‹ Les fastes de RouenChapitre 6 sur 28 · KTUDE LinÉiUlRi · texte numérisé non relu

KTUDE LinÉiUlRi

suite, l'auteur de ^ Sommei des jnkthés^ de là Tkéologifi mor, rale^ etc., niis en scène dans les ProvinciaUs{\)^ et inéQiej dans le Lutrin (2) :

Alaiu tousse et se lève; Alain, ce savant homme, Qui de Bauni vingt fois a lu toute la somme.

Poursuivant le cours de ses publications, Grisel ne tarda pas à donner, en 1642, ses Tableaux poétiques, in-é", compilation de passages divers empruntés à des poètes latins, tant anciens que modernes, enrichie de notes et complétée par des morceaux nouveaux. La première partie est intitulée Pantographie ou Description de l'Univers, et la seconde, Horographie ou Description du Temps (3). L'une et l'autre furent achevées d'imprimer au mois a d'octobre « 1642. » Cet ouvrage était destiné surtout à l'usage de la jeunesse, pour lui inspirer, sans doute, le goût de la poésie latine et lui en faciliter l'étude par les modèles que Grisel y avait rassemblés.

En 1 639, il disait à un certain Festus : € Les Epi- « grammes, comme tu le prétends, ne sont pas seules Tob- « jet de mes soins ; de mon goût pour les chants de la ci- « thare, Festus, ne dis-tu mot? Ne te souvient-îl pas que « je cours d'un vol rapide dans la carrière héroïque, et que

(0 Voir les LeUres provinciales, IV, X, XV, etG,

(2) Chant IV, vers 169 et 170.

(3) Voir Bibliographie des œuvres de Gri8«l.

SOE HERCULE GEMiL. 47

« souvent je compose des vers où onze pieds se marient « ensemble? » (Vers élégiaques ou distiques.) Aussi annonçait-il, à cette époque, que « déjà ses Sylves (propre- « ment Bois, Bosquet) pourront lancer des flammes, et qu'il <c a une foule de vers élégiaques d'inégale grandeur (1). »

Toutes ces pièces en portefeuille ne tardèrent pas A voir le jour. En 1642, il donna Trois Stlves de chants héroï* QUEs, les Naïades^ les Dryades et les Napées. Nous ne savons qu'une seule chose de ces Stlves, c'est qu'elles renfermaient une pièce sur la Bibliothèque du Président de Mesme.

Les Distiques^ petites pièces composées de deux vers, malgré la sécheresse et la monotonie du genre, séduisaient toujours quelques grands amateurs de poésie latine. Aussi Grisel, qui en avait déjà publié trente-six Décades (360), en 1634 (2), disait-il, en 1639, à un certain Damasippe, dans ses Epigrambies : « Les seuls Distiques^ enfants de ma a Muse, je le vois, Damasippe, voilà l'objet de tes préfère rences ; et tout le reste, tu le traites de long ouvrage. » C'eôt pour leur plaire que Grisel en avait composé encore un autre recueil annoncé en ces termes : « Des distiques « ont fait un livre à part sous le titre d'Apollon ; peut-être « me crdis-tu moins propre à ce genre de poésie? Les Dis-^

(I) Pièces justificatives, XXIIL '

(î) Voir plus^haui, p. i9 ^t aq.

48 ^UDE LITTÉBAIRE

« tiques remarquables remportent sur ces Muses^ci ; j'en « ai donné bon nombre aux lecteurs, et je les ai donnée en <K vain. Ma verve se plaît à s^exercer dans Taccouplement « du Distique, et elle prouve que je ne suis pas manc( chot des deux mains. » Gomme toujours, il divise ce recueil de Distiques en trois livres (1), et, pour faire montre de son érudition mythologique ou classique, il donne à chacun d'eux Tun des surnoms d'ÂpoUpn, en les appelant le Dilien, le Ddphique et le Castalien (2).

Ces petites pièces ne se composent que de deux vers, comme les Xenia et les Apophoreta^ attribuées à Martial, espèces de devises qu'on plaçait sur les cadeaux distribués à Rome, lors de la Fête des Saturnales ou dans d'autres oc* casions. Grisel, en trouvant dans le poète latin, a jugé à propos de l'imiter de ce côté encore, tant était grande son admiration pour lui. a Combien Martial m'est cher au fond « du cœur» tu le sais, je pense (dit-il à Varus), et tu m'ap- « prouves. C'est lui qui est mon guide dans mes Epi- « GRAMMES. Depuis mon enfance même, j'aime ce poète. c( Parfois (ce genre d'étude me plaît et me charme}, je me « compai*e avec lui. Je ne suis qu'un nain, crpis-le bien, « auprès d'un si grand géant. Je ne suis qu'une petite. « goutte d'eau, crois^le bien, auprèa d'un si gran4 océan.. <c Je fais des efforts, il est parfait ; je fais des essais, il ar-

(I) PlèCBS JUSTIPICATIVE8, XXIV. : --^ ' •"

(2) Voir la Bibliographie des œuvres BiB^6RtBiii>.'

SDR BBRGULB GaiBBL. 49

« rive à la beauté suprême ; je rampe, il s'élève jusqu'aux « astres ; souvent je languis, il a de plus en plus de sel et « d'éclat. Cependant, il m'a donné l'ordre de marcher sur « ses pas, il m- a gratifié, Varus, de quelques feuilles de sa « couronné » (1).

Grïsel s'occupa aussi de traductions, dont Tabbé Goujet nous a révélé : Texistence, dans sa Bibliothèque française. Quand il vieiit à passer en revue les traductions de Juvénal en nôtre langue, il dit: « En 1643, Hercule Grisel, Prêtre, « connu par ses Fastes de Rouen, sa patrie, écrits en vers (c latins, ayant conçu le dessein de traduire quelques « poètes latins, qu'il préféroit aux Grecs, commença par « Juvénal, et {)ublia cette même année la première satyre a paraphrasée en prose françoise. Il adressa cet essai à « Claude Mandat, Maître des Comptes à l^aris, par une « Epitre latine où il fait Téloge de ce magistrat. Sa traduc- « tion froide et languissante est partagée en six sections, « dont chacune a son argument particulier.

a Grisel donna cet essai sous le titre de Première ins- € iruciion morale du PoUe Jut>énat (2), fet J)ôur s'excuser « d'en avoir fait une paraphrase si diffuse, il prétendit « quHI ne pouvoit autrement la rendre intelligible, et

(f) PlÈGBS JUSTIFICiLTIVES, XXV.

(2) Â la fin de ce même volume (VI» p. 450), Gôujet donae un titre un peu d1 finirent, que nous avons reproduit dans notre BisuoGiupmB

DES QBUVRES DE GrISBL.

50 ÉTUDE LinHAAlRE

a. qu'une traduction succincte auroit laissé au Poète toutes « ses ténèbres. Il est vrai que sa paraphraise ne manque « point de clarté^ mais ce n'est plus que le squelette de « Ju vénal. Chaque section est siiiyie de notes fort corn- <K munes, et qui grossissent cet écrit assez inutilement. « Grisel se lassa après cette première satyre, et il fit fort « bien. Il avoit besoin d'ailleurs de ne pas épuiser son a courage ; il lui étoit nécessaire pour devenir lui-Aiéme « le rival de Lv4iilitAS^ en écrivant, comme ce Poète, contre <» les vicçs de son temps. C'est la résolution quUl prend à € la fin de ses notes: je ne me suis pas mis en peine de « sçavoir s'il Ta exécutée » (1).

Nous voyons encore ici la preuve que Grisel était très méthodique da,ns toutes ses publications, puisqu'il trouve . le moyen de faire, dans une seule satire de Juvénal, a six « sectioiis dont; chacune a son argument particulier, a ssuis parler des note$ accompagnant chaque section. A vrai dire, il lui aurait fallu bien des volumes pour traduire de la sorte les seize satires de Juvénal.

. ; Le jugeant de.rabbé Goujat est encore précieux, en ce .gu*il nous révèle l'intention de Grisel de faire la satire de ^onsièclot en vers latips à n'en pas douter, pour niarcher

(i) Bibliothèque française, seconde édition (1747), VI, p. Iô7 et !68. -7 C'est ce passaga qu'Adrien Pasquier a copié presque en entier dans la Biographie normande y t. Y, art. Hercule Grisel^ Bibliothèque de Rouen.

