frais ; ils étaient abon* damment pourvus de liqueurs et de vins; on but à la la paix ; V Auberge brûlée où eut lieu cette scène ^ offrait le tableau d'une halte d^amis ; c'était là le rendezrvous général des guerriers .des deux , partis. Sur l'invitatîoa des alliés y nos grenadiers franchissaient les écluses et allaient s'^ayer arec eux ; on se disait à revoir, on se .pressait la main au milieu des débris encore

fumans , on s'embrassait L'instant d'après il fallait

s'entretuer; à la guerre il n'y a souvent qu'un roulement ^ntre les plus touchantes. démonstrations et les fureurs» d'une haine implacable.

D'innombrables exploits honorèi^nt nos vétérans de la gloire ;làun cafralier tient .tèle à six ennemis, et leur fait successivement mordre la poussière ; ici un chasseur que

DÊtàGLGlRË. fè;

poiirsuft tout un rëgiment i feit volte-face ^ alteHd. le trompette qui. s'en détache poui; s'avancer sur lui y le renvérae, s'empare dcî s^on cheval et rejqmt soirçorps $ plus Içip, un hussard^ dansune charge, avait eu le nez cpupë/et ne voulait pas abandonner le champ de bataille J' il voit un conscrit qui, tout en pleurs pour une lëgèrjé blessure à l'oreille, dirigeait ses pas vers la ville i comment^ bougre y lui dit- il, tu pleures pqur une égratignure, regarde monn^ec ^t yenge^toi; ces paroles enflamment Iç cpurage ducoiis^rjtj et:il.r^tpanxe au, combat; quelques autres fuyaient d^vanTt sept à huit dragons anglais , inhabiles au inaniement des arpies, ils seJaîssaient sabrer sans résis-* tancei, l<xrsqu'un.d^ec;x. se retournant , à moi, me$ amis, dit-il à sps ç^avaie9y^isvns,Jèu sur ces gredins-là ^ et en Qièiiie.iempsJ'un des dragons tombe, frappé d'uncqup moi*lel 5 il n'en &liut p^s davantage pour transfoi:m?r tous les consente en autant de héros. En un. instant ces Anglaii^ furéut tai)^ en piéiçesv;î ... ^

Les s0ldats sous les drapeauic ne furent pas les séuls^ qtU *e dévouèrent i:d'^ncij5uô militaires , accablés d'année^ et de blessures, vinrent parta^ei- leup dangers» Instruit d^ l'altaque qu'pu m.4dite.contre.Tpuloase, où il a son do-* miôile, J>^B> Du^^ys, capitaine d'artillme, retraité api;ès trente-quatre ans de service , se>dérpbe aux embrassemens desa famille et d'une épouse adorée> vole sur le renipart et se place prés des batteries, dont il dirige les coups avec tant de précision^ que chaque décharge emporte des files entières dans, rarméé enneniieé Depuis le <;ommencemenf jusqu'à la fin de l'action ^ le brave Dupays ne cessa pas d'étonner par son,adi:es6e et par la sui^eté, de son coupt d'o^Qj.il avait pointé le premier canon, il pointa le dernier*

Un autire artillwr, Auguste Rey, qui avait été sous^^

58S LES PASTlES

officier dans le 3* régiment à pied, sVrracba au3t prière de sa femme et de sept en&ns, ooarut an pont dies Minimes^ au moment où l*on se préparait à Fattaqner, demanda i commander une piècç ^ £^udroya les Anglais tant que dora Taction, et ne quitta son poste que quand, repousses une dernière fois , ils parurent avoir renoncé à leur enti^* prise.

Si les Toulousains ne purent pas tous concourir directement à la défense:xle leur ville, et partager sur le champ de bataille les périls de leurs protecteurs, tous^ du moins, ' les accompagnèrent de leurs vœux, et se portèrent au pansement des blessés avec le pluis vif empressement; sur toutes les places, dans toutes 1^ rues, devant toutes les portes, des iamilles entières étaient occupées à fiurede la charpie. La garde urbaine signala son patriotisme et «on zèle en allant, jusque sous le féu, chercher les soldats que n'avaient pas respectés les balles. Parmi les citoyens dont elle se composait ^ un seul fut tué , mais plusieurs re- <vinreHt avec des blessures plus ou moins graves. Il ny eut |>as ju^u'aux femmes qui , oubliant leur faiblesse , soutenaient les guerriers mutilés, pour les aider à gagner Pfaâpitâl, où souvent elles les ti^aa^portaient elles*m^6i. Les filles publiques qui, au milieu des maux et des afflictions qui rédament une pitié courageuse , sont toujours gêné* reuses et compatissantes, montrèrent encore dins <:ette <>coasiou que dans une classe abjecte, dans ua état voué à Popprobi*e et à linfamie , il est encore des vertus I qui se peifectLonnent. Aucun sacrifice ne coûtait à ces infortunées créature», pas iziêMe éelni de la vie, tant le cœur supplée chez elles aux qualités que la morale consacre dans ses principes ^ i*ecommande k la raison. 0« les vit se dépouiller de tout ce qu'elles

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poaaédtieât) et user de leurs dernières ressources pour secourir les victimes frappées par le sort des combats». Ni les, balles^ ni la mitraille ne leur impiratent de l'effroi : un militaire tombait ^ elles accouraient soudain^ déchiraient leur linge, ëtanchaient son sang, bandaient «a plaie ; s'il m lui était pins possible de marcher, elloi le plaçaient sur un brancard, et fières d'un td fardeatt^ elles rentraient a?ec lui dans la ville, d'où elles revenaient bientôt s'exposer à de nouveaux dangers; tous 1^ rangs étaient confondus dans ces soins d'une toacbantehutna^ nité; ici, la femme d'un magistrat prêtait l'appui de son bras à un grenadier blessé dont elle porfi^it le bagage; là , c'était celle d'un marchand, d'un ouvrier $ aiUeul^, une sœur grise ; plus loin, une grisette, et il y avait entre elles toutes une émulation bien digne d'être célébrée*

Pendant l'action , une vivandière montra tout ce îiiue l'âme d'une femme renferme de sensibilité ^t de désinté^ ressèment^ attirée sur le champ de bataille par l'espfotr d'un grand débit, bient&t elle oublie qu'elle doit vendre sa marchandise; elle ne recule ni devant le canon , ni devait 1» mousqueterie } dans tons les endroits où ils font .leurs ravages, elle apparaît jk nos blessés comme un ange tutélaire , lem* distribue gratis une liqueur qui les réconforte , et i)e laisse lire sur son visage que la satisfaction qu'elle éprouve h les soulager. Il lui était impossible de ne pas s'attendrir à la vue d'un ennemi malheureuit. Un of- .ficier anglais, prisonnier, 'était près de succomber à i'excès de la fetigue, elle le force d'accepter un verre d'èaii*dévie. Bonne femme! Banne française! sVcrie-t-îî^ pénétré de reconnaissance, et il ne peut en dire davantage. UVi louis qu'un ofiicier supérieur la contraint dé recevdii*, lui sert à renouveler trois fois sa proviûon : troi^ fois elle

igo USS FASTE» *

rentre dans la ville', et toujours sa généi'otité la reporte ^v le champ de bataille; elle «emblait se multiplîei' à mesure que Tartillerie devenait plcis meurtrière* Plusieurs officiers , en parcourant toute la ligne , furent étonnés jSe la rencontrer partout^ partout Jls la vH^ent i.'efusant le paiement et se dérobant aux iremeïwiemens et aux âoges fju'eU^. méritait si bien,

jQette journée^ si glorieuse pour nos guerriers , le fut ^ussi ^pour celte élite de la jeunesse française, ces élu-dians de l'Université, qu'on retrouve toujours^à la tête de. ce qui est beau et généreux; tous ceux qui purent se procurer désarmes,. volèrent au combat etse mêlèrent aux tirailleurs ) les autres se dévouèrent à secourir les blessés. . Cette bataille dans laquelle chaque Français eut à se défendre contre cinq ennemis , ajouta un nouveau lustre à la réputation du duc de.Oaknatie et de ses lieutenans: on .eût dit .q(;|e, prévoyant Tiilaction d'une longiie paix, tous vQulaieut profiter d^une dei*nière occasion de se signaler. .Xies généraux Foi*ailly'et Wouillemont, avec une division dpi conscrits qui allaient au feu pour la première fois, firent des prodiges; leurs collègues, Drouet^ Derlon, Beitle,.CIaiH S^l, yialjTravot, Beriier^ Harispe,BurrotySaintJailaire^ Darm^gnac, Yillate, Beiton, Menu, Daricàut , Maran- ^in et FériQn^ rivalisèrent de courage a d'iiabileté; k plupart acrpsèrent de leur ss^ng cette Icirre qu^ils voulaient .défeuilr^^Uudj|udanN)ommandislnl Lesueur , le major Le^ r<w , les' chefs de bataillon Guistapage, Gros y Beau)eaa , . Dor^^anues, Chasteneu, Guingret et Lémèlle, les capitaines . Boramée, Gandi-Pomard, tassé, Làpeine^^et Martin, ainsi que les lieutenainsMadier, Mlircoux, Jcanot et Lemet, firent t.Qur à tour pi^eu ve de sang-^froid , d'audace et de réso- }utiou^ L'ar^llei^ie, ^ui, dans cette affaire, joua un si grand

