L BIOGRAPHIE
Ayant tQUt.il est utile de retr^er la biographie de notv^ auteuF, tçUement écoi^rté,e; jusqu'ici qu'elle est à faire eu entier; car on ne saurait appeler iH'o^rap/iiç quel||ue£( li^çs erroBéea dj93 preii^iers. éicrivains où le nom d'Hercule^GU^l se repcontre» et répétée^ à satiété et ^aijis çoiij Irùle par U)«^ leur» sw^cesse\irs. . ..^
Ce dosa deplufi ajjouterf «ipon uu portrait, du moi(Ps une esquisse dans cette galerie de nos vieux écrîvain^uormai^^Sji Robert Wace, Olivier Basselin, Vauquelin de la Fresnaie, e(«lH^Î.SWtitfeif; «tttôine tté* itlbttMBrttS^', ^t«fet «MtMè. rement encore Jean Doublet, et une foule d'autres, tant Ae plumes savantes ont remis en lumière.
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Â&n de nous égarer le moins possible dans ce travail de restauration, nous prendrons, comme principale source d^nformation, les œuvres mêmes d'Hercule Grisel, d'où nous tirerons des suppléments utiles pour sa biographie, et quelques documents nouveaux pour notre histoire littéraire, en^sagée dans le domaine de la poésie latine.
La jEamlUe Grisel était établie à Houeu, vers le milieu du xv!" siècle. On trouve un Richard Grisel, Bourgeois Marchand, demeurant en la paroisse de Sain t-Cande-le- Jeune, et marié à Damoiselle Anne Du&y, de noble famille. En 1554, il y faisait le commerce de vins et autres marchandises.
De ce mariage naquit un fils, nommé Richard, qui eut, à son tour, deux fil&, Richard et Jean.
Le premier de ses. fils, Richard Grisel, en sa qualité d'atnéf eut tous les avantages attachés A ce titre. On lui à:cheta une charge de conseiller du roi, secrétaire en la Chambre des Comptes de Normandie , et il devint noble homme, sieur de Franqueville. (1) Le 7 novembre 1 586^ la noblesse députa , pour la représenter aux États de Normandie, « Noble homme Richard Grisel, sieur « de Franqueville , Conseiller-Notaire et Secréta&e du « Roy. » (2)
(1) Actes dtt TabellioDage de Rouen. — Communication de M. Goeselin.
()) Farin, Histoire de /louent édition de i73l, t. I, II* partie, p. IS7.
S€R HBRCULB 6III8BL. 3
Le second fils, Jean Grisel, né longtemps après son frère Richard, habita, comme lui, la maison paternelle, sise en la paroisse de Saint-Gande-le-Jenne. (i)
Cependant le Registre des Mariages faict en VEgKse iSamt-Cim4i6-{e-/etine, an mois de janvier 1 593, nons appeeiûà que « liO 1 8 dud. mois et an furent mariez en lad. « ËgUse Jean Grisel et Mariée le Bis. »
Signé, le 7ure, cui<é de la paroisse. (2)
CTest de ce mariage que naquit le ftetur auteur dés Fasus M RousNy qui a pris soin d*y consigner le jour de sa naissance, lorsqu'au moi» d'août il parle de Saint- Agapit : f saint, c'est le jour de ta fête que j'ai commencé de « voir la lUmitoe. • • (3) » La fôte de ce martyr tombant le 13 août^ c'est donc à pareil jour que naquit notre poète,comme nous l'apprend Pacte de son baptême, qui eut lieu, le lendemain, en l'église de Saint-Cande-le-Jeune.
« Ce dix neufiëme daust duc cens quatre vingz quinxe « a esté baptize Hercules Grisel fils.
t Parsnns Nobles hommes Osias Bbniface et Eustache
(1) J. A. Guiot, Moréri des Normands, 1. 1, i^ 4«3, dit qa*U naquit t sur Saint'^Haclou, en 15M. » — Nous en croyons plutôt les registres de la paroisse de Saint-Gande-le-Jeune, où les Grisel accomplissent tous les actes de la vie- civile et religieuse. . j/ .
(î) Archives du Palais de Justice, à la Tourelle.
(3) Fotr plus loin, Août, p. 265, vers 269.
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En donnant à HorQf|e.Çrmf9)-4^M.{imBata tl am mu»,
ainsi qu'Henri lY ^v^^^^iiiii^fd^i^^sfy^
Francft^t ftôiwl^'-Mteïet^jW (4^ Naw;ïï^|llipoup marraine,
^ B'ïfPVfmAiiAtfa^iï^n'JW ^une loanniile^eiloylia»}^»
ll,|f,(^ Mf^lmi^W. Pfbrmus 4i Crfiselpittafeift qjl6i»tlU l^Ttmvo^im^ rfMàtk- pik9: enooret gétièndttnoflâit idMemnéa^ A> la fin di; jinii?^ Bi^jsl^ .: j . ; :: i - i . .
Boniface, comme le porlteia ppgiirtm.fe la;33«rrtta^ iso» ^te»b*^ * .)*:fiW»Hô rOrisel , j?uï8(iu»î «pn pj^ nwt épousé une sœur d'Anne Dufay, que nous avons vue mariée à un Richard Grisel, bisaïeul de notre auteur. G^était donc MnM éë#R>Qltiaiiiè ^u( hMM sftt^léff fbnts'baptilsàiaenié'.
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(t) Archives de la Mairie de Rouap.; JRsgotoaa BainMtan d » l o tia o ne. — Getacte de baptôçi^fiQ9;jUfu?eai^uM4'to''|oiilwl|€.n ' f
(1) M. Tabbé Malais, Revue 4f La<Nqrmat^ief^ I^69k9- <&lf • .
SBi ' flfillGUUE : ^RlfiEL . 5
Lor»dusièg6âe Revffli par HeUniiIV (aa^lnodi^ ildiofeâdmrill Hèi wk ihiadi SO 'MriL 1592), i» % RégkMiit j^u c CkpirtiihelQomfiatie^ fiôntnbiia àJa dAféUèdeJâflriiiUi^ ■et fort Sfti»|io-*fla»liethle eooire Jj&iméchroqfala» 0» yOttroe {capitainâ^/fMîtiooji ûfpyona $tm xiMmOftia» de JloiiUace,
j«teir4aMiUQ«( nû^i <]il'ito f^aiQQjlJiito^eii .v«pi];icifqpH'4e Sainte-Catherine, et les refouler par une autre sor^ ^Uilig^ !eo)itlerteiir«f b<kMeiie«iM/ME|^e,4^^ Ut r.,nl l'c j'.'i
BamterG^ttHJWMt^tPUSftc W J&Q^i i:i^49^e)l0>m^.lS^ft-
<baoi|fi,f^ U #uit l'insigoa i^oopf»^ d^.|?Pil? QiN^irîiiy/ rftpr
poiBttoidgQAtureiubafl.dej^m fORArtf4^2^.^ d'wUsed» il'avAÎI fait sa paix aiiieis iqJB-éacoaîa, en^^oeiavftiyi^ lui, sinosCie raffgfeaiiatn oafoiisamM ^IVO^cA d«a iKUlOMiii.
Parmi les autres si^s^taij^s.du.çpi^lr^^^^ç trouve un Grisel, soit Richard, soit JeaKW4a^mA;4l)<i^m(»^ wméme degré.
On voit aussi, e» i&SSv-'^iicCMiélifignrer (tanni les quarteniers de la ville de HîMfeWi'Py^'^' ^^ ^^ • '
(1) Diicovrs dv Siège dffif,^ yilû de Rovèn'(^9LryaSdwY)t p. 15, verso, W, 34, recto, 54,88, 94,' 9J»',vçr8p.
(2) Actes du Tabellionage de Rouen. — Communication de
(«târob^vas^ 4a>la>Pfi6fe0lttftt.<kiil% StÉof^olériaiinr, o^-.^iiité -r- Communication de M. de Beaurepaire. .at> .u< 'J.-.
6 BTUM LlTTeRllRK
Dii père d^Heicule Griselt Jean Grieel, nous ne savons qu'une èhooei c^eet qu'il fut poôte, en langue française. Quand Henri IV flt son entrée dans Rouen, le 16 octobre 1596; s il lui présenta quelques siens vers, que le roi ac- « cueillit avec bienvdllânoe, » ce qui détennina-le poète A dédier au môme roi, en 1599, ses Premièru œwrespoMqvês^ dont 10B MarUaki mtiùns sont la pièce la plus importente. (i).
