JEAN GRISEL. PÈRE D'HERCULE GRISEL
Jean Grisel. — Comme il n'est pas toujours en la puissance du médecin de guérir le malade, aussi n'est-il pas au pouvoir d'une province pour fertile qu'elle soit en bons poètes, d'en produire toujours d'excellents. Quelques longs efforts qu'elle fasse d'ordinaire, elle en commence beaucoup et en achève peu. Ainsi, devant que de parvenir à la production de l'or, la nature produit souvent des métaux imparfaits contre son intention et souvent demeure court au milieu de son entreprise. Celui-ci fut du nombre de ceux que l'on peut appeler poètes, mais poètes médiocres, qui est une bonne et mauvaise qualité. Car comme la qualité de poète désigne un génie qui a quelque chose de grand et de sublime et au-dessus du commun, celle de
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médiocre la détruit et déprime en lui ce qui s'eleve. En effet, cet esprit etoit engagé tellement dans la matière qu*il sembloit n^en sortir jamais. Il &t des vers, mais dont les sentimens sont aussi populaires que. la diction en est peu noble et peu fleurie. Ce qui se remarque d'autant plus tost qu'il entreprit de traiter des sujets héroïques qui demandoient un autre genre que le sien. Ce n*est pas, après tout, que je ne Texcuse en quelque sorte lorsque j^ mê figiire qu'il etoit encore fort jeûne quand il publia les vers que nous avons de lui. Aussi les nomme-t-il ses Premières Œuvres, mais premières que je ne trouve pas avoir eu de secondes. Quoi quHl en soit, il naquit en la ville de Rouen, capitale de la province de Normandie, où, en Tan 1599, il fit imprimer ses poésies, in-12, sous le titre de ses Premières œuvres. Elles sont divisées en 4 parties.
La premiei'e s'appelle ses Martiales Visions, qui est un long poème, en vers lyriques, contenant presque toutes les circonstances historiques de cette ligue funeste qui fut tramée par les grands et par le peuple pour detrosner le Roy Henri m, et pour éloigner son légitime successeur de la couronne de France. Et en cela ce poème n'est pas à mespriser à ceux qui aiment Thistoire des choses mémorables et gassées. En voici le commencement :
Le3 grands Roys iustes et guerriers, Sont de Dieu les enfans premiers, C'est luy tout seul qui dans la dextre Leur met le magnifique sceptre,