DE LA GLOIRE. Sgi

rôle, excita l'admiration de Pennemi par la prompthude avec -Jâquelle elle fdt servie et par là justesse de son tir; elle fut commandée par le général Tirlet, dont le* dispositions fuirent parfaitement secondées par le chef de bataillon Gaillard. Ce dernier se distingua par une àdi*essè peu commune : nos troupes marchaient pour reprendre une redoute; au moment où elles l'abordent j Gaillard, du haut dés remparts, envoie une bombe, qui, en éclatant, tue ou renverse un grand nombre d'énnenlïâ , et assure le auccès de l'assaut.

Afin d'éterniser le souvenir «des efforts de-Pattriée qui combattit pour sauver Toulouse, un habitant de cette ville avait propose Péi*ection d'un monument. Cette pensée était celle d'un bon citoyen , son vœu n'a point été accompli. Au sein de notre patrie, des marbres insolens s'élè* vent sur la sépulture des Baker ^ des Coghlan , des. Forbes , qui moururent pour préparer des chaînes à la. France; mais, au milieu de ces trophées de Porgueil britannique, on cherche en vain une pierre qui indique où reposent les Taupin et les Lamorandière. On se demande où sont leui's cendres? 6 Toulouse ! s'ils ne se fussent immolés à ton salut ,' peut-être aujourd'hui le voyageur, déplorant une grande catastrophe, se den^andei^ait où sont les tiennes?

BACHEVILLE ^es frères BariTiélemy et Anioine\ tous deux' capitaines de Pex-garde, chevaliers de la Légiond'honneur, nés à Trévoux, département de l'Ain.

Les deux Bacheville ne se sont pas moins rendus recommandables par leur amitié fraternelle que par leur bravoure, leur dévouement à la patrie, et les persécutions dont il les r^adit l'objet. Nésrd'nne&miUeiesUmable

de n^ocians , ils eatrèrent fort jeunes dans la carrière des armes, et parviorent aa grade de capitaine dans le ccn-ps de héros qu'on appelle aujourd'hui l'ex -garde. , Barthélémy y né en 1784, s'enrôla , en Tan xi, aous les drapeaux de la république. Depuis cotte éf<y-» que jusqu'en 1807 , il combattit toujours en Italie , devint sergent dans la ligne, et fut appelé comme soldat dans la garde, où.bientàt il eut Tbonneur de combattra À la tète de la compagnie dont quelque temps au-parafant il n'avait été qu'un sim|^e grenadier* Pendant les années 1808 ^ 1810 et 1811 , il servit aveo la plua grande distinction en Espagne, se signala à la prise do Madrid, aux batailles de Bnrgos, de Rio-Secco^ de Bena* vente, et dans une foule de combats. En 180g, il quitta la Péninsule, franchit les Pyrénées, traversa la France y •t accourut en Allemagne, sous les murs de Ralbbanne^ où il se fit remarquer par de biillans exploits. En 1812, il avait été admis dans la L^on-d'bonneur, et fit la campagne de Russie avec k grade de sergent. Pendant la re» traite^ il eut les pieds et le nez gelés (1)^ mais il n'en JDontinua pas moins son service, et, malgi*é son état de ^blesse et de souffrance , il résista à toutes les fatigues,

(1) Pendant ion séjoar à VJle â^lbe, Barthâemj n'était pas encore pa»^ làitement guéri de cet accident : Toici ce qu'il raconte & ce sujet, dans ses -Voyages : oc Depuis quels princesse Pauline était Tenue joindre son frère, 3 ]^ y aTait £nt souTe&t des bals à la eour. Un soir je dansais aT<ec une très- » grande dame, qui regardait mes pieds ^ en riant et se moquant de leur, » tourauce très-peu dansante. » c< Madame, hii dis-je, ils ont été gelés en ^ lU$ssie^ celte réponse qui n'était point plaisante, pmrsquii ponrisnt des js édau de rire plus grands eneoic. Napoléon, .qui était derrière nous, vit ift que le respect allait m'échapper, £1 s'approcha et dit : « ces pieds-là se » sont endurcis et agrandis dans les marches pénibles qui m'ont fait '■% Mmpereur, 3» On pensfebîen que les riears AinbC alors de mon cdté..

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à toQtés las privations. Au retour de cette funeste expé^*dîtioQ, le brevet de lieutenunt en second dans la gsirde fut la récompense de sa constance et de son courage.

Au mois de mai i8i3, les combats recomi^iencèrent; Barthélémy déploya la plus rare intrépidité à Lutzen , k Beautzen, partout enfin où il y eut des actions de quelque importance.

En i8i4 , il s'honora par un fait d'armes que rapp«r^ tèrent les )ournanx de cette époque^ Un bataillon prussien s^était réuni dans une ferme dont les vastes com^ enton*rées de murailles lui offraient un excellent abri. C'était dans les environs de Montmirail. Un major.de la garde voulut envoyer un détachement pour tâter les Prussiens ; c'était au tour de Bacheville de marcher ; il revenait à Paris, pour se rétablir d^me forte Uessutre qu^il avait reçue à la tête à Château-Thierry. Barthélémy entend prononcer son nom; il y a des périb à affronter, de la gloire h acquérir; ni les conseils, ni les ordres ;de ses die& né peuvent Pempêcher de prendre sa place accoutumée*, sou* dain la ferme est abordée, et le bataillon prussien, poussé, pressé, culbuté, met bas les armes devant trente grenadiers de la vieille garde. On demandait au commandant de la troupe prisonnière comment il avait pu se rendre si facilement. « Que voulez-vous, répondit-il? Ces gros bon- » nets produisent un tel effet sur nos soldats qu'aussitôt » qu'il en parait un, ils s'enfuient, persuadés que PEknpe- » reur est là ». Le même officier dit un instant après à Napoléon qui le questionnait : a II faut bien céder ; v6» » grenadiers ne sont pas des hommes, ce sont des lions )».

A la première abdication , Barthélémy obtint l'honneur d'accompagner Napoléon dans son exil. 11 en revint avfec/iui. A son passage à Lyon , il avait sollicité

5g4 LES FASTES

la permission d'aller embrasser sa famille, qui demeure à quatre lieues de cette ville. Quand il arriva, il rëgnait Une grande agitation dans Trévoux ! tout semblait annoncer que les individus qui ^vaient pris part à la réaction de i8i4 allaient à leur tour éprouver la colère du peuple; Bacheville usa de tout ^ascendant que lui donnait sa position, parla forteraenrau nom de Pempereur, et réussit à dissiper l'orage.