En s'adressant Ao Leoêwr^ à la fin du volume, Jean Grisel a dit :'« ce'que i^y mid d'apostilles en mes Martiales vii slons est pour te foire cognoistre vue partie de ma brief ve tf Mslîoirè, et pour te faire songer a déscouurir le reste, y m ayant peu de mots qui ne soyent mis i dessein. » Nous pensons donc qu'il Songeait à son fils HercuU^ né le 18 août 1595; daos ce passage quelque peu obscur^ où il retrace Fetttrée de Henri IV à Rouen, le 16 octobre 1 596.
Long-temps deuant caste iournée ■ (Bsifisn à la playe adonnée) > : : i'. De iour, 6tâsiiaict»saBSoeéssr On voyoit lonon rennoner Mainte cuuete planiense, De son heur peut estre enniBuse, D*Hercùle eneor se souuenant, Pour estre de luy prouenaùt.
(1) Voirpius loin, p. &2l — 526, des détails sur Jean Grtsei et sur ses ouvrages. Nous doimeroBS sa Biograiihis par G. Golleiet, à la fin de cette Ëtudi.
Vray successeur de Galathèe, Fils d'Hercule, vainqueur d*Àntée, Qu'en ce beau pays il laissa Quand les tyrans il terraça.
Mais ce lupiter qui prend cure De sa chère progéniture, {Car Hercule esloit son enfant) Donna a ce Roy triumphant, D'vn beau iour la lampe estiuale, Pour montrer sa grandeur royale, Mesme afinquesaMaiesté, Receust cest honneur mérité, (t)
Sans doute le nom à^Hercule servait aux poètes de cette époque pour louer dignement Henri TV, puisque, sept ans plus tard (1608), Malherbe lui dira :
Qui sera si ridicule
Qu'il ne confesse qu'Hercule
Fut moins Hercule que toi ? (2)
Mais, puisque dans les Martiales visions^ « il y a peu de « mots qui ne soyent mis à dessein, » le poète devait penser à son fils Hercule f âgé de quatorze mois, lors de cette description de l'entrée d'Henri IV, quand il y introduisait la parenthèse que nous avons soulignée. Telle est a la par- « tie de sa briefve histoire, » que nous avons, en ce pas- « sage, songé a descouurir. »
(1) Martiales Visions^ p. 2ô.
(2) Poésies, liv. II.
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SCB HERCOLB 6IUSIL. 9
né à Rouen, en 1601, mort à Orléans, en 1657, le 2i janvier. Maïs Comme Guiot parle aussi d'un « Grisel Isaac, né « à Rouen, oti il a été plusieurs fois couronné comme le « précédent (ïèatt Grisel, le père d'Hercule), pour des Bal» « lades et des Sonnets, en 1614 et 1617, » (1) et que le titre ne saurait prêter à aucune équivoque, on peut voir, dans Isaac GH8ël,ilù second frère dTEEercule. En 1614, il remporta le pfii^dri Rosier, pour une Ballade^ et, en 1617, le prix de rArinèàtt^dror, pour uti Sonnet. (2) ^
Le 7 de îévrtër 1 593, à la même paroisse de Saînt-Candéle-Jeune, fi fiit-éiil; marrez Forestier et Lucresse Grisel, »t3) que nous croyons fetVé une taiite d'Hercule Grisel . '
D'àprW tout ee -qui précède, on voit que la famille Grisel, par eHè^faâfefnef ë't par ses alliahcèB, occupait un certain rang damir'nîit^é^Vilte, elf qu'il ti'en faut pas juger sur le
peu de isbuVettïrS qu'on en a conservés.
De la bremfèt^é enfance 'd*Hercule(THsel, en dehors de la melftibn dë'sôii^bâptème, 11 ne reste que deitx faits consignés daii^^esi^ÀstES. Le Crémier a rapport à une exécution' dont iï aurait été témoin STïr le Vieux-Marché. Décrivant ce qui s'y trouvait, vers 1635 : « Cette chaudière d'ai-
(\)Le Moréri des Normands y t. I, p. 464.
(2) ArcMoBS de VAtadénnie de Rouen^ Recueil des Palinods, f'is, Verso, et f" 61. — Communication de M. de Beaurepaire.
(3) A rchives du Palais de Justicéde Bouên, à la Tourelle.
tO ÉTUDE LITTERAIRR
« rain, dit-il, servait jadis à des supplices épouvantables; « naguère délaissée, elle est toute rouillée aujourd'hui. « Dans mon enfance, je m'en souviens, elle rougit et bouil- « lonna sous faction des flammes ; à peine avais-je vu mon a quatrième automne. Le ciel se couvrit des vapeurs noi- « ràtre» de Thuile bouillante; on y plongea complètement, « replié sur lui-même, le corps d'un condamné con- «• vaincu du crime de fausse-monnaie ; mais la douceur du c Parlement a repoussé ce supplice (1) » Ce serait donc à la fin de Tannée 1599, lorsqu'il entrait à peine dans sa cinquième année, que Grisel aurait été témoin de cet affreux supplice, sur le Vieux-Marché de Rouen.
Il nous informe aussi que, la même année, a alors qu'il «n'avait pas une olympiade, il a parcouru, à l'aller et au €' retour, le pont de Rouen, » ce vieux pont de pierre, tout lézardé, dont la mine allait détruire une ou deux arches ébranlées par le passage des voitures. (2) Il était encore dans sa cinquième année, parce que, de son temps, on faisait Volympiade synonyme du hwfre, ainsi que nous l'avons maintes fois remarqué, ce qui nous reporte à l'année 1599 ou à 1600.
Comme presque toute la jeunesse de Rouen, bourgeoise
. (1) Voir le texte latiq, p. 12, vers 101-198, et p. 04, notes 45, 46 et 47.
(2) Voir p. 20, vers 407 et 408 ; p. 2 i, v. 413 et suivants.
SUR HBRGULE GRISEL. M
et noble, il fit ses études aux Jésuites de cette ville, et il les lit avec succès, puisqu'il y obtint plusieurs- accessits et un prix. U en parle dans le tableau de leur distribution des prix : « Moi-même, dit-il, (car pourquoi rougirai-je de rap* <c porter la vérité qui me concerne ?) j'ai souvent obtenu àe^ « accessits, et une fois j'ai remporté un prix. Lorsque le € Louis, qui a gouverné la France, venait de prendre en sa tf jeune main le sceptre paternel, le vieux Maignart (de « Bernières) voulut généreusement faire les frais de la dis- « tribution des prix aux élèves du collège de ce lieu. Je « comptais alors trois lustres, et mon professeur avait été « Dinet, qui n'a presque point de rival pour Téloquence... « AIoi*8 je remportai la première palme au jugement des « trois ju^es, et un livre tout couvert d'or nous fut donné « on récompense » (1). C'est donc en Tannée 1610, au début 4^ règne de Louis XIII^ qu'il obtint un premier prix. Né le 18 août 1595, il avait réellement trois lustres, c'està-dire quinze ans, puisque les prix se distribuaient au mois de septembre. Le rappel de l'éloquence de son professeur, le P. Dinet, fait supposer qu'il fut couronné en rhétorique.
Peut-^irç Grisel^ après ses Humanités, .s*occupa-t-il de la Philosophie, dont tout le cours, dans le système des Jésuites, embrassait trois années, pour la Logique, la Phy-
(1) P.273,V. 109-112, 117-1181; et p. 360-361 , noteft 4M7 et 51.
19 éTODE LirmuiRR
stque et la Mâtapttyskpba» suivies de la Morale, le tout dans le but de préparer à VéUiàei do la Théologie.
EnAn, ee* destinant à VéitaX eeolésiaetique, Grisel dut faire nâeesssvimment sa Tïifologfki, qui exigeait quatre années, quand en e% rouflait sniTra le cours complet, tel que Tentendaiefit lee Jé8ui1fe8(l'>.
Il n^aumi t donc tenniné toulea ses^ études qu*& Tâge de vîngtHleujr ans, vers 1617.
iCaie, marchant %wt le» traees de son père, tant de foi» lauréat deS'Palifi^âs de Kouen, Grisel, pendant lecouvd de së9 hautes études, composa quelques pièces frauçàifies en vue d"y disputer las prix. Il sewil)!© que tel était le dfibut obligé de tonfljéane homme désireux de se faire connaître, i soft' entrée darle le monde. Grise! n'y manqua pas, et, avauK Tannée t6f 5, n avart envoyé des Stances et un Chant Royalj jugés dignes de nmpresBîoa, malgré leur vulgarité et leur faiblesse (2). O» deul qiie Ta muse ne le porte pas vei»la poéfide fi^ançaise, tant il y est lourd-et ^ébé* CTeet, tout au pl^ff, de la bonne versffîcatibn. •
Que devint Grtsel, unidi foi» toute» ses étudesde Théologie terminées? Il se fit prêtre ; c'est incontestable. Màie, ehose étonnante,, eette qualité, it ne la prit lui-ibéme, bu
( t) Uaiia ati^êr InUiMim SkidimnmS^cUkUiM fesuv Rom» MDCTVI.