SUR HKRCULE 61118RL. 51

de plus près sur les traces de Lucilius. Mais ce devait être 4ine idée nouvelle c}iez lui, en 1643, car il n'avait point parlé des satiriques, quand, en 1639. il énumérait les poètes latins qui lui servaient de modèles. Allant plus loin que Fabbé Goujett nous croyons pouvoir a£Brmer que Grisel n^y douQU. pas suil^.

Le même abbé, qui a signalé à bon droit la préférence de Grisel pour les poètes latins sur les autres poètes, nous parie epcore de lui, à Toçcasion des traductions de Martial. « Sans entrer ^ans le détail, dit-il, de ces diverses traduc- « tions ou ioiitfttions, je passe tout d'un coup à la plus « ancienne traduction que je connoisse d'une partie des « Epigrammes de Martial.

« Cette traduction, imprimée avant le milieu du siècle « dernier (Goujet écrit au xviii» siècle), est en fort mau- « vaise prose ; elle est intitulée : le César Auguste du Poète « Martial^ et divisée par sections. C'est un recueil de toutes « les Epigrammes où le Poète parle de Tite ou de Dote mitien, et rangées à peu près par ordre chronologique. V Chaque section a son titre particulier et contient toutes a les Epigrammes qui ont rapport au sujet indiqué dans le «. titre. On attribue ce recupil â Hercule Grisel, Prêtre de « Rollen. Je ne puis vous en dire davantage, l'exemplaire a que j'ai vu de cet ouvrage étant sans frontispice, et sans « aucune date à la fin. J'ajouterai seulement que c'est une « traduction très libre : on y trouve le fond des pensées de

52 BtCjDE utfinjÀtkt

« Martial, maîB paraphrasées et commentéies. Le Trâduo*- (t teur termine son livre par une description dé rAmphi-" xx théâtre commencé sous l'un des Consulats de Veô- « pasien et achevé par Ti te la troisième année 4d 9on etn- « pire p (1).

L^amour bien connu de Grisel pour les Epigmtômes* et son admiration pour Martial donnent à- penser que cette traduction, qui lui est « attribuée i»', doit bien être de lui; La seconde preuve se tire aussi pour ûoub de i^absence de toute date, lacune très fréquente dans la ptibIi<^tion des ouvrages de Grrisel, qui comprenait ^ dans le mdmfe volume, plusieurs ouvrages ^ avec une pagination distincte, ainsi que nous avons eu lieu de le signaler à pLn^ sieurs reprises. Enfin, cette absence de toute date , mentionnée par Tabbé Goujet, laisse supposerque ce Gésah Auguste de Martial faisait suite à la Première tiïSTRTycTioN DE JuvÉNAL, publiée en 1643, ce qui rentre datis raffirmation de Goujet plaçant rimpi*ession « avant le miH'W du xvn« siècle. »

Sans Goujet, nous ne saurions rien dé ces deux essais de traduction, dont nul des contemporains n'a tenu compte, Uî Sorel, dans la Bibltothèq'ùe frâfiçoise, ni nîiéme î'abbé de Ikifarollès, cet infatigable et plat traducteur de tant d'âftirtetirà

latins, puisqu*ll dit que « jusqu*à lui persoririe d'aivbît

W Bibliothèque française, t. \l, ip,^ùk»tt5.

SUR URCULE QRISBI.. 53

<c traduit Martial. » Sfk ifUieuîaWwiX'il ajouter, car GriseL Tavait fait en partie.

Ces deux traductions semblent indiquer chez Griiiel le dessein de s'occuper de travaux destinés à Tinstruction de la jeunesse, comme à Évreux, avec Tintention peut-être de s?en faire un honorable moyen d'existence, ou simplement avec le désir de montrer, dans la langue maternelle, les beautés qu'il trouvait chez Juvénal et Martial, son poète de prédilection.

Non content d'avoir pris, dans ses Sylves, les noms des divinités des fleuves (Naïades)^ des bois ^Dryades), des vallées (Napées), pour les mettre en tête de ses trois re*cueils, il voulut y joindre le nom des divinités des montagnes. En 1643, il donna les Stlves des Obéades, où, faisant une excursion dans la poésie sacrée, il chantait « le « Ghnat et sa Bienheureuse Mère. » C'était une réponse au reproche de n'avoir traité jusque-là que des sujets profanes, reproche dont on trouve la trace dans les Epigrammes. « Dis-nous où sont, lui demandait Lycidas, les « Epigrammes consacrées à la Divinité? Tune chantes que « des sujets profane^. Avec quelle piété célèbres-tu Dieu ? « Et les honneurs dus à Ja Mère de Dieu ? Tes recueils of- « frent rarement des vers dé piété. Ils en offrent rarement, « lui dis-je, je l'avoue ; nous les avons mis en réserve, et « la liste en est presque interminable. Parcours mes livres ^ sur le Chantre éêJessé^ et c&DopiBUnomhre de mes vera

54 ÉTUDB LITTÉIIAIRE

<x de piété. Il y a aussi des Odis sacréei^ des Poèmes sacrés, « et notre couronne n*est pas dépourvue de joyaux. Les ff Muses doivent savoir où s'arrêtent leurs domaines dans « les vers ; ce recueil-ci ne renferme pas de poésies sacrées ; <K elles sont ailleurs » (1).

II y a, en effet, dans ses œuvres, des Paraphrases poétiques sur les Psaumes, dont nous connaissons le Manuscrit (2). Les Odes qui nous sont parvenues sont peut-ôtre des Odes sacrées, et Tun des poèmes sacrés annoncés ici doitétre Les Métamorphoses révélées dtV Ancien Testament^ en douze livres, ouvrages que Grisel publiera bientôt et sur lesquels nous aurons à revenir.

On voit donc que Grisel, dès 1639, époque où « nouvel- « lement domicilié â Paris » (3), il donna son premier livre d^EpiGRAMMEs, avait déjà composé la majeure partie de ses œuvres, en tous genres, et que Rouen et Évreux furent les premiers témoins de ses poétiques efforts.

En énumérant les travaux de Grisel, Guiot dit, dans une notice manuscrite :

« Ses œuvres consistent en quatre livres de vers latins « imprimés à diverses reprises, et comme feuille & feuille^ « mais tous A Paris chez G^rvais AUiot, in-l"*

(1) Pièces JUSTIFICATIVES, XXVI.

(2) Voir la Bibliooeaphib des oeuvres de Grisel^

(3) « Mussa mesB, qùas Lutetlœ noous inquilinus emitto. » Epiire dédicatoire du reoaeU d'Epi^EAiuiM intitulé ThàHû.

SUR HEtCULE «RISCL. 55

« Le premier en 1639» intitulé: JEpigrammatum Mwm « TRES, CalUope^ Melpomene, Thalia.

« Le deuxième en 1632 (lisez 1642), intitulé : Garhinum « HERoicoRUM siLVifi TRES, Naïoàum^ Dryadum^ Napmarum.

« Le troisième, en 1643, intitulé: DistiChOrum Apollo « TRIPLEX, Ddius^ DelpfUcus^ CastaliiAS.

« Le quatrième en la môme année 1 643 , intitulé Oreadum « Stlyjb, de Ghristo et B. Matre, cumprioribus Fastorum : « tous ces lirres sont dédiés d autant de Mécènes. »

Puis vient la mention des Pigtura poetic^b (Tableaux poétiques) et des deux Traductions de parties de Juvénal et de Martial, dont nous venons/de parler (1), suivie de cette remarque:

ff L'ouvrage pour lequel Grisel est le plus connu est le « Fasti Rothomagenses, imprimé trimestre à trimestre, « ce qui fait que Tensemble est assez difELcile à ren- « €ontrer » (2).

Il est clair, d'après cela, que Guiot ignorait la quadruple publication faite à Ëvreux, avant 1639, son point de dépairt, des Distiques, des Triomphes ob Louis, et des Mois de Janvier et de Novembre du grand ouvrage des Fastes de Rouen mentionné à la fin de sa notice. Il n'a pas connu davantage les publications faites à partir de 1656. ce qui

(1) Voit^ plus haut, p. 49-62. • ^

(2) Le Moréri des Hormands^t h P- 464 et 4ft5.