A Paris, Barthélémy reçut, comme tous ses camarades, le grade de capitaine-lieutenant dans les vieux grenadiers^ et la croix d'officier de la Légion-d'honneur. Il partit pour cette courte et mémorable campagne où le talent et la valeur le cédèrent au nombre et au hasard. A Mont-Saint- Jean, il fît partie du carré commandé par le général Cambronne, et fit môrdi*e la poussière à un grand nombre d'Anglais. Quand un éclatant désastre eut consacré là ruine de l'indépendance française ^ il suivit l'armée derrière la Loire, et rentra dans ses foyers le ii novembre 181 5. Après avoir, dans cent combats, versé son sang pour la patrie, après avoir, pendant quinze ans, d'une activité non interrompue, participé à tout ce qui s'est fait de mémorable par les armes , il croyait trouver le reposai! n'essuya que des persécutions. Mais n'anticipons point sur le récit de ses malheurs; nous devons auparavant consacrer quelques lignes à la vie militaire de «on frère : elle fut aussi belle et glorieuse.

En 1806, Antoine Bacheville entra dans les chasseurs vélites de la garde. Après avoir fait , comme simple soldat , la guerre de Prusse , il fut nommé d'emblée officier au 123** de ligne. Son régiment était destiné pour l'Espagne; il s'y rendit., et ce fut la que, depuis a8o8 jusqu'en 181:2 , il enleva toi|s ses grades et sa croif à la

pôlnrte de son êpêt. Blesse plusieurs fois, il ne sortit jamais du feu avant que l'affaire ne fût terminée. Il était cité comme le plus brave de Fnne des meilleures divisions de Farinée , celle du vaillant général Bonnet ,; qui l'avait proclamé lui-même le premier capitaine des voltigeurs de France. Les Asturies,- qui furent le' théâtre de tant de sangbtis combats, n^en virent pas un seul où il n'assistât ;et ne se fît remai'quer, •

Il ne se conduisit pas moins honorablement en Aile* magne, en i8i5. Un seul trait peindra toute son énergie, tout son courage pendant cette campagne. Antoine Bachevïlle, qui, avecsonrégiment,^ait àErheimbreschtein, obtint Pautorisation de venir passer nn jour à Mayence auprès de son frère: des blessés arrivèrent devant la porte de l'hAtel où il se trouvait avec quelques-tfns de ses amis; il descend pour s'assurer s'il n'y a pas parmi eux des soldats de son corps; il reconnaît son lieutenant frappé d'une atteinte mortelle: aussitôt, sans proférer une seule parole, sans même remonter pour prendre son sabre et son schakos, Antoine court à sa compagnie, la harangue, la rallie, et repousse les tirailleurs ennemis. H était victo- «lieux elblessé, quand son frère, qui était monté à cheval pour lui porter ses armes, le rejoignit sur le champ de bataille.

En 18 14, il se montra jusqu'au dernier moment Ifnfatigablê défenseur du sol natal. Un coup de sabre qui l'avait privé presque totalement de l'usage de sa main droite, ne ralentit point son ardeur; elle fut assez remarquée pour le faire mettre à la demi-solde dès le retour du Roi. Ses services et son ancienneté lui donnaient des droits à conserver sa compagnie; elle lui fut enlevée, mais il ne réclama pas^ certain que, quand il s'agirait de combattre

on ne rejetterait plqs les officiers qiri avaient donné des gages de lear valeur et de leur expérience ^ jusque là , M se souciait fort peu d'être ou de n^ëtre pas employé.

Son espoir ne fut pas trompé, et, Ipcsqne l'empereur vînt, de nouveau s'asseoir sur le trône qu'il avait ai glorieasèment occupé pendant dix ans, il obtint, sans m£me l'avoir demandé, une compagnie dans les tirailleurs de la garde. Il fut Tun des officiers qui, avec le général Excelmans, arborèrent le drapeau triccdore aux Tuileries.

Après le licenciement, Antoine se retira à Trévoux avec son firère. Le génie proscrip,teur de i8i5 vint bientôt y troubler leur tranquillitié* Sous le prétexte qu'ils sortaient du département, en allant voir leui^ parens dans une ville voisine , on voulut les arrêter. Pour échapper a cette mesure arbitraire, ils furent obligés de se cacher et se dérobèrent aii|si quelque temps aux persécutions qu'on leqr préparait. On les accusa d'avoir résisté à la gendarmerie; leur tète fut mise à prix, et la cour prévôtale du département du Rhône, séant à Lyon^ s'empressa, le g juillet 1816, de les condamner , l'aîné à la peine de mort et le second à deux ans d'emprisonnement, pour prétendue rébellion à la force armëe. Cependant, les deux frères s'étaient réfugiés en Spisse; mais bientôt, informés que le signalement de Barthélémy était affiché à Lausanne et dans tout le canton de Vaud , ik allèrent chercha* un asile dans les forêts. Là un minisire protestant, véritablement religieux, car il était humain et secottiable, app<Nrtait chaque jour les objets nécessaires à leur subsistance; ce fut lui qui Iei;ir ppocurs les moyens de pai^ir, comme ouvriers genevois, pour la Pologne d'où ils passèrent en Valachie. Barthélémy seul se rendit à Buchar^t; pitsà Conslanlinople, parcourut

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ks iles de l'Arehipel , vi3iu Athènes et Cariai he, el^ pour «?iter la peste qai ravageait ces belles cooir^) sexitfngia à Janioa avec des lettres d'introduction pour AlirPacha qui lai fit iin accoeil bienfeiliaot , non pàa i cause de fees lettres, mais d'après une recommandation, bien plus puissaiite k ses yeax : une action de bravoure. Barthélémy avait voyagé dans l'Albanie avec une caravane de cin-*quante hommes, qui fat attaquée par deux cents )a«is^ sairea licfmciés , devenus brigands : il prît le eomOiande*ment de la caravane , et mit en fuite les janissaires* dont il tua lui-même Je chef. Sur ces entrjèfaites , }e:frère/de Barthélémy ayant voulu le rejoindre^ était arrivé à Oms* tantinople ou il avait demandé un passe-port à Tambassadeur français. Le marquis de fiivière ne le refusa point, mais, par une étrange prévoyance, ii y fit transcrire l'arrêt de la cour préyâlak,' avec ordre à la. gendarmerie de France de faire conduire Antoine de brigade en brigade jusqu'à Lyon. Antoine se dirigea alom vers les bords du Tygre; aux approchas de-Mèhlyn^ la caravane dont il &isaît partie ayant été attaquée pair une det nombreases hordes errantes qui parcourent laPerse^ il&it d^iouilléxie-toat ce qu'il possédait, et oblige, par une pluie froide dedé^ cerabre,.de faire, les pieds nuset enrohemi8e,à travers des ro» chers, une route de plusieurs lieues:, ioutèfois, il neresta pas long-temps dans ce dénuement; le gouverneur de la pro^ vincelui fit rendre ce qui lui avait été volé , et il poursuivit «a course jusqu'à Bagdad, où oo^aocien chirurgien aidemajor de la garde , M. Barachin, depuis 'deux ans îna^ tructeur des troupes disciplinées à l'européenne du princfe Abbas*Mirza , fiU du Schah de Perse , lui fit parvenir «n généreux secours. Antoine soUIeita du aervice près de Ma-» bomet^Ali-JMirza , et l'accompagna dans vue expédttîoci

éat»f l'Arab^tati. Au retour, il prit la rë^olutîon de TÎsiter le détroit d'Ormos , «^ se fixa à Mascate^ pays affreux à qui son climat bràlatlt et mal sain a fait donner le nom d'Enfer, par les Persans effrayés. Il y succomba dans le mois de juin 1820. <c Maintenant, dit Barthélémy Bacheville, dans se» \>oyages où il raconte aussi les infortunes de 8on< frère, <c je ne sais plus rien dé lui, sinon qu'il est nmort, suivant les uns, de la-peste, suivant d'autres, de » la fatigue du voyage. Moi , pour parler comme l'un des n bomnies qui, par leur e^rit, ont rendu le plus deser^ » vîpes:à lalibertë, je disque mon fi^èreestmort de l'exil; }» Pékil ^'est-il pas , en effst, le plus cruel des maux ! ^»

Ahîoihe Bacbeville était fort instruit; il avait l'habi-* tude du travail et de Fëtode; sa bravoure était extrême, et l'on ne peut douter qu'il ne fut parvenu aux plus hauts grades f si le sort n'eût contraint nos gu€|^riers de dépo** ser leurs armes avant dWoir purgé la France de l'aspect des étràngars. Il' avait un coeur ardent : cependant, •a tête était froide et sa volonté ferme. Il était bon citoyen , excellent fils,;tendi*e.parent, le meilleur de tous les frères. L'état^ sa fKaiiUe ^ Ifari^ée ^ dut fsût ^1 lui une perte âou« louFeusè. ■