W r9irMSdiil3i9Û^Q0rA¥>|?9MiU<SlV, p.âl2-dlô.
SUR HERCOL& GRI8EL. i3
bien on ne Iti hn doiuia, àh um, virmit, qn^uûe seule fcni^ dans les tiitpes de ses oeuvres. fiUe eet en Mte du premier livre des M^TAMOiiTttDSis b^vélésb^ «n 46% taaâiB q«e» dans toutes bcb milices piâ^Ueations, on 1% seutemeiEt ^ ^rcule Grisel^ liouermaU» OEpenùaxA^ ie dvnte sur sa «^finllité de prêtre n'est ^pexs peonis, pimqoa'il sien pcémittliâaBi&tuie de ses Épigramiaies. « Je ne me oompfa» ixas^ Sîtus^ à ine « livrer an aeisi lia'VBÎl 'des Muses; la torilmne sacnée fient « aussi retentir des acoenis ée isna parde« Kios veiss aant « charmés de leur union avec l^âoqiientB. La lobasre qpxe « je ne te ÛBmtÊtàe pas, ce «e sevait pas sane ftiixes de ma « part que tn pourrais me la donneo'^D (i).
Une fois encore^ le Ms. des FASTBs^ffrev dunsiletilasedu Trimestre d'Été tai, Tivention piia explicite : Merculk fQri^lli prœd). Botkmii.'M!9iB les dfeax deraneors mbt$ (ipvétre ide Rouen) ne de^^adenet pat :8e tiiou^r>dans râmprimé, p^rla raison qu'ils se jftgavcntipasidaiffillBBJdeuxIrifnesti^ pDé«* cédants, tranaeists mvaat «elnîHDL C'est lOilidt qiœ les a ajoutés de son obef, en 4a»a0l la ;tr»a9CFq)tito d^ Tui^' mestre d'Été, et .en profitant -èd sesiisedierdhda sur iarâe de Grisel, comme nous^uronsoceaBÎondei'Sta^lir.
La paroisse où Grisel exerça ces fonctions de prêtre a été indiquée par un autre écrivain, le P.. Martin, gardien du couvent des CordeUears de Caen> ancien provincial de
(I) Voir le texte latin aux PidcsB JtsnmuiftvBs, H» I.
14 ÉTUDE LITTBRAïae
l'ordre, né à Gaen en 1 639, auteur généralement exact d'une foule de notices en latin sur les poètes et sur les prosateurs normands. Il dit: « Grisellus Hercules Rotomagensis Presby ter « in paroecia S. Maclovii{i). « Grisel Hercule, prêtre de <c Rouen dans la paroisse Saint-Maclou. »
Cette désignation, donnée en 1720, dans le Ms. du P. Martin, nous la retrouvons chez le P. Lelong, Lenglet- Dufresnoy, Adrien Pasquier et tous leurs successeurs. Ce dernier dit même à quel titre Grisel exerça les fonctions sacerdotales : c Etant fait prêtre, il s'habitua en l'église a paroissiale de Saint-Maclou » (2). Vainement nous avons tâché d'établir la présence de Grisel au milieu du nombreux clergé de cette paroisse.
Il devait s'y trouver, quand, le 22 septembre 1622, il perdit son père, âgé de 55 ans, et, deux ans après, sa mère, le 12 novembre 1624. Ainsi se brisaient chaque jour les liens qui l'attachaient à Rouen, sa patrie (3).
Pendant tout le temps qu'il y fut, sa grande occupation dut être la poésie latine, puisqu'on publiant ses Épigrammes, en 1 639, il assure « que sa muse compte déjà trente « liivers; » qu'il composait des Épigrammes, a à partir
{l)Alhenœ Normannorwrn^ p. 249. — Cet ouvrage n*a point été publié, et la notice de Grisel, communiquée par M. E. Frère, y occupe une dizaine dé lignes. Nous aurons ocoasion d'em reparler.
(2) Biographie normande, t. V. Bibliolh. de Rouen, M. S8.
(3) Le Moréri des Normands^ 1. 1, p. 463.
SUR HERCULE 6RISEL. 15
« de son troisième lustre ; » enfin que, depuis ce temps, il s'est toujours occupé de poésie: « Moi qui pouvais, dit-il, « publier des Ters, dès mon cinquième lustre, c^est dans « le cours de mon neuvième que je les publie. Neuf lustres « ont formé nos Muses. Â présent j'ai mis la dèrnièra main « à chacune d'elles » (1).
Ainsi, au sortir des bancs du collège, pendant ses études philosophiques et théologiques, au milieu de ses fonctions sacerdotales, à Rouen, Grisel ne cessa pas un seul instant de se livrer à tout son goût pour la poésie latine.
Le prêtre attaché à Saint-Maclou abandonna bientôt cette paroisse et notre ville, par le désir de tenter une voie nouvelle. Pour des motifs inconnus il entra dans renseignement. Si cette vocation lui fût venue avant de s'engager dans les ordres, les Jésuites de Rouen, dont il avait reçu les premières leçons, l'auraient sans doute admis dans leur collège ; car on sait avec quel soin ils rattachaient leurs anciens élèves à leur ordre, quand ils espéraient tiret* parti de leurs connaissances et de leurs talents, qualités qu'on ne saurait refuser à Grisel. Mais ce fut ailleurs qu'il s'adressa.
Il y avait à Evreux un collège, ancienne école épiscopale, doté, en 1298, par Pierre de. Senlis, doyen du chapitre, qui garda pour lui et ses successeurs la nomination du recteur
(1) PlàCBS JUSTIFICATIVES, II.
16 ÉTUDE UTTÉRA1RE
OU principal. Après des fortunes diverses, où les bourgeois et le chapitre s'entendirent pour le soutenir, il était dans un état assez prospère, au début du xvn* siècle, au point de vue des dotations, de l'enseignement et du nombre des élèves (1).
Suivant le P. Martin, Grisel fut « profeséeur au collège « d'Evreux » (2). Ce fait, il nous a été impossible de l'établir. Gomme régent enseignant, ou ayant enseigné dans ce collège, il aurait pu être nommé à l'une des cures du Rohion, des Barils, de Saint-Germain, des Angles et de Huest ; mais son nom ne figure pas dans les présentations à Tune de ces quatre cures spécialement affectées aux professeurs de cet établissement (3).
Malgré cela, il put y occuper une chaire, à ses débuts, sans que la durée de ses fonctions lui ait donné le droit d'obtenir l'une de ces cures. Le P. Martin a dû dire vrai sur ce point, comme sur un autre, la publication d'un ouvrage, faîte à Evreux, à cette même époque, et dont lui seul a parlé. Tl n'est donc pas impossible, malgré l'absence de toute preuve, que Grisel ait été professeur dans le collège d'Evreux, au moins jusqu'en 1634.
(() Voir aux Pièges justificativbs, III, la curieuse lettre sur ce collège, que nous devçns à robligeance de M. Tabbé Lebeurier.
(3) «lu Bbrolœnsl Gellegio professer. » — Athens I^ormannorttm, p. 249.
(3) Communication de M. Tabbé Lebeurier.