56 BTUDe UTTÉIUIRR

ne lui aura pas permis d'ajouter au nom de Pimprimeur Alliot ceux de Le Marié, à Évreux^ et de Béchety à Paris.

Mais Guiot donne fort exactemèii!it^ pourlefond, quoigu'en abrégeant sensiblement les titres, la liste des ouvrages publiés par Grisel, depuis qu'il liabite Paris.

On peut y remarquer aussi Tamour de la Bymétrie qui portait Grisel à diviser uniformément chaque livre ou recueil de Bes poésies en trois parties, dont le titre général portait le lieu de Timpressioû, le nom de l'imprimeur avec la date, tandis que chacune des trois parties ne contenait, outre le titre particulier, que le nom de la personne à laquelle elle était dédiée, comme on peut le voir par le premier livre des Epigrammes, en 1639. De là vient que tant de ces ouvrages soiit dépourvus de toutes indications de date, de lieu et dlmprimeur.

Une particularité importatite à signaler encore, dans cette liste, est celle où Guiot dit a qu'avec les Sylves des « Oréadss m trouvaient les premiers Trimestres des « Fastis icumpH/oribUs Fastoruh. » Ainsi les Trimestres d'Hiver et de Printemps n'oht point lait un ouvrage à part; ils sont venus à la suite d'un autre^ pourgro^ir, pour parfaire, ëi quelque sorte, le c quatrième livre dès « vers latins » de Grisel. VdilàcomlnHit ils se sont trouvés dépourvus de toute espèce d'indications bibliographiques.

Ce même quatrième livre, conu^e nous rapprend Guiot, eut im autre supplément qui permit à Grisel de tnontrer

sua uEfiGvie omn- 57

toute sa piôié filiale pour la mémoire de son père, morl à Rouen, le 22 septembre 1622, et poète en son tçmps {]). « Il avait été courooné peodaat près de quinze aus au Puy « de sa Tille natale, pour desr Chants royaux et des Bal* « ladee depuis 1603 jusqu'en 1617. Ces dernières poésies « ont été imprimées in«>4'* en 1643 dans le 4^* livre des a poésies latines d*Hercule Grisel, Faris, Âllio^, spus ce • titre : Oreadum Sylva hôroïca,^ etc. * (2)*

Ces poésies de,6risel père ne méritaient guère d'être tirera de l'oubli où les avait laissées Âdrian Bocage qui« publiant* en 1615, un asse? grand nombre de pièces dues aux « Muse» du Pariia^^ Norn^ndi » ç*est-àrdire aux poètes des Palioods, n'eu a pa» donné une seule de lui, tandis que son fils en n deus:, (3) Mais la bonne iateation de ce dernier n'eu est pas moins ^ la Ipuange de son amour fUial.

Ici se produit une lacune de dix ans da^ns la biographie de Grisel, parce qu'une interruption d'égale durée se retnouvB daiis la suite de ses œuvres. A cau^e de l'impossibilité appavente qa'ii ait pu rester un laps de temps aus^i considérable, «ans rien donner au publiOi il nous semUi^ s'étie occupé, pendant ces dix années, 4e la composition et

(1) Voir plus haut, p. 6.

(2) J.-A. Guiot, le Moréri des Normands, 1. 1, p. 463.

(3) Oevvres poétiqves svr le svbieci 4e la confi^ion de i^ Tressaincte Vierge Marie mare de Dieu, composer par dluere autheurs. — Rouen, 1615, pet. in- 12 de 142 p.

de la publication de quelques autres œuvres, à ta suite des** quelles il aurait mis le Troisième Trimestre des Fastes, celui d'Été; L'abseilce de toute date au bas de la copie de Guiot porte à croire qu'il en aura été de ce Trimestre, comme des deux précédents, placés à la suite d'un< autre ouvrage. (1) Cette publication se rapporte à Tannée 1 653, ou 1 654, comme dti le verra phis loiri* (2} < ^

En 1656, il revinltaux sujets religieux par la publication dei^ MétAMORPHOSBs BévéLÉBs de l'Ancien Testament, qui devaient àvbir douze livresi II n^en donna que le f)>reinier, formât in*-!"", mais en changeant d'imprimeur. Denis Béchet remplaça GerVïiîs'Alliot, son imj^ritnéuir/ depuis qu'il s'était ftxè à PaSris, en 1639. Il ^t t>robable qtt*i1 se sera déterminé ^ar l'exemple du P. Jean Grisel, 8on> parent, dont Béchet avait déjà imprimé \e% Mystères dé l'Hàmme-

tHeu, 1654.- in-f % et dont il imprimera lefs Sermons sur fouslesÉmngilesdù Carême, 1658, 2 vol. in-8<>. Le titreaussi porte lameiltîoti de prêtre (Hei*cule Grisello sacerdote) , et tfest ht premiërefois qu'elle se rencontre dans une publication de GiHsel; àktdéUeie PrHredé Roij^n.{Pmsb. Rotham^yivi Trù irikitre d^Etê;^ ét&ajôutée par Gtiiot sur le Mcmusciit (3). Mais la mention de cette qualité devenait ici une néces-

(1> Voir plus baut« AvmTiSBBMVKT, p. VI.

(^ DbIs mvsnéBd AdItionb dis FAflrrES sr db lbua datb.

(3) Voir plus haut , p. 13, et plus loin.

SUE HERCULE 6RISBL. 59

site, eiD raison même du sujet; elte donnait plus d^autoritô au travail de l'auteur (1).

V&viêÀu Lecteur expose les motifs du poète pour com-^ poser les Métamorphoses révélées de l'Ancien Testamimu poème didaetiquoy en latin^ et en vers bexamètrest à la foçon dXhride. c Mamtes^ fois, dit-il, j'ai eu au sujet d^O vide la « pensée qu'on peut avoir facilement, que ce poète si fa-^ « meux^avait voulu entreprendre ses Métamorphoses dans « le iseligieux^ dessein de célébrer les miracles des Dieux, c bien^'iln'ait pas été le premier à le faire, puisque déjà 4 ' chez les Grecs quelques poètes Tavaieùt tenté, et leur « texemplec avait pu lui venir en aide pour diriger son «aëijuit. n

Cl €6mbienj sera plus louable pour un poète chrétien^ «dnitié ^aux. autels par; un sacré caractère» la tentative «'dt«xposec les Métamorphoses des livres inspirés?... Fa- « voiisOy LecteiH*,^ celui qui rose et fait connaître dans un m poème >héro3que les miradea du ivraiDieu célébrés dans « las Sain tes^Ëciîtures*^ i

: «uUbe remarque ost à faire, je 4e prie : on dit qu'il y a « Métamoi*pbos&, quand unv corps -quelconque se change « m ua autre- ditBirent, en conservant quelque chose^de ce « qui avait été dans le précédent ; aihsi^ dans les composés

(1) Voir -Id titre complet dans la Biblioorapbib des ckijvrbs de

Ô& ÉTDDe Lim0AIIUS

(c physiques que nous Voyons constamment sous aps ye,ax« « rancienne forme disparait et une nouyejJiei l^Tpmplp^c^i: a en conservant la même matière ; si cela se produit tput- « àrCQupf il y a miracle, puisque cela ne peut se faire sui^. vaQt les lois de la nature qu'apnès un intervalle de tempi; d déterminé. De même que, cbezle. poète^ Lycaon devietf li (L loup ; lo, génisse*; les sœurs de Phaëtoo, des arbres» etc'r a de même, dans les Écritures, le limon se change -en> d Hommev la c6td en Eve, la femme de Loth en statue de> «sel, le Nil en sang, etc. LesAccidents^aussi, ComoMles. «( appellent les Philosophes, se métamorphosent soudain; <x par exemple» chez le même poète, les mûnes blandiefr « deviennent noires ; les cailloux noirs, blancs, etc. JDan» a les Écritures; les eaux amères deviennent douces;, la; mer « ne formant qu'un tout se partage; etc*< Enfin il y a: un a changement^ funeste dès âmes cheZiOvide, par excès. ou « d^amour ou de haine, comme on le voit fic^ur Atha-» « mas» etc. Mais c'est Dieu qui fait qu^ËsaU «se laisse {lé<« « chir à regard de son frère, Âssuérusj&lfégaodd^alher ff et des JuifSi etc.;Iqi même te. mets au rang desMétainorc phoses le merveilleux changement d'/un état quelooiutue a en un autre, par exemple» celui d'un pidsonnier.en vice** «i roi d'Égyptej d'un berger en roi, etc* .:: i. : ;■•:■])

a J'ai suivi le fil de Thistoire sacrée en m'attachant aux <c seuls sujets qui m'offraient des changqmâijçkt^ et ^ux éyé- « nements qui en sont la préparation ou la conséquence^

SUR ^ERCl]LE GRISEL. 61

« L'oQvrage entier a été fait en douze livres courts et di* « visés par i>arties, comme tu le verras dans les sommaires « et à la marge. Je ne toucherai point à TËvangile, ni aux c Actes des Apôtres, puisqu'une foule de Muses se sont « déjà exercées sur ces matières. A ces Métamorphoses « j*ai ajouté Tépithète de Révélées, pour les distinguer des

« Métamorphoses profanes » (1).