BiElrtfaélehiy ne séjourna que quelques mois à Jaoina: quoique Àli-Pacha Fadmit à sa table, à boire dans sa coupe^ à fulueir dans sa pipe, et à d'autres' honneurs dont 1^ Orientau^«sontâi jaloux et si peu prodigues, il ne put se familiariser avec les scènes de cruauté dont le féroce pacha' le 4«ndait témoin chaque jour, souvent poiïr l'étonm^r^ plus souvent pour lui plaire \ cai* Ali l'avait pris en Affection. Bailhélemy n'attachait pas un grand prix à la faveurd^un tyran, il préférait revoir sa patrie, eût-il dû ypovtepsatète sous le glai^re* Apr^s^avoiroblenu un passe^

DE LA GLOIÏte. SjQ

port du ioonsul anglais, il amva aiix ftontiè^es de France et se constitua prisonnier, afin de faire purger sa contumace. La cour royale de Lyon prononça qu'il n'y avait pas lieu à poursuivre , et qu'il sériait sur-le-champ mis en liberté $ justice d'autant plussm'prenantjB, qn^'elle fut rendue diaprés les mêmes pièces qui trois ans auparavant avaient feit condamner Barthélémy à la* peine capitale^ Privé de sa demi -solde , après tant de persécutions et de malheurs , Barthélémy Bachéville, afin d'êti^ réintégré dans ses droits, présenta en 1821 , à la Chambre des députés, une pétition qui (ut vivement appuyée par un des plus zélés dé£enseur0 de nos libertés constitutionnelles , M. deCorcelles^ dont le discours dans cette occasion fut plein d'énergie. Bar* théiemy obtint de l'assemblée uiié reeominandatbn au« près du ministre de la guerre ; depuis cette époque il A fait paraître , en 1822 , sous le titre de Voyages des fràres Bacheville, en Europe et en Asie, des mémoires fort inlé-restas et fort curieux (i)^ ils se terminent par oeLte.page remarquable:

« Long-temps militaire, j'ai assisté è plus de vingt ^ batailles et de cent combats; j'ai survécu à de mortelles » blesaures; une balle m'a frappé à la tête, 4e manière )^ à en taer mille autres; en Italie, un prêtre Teuf m'as^ ^ sassiner , c'est lui qui tombe victime^ un ohien enragé ^> me mort^ trois personnes meurent de ses blessures ^

(1] Ds se vendent à Paris , chez Raymond, libraire , éditeur des Fo^Um delà Gloire, rue de la Bibliotlièque , n®4; et chez le capitaine Bache^ ▼ille, Palftig.Royal, ii9 82, 0n trouve aussi , au domicile de cet officier, l^eau des Odalisquesy si merveiUcuse pour entretenir la beauté et rëpare|les outrages d» temps. l\ reçut à- Nai;os le secret de ce précieux cosméti*^ <lae , doQt le débit a suppléé jusqu'à ce )our aux autre* moyens d'existence, que lui refuse le gouvernement. Le prix des Voyages est de S &'ancs à ^■ïi», et de 7 fraocs par la poste.

ioo UBS FASTES

h moi seul je guéris^ en Russie, j'ai les peds elle nez M gelés j je résiste pourtant à l'hiver eruel qui moissonpe » les braves par milliers; un hangard sous lequel je m'éyt tais endormi, s'embrftse: la flamme gagnait déjà mes » pieds trop .engourdis pour la sentir; cinquante mal* » heureux y périssent , moi je trouve un sauveur quiar- » rive encore assez à temps pour me traîner par la tite » hors de l'incendie ; bientôt je vois mon bienfaiteur des- » cendre du trône; pour le suivre je m'embarque; ane i| affreuse tempête gronde en vain contre moi; dû baat ï^ d'uamât je tombe à la mer, on m'en retire ; je reviens }» en France, mais pour survivre au carnage de Water- » Ioo: rentré dans mes foyers, on veut m'arrêter; les » gendarmes tirent à dix pas sur moi , ils me manquent; m. on met ma tête à prix, on me condamne 6 mort; je » me saove : quatre scélérats sonc envoyés h ma poursuite, n je les évite; en Suisse^ je roule au fond d'un précipice, » j'en suis quitte pour quelques contusions; à Constantin }) nople , j'échappe à M. le marquis de Rivière, a Smyme, » aux ràvages de la peste; à Janina , j'ose témoigner au » farouchcf AK l'horreur que m'inspire sa cruauté, il ne » me ftit pas mourir; enfin, pour mettre le comble à ]> l'extraordinaire, ieitonnen*e a frappé mon bonnet à » poil et m'a renversé sans me faire aucun mal. Après » cjela ,. qu'on dise que nos jours ne «ont pas comptés ! » Quelque3 journaux ultra- royalistes - parmi lesquels k Drapeau blanc et la Quotidienne, ont voulu révoquer en doute la fidélité du récit du capitaine Bacheville ; quand onaThabitude de l'imposture, on a de puissans moti6 pour suspecter la véracité de ceux dont une des premières qualités est la franchise. Le capitaine Bacheville nous est particulièrement connu; nous. avons été à même d'apprécier

DE LA GLOdlE. 4oi

ckr les moindres cif constances de sa yie, et nous pôutons affirmer qù^en traçant ses aventures ii n'a ni exagéré , tii inventé; noas avons au contraire la certitude qu'il lui restait encore beaucoup à dire.

fÀNiSSE ( Pierre ), niaréclial-de-Canip , officier de la liégîon-d'honneur , chevalier de Saint^Louis, né en 1762^ à Frëjusj département du Var.

Le 12 juin 1782 , Pànîsse entra avec le grade de souslîeriteùant' dans le irégiment de Dauphiné, 38® d'infanterie de ligne. Un mois après, il fut noiiïmé lieutenant au même corps, et futyleag octobre i79o,Fun deàcent trente^ six officiers à qui le roi expédia le brevet d'aide-de-camp. En 1792 , il fut attaché en cette qualité au lieutenantgénéral' Rocham beau , qu'il suivit en Amérique, dans soîl gouvernement des îles du Verit et sbus le \enX, En i795,ll devint capitaine au 2" bataillon du régiment rriaréchal de Turenne'y'S'j^ d'infanterie de ligne, et en 1794, lieutenantcolonel du 5i* de la même armé. En 1796, il reçut l'épaulette de chef de brigade , accompagna comme premier aide - de - camp le général Rochambeau . à qui le gouvernement venait de confier le commande^ment en chef de la partie espagnole de Saint -Dominjgue; fut en 1798 l'un des adjudans-généràux employés dans l'expédition de la Guadeloupe , dirigée par le général Desfourneaux 5 fut désigné en 1801 , par les ministres de- la guerre et de la marine, pour servir sous le généiral Léclérc ^ envoyé avec linè armée pour» soumettre les rebelles de Saint-Domitigue^ commanda successivement plusieurs placesdans cette colonie^et fut chargé de surveiller et de défendes les' arrontiîsseniens du fort Dauphin, Tome V. 26

4oa tES FASTES

de Saint-Mdrc et du Port-au-Prince, qtfil conserva intacts jusqu'au jour de l'év^uation. Transporté en 1810, à San-Yago de Cuba, il y eut la mission de yelUer à ce que nos soldats malades dans les hôpitaux de cette ville, ne manquassent d'aucun des secours qu'exigeait leur position. Après avoir parfaitement rempli cette tâche pour laquelle des instructions particulières lui avaient été données, il revint à Santo-Domingo, se rallier aux débris de l'armée, et servit dans Télat-major du général en chef Ferrand, jusqu'au 7 juillet 1809 ^ il subit alors le sort de la garnisop réduite à capituler après un siège de huit mois, pendant lequel elle avait été en proie à toutes les horreurs de la famine, et se sendit en France, où, avec tout l'élat-major, il était renvoyé prisonnier sm* parole. Peu de teqips après il fut appelé aux fonctions de chef d'état-major dé la 25* division militaire, à Wesel^ passa le 22 jai;iviër 18 13 dads la 2* division du 5* corps de la * grande armée, revint à Wesei. après la campagne de Saxe, pendant laquelle il s'était signalé autant par son zèle que par sa bravoure, et contribua en 18 14: à, la défense de Besançon , étroitement bloqué par les troupes coalisées. Il était encore à ce poste, dans lequel il avait rendu d'éminens services , lorsqu'au commencement de iSiSf le roi le nomma maréchal-de-camp et officier de la Légion-d'honneur, d^nt il n'était membre que depuis le i3 juin i8.i3.