SUR HERCULfi GliSEL. 13
. Mais un fait mieux établi et plus sûri c'est qu'il fut professeur particulier, ou plutôt précepteur dans cette même ville. Il y eut pour élève François de Péricard , futur évéque d'Angouléme, et neveu de François de Péricard, occupant alors le siège épiscopal d'Evreux. C'est lui-mâme qui nous l'apprend, en dédiant à son élève, en 1656, ses Métamorphoses révélées, sorte de poème didactique, en latin, à la façon d'Ovide, où il lui rappelait, dans une Épitre latine, des souvenios et des faits du passé, dont Gondé*«Ur* Iton, maison de campagne des évéques d'Evreux, près de Breteuil, avait été le théâtre. « Quand tous voient en vous « un véritable évéque, puissé-je y trouver, comme c*est « mon plus ferme 'Ospoir, un protecteur dévoué, qui ac- « cueille le début de ces saintes Métamorphoses avec son « extréma bonté habituelle et les mette sous la protection « de son crédit ; je m'attends à ce que vous serez envers « moi tel que je vous ai vu en Normandie, à Gondé, que « j'appellerai à bon droit la perle du diocèse d*Bvreux : car, « bien que ce soit dans un pays si lointain ou si beau que « vous aye^ fixé votre siège épiscopal, où vous ne cessez « de résider, il n'est pas possible cependant ni à vous « d'oublier le sol natal, ni à moi de ne pas me souvenir de « votre patrie. C'est là, en efiet, que vous avez vu la lu- « mière du jour pour la première fbis, et moi, pendant ^ quelque temps^ il y a vingt-deux am, je vous ai appris à « goûter le charme des lettres avec un rare plaisir pour mon
<c esprit. Ces grands ombrages de la futaie de chênes, <K coupée de chemins plus larges pour la promenade, et ena tourée d'une vaste clôture, quel agrément ils nous ont « procuré, quand, pendant nos entretiens, le chant et le « gazouillement des oiseaux se faisaient entendre de toutes « parts ! Qu'elle était agréable cette petite rivière, propre à « la natation, et remarquable par la limpidité de ses eaux, « formant un étang peuplé de cygnes et de nombreux ros- € signols ! Qu'elles étaient belles les fteurs émaillaut les « prés qui bordaient la longue allée dans tout son parce cours I Que les peintures et Tameublement donnaient un « air riant à ce séjour, sans compter les trésors de la Bi- « bliothèque I Mais combien était agréable par dessus tout « la société de votre oncle si bon et si dévoué, alors évéque « d'Evreux. bien digne assurément de vivre à jamais ici- « bas, jouissant aujourd'hui dans le ciel de la véritable « éternité!» (ly
Puisqu'en 1656 ces souvenirs remontaient « à vingt deux « ans, » ce fut donc en 1634 que Grisel « apprenait, pence dant quelque temps, au futur évoque d^Ângouléme, « François de Péricard, son élève, à goûter le charme des « lettres. »
Tous les détails donnés indiquant la vie commune, avec son élève et avçc son oncle, il semble résulter que Grisel
..(1) Voir ce texte latin, Pcftcse justificatives, IV.
SUR HERCULE GRJSEL. 19
fut le précepteur habituel de François de Péricard. C'était Tusage, à cette époque, de placer un homme instruit auprès des jeunes gens de famille, pour faire leur éducation. Ainsi, Thomas Dufossé, Normand, eut pour précepteur un M. Sel. les; ses deux jeunes frères, Joseph et Augustin, un M. Diroys. Tel nous pai-att avoir été l'emploi de Grisel auprès du jeune Péricard, à Condé-sur-lton , emploi qu'il eût été difficile de cumuler avec celui de professeur au collège d'Évreux, dont il ne dit pas d'ailleurs un seul mot.
Bien qu'il ne soit question, dans ces souvenirs, que de la vie menée par le maître et son élève, à Condé-sur-lton, pendant l'été, tout fait supposer que, pendant l'hiver, ils retournaient à Évreux, pour y poursuivre leurs travaux.
C'est pendant cette éducation, ce préceptorat, qui nous semble avoir duré au moins cinq ans, de 1634 à 1639. que Grisel donna ses premières publications; caries soins de cet enseignement particulier n'étaient pas assez continus ni assez nombreux pour l'empêcher de se livrer à ses études favorites, le culte des Muses latines.
En 1634, Évreux vit paraître le premier ouvrage de notre poète. Il le dédia à son protecteur, « le Très-Illustre et « Très-Généreux, Monseigneur François de Péricard, « Évéque d'Ëvreux et Conseiller privé du Roi, » lui offrant trente-six Décades de Distiques latins, ou réunion de deux vers seulement, un hexamètre et un pentamètre, pour lesquelles Antoine Le Marié, imprimeur à Évreux, lui avait
prêté ses presses. (1) C'est un recueil d'Épigrammes, sur divers sujets, toutes fort insignifiantes. Cependant Grisel les avait travaillées à loisir, et Ton ne saurait l'accuser d'à* voir cédé, trop vite et trop tôt, aux suggestions de rameurpropre, en prenant la première excitation de ses facultés pour du talent poétique, et ses désirs de renommée pour des garanties de célébrité. Ce nouveau nourrisson des Muses avait trente-neuf ans, et lui-même eu prendra texte pour parler a de la maturité de sa poésie. »
L'année suivante, en 1635, dans la même ville, et thez le même imprimeur, il publia, toujours en vers latins, les Triomphes de Louis. Il parait que ce sujet souriait beaucoup aux poètes du temps; car on le retrouve très souvent, sous des titres divers, pendant le règne de Louis XIII, et même de Louis XIV (2). Grisel y chantait, à son tour, entre autres choses, la soumission de la Rochelle, le rétablissement du catholicisme en Béarn, la nécessité de vaincre rOrient, etc. Il adressait son ouvrage « à PiÉminen-
(1) Vùir plus loin, Notice bïbuoqvjlBeiqoe sda 448 (Siivebs db Grisbl.
(2) Dans lespAUiJE RECifi, il y a une pièce anonyme : Ludovici iusti régis ckristianissimi semper aug. semper vict, lauâxs. On cite encdre : Borh(mUu4iv viciorUs Ludoeici XIll Jmti, etc. Sofia Corneille^ la prière de Louis XI V, a fait des versfrançais pour rouvrage de Yaldor : Triomphas de Louis le Jitste^ treizième du nom^ roi de France et de Navare, Paris, 164Ô. Recueil in-folio de gravures au bas desquelles on Mt les vers de Coroeille.
8UR HERCULE GRiSEL. H
« tissime Cardinal Duc de Richelieu, » avec une Épitre dédicatoiret en latin, dont Toici le début : « G^est après être « resté, pendantvingtanStÉminentissime Cardinal, caché <i dans le sein des Muses, et m'étre adonné â Tétude vu* a née de Poésies et de Poètes de toute espèce, que je sors c rafin de cette obscurité prolongée, conrnie de la plus « agréable des retraites , pour me produire au grand « jour. » (1)
Le sujet en était plu? sérieux et de plus longue haleine que ceux de la précédente publication, et Grisel jugeait à propos d'en instruire le public dans son avis Au Lecteur^ « L'année précédente, dit«il, j'ai publié des Décades « de Distiques, Premières fleurs de mon Printemps ; le « nom de Prémices de mon Automne, à considérer les « fruits et non plus de simples fleurs, ma paru devoir être « donné à cet ouvrage, puisque je suis passé d'un sujet a moins relevé et plus léger à un autre plus solide et plus * riche. »(1)
Cette dédicace de» Tbiomphes de Louis à Richelieu avait pour but d'assurer un protecteur à Grisel ; mais il n'avait pas pris la bonne voie pour y réussir. Son premier tort était te choix d'un sujet qui devait paraître épuisé. Le 12 août 1634, de Bois-Robert^ avec privilège du Roi, venait
( 1 > PliCXS JCSTIVICATI VIS, V.
(2) ÏMd.ryi'
22 ÉTUDB LITTélUIRB
de publier Palm^ REaiA invicti$simo Lwhvico XnU ^egi christianisHmo a prxùipuis nostri sévi poêtiê in traphmim ei'ectx^ recueil in-4o de 368 pages, renfermant une soixantaine de pièces latines, de tous mètres et de tous genvee^ où une trentaine d^écrivains de cette époque, Berthelot, Bourbon, Delidel, Favereau, Girard, Habert, Heroûard, Isnard , Machault, Marbeuf, Sirmond, etc., chantaient le caractère, les vertus et les victoires de Louis Xin.
Ensuite, en 1635, le même de Bois-Bobert avait adresse^ au roi Le Parnasse royal ov les immortelles actùmê dv trèS'^ chrestien et tres-victorievx monarque Louis XIII sont publiées par les plus célèbres Espnts de ce temps^ autre recueil in-4o de vingt-trois pièces en vers français, dus à la plume de Bois-Robert, Colletet, de TEstoille, Godeau, Malherbe, Maynard, etc.
Si Grisel encore avait espéré se concilier la faveur de Richelieu, en mêlant ses louanges à celles de Louis XIII, le Cardinal ne dut pas y faire grande attention, tout saturé des éloges que. Tannée précédente, contenait à son adresse le volume intitulé Epinicia Musarubc Emine-ntissimo Cardinali Dvci de RichelieVy in-4o de 282 pages, publié aussi par de Bois-Robert, et renfermant les poésies latines de Bourbon, Citoys. Corneille, François de Harlay, Habert, Marbeuf, Morisot, Petau, Royer, Sirmond, Vauchelles, etc. Pour comble de disgrâce, la même année quelles Triomphes DE Louis, en latin, paraissait, en français, Le Sacrifice des
Mvses av grand Cardinal de RicMiev^ 1635, contenant 210 pages in-4<*, et une foule de pièces par de Bois-Robert, Le Brun, Chapelain, GoUeteti Faret, Gomberville, de TËstoille, Malherbe, de Marbeuf, Maynard, le P. Le Moine, Mondory, Racan, Scudéry, etc. Ces auteurs ayant épuisé, dans ces deux recueils, la matière, Richelieu dut se montrer peu sensible à de nouveaux éloges, venus de la province, quand les poètes de Paris lui en servaient sous toutes les formes, en latin et en français. Cette coïncidence nuisit , pour sûr, au succès de la Dédicace et de Tœuvre de Grisel.