Au feuillet trois se trouve un titre particulier pour annoncer le Premief'livrt, qui peut bien avoir été le seul publié, malgré Tannonce des douze livres, dont parle Tauteur dans sa Préface. S^en tenir à un commencement d'exécution est assez Tordinaire dans les habitudes de Giisel ; ce sont les pierre» d'attente d*un édifice qu^il n'achèvera pas toujours.

Puis vient TÉpitre dédicatoire A nUustrissime et Révéren-

dimme Monseigneur D» François de Péricard Evéque d'Angou'-

lèmei « Le vœu le plus cher de mes Métamorphoses, Ulus-

« trissîme Évêque, fut de vous posséder en personne à

^ PaaSf pour que votre bienveillante protection les laissât

^ se produire à Tabri de votre nom si respectable. Que la

^< haute dignité de votre divin ministère leur ouvre Taccès

^ auprès du public, je vous en prie, et qu'au sein des té-

^^ nèbres qui les environnent, votre vif éclat jette de la lu-

(1) MÉTAMOHPBOfiBS RivixéBS, Ad Lectorem^ f. 2, — hoirie texte ^atin aux Piicss justificativbs, XXVII.

« miëre sur elles. Cette faveur, je n'aurais pas osé la pro*~ « mettre à cet ouvrage d'une façon trop déplacée peut-être, ff si, plein du souvenir de votre bonté à mon égard, vous « même ne m'inspiriez aussi la confiance que mes vers, « qui n'ont point déplu jadis à votre esprit, vous plairom « aujourd'hui qu'ils traitent un sujet religieux. C'est un « événement heureux, un bonheur conforme à mefe vœux « que les suffrages de votre clergé vous aient choisi comme « collègue de votre Illustrissime Archevêque de Bordeaux, a et que vous ayez pris part, pendant ces dix dernières- an- <x liées, à l'Assemblée générale des dignitaires du clergé, où, <c même dès le début, le mérite de votre intégrité s'est ré^ « vêlé et se révèle de jour en jour : aussi au milieu de tant « de Prélats vous passez pour un joyau d'un prix immenge-, « et, au milieu de tant de célébrités illustres, poui^^n (c astre brillant, dont l'éclat fait le charme non-seulemei^ « de l'Assemblée même, mais aussi de la Ville tout en- « tîère » (1).

L'Épttre se continuait par le rappel des soins que Grisei avait donnés, comme précepteur, à François de Péricard, et par les souvenirs dû temps agréabletnent pa«8é à Condé^sur-Iton (2). . ^

Arrivent alors les titres des sujets traités dans ce Pubwier

(1) Voir le texte latin, Pièges justificatives, XXVlII.

(2) Voir plus haut, p. 17 et 18.

SOR HERCULE 6RISBL. 63

LIVRE DBS Métamorphoses révélées db l'Ecriture : I. Le Limon en Homme, n. La côte en Femme. III. Le démon en serpent. IV. Adam et Eve en êtres remplis de honte et destinés à mourir. V. Âbelenmortet en bienheureux. VI. Caïnencon^ damné. Vn. Hénoch en immortel. H lui avait fallu 626 vers hexamètres pour traiter tous ces sujets.

Enfin, au verso, est placé le Sommaire annoncé dans Tavis Au Lecteur f comme il Tavait fait pour les Mois de Janvier et de Novembre des Fastes, où le détail des sujets traités est fort exact et fort complet (1 ).

Grisel avait un goût prononcé pour ces comparaisons, ces rapprochements toujours bien forcés. Ici c'est Ovide qui lui a suggéré Tidée des Métamorphoses révélées, imitées des sujets de TAntiquité païenne traités dans ses Métamorphoses. Dans deux mois de ses Fastes, il avait déjà fait de même, en rapprochant, bon gré mal gré, les faits de rÉcriture Sainte, du lever ou du coucher des constellations. Tout cela procédait du désir de prouver que TEcriture ne le cédait en rien à l'Antiquité, et, en la suivant pas à pas, il était bien aise de faire montre d'esprit et d'érudition, au risque de paraître parfois recherché et peu naturel dans l'exécution.

A cette époque de sa vie, Grisel n'avait pas encore réussi à obtenir la célébrité, ni même une juste rémunération de

(I) Voir ces Sommaires, plus loin, p. 893 et 480.

ses travaux, si Ton en juge d'après un passage de sa lettre à révéque d^Angouléme. Après avoir parié des plaisirs goûtés à Condé-sur-Iton, avec lui, et de la bonté de son oncle, François de Péricard, évêque d'Évreux, envers le précepteur de son neveu, il 'ajoute : « Toutes les i^ois que ces « souvenirs me reviennent à Tesprit, je repense que j'ai « vécu dans les jardins d^Âlclnoûs, et qu'au sortir de là « je n'ai fait que travailler sans profit dans les déserts et « dans les cachots. » (1) En vingt-d^ux années de travaux incessants et de publications nombreuses, Grisel n'avait pas encore réussi à se faire un nom à Paris, et ce retour vers Gondé-sur<-Iton ferait croire à des regrets d'avoir quitté la Normandie.

Un an après les Métamorphoses révélées, il donna, en 1 657, un recueil d'Onis, qu'il appela les Trois Grâces ^ Aglaé^ ThcUief Euphrosynef par le désir sans doute de mettre la plus grande symétrie dans ses titres. Ces Trois Grécts faisaient le pendant des Trois Mus^^ en tête des Èpigrammts\ des Trois SyU>^t en tête des Vers héroïques, et du Triple Apollon^ en tête des Distiques.

Il le dédia à Alexandre dé Sève, seigneur deGhastignonville, membre du conseil privé et du conseil général des finances, prévôt des marchands de Paris, depuis 1654. (2)

(1) Voir Pièces justificatives, XXVIII, à la fin.

(2) Le P. Anselme, Histoire généalogiquerete.f t. IV^ p. 674«

SUR HERGULB GRISBL. 65

Ce recueil d'Ooss faisait partie des réserves annoncées' en 1639, lors de la publication des Éfioramicbs, et il y est spécialement motionné en ces termes, dans une Epigramme à Velox. Notre auteur s'y montrait si satisfait de ses com^ positions lyriques, qu'il comptait alors sur leur publication pour mériter le nom de poète. « Aussitôt après avoir lu, a Velox, mes Épigrammes portant le nom des neuf Muses': « — - < C'est à bon droit, me dis-tu^ q[ue tu peux recevoir le a nom de poète, et prendre place désormais parmi les oracles « de la Muse »• Non ce ne serait pas pour cela que je serais « appelé un vrai Poète. Ce ne sont là, crois-le bien, que des « étincelles de ma Poésie, dues au souffle léger de Tinspi- « ration d'ÂpolIon. Donne«moi donc ce même titre, si tu « viens un jour à feuilleter nos Odes; je ne suis point un « poète rival de la lyre d'Eolieé Nos Sylves pourront lancer a des flammes, ainsi que nos nombreux vers élégiaques « composés en mètres inégaux . Tout ce que je produirai en « vue dala scène tragique et comique, voilà ce qui me dcm-* « nera plus réellement Pair d'un poète. Si toutefois il m'est « permis de mettre la dernière main à une Machal)éide^ c'est a alors que je ne repousserai ni le nom ni les palmés de « Poète, pourvu cependant que je sois digfle de l'Olympe a et son de l'Erèbe. » (2)

Ces Odes étaient donc composées depuis longtemps, quand

^2) PlàGBS JnSTLFIGATIVBS, XXIX.