Pendant sept campagnes quMl fit en Amérique , le général Panisse fit constamment remarquer son intrépidité. On cite de lui une foule de tratsd'audace et de résolution; les glorieuses cicatrices dont il est couvert, attestent sa Taleur.Le 7 novembre 18089 a la malheureuse journée ou périt le général en chef Ferranid » U fut démonté ^ renversé

DE LA GLOIRE. 4o5

d^un coup de lance , et n'en contîtma pas moins à faire d'héroïques efibrts pour rallier les troupes, et les ramener au combat. Il avait eu |)récédemment plusieurs che\^ux tués sous lui^ tant à Saini-^Dominguequ'àla M artinique, et s'était auiiout distingue dans cette dernière polonie , lorsqu'en i^gSeten 1794 les Anglais étaient venus Pàttaquer. Enfermé dans le fort Bourbon y il repoussa tous lesassauts5 fut plusieurs fois grièvement blessé, sans cesser de s'exppr ser à de nouveaux périls et fut frappé, le i5 mars 179^, par un éclat de bombe qui lai emporta toutes les chairs del'avant-bras droit et. en brisa Pos.

Le général Panisse est beau-frère du général Freissinet , mort en 1820 , avec une haute réputation de talent , de bravoure et de patriotisme.

DUPLAN ( Flctor ), major, officier de la Légiond'honneur, né à Moutiers ^ département du Mdnt-Blanc , actuellement en solde de retraite, comme lieutenantscolonel, à Barreaux, département de l'Isère. (Addition à son article, tom. i" des Fasles, pag. 107.)

En x8io, le général Simon, après avoir, au point du jour , réuni sa brigade dans un bois à demi-*portée de fusil de Bosaco, ordonna à Duplan, comman'dant un ba^illon de la légion du midi , d'enlever ce village, situé sur une hauteur escarpée, et défendu par mille hommes de trou*pes légères; à peine Duplan avait-il cinq cents baïonnettes: il fait battre la charge, s'élance audacieusement à la tête de ses carabiniers^ aborde l'ennemi, Penfonce , le culbute, le poursuit, le pousse hors du village, et le voit fuir en désordre après lui avoir fait des prisonniers; Duplan en fit deux à lui seul; maître de la position, il s'arrêta^ per-

4o4 LES FAStEÎS

suadé qu'il lirait pas probable qu'avec deux à trois mille hommes le général Simon voulût engager la lutte contre nne armée entière qui observait tous les mouvemens de sa brigade, et pouvait en un instant fondre sur lui aFec des masses considérables. Tandis qu^il fait cette réflexion, le général le fait appeler, et, lui promettant de le soutenir avec toute son infanterie formeSe en colonne , il lui ordonne de s'avancer en tirailleui* sur la ligne anglaise. Dujplaû et ses intrépides carabiniers se portent aussitôt à Tattaqué, et aux cris de vrV^ Vempereurl ils parviennent à travers mille obstadles sur là crête de la montagne, enlèvent une batterie et se précipitent sur les Anglais; les assaillants étaient animés de ce courage impétueux qui donne la victoire, mais leurs efforts furent vains; accueillis à dix pas par Un feu des plus meurtriei's, enveloppés sur leurs flancs, réduits à l'impossibilité de manœuvrer ^ sur le point d'être tournés complettement , ils furent contraints de se replier sur le reste de la brigade que conduirait le général Simon, qui 9 blessé dans ce moment , et ayant devant lui des forces au moins triples des siennes, dut eJFectuer sa retraite sur Bosaco.

Le chef de bataillon Duplan , dans cette circonstance, lit preuve de beaucoup d'habileté et de résolution ; presque tous les ofiiciers sous ses ordres furent blessés. Le surlendemain de l'affaire, le général Loison, en voyantla légion du Midi et son dignechef , ne put s'empêcher de dire qu^^apec d'aussi braves gens, il irait au bout du Monde (1).

(1) Dans le récit de la bataille de Bosacd que contient le 2o« Tolonie de* yiotoires et conquêtes, il n'est njollement fait mention de la gloire dont se couvrit la légion du midi. En 18211 , le major Duplan , Toulant faire réparer cet oubli, pria le général Foy ^ de faire parvenir sa réclamation aux auteurs 4el'bittoire d« nos guerres. Là réponse xjv^k cette occasion il ^ut dugéné-^

DE LA GLOmE. 4o5

Xa|dmsion Shnon venait de prendre position sous les murs. d'Âlmëida bloqué, .lorsque la garnison fit une soi lie. Duplan demanda à la repousser; ans^tôt, avec le chef de bataillon Boivin, il fonça sur les Espagnols, les- força à rentrer précipitamment dans la ville, et les poursiiiyil , accompagné seulement de quatre de ses soldais, jusque sur les glacis, où il essuya une déchargé terrible de balles et de mitraille. Dans cette action il n'eut à regretter qu'un seul homme, mais lui-même faillit périr victime cle l'ardeur qu'il avait déployée; au retour, 11 se sentit saisi d'un fiH>id glacial, et tomba dangereusement maladb; dans cet état iL.continuait à partager les travaux de ses frères: d'armes et pour obtenir qu'ilipsit le repos nécessafee au rétablissement de sa santé, il fallut que le général Simo<i usât de son autorité , .encore Dnplan ne céda-t il aux instances de ^ chef, qu'après qu'il en eut reçu t'assùi'ancie

rai renferme des témoigna^ trop hottoraiilcispciur que ooua iif»i|» <|Up«n8ioQ0 de la rapporter : voici ce qu'il écrivait au brave Duplan. « Quand on ^'est 0» battu comme vous, mon cher colonel, on a bien le droit de réclamer s» » part dans les souvenirs de la gloii^e nationale, )e fctai remettre votre 3) lettre avec une recommandation -pivrticulière à l'«diteur>des Yktoii^s et 3» conquêtes A en sorte que l'oçv^^Koa que tous lui reprochai soit véparée> :d si elle est etacore répai'ablé. . . ,

» Au moment otà je suis entre dans la carrière législative > j*élaÎ8 occupé « id'im ign.nà travail , sur les guerre» d'Bspagne et de Portugal ; je reprendrai * ce tr^ail^ lorsque j'en aurai le. loisir. Dès à présent , je reçois avec recon- Tb naissance tonales détails, rense^gnemens , journaux particuliers et ré- 3» flexions de toute nature que veulent me coummniquer les officiers quïont !d servi dans Ta Péninsule.

j> Je me félicite de la marque d^e souvenir que vous im'avez donnée:; » vous êtes un de ipes anciens camarades dont j'aime et j'estime le plus le n caractère et le dévouement, et je me croirai heureux, mon cher colonel , yy toutes les fois que vous me donnerez Toccasion de vous olfrir la preuve m dos sentimensdu vif attachement et de la considération distinguée que A Toi^s m'avez inspirés^ a^ ., Foy.