Mais un tort bien plus grave de notre auteur, ce fut de n'avoir tenu nul compte de Téloignement de Richelieu pour les vers latins, auxquels il préférait de beaucoup les vers français. Dans le recueil consacré à célébrer le Cardinal, Epinigia Musarvm, un poète latin, Claude Morisot, avocat, ne craignit pas de lui en adresser ouvertement le reproche, en donnant pour titre à sa pièce : Querelaâpollinis Romani de Eminentissimio Cardinali Richelseo , quàd Poêlas Gallicos prœferat Ronmnis : (Plainte de l'Apollon LATIN, au sujet de V Eminentissime Cardinal de Richelieu, parce quHl préfère les Poètes français aux Poètes latins), Apollon regrette de voiries Muses latines sacrifiées aux Muses françaises, dont il fait le procès en termes assez vifs, u On achète les poésies françaises destinées à périr bientôt. « avant même une seule année d'existence, ces poésies que « les Alpes, les Pyrénées et la Meuse emprisonnent en
« France, tandis que la Poésie latine pénètre dans le mondea entier. r> Mais son grand grief, Apollon le dit dans cette apostrophe directe : a honte i malgré cela, et les Grands, » et les Princes, dont la main porte si bien le sceptre, et a toi, Richelieu, qui fournis de si nobles sujets à la Muse <x latine, et qui, par tes belles actions sans nombre, fais « rentrer dans Tombre les exploits d'Alexandre, tu ne te a bornes pas à favoriser la foule des poètes français tes « amis, tu y joins des éloges, et aux éloges, de l'or : ils « ne luttent plus pour le laurier, ou pour une stérile cou- « ronne, mais, ô Fortune, ils lèvent» fièrement leur tête « toute parée de tes dons, ils embarrassent leurs pas d'un « long manteau, ou leur côté d'une épée, et brillent sous « la pourpre tyrienne ; tandis que ma postérité, réduite à c( une humble condition, est en proie à la faim, et en butte (( aux railleries de la tourbe nouvelle ; tandis que le poète « couvre son corps d'un vêtement bariolé, accompagne « quelque piedr^ plat, ou lait en esclave tout ce qui lui est a ordonné*: » (1) En admettant même un peu d^exagération da&s ces plainties, il en résulte toujouï^ que Richelieu, sacrifiant les poètes la tins^ux-poè^tes français, faisait arriver lesunsaûic plus baut^pQ£(itÂ0ns4e TËglise, deP Armée et de la Magistrature^ taaéis qu'il laissait les autres végéter misérablement dans les ^miers «rangs de la société*
(0 Epinkia Musarwriy p.ldâ et 2è7, PiécBS jcstificativbs, VI bis.
Il n'est donc pas étonnant que la voix de Grisel, inconnue, isolée, partie de la province, n'ait point été écoutée au milieu de ce concert universel d'éloges, entonné par tant de poètes latins et français, avant et pendant la publication des Triomphbs de Louis, en Thonneur de Louis XIII et de Richelieu. Pour comble de disgrâce, de Bois-Robert, ce soUmteur des Muses affligées, éditeur lui-même de ces éloges, et bien instruit du peu de goût de son maître pour la poésie latine, ne se sera pas montré très empressé dans ses recommandations en faveur du nouveau venu. De là l'échec réservé à ce premier ouvrage de Grisel sur le théâtre de la cour, et dont il se plaindra bientôt.
Pendant cette même année 1635, ou, tout au plus tard, au début de Tannée suivante, Grisel, toujours, soit à Évreux, soit àCondé-sur-Iton, publia le début du plus considérable de ses ouvrages, les Fastes de Rouen, l'occupation constattte de sa vie tout entière. Il en donna d'abord le seul Wow de Janvier, ou Livre premier, dans le format petit în-8» des Triomphes de Louis, sans date, sans nom de liéÙ ni d'itaprimeuï' ; mais nous croyons ce Mois également sôrii des presses de Le Marié, à Évreux. (1 )
Grièel dédia ce mois « à rilïustrissmie et ftévérôndîsfeiWé
« François de Kariay, archevêque de' Rorieù, Pritirât'dè
(1) Toir plus haut pour la description du volume, et plus loin, nos motifs pour le lieu et la date de la publication : Des diverses éditions desPastes, etc.
26 ÉTUDE UTIÉRAIRE
a Normandie, » et, pour mieux gagner ses bonnes grâces, il ne se fit pas faute de lui prodiguer Tencens. Informé des encouragements et des louanges donnés à ses vers par T Archevêque, « il s'adresse au port qui s^ofTre déjà de lui-même, « à Tastre favorable, à Tautel propice, à l'illustre champion et dans Tune et l'autre poésie, dont il espère la faveur... « N'est-ce pas à lui qu'à bon droit, comme à celui qui tient « la clef du ciel, il apporte la clef de Janvier, pour que son a nom glorieux se trouve en tête de son Année et de ses <K Fastes?.. Ses vers élégiaques ne sauraient Rebuter sous a de meilleurs auspices. » (1) L'envoi, placé à la fin du Mois de Janvier, montre toute la confiance de Grisel dans la protection du prélat, la nature et l'étendue des services qu'il en attendait. « La Muse se hâte de placer un Mois « d'hiver, mon coup dressai, dans la main sacrée de l'Ar- « chevéque... Inconnu, elle m'a banni naguère des antres ^ de Castalie et m*a dit : Adresse-toi d'abord à l'Arche- « véque. Depuis longtemps déjà placé, à Rouen, à la tête « du clergé, que son nom brille le premier dans tes Fastes. xc.Sdus, ma conduite, ofire-lui tes dons; nous prendrons « notre course vers la capitale; c'est là qu'il habite^ dans « les Ueux où se trpuve toute la gloire du royaume. Tu a poui:rras arrêter la main et les. yeux du hérpa, et luia même lira quelque chose du travail d'Hercule. Et quand
U) Voir le texte latin, p. 479
« il verra le nom du Prélat Harlay sur ta première page, « il dira : « Envie, nous le prenons sous notre protection, .a retire-toi. Une palme éclatante, voilà plutôt le partage € de ton livre, et la Normandie ne sera peut-être pas la « seule à le rechercher. » (1)
Le choix du prélat, pour lui dédier un Mois des Fastes, commandé par la hiérarchie, n'était pas d'ailleurs maladroit. Â quelques pas d'Évreux, dans son château de Gaillon, résidence d'été de nos archevêques, il se faisait volontiers le Mécène de tous les poètes de la Normandie, et leur indiquait quelquefois le sujet de leurs chants. Ainsi, deux ans auparavant, il avait chargé Corneille de célébrer, au nom des Muses normandes, l'arrivée de Louis XIII et de Richelieu dans la province, lorsqu'ils vinrent y prendre les eaux de Forges, en 1633, et lui-même n'avait pas craint de prêcher d'exemple, en insérant une pièce de vers latins dans le recueil où figure I'ëxcuse, par laquelle Corneille se défend de déférer à sa prière (2). Les Triomphes de Louis, par Grisel, dédiés au Cardinal, pourraient bien avoir eu la même origine. Il est à croire que les effets de la protection de François de Harlay ne furent pas assez satisfaisants, au gré de Grisel, puisque bientôt il se plaindra de la stérilité et de l'inutilité de ses travaux poétiques.
(I) Voir les vers latins, p. 486,
(?) Epinicia MusARuv, etc. Paris, 1634, in-4*, p. 248 et suivantes.
Probablement, en 1636 (1), peu de temps après la Saint* Martin d'hiver, 11 novembre, époque de la rentrée du Parlement^ il publia le Mois de Novembre des Fastes, que, par anticipation, il intitule Livre onzièmey son plan étant alors de publier toute l'année successivement et par mois détachés. Ce fut encore à Évreux, par le môme imprimeur, et dans le même format que le Mm de Janvier.