06 ÉTUDE LITTÉRllRE

Grisel les publia; mais, suivant sa méthode habituelle, il les avait revues, corrigées, polies à loisir (pendant dix-fauit ans!) avant de les livrer au public. Signalons aussi cette gradation qu'il voulait mettre dans la publication de ses œuvres, pour se rapprocher, de plus en plus, de son idéal poétique» conforme du reste aux règles de Tart, et mériter chaque jour davantage le nom de poète repoussé par lui, quand Velox le lui donnait prématurément pour ses premiers et modestes essais.

Depuis lojagtemps aussi ses idées étaieut bien arrêtées à cet égard. Lors de Tapparition de ses Ëpigaammes, sa première publication à Paris, il disait au Président de Sève, auquel il a dédié le recueil intitulé Calliope : « Nos compo-< « ditions, Président, ont commencé par un modeste genre « de la Muse; elle doit se perfectionner et s'élever avec le « temps. Le chêne, qui étend ses vastes rameaux dans les « airs, a commencé par n'être qu'un frêle arbrisseau en « 8ortairt.de terre. Nous suivons les habitudes de la Nature « et celleis du- Poète. L'un débute, dans ses chants, par «de petits sujets; l'autre, par de frêles productions » (1).

Grisel avait tftnt composé sur de a petits sujets, » que ses seules Epigrammes pouvaient former trois livres, ayant chacun trois parties, appelées du nom des neuf Mu8œ(2).

(1) Pièces justifioativbs, XXX.

(2) Ibidem, XXII.

SUR BERCULB GftlSEL. 67

Nous en connaissons defux livres, comprenant six parties, publiés en 1639 et 1641. Le troisièiiie livre, composé aussi de trois parties, peut avoir été publié en entier; mais noiis n'en avons trouvé qu'une partie, celle qui porte le nom de Muse Erato^ publiée en 1657, dans le format ln-8^, comme les Odes publiées la même année. Elle est dédiée à Jean* Baptiste Amelot, sieur de Biseuil, conseiller du Roi et Maître des requêtes. C'est tout ce que nous pouvons en dire^ le titre seul nous étant connu. MaisGrisel ayant toujours été fort symétrique dans toutes ses publications, aura pu le former d'une centaine d'Epigrammes, plus ou moins longues et sur toutes sortes de sujets, comme dans chacun des recueils du livre que nous possédons.

Voilà tous les ouvrages de Grisel, dont le titre et les éditions sont parvenus i notre connaissance. Il en existe peut-être d'autres encore, à cause de la lacune de dix années, pendant lesquelles il a été impossible de trouver une seule publication de notre auteur. Avec ses habitudes laborieuses et ses compositions antérieures, il n'a pas dtk rester si longtemps sans confier au public le fruit de ses veilles.

Là peut-être se placent les publications d'ouvrages formellement annoncés dans les Épigrahmes, tels que la Ma- GHABÉïoE, poème épique, dont le succès devait le rendre digne du nom de poète (1); des Odes sacrées [i) ; des essais

(I) Epiobamiibs, CaUiope^ Bpigr. XXV ; Melpomène, Epigr. IV. (9) fbidemy Calliope, Spigr. XXV.

68 ÉTUDE LITTCBAIRE

dramatiques, Traoédies et Gomédiss (1). Il nous a été im^ possible de retrouver aucun de ces ouvrages, soit en exemplaire, soit en manuscrit.

Mais il en est \m qui existe encore en manuscrit, et dont il a déjà été question plus haut (2). Il se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque impériale. Le catalogue de la section des M. SS. porte, en eifet : « Manuscrit ayant appartenu autres (i fois à Roger de ^aignièi^es. Là sont contenus trois livres a de Paaaphrâses poétiques par Hercule Grisel. Ce Ma--^ (1 nuscrit paraît être du xvi* siècle (3) . » On sait pertinemment qu^il ne peut être que de la première moitié du xvn* siècle. Il porte aujourd'hui le n"* 8112, du fonds latin, et se compose de Frs^ments, où sont développées des pensées contenues dans les Psaumes de David: Ce M. S. est de la main de Tauteur^ quia collé sur son premier tra-vail les pièces qu'il a jugé à propos de corriger. Il emploie presque toujours les distiques, sauf l'Invocation, qui* est en hexamètres, et quelques autres pièces en hend6ca«^ syllabes. - .

Ces Paraphrases de TËcnture étaient fort en vogue alots, et Grisel nous en instruit, quand i! dit à son ancien élève,

(0 Ëpiokâmiibs, Melpomènet Epigr. II et iV.

(2) Voir^, 53, Ô4 et PlàCBS JUSTIFIJCATIYBS, XXVI.

(3) Voir le texte latin du catalogue, Bibliographie obs oeuvres db Grisbl, art Manuscrit. -^ Renseignements dûs à l'obligeance de M. de Bouis, qui a découvert rexistenee.de ^ M.^« -

SUR HERCULE 6RISEL. 69

François de Péricard, dans l'Épitre en tête de ses Méta-^ MORPHOsss RÉVÉLÉES « qu'il ne toucherait point à TÉvan- « gile ni anx Actes des Apôtres, parce qn^une foule de « Muses s'étaient déjà exercées sur ces matières (1). » Le* P. Lelongy dans sa BibliotMque sacrée^ cite, en effet, douze poètes latins sur Job^ et vingt autres sur VEcclésiaste. « Ils < ont ordinairement défiguré la majestueuse simplicité du « texte sacré par des traits subtils et par un style difius ; d ils en ont profané la sainteté par Talliage des fictions * mythologiques; mais cette vogue d'un genre de compo- « sition, où le poète n'avait ni le mérite ni la peine de « Tinvention, atteste le crédit dont jouissait le versifica- « teur(2).»6risel a fait comme ses contemporains, et, le sujet lui ayant paiXL épuisé, il n'aura pas voulu publier 088 trois livres de Paraphrases poétiques.

Outre quelques essais de poésie française, productions

^ sa première jeunesse, et deux traductions de morceaux

détachés de Ju vénal et de Martial, voilà donc une douzaine

^*t)tivrages, en vers latins, sortis delà plume de Grisel,

^%nB compter ceux qui n'ont point été retrouvés et dont il

^ lui-même signalé l'existence. Parmi tous ceux que nous

ons cités, il en est trois dont le nom et l'analyse sont

0} yoir plus haut, p. 61.

,^(î) De la Poésie latine en France au siècle de Louis XlVy par ^^. l'abbé "Vissac, p. 94.

donnés pour la première fois : Ludovicei Triumphi, 1635; Metamorphosbon Révélât arum etc, 1656; Gommentationum POETIGARUM, Llbri très, en manuscrit. En vain en cherche-^ rait-on, nous ne (lirons pas le contenu ni Tanalyse, qui font aussi défaut pour tous ses autres ouvrages, à Texception des Fastes et de ses deux traductions de fragments de Juvénal et de Martial, mais seulement la simple mention du titre, même chez ceux qui ont fourni le plus de détails sur les Œuvres de Grisel (1 ). '

Si de rénumération des œuvres nous passons à Tapprédation de Tauteur, il nous semble possible de Tenvisager , à un double point de vue, le prêtre et le poète. Ses ou-, vrages contiennent assez de faits et de détails pour indiquer ses tendances, comme prêtre, et pour montrer son carac- . tère et son rôle, comme poète, dans la littérature latine du. xvii« siècle.

Grisel ne peut pas avoir été prêtre avant Tâge de vingtcinq ans, ce qui fait supposer que c'est vers 1620 qu'il a dû entrer dans les ordres. Fut-il immédiatement prêtre habitué de la paroisse de Saint-Maclou, et pendant combien de temps le fut-il ? Nous n^en savons rien. Mais il est à croire qu'il resta dans cet état, à Rouen, pendant une di-

(I) Voir le P. Lelong, Lenglet-Dufresnoy, l'abbé Goujet, i*abbé Guiot, Adrien Pasquier et tous ceux qui n'ont fût, depuis, que reproduire leur liste avec quelques légères additions.

zaine d'années, et, si ce fut toujours à Saint-Maclou, il se rattachait à cette église, lorsque Sébastien dé Gaux, doyen de la Chrétienté, et André de Bonnissent, docteur en théologie, en étaient curés, le premier en 1620, le second, en 1630(1).