4o6 LES FASTES

qu'il le ferait appeler pour'l'assaut: « Soye2 ti^anquille ; » lui dit. Simon, on ne le^domiéra pas sans vous, vous » en -serez, du^éé-^je vopa faire porter par les sapears de » mes ctàgim^ns. »

MARRUC ( iV. ), capitaine de grenadiers au 7** rqjiment d'infanterie de ligne , chevalier de la Légiond^honneur,. né à Ville-Dieu -les-Paille, dëpartement de r Yonne. - ^

. En i79'2, Marruc partit comme lieutenant dans le 7' bataillon, die PYonne, qui entra ensuite dans la compo- £itloa du y régiment d'infanterie de ligne. Il fit avec ce Coi'psjQuI^^led campagnes de la révolution, et se signala jpa^lout par une intrépidité au-dessus de tout éloge. Â Saint-DomingUeoù il coinliattit,iI s'était fait la réputation d*uii des.l^lus bra:ves officiers de l'arhiée; il y ibt Csiit capitaine, en récompense d'une action d'éclat. Dans les guerres d'Allemagne, il déploya hr même valeur, son sang y conla au pied des murs d'Ulm, où, q^uoique grièvement blessé par la mitraille^ il ne vQulg;t p^^se retirer da champ de bataille, et continua de donner Texemple à sa troupe. En 1809; il sèwit en'Espagrié, éf s'y fit rémarquer par de brillans exploits : pendant le JjIdcus de Barcelone son audace reconnue^ -le fit choisir par le général Duhesmepûur commander un corps de partisa ils; il devint bien tdt l'épouvante des guérillas qu'il faisait trembler à plus de qyiuze lieues à la ronde. Il ne se passait pas de jours qit'il ne détruisît on dispersât quelques* unes de leurs bandes; jamais ils n'avaient eu d'eniiemî plus terrible. Quand Barcelpnne fut dégagée, Marruc, que de brillantes expéditions, et les coups les plus hardis avaient fait décorer de rétoile de llionneur, rentra a son régiment, et fut tué

DE lA GLOmÈ. 4o7

pead«>teii9ps après en cba^rgeant à la tête de sa compagnie, surpne colonne nombreuse '^d'Espagnols quî voulaient enlever un de nos convois. Ce brave capitaine fat généralenieilti'egretté. \' '

FpURTET^ ( iV. 0,,.chef de bataillon dWanlerîe légère, .chevalier de la» Légion - d'honneur, actuelle^ menl en solde de retraites Valence d'Agen, département; de Tarn-el-Garonne (addition à son article^ dans le i*' yol.des Fastes, page 384 , où, par erreur, il est désigné sous le nom de Fourlet. )

. Anime par la grande pensée de l'indépendance de sa patrie, Fourtet fit vingl-qùatre ans la guerre dans le 17* régiment d'infanterie légère, où ^a bravoure fut renommée* No^s avons déjà rapporté dans cet ouvrage quelquesime^ des actions d'éclat de cet officier; celles dont nous all0tts> présenter le récit ijesont pas moins glorieuses.

Au co^ibat de Saalsfeld^ Fourtet avec la compagnie de voltigesurs.x}uPil commandait, enleva une pièce de canon, et s'iempara d'une des portes de la ville, qu'il traversa en ripostant au feu terrible qui, de toutes les croisées, se diri^ geait sur lui. Pendant que l'action était le plus vivement engagëe:^-«n courant il franchit la plaine entre Saalsfeld et la riviève, entra dans l'eau ^ jusqu'à la ceinture, aborda sur la rive opposée un carré d'infanterie prussienne qui résistait au choc de notre cavalerie, fit sur lui une déchai*ge ài)out portant , et commença la déroute de l'ennemi , qui , poursuivi par les 9^ et 1 0* de hussa rds , mêlés aux voltigeurs, laissa entre leurs mains un grand nombre de^ prisonniers. Parvenus à une montagne trop escarpée pour que les cbevatix puissent la gravir, les fuyards (entèrent de se reformer, mais l'intrépide Fourtet, Avec ses soldats, fonoi

4o8 LES FASTES '.t

nette au:ç reins, et.qeâ'arrAe^qu'^pjr^slef ayolç-toii/çiaés, pris ou dîspersçjau : • ^ .

Le duc de Moutebello témoin de ce suocès, af'ait, jvouln savoir a quel corps appartenait la compagnie, qui avait opA'ë un liaouvement si audacieux; il chargea le gênerai Victor de ^eu informer 5 celùî-cîfft venir le brave*Fourtet, et, après lui avoir fait plusieurs questions. « Capitaine, » lui dit-il , en le frappant su;* 1 ëjpaule, je vous fais mon )) compliment ; le marëchal Latines vous observait ^ Voua » vous êtes parfaitement .conduit; à revoir. »

Dans la tartinée du jour qui précède^ la bata^lIV aliéna, . le brouiilçird ^tait si épais qu'à peine pèûvait^^on voir à une distance de quatre pas, Fendant cette l^rumé, quelques coups de fusil entendus sur la hauteur firent < -ptésumer au maréchal Lannes, que l'ennemi n'était ^as fort^loigné. Afia de s'en assurer il envoya^ unetoôiiipagnie de voltigears; c'était au tour du capitaine FpWitet à maréhec^ il partit ^ussit^ît , se dirigea sur le point indiqué 9. cultuftanii poste de vingt hommes, et le chassa devant lui; tQutrà?^oup , il fqt.en présence de quatre .bataillons, qui en faisant un feu des mieux nouriris, se retiraient lentement à mesure qu'il avançait ; il leur répondit par dès déchargea néitarées de son peloton, et contini^a ççtte manœuvre l'espace de plus de trois cents toises, alors les bataillons s'arrêtèrent à un qiiart de portée de la mousqueteiie. Fourtet , les observait attentivement : bient^ît ils disparurent, il crut qu'ils se disposaient à l'envelopper ; dans cette incertitude il détacha autour de lui quelques tirailleurs, et resta immobile, espérant qu'averti par le bruit > qu'il se trouvait engagé , son riment nç tarderait pas à le secourir* Cinq. minutes à peii^e s'étaient éçouléç$ depuis qu'il était dapi^ cette por*

DE LA GLOIRE. éog

sîtloh^ que; les vapeurs venant à se dissiper et Vhotizon à s'ifclaircir, il.se voit au milieu' de l'armée prussienne qui de sa droite à sa gauche forme un ya&te demi-<;erGle^ aucun coipsne s'ébranle, les. qugitre bataillons n'interrompent point leur mouvement de retraite , mais des nuées de tirailleurs fopdent de toutes parts, sur la poignée de soldats que guide Fourtet; il était dans cette situation critique » qn^qd up capitaine de ses amis^étant accouru à son soutien lavec sa compagnie, ils pjarviennent ensemble, par un feu habilement dirigé, à tuer un grand nombre de tirailleurs^ à élo|i^ner les autres e{b à sortir du plus pressant danger* Le Tn^rëchalLannes, qui 9e trouvait sur la hauteur quand Fourtet arriv)^, lui dit: <c Capitaine, à Saalsfeld il y y> avait de la bravoure; ici , à la bravoure vous avez joint » la témérité ; vous vous êtes bien défendu , je suis content ^> 4e vous, ^is une autrefois soyez plus sage, »

A., minuit ; Napoléon fit ve^ir Fourtet, et lui demanda ses observations sur là nature du terrain qu'il ayait par*cpuru, ainsi, que sur les vallées qu'il, avait dû apercevoir à droite et à gauche; Fourtet répondit à toutes ses questions d'une maniée satisfaisante. Le ï^endemain l'attaque, eut lieu parles points qu'il avait reconnus , et. ce futiui que Von choisit pour guider le corps d'armée , en tète duquel il i^^rcha avec sea voltigeurs» Il^sacquiHisi de cette tâcbj^ avec beaucoup dlntelligence et ,ne donna dans auculie méprise, malgré un brouillard, qui n'était pas moins épais que celui de la veille. , .;

yOIL(.OT [JlrUfHne)y chef d'escadron, commandant d'aiimes, eu. ^olde de retraite. Il Beaune^ sa ville natale, département de la C<îte-d'6i> ( Addition à son article , tom. i" des Faites, pag. éaé. )