Pour suivre la filière hiérarchique des notabilités de la Normandie, Grisel dédia ce nouveau Mois des Fastes d Messire Charles de Faucon, sieur de Ris et de Frainville, Premier Président au Parlement de Rouen. Le choix était heureux et Ta -propos manifeste, puisque le tableau de la rentrée du Parlement en occupe la majeure partie. Un passage de ce Mois» si nous ne le savions déjà, montrerait que Gfrlsel n'habitait plus Rouen, à cette époque. Thémis, qui lui est apparue en songe, lui dit, en effet : c Bh bieb, « je veux que tu te rendes à Rouen avec moi, pour y voir « réunies toutes les lumières de notre prertiière Cour. » Il obéit, monte dans tin char, volt au-d^sous de luiser* penter le cours de la Seine, et se pose bientôt sur le sommet de la côte Sainte-Catherine, d^oû il va se rendre au Palaisde- Justice (2). C'était laTOute qu'il devait suivre |>buri^nir
(i) Voir plus loin nos motifs pour désigner ainsi le lieu et la date de rimpression : Dbs diverses édituims s^ ju£ema kt o&'Lfoa daxb. (2) Voir p. 397, V. 103-118.
d'Évreux à Rouen, au88i bien en réalité que dans ce voyage imaginaire.
En dehors de ses fonctions de professeur et de précepteur, et de ses travaux poétiques,, qu'il poursuivait sans relâche depuis sa jeunesse, nous avons tâché de découvrir d'autres traces de son séjour à Évreux et à Condé-sur-Iton. Comme prêtre, il aurait pu obtenir une cure dans le diocèse ; comme poète, faire partie du Pliy de Sainte-Cécile, à Évreux. Rien n'a été découvert sur ces deux points, ni sur aucun autre (1).
Mais ces fonctions pédagogiques eurent sur Tesprit de Grisel une influence qu'il importe de signaler. Elles lui firent revoir et compléter ses études premières, un enseignement sérieux ne comportant pas un demi- savoir, et il acheva de se rendre maître des notions nouvellement acquises en les communiquant à autrui; car on n'enseigne jamais sans profit pour soi, quand on enseigne avec conscience. Voilà comment Grisel parvint à posséder à fond ime foule de connaissances diverses, surtout le latin, et la poésie latine, pour laquelle il avait un goût si prononcé.
Pendant cettQ période de sa vie, nous connaissons ses préférences, ses goûts littéraires. Un ouvrage, qu'il publia
(I) Mi Tabbé LebeuHer a ftiit les recherches à Evreux, el M. Izarn à CoDdé-snr-Iton.
30 ÉTUDE LlTTÉfUIRE
immédiatement après avoir quitté Evreux, ne nous laisse rien à désirer sur ces différents points.
La poésie est toujours sa grande étude, mais il n^aime que les poètes latins, qu'il proclame « des héros et des a dieux », tandis qu'il « ne fait aucun cas des Grecs écrasés « parles Latins », et n'a que de Téloignement pour les vers français. Il cultive Téloquence sacrée et pourrait « se livrer a à la prédication. Il s^occupe souvent des sciences mathé- « matiques, de l'optique surtout, passion qui ne le quittera, « comme celle des Muses, qu'au seuil de la tombe. Enfin « la Théologie, la Philosophie, le Droit, la Médecine et (c l'Histoire obtiennent aussi une part de ses soins (1). »
Il nous a pareillement livré sa méthode de travail. Remettant souvent ses vers sur le métier, il les corrigeait, les polissait sans cesse, se constituait le censeur sévère de ses œuvres. Aussi n'est-ce qu'arrivé à la maturité, à trenteneuf ans, en 1634, qu'il a publié son premier ouvrage poé* tique, ses Distiques.
Quel que soit l'objet de ses études, a il n'a que du dédain « pour le verbiage, les paroles inutiles; pourvu que le « fond reste, il s'inquiète peu des mots. » Aussi, en poésie même, sous le rapport de l'Elocution, il repousse « le vain
(i)Tous ces détails sont contenus dans les trois livres d'Epi- GRAMMEs, publiés OQ 1639, dont on trouvera quelques citations aux Pièces justificatives, VII.
SUR HERCULE 6R1SEL. 3i
« cliquetis des mots, l'enflure de tant de poèmes ronflants « et sonores : c^est à l'Invention et à une bonne Disposition « qu'il accorde le premier rang. » Son motif, le voici : « Qu'un Architecte élève une maison, que le Peintre l'orne, « lequel des deux aura le mérite d'avoir bâti la maison (1)7» Ces confidences, ces principes accusent de sages idées littéraires, qui ne peuvent se rencontrer que dans un bon esprit et chez un hdmme de goût.
Outre leà ouvrages déjà signalés, Grisel s'occupa de composer, à EvreCDc, des Odes, des Sylves, des vers élégiaques, vraisemblablement pour les Fastes de Rouen, un poème épique^ la Maghabéîde, des Paraphrases poétiques sur les Psaumes de David, des Tableaux poétiques, des Tragédies et même des Comédies, mais surtout des Epigrammes. Tous ces travaux furent ébauchés, médités, révisés , menés à bonne fin et publiés, sauf deux ou trois d'entre eux (2)i
Gomme modèles il prenait les poètes latins les plus fameux, chacun dans son genre : « Martial pour l'Epigramnie, « Horace pour fOdé, Ovide pour l*Elégie, Plaute et Séné- •< que pour le Théâtre, Stace pour les Sylves, Virgile pour « le Poème épique, dont il désespère de reproduire jamais <» la perfection (3). » L'imitation des anciens, en tout genre de compositions, passait alors pour le mérite supréme»^
(1) Pl&CSS JUSTIFICATIVES, VIIT. ''
W Ibidem, IX.
(3) Ibidem.
3B ÉTUDE LlTTÉRAIRe
En quittant Evreux et la Normandie, Grisel se rendit à Paris, où nous le trouvons nouvellement établi dans les premiers mois de 1639. Il y portait son humble bagage de poésies latines, fruit de près de trente ans de travaux faits en province^ grossi sans doute par de magnifiques espérances de célébrité et d'avenir. U, pour se fa;ire connaître du public parisien, il débuta par la publication d'un livre d'EpiGRAMMEs latines^ en trois parties, Calliape^ Melpo^ mène et Thalie (1). Le titre est orné d'un« vignette, dcmt le corps représente un aigle planant dans les airs, et tenant dans ses serres un serpent qu'il déchire,, avec ces mots pour âme : Virtute prœvalet (Il en triomphe par sa valeur). Le serpent,,c*est l'emblème de l'envie, et Grisel çn triom^ phera par son mérite (2)^
Tout est à remarquer dans cette première publication de
Grisel, à Paris, TAvifl au lecteur, le nom d^ l'Imprimeur,
la Pirivilége du Roi et les trois Dédicaces.
, I4 auteur, qui, se borne dans le titi'e à joindre son seul
prénom à son nom, dit Au Lecteur: «Je n'ai pas voulu,
(1) Voir NOTIGB BX3U06BAPHIQCB 0B8 OBCVBBS DE GbISEL.
(2) C'est peut-être un souvenir d'un passage fameux, du poème de Marius, par Gicéron, où le rival de Sylla, à la vue d*un fkit semblablB, reprit courage, au milieu de sa détresse :
Hic Jovis iltiMni subito pipputa 3«telle>f etc.
Voir» dans ies Fragments poétiques de Cicérone ces vevSi tSAt admirés de Voltaire, et traduits en beaux vers français par lui.
SUR HERCULE GEISEL. S3
t Lecteur bienveillant, m'occuper de l'édition de mes poé- « sies, avant d'avoir laissé quatre ans s^écouler depuis que « j'en ai imprimé un échantillon et des prémices sur un « sujet des plus illustres. C'est en employant tous les genres « de poésie, à l'exception du genre dramatique, que j'ai a chanté Les Triomphes (de Louis), quelques-uns du «( moins, afin de débuter sous de si grands auspices dans « la publication de mes vers ; je ne me suis point beau- « coup écarté de l'exemple de mon père, qui, poète fran- « çais distingué, bien sûr (1), a chanté Henri le Crrand, et « la Noblesse de France, au début du siècle. Pour moi, je « viens de passer du plus Auguste Prince aux Grands, « dont le noble éclat fera rejaillir, je l'espère, quelque « lumière sur mes faibles oeuvres. Voici un premier livre « d'Epigrammes divisé en trois parties et rehaussé par le « nom des Muses. Le plus souvent j'ai recours à des noms « supposés; c'est ainsi que j'ai tâché de voguer sous la « direction de Martial, mon modèle ; ce moyen me paraît « offrir plus d'agrément et d'élégance ; pour qu'on ne croie « pas que je me suis hâté, c'est à l'âge d'un consul que je « commence à publier enfin mes ouvrages écrits dans les « deux langues. Adieu (?). »
Quand il donna ce premier livre de Poéâles, dont le Pri-
(1) L'amour filial abuse Grisai sur le mérite poétique de son père. Voir plus loin, p. 6ao*S&S.