Sa grande occupation, dès cette époque même, fut toujours la poésie, et la carrière de renseignement étant plus dans ses goûts et lui offrant aussi plus de loisirs pour la composition et pour Tétude, il Tembrassa, en se rendant à Erreux où il devint professeur dans le collège de cette ville et précepteur particulier du neveu de Tévéque François de Péricard, qui en occupait le siège, sans avoir obtenu une cure dans ce diocèse. Pas plus qu'à Rouen, il ne vécut à Evreux de ses fonctions sacerdotales. Du moins, il a été impossible de le constater.

Aucun des ouvrages qui nous sont restés de Grisel ne ^ous retrace sa ligne de conduite, comme prêtre, ni sa ^çon de penser sur les questions religieuses qui s'agitaient ^ors. Mais il nous semble qu'il n'est pas impossible de les fleviner, en voyant sa société habituelle et les personn^es auxquelles il a dédié ses œuvres.

Grisel ne fut certaineitient pas du côté de Ses anciens maîtres, les Jésuites. Sans doute, en 1639, Vex-donoau

(1) Histoire de l'Eglise et de la Paroisse de SatrU-J/aclou de Rouen, par M. Ouin-Lacrpix, p. toa^

72 ÉTUOi XITTCIUIRE

P, Bauny do son pi^emier livre d'Epigrammes (1) témoigné d9 6)08 bonç jsentimentfif. pour ce Père jésuite; maia c'e&t là une marque de sympathie tout individuelle.. Sans doute auç9i il exposie ^veo çoipplaisan.ce certaina fix^cicea eco-ir laires du collège de Rouen, où il a fait ses études> (2), ou bien il justice i^^ maîtres dureprpclie de partialité dans la distribution de^: prix, en exposant la, roanière dont sont faites et corrigée^ . les . compositions qui en décident (3); mais il n'y a là qu'une preuve de justice» et, non un de; ce$ panégyriques que n'aurait pas manqué de faire un vrai

partisan de cet ordre. .

Griçel ne upu^semblçpaa l'avoir été» bien qu'un menahre de sa famillej ^ean Grisel, lui en eût.donné l'exemple. Ce dernier, « né 4 Honen, en 16,01 «entré à dix-rsept ans .dans « la compagnie de Jésus, en 1618, y fit ses quatire^rcBUix^ « préçba vingt^'^q ans avec succès et finit sa carrière par « le Rectorat d'Orléans » (4). Hercule Grisel se rangea plulôt.dit côté du clergé séculier, dont il laisait i^artie» et parlag!ea.Iesiâée6 de ceuiL qui étaient en oppositioa^^ plus ou mokis ouver;te, aveo ses ancie^cks maîtres., Du moiiis^ c'est ce que semble indiquer le choix da presque toutes les p^pswnes supjcquelloji IL dédie ses. ouvrages. .

(1) Fotr ci-dessus, p. 45.

(2) Voir plus loin, Fastbs db Roubn, page 251, v. 152-169. (») Ibidefh,p, vh^7Z, (4) Le Moréri des Normands, par J.-A. G«iot, 1 1, pï 464 r' ?-'

SOa HCACULE MI8EL. 73

.. Âio^ o'iBfft à Feançois dd Harlay, archevêque de Roaeti, "fu'il dédie, vers 1635, le Mais de Janvier des Fastes De Rouen, faisant un pompeux éloge du prélat, et datls la dëdkaca ea profit et dans la dédicace en vers. « Vous sur- ■^ passes VaiToii, dit-^il, tous luttes arec Saint- Augustin, s et l'on peut vous appeler une blbliothèqttd vivante. La K France n -a rien: à envier à la docte Antiquité; tout ce « qn'eUe voudrait savoir^ vous seul le pos^dez comme un € livre. De votre piluine découle sans cessé le nectar, quand « v4HiaCsites des vers dans la làngud Maternelle ou dans II celle de rAosonie. Qui <;onnatt Hdîonte de TAttique « mieux que vous t <^ connaît înïéài le droit civil , le I droit canon et les Pères? Dirigés v^rs midi/ 6 Harlày, le f souffle propice de voiwi faveu* ; je ne p\ÂÈ donner que ^ de grandes voiled i mon navire qtii n'eist pas sans inipor- « tance» » PùisGrisél ték^minece premiei^mbiédésesr Fastes ^ar UB^nOùvel éloge de éef archevéqtie: «Dès que ce prélat, « lui éMr la Muse; verra le nom d'Harlay éù tété de ton « Hvre : « Que l'ierivie; je la prends ^f mol, que renvîe 4c -disparalsfiie, dîra-*^ir» (1). ' ^ ^

Or, rarchevéque de Rouen, auqu^^Grisel adressait cette dédipai^et ces éloges, fut loin d^étrer bien avec les <Msui tes, et nous n'avons pas besoin d'en administrer les preuves

(1) Voir le texte latin, Fastis de Rouen, p. 479, 482 et 487.

74 ÉTUDE LITTSaAIRE

qui se trouvent partout (1). Un tel choix deyeriait une maladresse, s'il tenait à ne pas déplaire à ses anciens maîtres.

U ne fut pas plus heureux dans sa dédicace du Mois de NtyoembreAe ces mêmes Fastes» qu'il offrit au premier président du Paiement de Rouen, Charles de Faucon, sieur de Ris et de Frainville« Après avoir été quelque temps d'accord» le Parlement et les Jésuites avaient fini par se brouiller, à cause de quelques poiirsuites et condamnations contre des membres de cet ordre, par exemple la grosse affaire des Tablettes chronologiques^ en 1630 (2). L'ouvrage avait été condamné sur un vigoureux réquisitoire de Tavocat général Le Guerchois, et par- devant Faucoa de Ris. Cinq ou six ans après» Grisel louait « l'amour incor- 5 ruptible de Pun pour la justice, sa vigilance à la faire a observer dans la ville; » et l'autre était présenté comme a un foudre d'éloquence, » aussi bien que Du Vicquet^ le |)remier avocat général, non moins loué par Grisel (3). Plus d'une fois ce dernier s'était élevé avec vigueur contre l'établissement de nouvelles communautés dans la pro-

(1) M. Ghéniel, De VlnstritcMon publique à Roueriy etc., p. 17 et 18 de rBztrait. — M. Floque^, Histoire du Parlement de Normandie, t.IV, p. 435.

(2) M. Floquet, Histoire du Parlement, t. IV, p. 427.

(3) Voir les Fastes de Rouen, page 399, v. i49 et 150; page 402, V. 227-234.

Tince, et nous voyons que Grisel partageait complètement ses idées. « Il ne préférerait pas, dit-il, aux Glarisses « tant d'essaims de religieuses nés dans son siècle, et trop « multipliés » (i). Louer la personne, la conduite et la doctrine des adversaires de ses anciens maîtres , semble indiquer chez leur élève un certain éloignement pour eux.

D'autres dédicaces, au contraire, nous le montrent comme étant lié avçc les amis de Port-fiôyal. Ainsi, c'est à Charles Maignart de Bemières, conseiller au Parlement de Paris, issu, d'une famille normande, ti*ès considérable dans la ma^fiatrature et dans notre province, qu'il offre )^ Trimesti'e d'Hwer d^ ses Fastes, en 1643. Son intention primitive avait été de l'adresser au père du Conseiller, Président au Parlement de Houen ; mais la mort de ce dernier, en 1632, Ton avait empêché (2), et il s'était borné à faire une longue description de ses funérailles, au début du Mois de Mars. Il appelle le père « la gloire de la Nor- « mandie ; b il vante « son éclat et son affabilité, sa grande « pénétration qu'il avait chantés précédemment » (3). Or ; ce magistrat avait eu, dans l'exercice de ses fonctions, des

(I) M. Floquet, Ibidemt t. IV, p. 431 et 433. — Fastes ds Roubk, p. 257, ven» S4 et 65.

(3) Fastbs de Rouek, p. 3.

(3) Fastes de Rouen, p. 36, v. 5-8.