4io LES FASTES \

Le 4 septembre 1795, Voillot étant iride-de-isamp du gëdéral Dampierre et se trouvant tiiomenlanément près du gênerai Davaisne, commandaît Pescorte d'un Convoi de gi-aiiis pour ràppronsîonnehient de la place de Cambrai. Tout- à-coup, près de Villers-ehrCotïchî, il est en prëseiice de huit cents cavaliers autrichiens ; il n'^avaît sous ses ordres que cent cinquante hussards; il eu j>rend trente avec lui , laisse les autres à la garde deô vôtluifes , s'avance jusqu'à Textrémitë d'un petit pont jeté sur deis marécages, attend l'attaque, et quand les âssàillâns sont à bout portant^ il décharge sûr eux une espingole dont îl est armé, en même temps qu'il les fait t-ecevoir par xi n feu de carabine exécuté si à^|prop6s que le pont reste encombré de chevaux et d'hèmmes tués. Cependant Fennemî n'a jM)int renoncé à fôrcérle j^assage, mais, arrêté par le» cadavres des siens amonëelés^ il veut auparavant faire disi)ai^îlrè ce! obstacle; p6ui^ y parvenir îl faut d'àbôrd éloigner cette poignée de Prànçats, doiit la résistance loi à été fatale. Les Autrichiens se rangent en bataille et font sur eux, d'une distdncè* dé trente pas une épouvantable Aéchat'gé; la- moitié des compagnons de VoiUot^ tombent mortellement fi'appés ,1^3 atitrés sont tous blessés grièvement; dans uiie circonstance si critique, l'îiitrépîde aidede-camp prend la résolution de rester -seul à soutenir une lutte aussi disproportionnée', peu lui importé 'de succomber, pourvu qu'il sauve k convoi. <( Camarades, dit-îl aux » hussards, je ne souiFrirai pas que vous vous exposiez » davantage, relirez- vous à Cambrai , et annonce25 à la » garnison, qtt*av£lttt de s'emparer de la piote qu"*!! con- D voile, l'ennemi devra' rfie passer sur le corps, — Eh, ]» quoi! uousvousabandonûéjpions,s*écrîèrehtlfeshûssaids, » p] ut<St mourir avec vous.» Aucun d^eax ttè vottlulTle quit-

DE LA GLOIRE. 4ii

ter. Ces braves gens obtinrent de leur persevërance le résultat qu'ils en avaient espëré, et le convoi conserve intact, avait eu le temps d'entrer dans la place, quand, acablës par le nombre, el hors de combat, ils ne pnrent éviter d'être faits prisonniers; la plupart ne surtëcurent pas à lears blessures. Yôillot reçut deux coups de feu, un à la jambe gauche, l'autre entre l'extrémité du rectum et les testicules ; après l'action, on le trouva baigné dans son «ang et reiiversé sous son cheval qui avait été tué; dans cette position , il avait encore été atteint de deux coups de sabre à latête^ il en guérit, ^t au retour de sa captivité, il donna à la patrie de nouvelles preuves de son dévouement.

COTARD ( Pierre-Nicolas ) , colonel du 2^ régiment d'infanterie de ligne., ofBcier^^e la L<?gion-d'honneur, né en 177 1 , à Blois, département de Loir-et-Cher. .

Au moment où la révolution éclata, Cotard^tait soldat au 26'' régiment d'infanterie de ligne, où il s'était enrôlé en i78'8. Il entra alors dans le 5* bataillon des volontaires nationaux, y devint capitaine, le 12 septembre 17925 passa en icètte quantité, le 16 ventôse ah 4 , dans là 5o' demi-brigade 4'inûtnteiie légèi^, devenue plus tai*d 8* régiment de la même anne, fut nommé 'chef de bataillon au 23^ de ligne, le 5 juin 1809 ; inajor en seoond, le l4 juin 18 15^ et colonel, le 19 novembre de la ixiême année.

Dans vingt campagnes, aux années du Nord , de Sam* bre-et-Meusé, de Naples, d'IlaKe, de Dcilmatie et d'Allemagne^ Cotard se signala constamment p£(r son habileté et par. son com^age. Il fit des prodiges pendant le siège de

4iâ LE9 Fastes

'Gaete^ ojjî, dans une sortie, le 25 prairial an 7 , il fut grièvement blessé d'un coup de feu à la cuisse droite.

En i8i3 , sa bravoure et son dëvouement furent constamzifient remarqués : à la bataille de Bautzen ,: ce fut lai qui commanda le 23^ régiment, en l'absence du colonel Latour , que de graves biessm^es avaient mis hors de combat. Dans cette journée, où nos armes triomphèrent, il e:f éc^fa à la baïonnette plusieurs charges brillantes, et enleva plusieurs positions que l'ennemi avait hérissées d'artillerie.

A flanau, le 5i octobre^ le 8* régiment d'infanterie i^èr^, dans lequel Couard avait servi avec distinction, se repliait devant des forces trop supérieures: il se porta rapidement à son secours, à la tèle de huit cents hommes^ culbuta quatre mille JHongrois, les poussa le fer dans les mns^ les rejeta dans la ville et fit couper le pont.

DAVIET ( Jeau'-Paul'François ) , major au i54* ré* giment d'infanterie de ligne, officier de la Légion-d'hpnneur . né en 1 773 , à Paris , département d^ç lajSeîne.

Soldat au !•» bataillon de Paris , eii i79i,,Daviet ne dut qu'à sa bravoure l'avanœment qu'il obtint par la sf^it^ Le 5' régiment d'infanterie de ligné , dans lequel il était dqveqq capitaine, le regai^dait avec raîsort comme l'im de ses plus vaillans, officiers. On citait de lui nne foule d'actions d'éclat ; à la journée de Squelberk, en septembre 1793, il sauva le drapeau de son bataillon, et fit mordre la poussière à un grand nombre d'ennemis^ à Bivoti, le 25 nivôse an 5, il le sauva une seconde fois, mais s'étaut ensuite précipité dans la mêlée ,< il ne put éviter d'être pris. Bientdt il fut échangé et se signda par de

DE LA GLOIRE. 4i5.

nouveaux exploits. Devant Véronne, ea prairial de la même année y marchant à l'avant-garde ^ avec la compagnie de chasseurs dont il était lieutenant , il força le camp retranché des Elsclavons et des Vénitiens , chargea ensuite avec sou capitaine ( i) sur l'une de leurs batteries ^ s'empara de deux pièces de canon, les tourna contre le magasin à poudre , y mit le feu , et accéléra ainsi là reddi* lion de 1^ place qui, le même jour,, demanda à capituler. Tout couvert des blessiu^es qu'il avait reçues dans cent combats, Daviet, en Pan â , se vit forcé de prendre sa retraite 5 mais il ne tarda pas à s'indigner d'un repos qui ne convenait pas à sa belliqueuse ardeur; en l'an ii , il obtint d'être employé activement comme capitaine dans le »• régiment de Paris, où, en 1807 , il devint chef de bataillon. Il fit, avec ce corps, lacan^agne de Prusse, efe se couvrit de gloire pendant le siège de Dantzig : l'exem-* pie de son audace, y détermina la prise à l'abordage d'une corvette anglaise qui portait dans la place des vivres et des munitions de guerre.

En j8o8 , Daviet fut envoyé en Espagne, où il eut de fréquentes occasions de se distinguer. Il n'en laissa échapper .aucune , et , dans uùe guerre pendant laquelle la valeur personnelle fut souvent mise à de terribles épreu-^ ves , il soutint sa haute réputation d'intrépidité. Les sol- . dats parlaient de lui avec une vénération toute particu-» lière ; partout où il était avec eux , ils ne craignaient rien* Dans leurs récits païfs, ils le comparaient à Làtoùr-d'Âuvergue ^ et ils affiimaient ingénument que rien ne lui était impossible. En effet, Dàvipt ne reculait deva&t 4ucunf» entreprise, quelque difficile , ou périlleuse qu^eUe->jGat«

(1) U H xunv^^ftit Duboit.

4i4 LES FASTES

Une expédition où U mort semblait être le seul prix réservé à la témérité , Tenait -elle à se présenter , il sollicitait l'honneur de la diriger , et il était rare qu'il ne la fit pas réussir; échouait-elle, il s'en tirait avec un bonheur presque toujours miraculeux* Après cinq ans de continuels combats dans la Péninsule, ce guerrier si 'redontable aux ennemis fut appelé sur un autre thëdtre. Nommé major du 1 34' régiment d^infanterie dé ligne, il vint en Allemagne et ay déroua constamment. A l'afiFaire de Loevemberg , deux bataillons qu'il commandait s'i/in^trèrent par une résistance héroïque : éleclrisés par ses discours, enflammés par son courage, ils préférèrent la mort k la honte de céder un pouce de terrain; ils furent taillés ea pièces. Dayiet, après avoir fait tout ce qui dépendait 4e lai pour ne pas survivre à tant de braves, ne put trouver le trépas qu'il était allé chercher dans une affreuse mêlée : malgré lui il échappa au carnage ; mais ses heures étaient comptées : le lenoèmain il périt près de Kulm , sur les bords de la Katsback , en affrontant de nouveaux dangers.