(2) Voir le texte latin, Pièces JtJsriFiCAtivi», X.
vilége est du 19 avril 1639, et « Tachevé d'imprimer pour tt la première fois du mois de juin 1639, » il était dans sa quarante-quatrième année, avec Fintention de donner ses ouvrages latins et français [utraque lingua), ce qu'il ne fit pas sur-le-champ, s'en tenant aux seules poésies latines, comme précédemment à Evreux.
Mais une chose toute nouvelle, c'est que» renonçant à poursuivre le patronage de la cour, il sollicite celui de la noblesse. II débute en adressant chacun de ses trois livres d'EpiGRAMMEs aux trois frères de Sève ; CalHopCy au Président de la Cour des Aides de Paris ; Melpomènei à l'Âumônier du roi, abbé de l'Ile (1) ; et Thalie^ au membre du Conseil privé.du roi et Maître des Requêtes. Pourquoi ce changement? a II a perdu sa peine jusqu'ici, et la cour n'a eu « que de l'indifTérence pour sa Muse. » Il n'en fait pas mystère, quand il dit au Président de Sève : « Les chants € de la Muse légère ont aussi pour vous des charmes, dès « que vous quittez les rauques débats et les ennuis de la « Cour des Aides. Vous n'avez pas vu mes vers d'un œil « défavorable, ô Président ; et si je deviens poète, je me a ferai gloire d*étre à vous. Après les Triomphes de Louis^ « je me joue dans l'Epigramme, et mes premiers travau^^ « ont été dédiés au Cardinal revêtu de la pourpre. L'of- « fraude de cette Muse n*a pu me mettre en lumière ; de-
(1) Est-ce le monastère de llle-Sainte-Barb^t pr^s^.d^ L]fP9, on celui de nie, au diocèse de Troyes?
« puis ce temps voici le retour du quatrième hiver sans c avoir rien obtenu. Peut-être ces modestes productions « auront-elles un meilleur soi*t ; le nuage qui s^approche « des astres disparait absorbé par eux (1). » Revenant une seconde fois sur cet abandon, il donne au même Président de Sève les motifs de sa dédicace, et lui demande expressément la protection qu'il n'a pas trouvée ailleurs. « Le pre- « mier livre que je publie dans la capitale, je vous Toffre, < ô Président, comme un modeste hommage de votre « poète. Si, par bonté, de Sève, votre protection me vient « en aide, je parcourrai plus sûrement une plus vaste car- « rière. Jusqu'ici, je l'ai bien vu, mes travaux, placés en « pure perte, ne m'ont rien produit; la cour ne viendra « pas en aide aux Muses d'Hercule. Faisons mieux en célé- « brant dans nos chants d'illustres amis; j'y trouverai « alors une plus douce récompense des labeurs de mon « esprit. Il ne sert à rien de promener la charrue dans des « champs stériles ; à rien de battre les buissons voisins « des habitations ; à rien de livrer des vers pour servir de « jouet aux vents rapides ; de vous nous vient une plus « juste satisfaction (2). »
Dans ces paroles percent, à chaque mot, le mécontentement contre la cour : Louis XIII, Richelieu, insensibles à la poésie de Grisel. n'ont pas voulu devenir ses protec-
(1) PlàCBfi JUSTIFICATIVES, XI.
(a) m^ei^
teurs, ses Mécènes; l'un, parce que Tépoque n'est pas encore arrivée, où les auteurs seront au roi, personnification de l'état, et distributeur de pensions à titre de récompense publique; l'autre, parce que saturé d'éloges, ayant été l'objet de milliers de dédicaces, il n'a que fort peu de goût pour les poètes latins de son époque. Force donc fut àGrisel de chercher ailleurs des appuis, des protecteurs, et il s'évertuera désormais à en trouver chez les grands personnages delà ville. Ses dédicaces n'auront plus d'autre but, suivant en cela l'exemple d'un grand nombre de poètes en langue française, d'un compatriote, de l'illustre Corneille.
Dans ces trois livres de poésie, dont chacun renferme environ une centaine de pièces, la plus courte en un vers ou deux, la plus longue en vingt-cinq à trente vers, sur des objets de toute sorte, peu importants, quelques-unes 6n vers iambiques, et plus généralement en vers élégiaques, il en est plusieurs où se trouvent des détails propres à faire connaître l'homme et le poë^te. Celles-là seules ont de l'intérêt pour nous.
Le poète n'a pas le travail facile, et, pour arriver il la correction, il ne recule pas devant la fréquente révision de ses œuvres. Aussi dit-il à ce livre d'ËPiORAMMEs : <x Hélas ! mon livre, hélas ! toi que j'ai tant de fois cou- « vert de mes ratures, quel censeur peut être pour toi (( plus sévère? Toutes les fois que je te lis, ma main s'arme
SUE HEICULE GRISEL. 37
a de Téponge tout humide, et jeta lis pour t'infliger des tt suppressions. Cependant tu t'es enfui portant les stig- (c mates si nombreux de ton maître ; si tu reviens, sois « bien sûr que tu resteras en prison. (1) » Une idée le préoccupe aussi, c'est de paraître s'être trop pressé pour faire cette publication. Il dit donc à un ami, qui lui en avait peut-être adressé le reproche : « J'ai dépassé le mi- « lieu de mon neuvième lustre, quand je me mets en de- « voir de donner mes vers, et tu m'accuses, Calliodore, de « trop me presser (2]. »
La première moitié du xvn* siècle vit, parmi les poètes français, deux écoles de poésie. Tune sans discipline, l'autre avec une discipline fausse ; l'une continuant Ronsard, l'antre marchant sur les pas de Malherbe mal compris. Le temps avait divisé leurs œuvres en deux genres : le galant et le soutenu. Le théâtre, les poèmes descriptifs, les épopées rentraient dans le soutenu; Jes vers à Iris, les badinagea, lès gaillardises, les petites pièce» côurtisanesqueiï, les; billets en vers se rstttachaient au galant. Il est probable qu'un des adeptes de ce jgenre, le joyeux Saint- Amantpëutétre, compatriote de Grisel et du même âgé que lui, tenta de Tenrôler sous la bannière du galant. Mais Grisel lui répondit : « Dans mes vers tu voudrais avec toi me voir ba-
(1) Pièces justificatives, XII.
(2) fbidem, XIII.
a diner sans cesse; c'est avec plus de sérieux parfois, Par- « theriopé, que je badine. Notre robe, fais-y bien attena tion, nous interdit les rires immodérés ; cependant elle « ne nous commande pas d'être trop sérieux. C'est rompre « Tare que de le tenir constamment bandé; à travers les « nuages perce un rayon de soleil (1). » En d'autres termes, il vise à l'alliance du galant et iusimlenu, pour parler le langage de son temps.
Des amis aussi, frappés de Tinconvénient d'écrire en latin, alors que la poésie française se révélait chaque jour de plus en plus brillante, conseillèrent à Grisel de composer dans la langue maternelle. Mais par goût , par habitude, par éducation, il aurait cru déroger, s'il eût suivi ce conseil. Le latin était encore, à cette époque, une sorte de langue maternelle, surtout pour les savantf, en général, et, en particulier, pour les membres du clergé séculier, d'une congrégation religieuse, et de l'enseignement. On le parlait dans les universités et dans les collèges. Élève, des Jésuites, Grisel l'avait appris avec sqin, et enseigné pour son compte. Il le lisait^ il l'étudiait, il l'écrivait toujours et avec bonheur. Aussi ne faut-il pas s'étonner de l'en-r tendre dire à un certain Persicus : « Sachant faire des vers « latins, je refuse de (aire des vers français^ Tuen d^nan- « des le motif, mon ami, apprends-le. Après avoir fait des
(1) PliCBSJUSTIFlCATIVSS, XIV.
a géants, Persicus, non, pour su):, je ne veux pas faire des « nains (1). 9 Ces paroles d'un bon élève des Jésuites, d'un chaleureux admirateur de la poésie latine, ne prouvent pas rinutilité du conseil, ni Timpuissance des vers français pour assurer la célébrité.