76 ÉTUDE . LlTTÉtA WB

laUes: très vives à soutenir conter les Jésuites, à cause de deux i^gents du collège de Dieppe (1). •

Pour le fll8« Charles Maignart de Bemières, ses relations Avec Port^Royal étaient bien connues de tout le monde. Né i Rouen, il avait, dans sa famille, un P. Maignart de l'Oratoire, curé de Sainte*Groix-Saint<Ouen> qui fera connaissance, en 1646, avec l'abbé de 8. Cyran, Toracle de Port-Royal; il était allié à Thomas du Fossé, et ami intime de sa famille^ si dévouée aux Jansénistes, et il aidera cette maison de son influence et de ses générosités (2):

Vers 1&53, Grisel dédie encore le Trimesine d^Ètéàe ses Castes à Charles Dufour, curé de Saint-Madou et abbé d'Aulnay^ qui bientôt prendra une part si considérable dans tous les débats nés i Toccasion des PrawinciUles;, en parlant soit en chaire, soit dans rAssemblée au clei^ normand , soit par Requête adressée à rarchevéque Harlay contre les propositions attaquées dans le livre de Pascal (3).

Au plus fort de toutes ces luttes religietises, Gtisel dédie,

(1) M. Floquet, Histoire du PatrUmeiU dd Normandie ft.lY, p. 420-422

(2) Nouvelle Histoire abrégée de V Abbaye de Tort-Royal (1^86),

in-I2, t. III, p. 27, 55-57.

i%) Fbir, parmi les oarrages attribués à Pascal, Vâvis et les Fdctums pour les curés de Paris et les curés de Rouen, où II est 4cè9 souvent question du curé de Saint-Maclou. Edit. Lahure, ISâS.t. I,.pf 5il ; t. II, p. 1-40.

SUR HERCOLE GRISEL. 77

en 1 65Ç, ses Mâtamorpaoses révélées à Tévéque d^Angoulémer François de Pérlcard, en rappelant Tinfluence qn'il exerçait depuis (oQgtemps, dans les Assemblées du clergé, réunies à Paris. Comme «c tout le clergé de France, as- « semblé en 1655 et 1656, s'éleva contre la facilité malheur « reuse de la plupart des confesseurs à donner l'absolution « à leurs Pénitens » (1), François de Péricard dut nonseulemeBt ^e itniger é Topinion de a tout le clergé de France, 0» mais même le pousser dans la voie qu'il suivit alors, en prenant parti contre les Jésuites

Le choix de toiites ces p^Msonnes, plus oumoinf opposéies aux Jésuites et dévouées à Port-Royal, nous semble indiquer que Grisel penchait vers le jansénisme.

Son caractère de prêtre explique aussi tant d'ouvrages exclusivement religieux, tels que les Stlves des Oréades, les Métamorphoses RÉVÉLÉES, lea Odes Sacrées, les Parai^HRASBS poétiques sur les Psaumes, \di MACHABEmE^ et tajfit dedétails siminutieuxet si précis, contenus dans les Fastes, Bur tout ce qui se rattache à la religion : culte, cérémonies, fêtes, processions, synodes, églises, chapelles, monastères, etc., rien n*y est oublié.

Passons maintenant au poète, que nous ne pouvons sé- "rieusement juger qu'après avoir rappelé l'importance du latin et de là poésie latine à son épioque.

(0 Histoire abrégée de la Vie et des Ouvrages de M, ÂmatM^ Cologne, M.DC.XCV, p. 36.

gHJ»»

OjVifc'

ootf*

làfetai*®

it

.1/S9«** ^». t»o* ^^. «tv ae» <^

^<^s V'*'" S^«* *^!' S à fe<^^^ ''r^t Xe ««-

^^ta«v;-^.î)u

tott^

que

\ivte

»feves

^^nt:^^s^o-'^'

ofew*

. fecn^• S*

e toa^''

dont le nom et les œuvressont tombés de nos jours dans le plus profond oubli.

Cependant, aux yeux de leurs contemporains, ils comptaient parmi les plus beaux esprits; car non-seulement on aimait la poésie latine, mais on la cultivait avec goût, et, lors même qu'on s'appelait Corneille, on ne dédaignait pas de renouer connaissance avec les Muses latines (1). Loin d'avoir été « une plate-bande étroite dans le parterre du c grand règne, » la poésie latine y a toujours tenu une large place, comme sous le règne précédent.

Tout le monde s'en occupait, les Universités, les Jésuites, les Oratoriens ; en dehors des colliéges, les Ecclésiastiques, les Médecins, lés Hommes de loi, les Hommes de lettres. Pour s'en convaincre, il suffirait de jeter les yeux sur les cent- huit noms que donne l'auteur de la Poésie latine en France au siècle de Louis XIV {2); encore s'en tientil aux principaux d'entre eux. Aussi, dans le dialogue que ^doileau imagine entre Horace et Apollon, où les poètes latins modernes sont plaisamment critiqués , Horace dit à Apollon, qui l'a chargé de les introduire : a Je ne les con- « nbis pas ; il y en a un si grand nombre (jue je ne saurois

H) Voir trois pièces latines dans ses œuvres : Ad Francisai HarlsH ExcuMatio; Régi pro domitis Sequanis ; Régi pro restituta apud Baiavos eaihoUoa fide.

(2) M. l'abbé Vissac, Appendice, p. 30.1-36B.

KO iViM UnÉBAIRE

« VOUS Texprimer Dieux! quelle foule épouvantable!

<( nous serions accablés si je les recevois tous. Messieurs. « retirez-vous, en voilà déjà plus qu'il n'en faut » (1).

Pour s'en tenir à la seule Normandie, on pourraitxiter, sous Louis XIV, Antoine Halle, né à. Bazenville; Pierre H^Ué, de Bayeux ; Sanadon et Pierre Brumoy, de Rouen ; Tanneguy Le Fèvre, Guillaunie Massieu, Jacques Moisant, Jacques Savary, tous de Gaen, ^s compter les nombreux lauréats aux Palinods de Rouep^ de Ga^n et de Dieppe, qui se sont plus souvent servis de la langue liattine que de la langue maternelle.

G est que, depuis la Renaissance, on s'était attaché, dans l'enseignement, à former avant tout des Humanistes. Les élèves devaient se servir du latin dans tous les exercices des collèges, etmén;ie en récréation; ils étudiaient force poètes latins ; ils composaient en cette langue, dont les règles étaient formulées en vers latins dan^ la grammaire de Despantère, qui donnait une large place à la versification latine. Le Spe^j,men epithetormn de Ravisius Textor ne sortait guère de leurs mains. Aux cérémonies classiques, ils voyaient toujours figurer des pièces de vers latins , dont la plus solennelle était la tragédie latine jouée à la distribution des prix, et le premier soin de

{\) Correspondance entre Boileau et Drossette, édition ,<i*Aiigtt8te Laverdet, 1856, p. 526-697.

SUR BBRCVLB eMML. 81

lears maîtres devait être de se former au beau style latin. Plus que TUniversité encore, les Jésuites occu^ paient leurs élèves de la poésie latine, dont ils don-» neroût si soigneusement les règles, et « la poésie latine • est tellemëfiit associée à la vie des collèges des Jésuites, « qu'elle pourrait fournir les éléments dé Thistoire de c ces collèges » (1). Ild se plaisaient à parcourir tous les genres, de TEpigtamme à TEpopée, et en employant toutes les sortes de vers qu'ils rencontraient ' chez les poètes latins •

• Cet exereice dés vers latins, qtd n'est plus dans nos c dasaes qu'une gymnastique passagère, était chez les « Jésuites rapprentissâge d'un art Vérîta3)le^t qui pouvait « avoir s6n^ emploi dans le monde. *- (2) Aussi c'est se tromper graveinent de ne voir dans la littérature latine, en France, du temps de Louis XIII, de Louis XIV, et inème beaucoup plus tard, qu'une littérature de collège. Tout le monde s^en oocupait, tout le monde était fier d'être versé dans l'tine et l'autre langue, et • savoir récrire avec pureté c et élégance, c'était l'orgueil et le triomphe des huma- « nistefs. »(3}

Dans les vers latins surtout on désirait montrer son beau

(1) M. l'abbé Vissac, De la Poésie latine en France au siècle de Louis ItV, p. I«. '

(2) Id.ylbid.yp, 20.

{3)Id.f Ilnd,,p,7».