TASCHER-DE-LA-PAGERIE (le comte Henri), maréchal-de-c^inp, aide-de-camp de l'ex-roi Joseph, com-^ mandant de la Légion «d'honneur ,. chevalier de Saint- Louis.

FS;^ d'un sénateur et parent de l'impératrice Joséphine, Henri Tasther-die-la^^Pagerie pouvait devoir à la protectioiJA un rapide avancement dans la carrière dès armes qu'ilit^vait istûbraisi^ ; il ne dut ses grades qu'à ses talens et àia In^avoure. En 1807, iNtait capitaiile-adjoint à l'étatmajor génëi^al:,- lôrsqûé,'le 12 février, il fut nommé chef de bataillon. Epvoyé en Espagne, il devint aide^de-camp

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du. roî lo^eph , pril pari à tons les combats qni furent livr&dans la Péninsule, et se fit uae haute. réputation d'intrépidité, à la tête du 2* régiment provisoire de chasseurs dont il était le colonel. L'année 1808 fiit notam* ment pour lui u^e époque de renommée* Le 25 juillet , sous les murs de Gironne, il chargea avec vigueur sur les Espagnols y dont il tua ou prit un grand nombre. Le iS septembre, près de Figuières, il repoussa vaillamment l'ennemi qui se présentait arec des forces supérieures, et le mit en fuite sans presque éprouver de perte. Le 1 1 novembre, à la journée d'Espinosa-derloa-Monteros, où une armée de quarante-cinq mille hommes, commandée par Qlacke, fut .complet tement battue, il se porta à sa poursuite ayec une ardeur sans égale , et fit mettre bas les armes à des bataillons entiers. &x jours après, à Cunillas, il atteignit et sabra les débris d'un corps d'Espagnols, les mit en déroute , et fit une centaine de prisonniers. Le lendemain, il tailla, en pièces, près de Vasconcelles, l'escorte du général Acebède. Pendant un mois, le colonel Taseher et son bi^ave régiment se trouvèrent continuellement engagés : partout ils se signalèrent par de brillans exploits* Le fait d'armes, dont le récit terminera cette notice, suffirait seul pour immortaliser le chef et les soldats^ il esi^ sans contredit, l'un des plus mémorables de la guerre d'Ëspagnë. Les arts du dessin et de la gra: Ture s'en sont emparé^ : il appartient aussi à l'histoire.

Le 22 novembre, six mille Espagnols battaient en retraite. Parvenus sur une hauteur, ils s'aperçoivetA qu'à peine niçuf cents Français sont a leur poursuite. Àuisitôl ils conçoiTeut l'espoir de les .arrêter , et se postant près de Saint*l(|beiM:«, à l'eatré^ d'un défilé formé par un pont de quatre cents toig^^iuF UQ^brus de meic, ils se préparât à

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la résistance; l'attaque ne se fitpaslong-temps attendre. Les neuf centa Français étaient du 3' d'infanterie légère; liabitaés à vaincre , ils Accourent conduits par le général Sarrut, s'élancent avec impétuosité y culbutent et rompent les Espagnols^ qui, dans le plus gi*and désordre, sont refoulés sur le pont. Pendant ce choc terrible, le colonel Tascher était resté en arrière avec cent cinquante de ses chasseurs, habilement disposés en colonne serrée pai^ pelotons. Dès qu'il voit que l'ennemi est ébranlé , sana délibérer, il pré* cipite sa troupe dans le défilé, écrase, tue ou noie tout ce qui est devant lui , et fait en un instant plus de mille prisonniers. Des six mille Espagnols presque tous périrent, ou furent réduits à demander quartier. Après ce succès, le colonel Tascher dépassa la colonne delà Montana, et pénétra dans les Asturies.

Les faits rapportés dans cet article, sont extraits des IV*, \% Vl«, Vil" et Vili* bulletins de l'armée d'Espagne.

RAMAS, sergent à la 85^ demi- brigade d'infanterie de ligne, membre de la Légion- d'honneur, né à Mésin, dé* partenjient de Lot-et-Garonne*

An siège du Caire, la 85^ demi-brigade étant montée à l'i^ssaut, le caporal Ramas et deux de seà camarades, qui s'étaient élancés des premiers, franchisent seuls tous les obstacles et pénétrèrent dans la place. Entourés soudain, ils tombèrent au pouvoir de l'ennémi^Ramas voit décapiter ses deux compagnons; il s'attend à subir le même sort, quand une qdferelle s'engage enti« lesTurcs qui Pont fait prisonnier til s'agit de savoir à qui appartiendra sa tète, pour toucher la récompense promise. Fendant ce débat «Romas est resté armé ^ il couche en joue Tun des Musulnihis, et le renverse mort à ae$ pieds ^ deux auti'ea aussitôt foncent sur

loi;

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lui ; le premier lai décharge* son pistolet dans la poitrine, et le second 9 d'an coup de sabre, lui emporte' la moitié du bras. Ramas est grièvement blessé, mais sa présence d'esprit ne Tabandonne pas; il fonce sur l'un de ses ad« versaires, lui plonge sa baïonnette dans le cœur, et voit fuir épouvanté le dernier a qui sans doute il eût égale» ment fait mordre la poussière. Après cette action dont furent témoins le général ;en c^ef Bonaparte et le général Delmas, l'intrépide caporal, heureusement dégagé, des* cendit des remparts, et parvint à rejoindre sa demibrigade.

VILLAIN, lieutenant au 22* régiment de dragons.

Le i5 janvier i8i4, les i8', 19*, sa* et 26® régimens de dragons partirent nuitamment de Saint^Mau-rioe, près de Nancy , pour se rendre à Rouville. Sur la route était un torrent profond et rapide grOisi par un dégel subit et par la fonte des neiges; il fallait le franchir : au milieu des ténèbres plusieurs soldats et un officier allaient périr entratnés par la violence du cou* rant , lorsque, pour les arracher à la mort, un lieutenant de la compagnie d'élite du 23*, l'inti'épide Villain, depuis long-temps habitué h braver de grands dangers, précipite son cheval à travers les glaçons: des cris perçans lui indiquent le point vers lequel il doit se diriger : long-temps il fait d'inutiles effoils pour y parvenir et l^ tremble qu'il ne renonce à sa généreuse entreprise; cfépeudant il met pied à terre, entre dans Teau jusqu'aux aisselles, et après avoir surmonté des obstacles sans nombre, il arrive enfin à une poutre qui servait de pont pendant les fortes pluies d'été. Quatre dragons s'y tenaient attachés: il en sauve un , revient, en ramène un second ; ToiM V. 27

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près de se saisir du troisième , il est lui-même renversé dans en lourbâlon; a\ec moins de courage il auccom* berait 9 mais il se relève , résiste y n'abandonne pas le dragon^ et est assez hèareu;c pour le conduire à teri^- Villain a senti ses forces s'épuiser , il a besoin dç repos ^ malgré sa faiblesse il n'hésile pas à exposer ses }ours dam une dernière tentative qui lui réussit comme les précédentes , et les quatre dragons doivent la vie à son intrépidité.

Le lieutenatit Fillion, du même i^égbnent, imita son exemple en s'élançant aussi dans le torrent ^ d'où il relira une vivandière et un dragon au moment où ils allaient à jamais disparaître dans l'abime. ^

Les colonels Adam» du 22' de dragons, et Desargas^ du 20* y tous deux témoins de ces traita d'un dévouement ^ui honore tant leur auteur et l'humanité , en firent «ilors le itipport au généi*al Milhaud, commandant la 5* corps de cavalerie ^ ainsi qu'au général baron de . CoUaert , chef de la 5* division de ce corps.

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