D'un autre côté, Grisel nous apprend qu'il composait la nuit et ne pouvait travailler qu'à ses heures ; d'ailleurs, s'il compose, c'est sans nécessité aucune : « Ces vers que « j'écris en veillant jusqu'au milieu de la nuit, personne « ne m'y oblige, Gallicus, personne ne m'y contraint. « Voulûtr-on m*y contraindre? ma bouche deviendrait « muette, comme avec un bâillon; pour que je m'arrête, « Gallicus, contrains-moi de chanter (2). • Il ne ressemblait donc pas à tant de poètes français qui, en retour du vivre et du couvert, recevaient des grands Tordre de chanter sur tel ou tel sujet, et de mettre leur muse à la discrétion de leur caprice. Plus indépendant, par position et par caractère, Grisel ne faisait des vers latins que lorsqu'il sentait l'inspiration de la Muse.
II appelle aussi sur ses vers une censure éclairée, heureux d'en faire disparaître les fautes signalées. < Allez, « mes livres, paraissez enfin devant le public ; si toutefois « la censure et non la faveur vous le permet. Que tout « censeur, tout juge de notre muse fasse disparaître ce
(I) Pièges justificatives, XV.
(1) Ibidem, XVI. • \
40 ÉTUDB LITTÉRAIRE
« gui peut choquer un Aristarque, je le souhaite. Je « n'aime pas, quand les vers sont mauvais, lamainiijui « les épargne; la juste critique, qui signale une faute, me. « fait plaisir (1). » Notre poète était trop sincère pour devenir jamais le ridicule a auteur intraitable^ » de Boileau,
Qui d'abord prend en main le droit de l'offensé.
(Art puéLy ch. i.)
La vivacité propre aux Français lui sert à expliquer le choix du genre de poésie où il s'exerce. <i Là poésie qui <i convient au caractère des Français, Festus, est celle qui « donne des Epigrammes variées. Ils ne supportent pas « répopée ni les longs poèmes ; ils ont im naturel de feu, c ennemi du repos (2;. » Vraie pour toutes ces épopées françaises, dont Goras, Carel de 8ainte*^Garde, Saint- Amant, Scudéry, Chapelain, le Père Lemoine, etc., vont bientôt inonder notre Parnasse, la remarque était fausse pour les Epigrammes en latin moderne : c*est faute de mieux que les Français s'en seraient contentés.
Enfin, par système encore» il ne veut donner qu'un mince volume à chacun de ceux auxquels il dédie ses poésies. « Les gros livres lui déplaisent autant que s'il se sena tait éQi*asé sous les monts des Géants (3). ». De là, le
(1) Pièces justificatives, XVII.
(«) Ibidem, XVIH.
(3) Ibidem, XIX.
SUR HERCULE 6RISSL. 41
petit nombre de pages composant toutes ses œuvres, et le morcellement calculé des plus considérables.
Il avait obtenu ce privilège général pour les mettre en vente : « Défense, par autorité du Roi, à tous, dans le « royaume de France, d'imprimer ou vendre, pendant « Pespace de cinq ans, les ouvrages composés par Hercule t Grisel, sans sa permission, sous peine de cinq cents « francs pour qui ne se conformerait pas à la teneur de la « permission du Roi. Paris, 1639 (1). »
C'était une sage mesure de prendre ses précautions pour le présent et pour Tavenir ; car il ne devait pas s^en tenir à ce premier début à Paris, tant sa vocation poétique était irrésistible, à en juger d*après cette profession de foi contenue dans ces mêmes EpiaRAMMES. ce Pour m^enlever le « goût des vers, Nasidianus, il faudrait auparavant m^en- « lever le cœur de la poitrine. J'aime mieux que tu m'ar^ « racbes les yeux. Qui me détacherait des vers? Qui peut « bannir la Muse? Dans les camps, au barreau, non, non « je ne renoncerais point aux vers ; pas même si je portais « sur le trône un sceptre enrichi de pierreries. Enfin, sup- (( pose que me voilà mattre de Rome maltresse du monde, « à l'exemple d'Auguste, je ferais encore des vers » (2). Avec de pareilles dispositions, qui ne sont pas Texpression de sentiments de commande, mais bien réels, on ne doit
(I) Voir le texte latin, Pi&cbs justificativbs, XX. (9) ibidem, XXI.
42 JiTDDE LITTÉIUIIIE
plus s'étonner du grand nombre de poésies latines sorties de la plume de Grisel.
Arrivé à Paris, il changea son imprimeur ^X le format de ses ouvrages. A Evreux, il s'était contenté des presses d'Antoine Le Marié et du modeste in-8* ; à Paris, il prit Gervais AlHuty demeurant auPalais-de-Justice,, pi^ dis la chapelle 40 Saint-Michel, et, pendant dix-^sept ans» ce dernier imprimera toutes les poésies denotreauteur, dans le format in-4°, en caractères .italiques, avec beaucoup de soin, et presque de luxe pour l'époque. An reste, Grisel parait avoir été curieux des belles inipressions ; car il ne ménage pas les impriiïieurs rbuennais sur ce j[)oint. Après avùir constaté que Timpriinerie avait été jadis très florissante à Rouen, il s'écrie dans ses Fastes : « Tout dépérit avec le c temps ! Rouen a perdu une bonne partie de sa célébrité, ^: et la faute en est peut-être à l'avidité. Pendant que Timjft primeur fait dés économies sur le papier, et sur les ff formes usées, pendant qu'il refuse au correcteur un juste ;.«. salaire, aujourd'hui on donne tles impressions remplies .« delautes; on rejette un livre qui vient de cette ville. ,« Imprimeurs, soyez plus jaloux de voti*e . réputation et .< surveillez là correctioii de vos feuilles » (1). Il y avait oejjpendcmt encore quelques bons imprimeurs, à Rouen, 'i cette époque,, et nous croyons que son absence de
(2) Voir plus loin, Mai, p. 150, vers 124-130.
Rouen entra, tout autant que ces considérations , dans la détermination de Grisel de ne point s'adresser aux imprimeurs de sa ville natale.
Le premier livre d'EpiGRAMMES, en trois partie», avec pagination distincte, intitulé les Trois Muses , Calliope, Melpomène et Thalie, fut publié en même temps, au mois de juin 1639, suivant l'indication relatée plus haut. Mais le travail de Grisel, en ce genre de poésies, tie se borna pas à la publication de ce premier recueil ; il dit formellement, dans Tune d^elles, que ses a Épigrammes portent le nom « des neuf Muses,» et, plus loin, il explique comment il a pu composer assez de pièces pour les répartir dans d^es recueils dont le nombre est celui des Muses. « Si les re- < cueils de mes Épigrammes répondent au nombre des « neuf Muses, il n'y a pas lieu, Artemidore, de t'en éton- » uer. J'en ai composé dès l'enfance, à partir de mon troir c sjème lustre, et c'est à la fin de ma neuvième olym- « piade qu^ je les publie (1). » Dès quinze ans, c'est-à-dire en I6IO9 qoaùd il sortait à peine de dessus les bancs du collège des Jésuites de Rouen, il aurait donc conunencé à composer des Épigrammes. Mais, pour ^a publication, la finile la jseuvième plympi^a.ne donnerait que trente-sa ans , tfindis qu'en }vin 1Q39 H étajlt dans 9a quarante-qu^?» tiième année. Suivant l'habitude de son temps, il confon-
(I) PlÈGBS HnTiriCATIVBft, XXil.
dait Volympiade avec le lustre^ tandis qu'il a dit plus justement ailleurs, en parlant de cette même publication, qu'elle fut faite « pendant la durée de son neuvième « lustre » :
Dum mihi nonum (lu&trum) deûuit (I).
D'après le témoignage relaté plus haut, il semble que Grisel a dû publier encore deux autres livres d^ËPiGRAMBCss, se composant chacun de trois parties, avec le nom des Muses qui ne figurent pas dans le premier livre, pour compléter ce nombre de neuf. Un catalogue, en effet, parle de deux livres de Poésies, <c Paris, Gervais Âlliot, « 1639-1641, 9 qui, par les dates et par le titre, indiquent la publication d'un second livre d'Épigrammes. La date de 1639 se rapporterait au premier livre que nous venons d'examiner; celle de 1641, au second livre, également en trois parties, dédié à des personnes différentes , comme son devancier. Quant au troisième livre, sUl fut publié en entier, il ne le fut que beaucoup plus tard, en 1657(1).
Outre Texemplàire du premier livre d'Ëpigrammes, que possède la Bibliothèque de Rouen, 51 en est un autre, faisant partie de la Bibliothèque de TUniversité, à là Sor-
(1) Epigrammes, Galliope, Epigr. XLVI.
(2) Voir Notice bibliographique des obuybis de OinsL.