8i ÉTUDE LITTÉRAIRE

latin. Au dél^ut du xviii* siècle, ou* écrivait encore : a La « poésie latiaç est peut-être ce qu'il y a dans les lettres <L humaines de plus rare et de plus précieux. Elle sup- « pQse, avec un génie heureux, une fine érudition et un « goût exquis* G'^st pour les doctes une sor|e: d*épr^ve, a qui le w Sait voir eauunioment le progrès que Ton a «fait pendant plusieurs aT]^ée$D(l). ^

Les poètes latins ne se contentaient pas de lire ou d'adresser leurs œuvres, en manuscrit, à ceux des grands ou de leurs amis auxquels ils désiraient plaire. Us songeaient au pu))lic, et,: dans le hnt d'être; l^s par lui, ils publiaient Ijâiirs poésîj^s. Rarement elles avaient assez : 4'éten4ue pç;^r:,forinçr un: volume, 6t il fallait avoir reoouI^iÀd^s feuilles volantes/pujDliées à mesure qu'elles éiùmtCQm-^ posées, et rémlie^ plçstard en volume. Âustsi, quajad> les œuvres d'un poète latin moderne ont été a^^ez nombreuses, est«il bien, difficile de les réunir, eu Iqs prenant dans les recueils où elles sont confondues av^c d- autres, ou en les rassemblant aux différentes époques de leur publication isolée.

On obtenait des privilèges pour la vente da:ces recueils de pqésie latine, que les libraires se chargeaient assez volontiers de publier, preuve certaine qu'on les achetait et qu'on les lisait alors, et ce n'était pas seulement dans les

(0 Journal des SavanSj 22 février i7oo.

SUR HEBCULB GRISEL. 88

collèges, comme le soutint Desmarest, dans une violente attaque centre le» poètes latins de son temps (1676) ; mais dans le monde lettré et savant, les poètes latins d*abord, les amateurs désintéresses, les lecteurs émditsy qui trouvaient du plaisil* à voir traités, dans là langue de Virgile et d^Horace^ des sujets tout modernes oit bien tout contemporains. On en discutait parfois dans les académies, dans les cercles et les ruelles ; on en parlait dans les recueils de lettres , les journaux, les mémoires et les ouvrages criti* ques de l'époque. On n'a qu'à lire, pour s'en convaincre, la corresp0:ndance de Balzac, de Guy- Patin, de Costar et de GhapQlain.

Sans doute, c'était une publicité un peu restreinte, parce que la Jangue latine n'avait pas, comme la langue matecnel}e, 1-avantage d'être entendue dé tout le monde; mais on peut affirmer que le non^ des poètes latins circulait alors de tous les côtés, dans le public même un peu lettré, grice aux auteurs qui en parlsaent de tant de manières, et souvent avec les plus grande éloges.

Da plus, des encouragements étaient accordésàux poètes latins. Si l'Acadétriie française, qui cependant compta bon nombre de poètes latins à son berceau, fermait ses portes à la poésie latine dans ses concours, les Palinod^ de Rouen et de Gaen, les Jeux floraux de Toulouse, lui avaient depuis longtemps ouvert les leurs. Outre la gloire et les palmes, les auteurs obtenaient encore des faveurs signalées et des

81 éruM urniAiBi

libéralités éclatantes, il existe tm Mémaire de quelques $ems de lettrée frioant en 1662, dreesé par ordre de M. de (M-bert, où Uhapelain donne des notices sor quatre-Tingt-* treize auteurs, et il y en a près d'un quart connus seulement comme poêles' latins, tels que Huet, Fléchier, Rapin et l'abbé Saint-Geniez , dont il fait le plus grand éloge. « Le dernier, dit-il, est un ecclésiastique très-habile entre « les grands poètes modernes latins^ a peu de semblables « en excellence » (i ).

Ceux des poètes latins qui n'avaient pas de fortune tâchaient de s'attirer les faveurs de quelque Mécène, et ils en trouvaient assez fréquemment dans la Cour, dans la Magistrature et dans TEgliee^ Mazarinles protégea plus que Richelieu. « Rémi avai été poète du roi, pàUa regiuei souB « Louis XIII; P. Halle et Léonard Mathieu, poirtent' lé « même titre sous Louis XIY. L'abbé Boutard qui sHnti^ « tule poète des Bourbons, Votes Borbonidum^ fat comblé • des faveurs de Louis XIV. s La Magistrature et l'Eglise suivaient l'exemple donné par la Cour (2) •

Enfin, la poésie latine eut, en\France, du moins }us(|ù'à la fin du xvn* siècle s des lecteurs nombreux, des àdmiru- « teurs passionnés, des protecteurs puissants^ s sans^pârier de ceux qu'elle trouvait à l'étranger, grâce â Vtmtvîmialité

' (1) II. rabbô Vissac, De la Poésie latine, etc.; p. iô(.i85.

de la langue latine, et au goût généralement répandu de ces productions nées de Timitation des savants modèles de l'antiquité. Aussi ne faut-il pas trop s^étonner du prix qu'y attachent encore de nos jours des hommes de goût et d*es^ prit. « Je regrette^ dit Tun de ces derniers, que le latin mo- « derae soit tombé dans un ai grand discrédit. C'est une « branche de littérature tout entière dans laquelle il existé « « certainement de très bons et très utiles ouvrages, qui « est perdue pour le public ; il suffit de citer la grande his» « toire de l'illustre de Thou. I^a moderne littérature la- « tine était riche eu poésies de tout genre, poésies lyri* « ques, poètes épigrammatiques, poésies sacrées, poésies « profanes, immense débouché pour les gens de lettres^ « auxquels il restait la ressource d'avoir de l'esprit et de « l'imagination en latin, quand le français ne leur réussis- * sait pas. Elus d'un grave professeur de l'Université, qui « n'aurait été que lourd et pédautesque dans sa propre c langue, arrivait a imiter assez adroitement la période ci* « céronienne ou le tour de Virgile pour se croire quelque « peu de lacour d'Auguste. Le public applaudissait. Grâce « au larcin d'un domestique ou à l'indiscrétion d'un ami, « les Elzeviers se procuraient furtivement vos poésies et <r les imprimaient avec luxe. Lesr Graevius et les Vosc sius vous adressaient du fond de la Hollande leurs doctes^ « compliments. Une pension du roi ou une bonne ah- « baye finissait par payer l'auteur de 4»a peine, Eq> un

86 ÉTCDE LITTÉRàlRE

« mot , c'étaient deux littératures au lieu d'une. Le grand « mal 1 » (1)

Bien florissante fut donc, pendant toute la durée du xvii« siècle, la poésie latine en France, à Tépoque où Grisel étudiait sur les bancs, et à celle où il les quitta pour etitrèr dans lô monde. D y trouvait, dans les diverses carrières de^ l'Église, de la Médecine, des IxMset des Lettres, des poètes latiQs par centaines. Pour quelques-uns même, de la seconde moitié du xvu* siècle, la poésie latine fut une carrière où Grisel les devança tous. Un de ses contemporains, l'abbé Marolles, a été pris comme le type du Curieux (2) ; de même on pourrait voir en Grisel le type du Poè^ latin sQus Louis XIII, avec autant de raison qu'on a fait un ouvrage intitulé : Santeul^ ou de la poésie latine sov:S LouisXIY(3).

Qrisel s'est fait vraiment de la poésie latine une carrière, puisqu'il la cultiva pendant quarante-deux années censé* cutives, de 1615 à 1657, et rien ne dit qu'il ne poussa pas plus loin ses travaux, cette dernière date étant seulement celle de sa dernière publication connue. U tint à honneur d'6n parcourir tous les genres de compositions par une

(1) Variétés lilt^raires, etc.» par M. de Saoy, t. If, p. ^^^ à pro- . pos de la traduction des Mémoires de Daniel Buet^ par M.. Charles Nisârd.

(2) M. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XIV, p. ro6-i47. " (a)^M^jMonta]iainttB(mgldUx, I v^vin-n, 1SS5.

gradation savante, depuis le Distique et rÉpigramme, les plus courtes de toutes les pièces possibles, jusqu'aux Poèmes descriptif, didactique, épique, dramatique et lyrique.

Le privilège obtenu à Paris, le 1 9 avril 1 639 , prouve qu'il songeait à s'en réserver exclusivement Timpression et la vente. Mais nous ne pensons pas qu'il Fait renouvelé pour ses autres ouvrages, après cette période de cinq années, la faiblesse de la vente ayant dû lui démontrer Tinutilité de cette précaution. Il nous semble alors n'avoir fait imprimer ses poésies qu'à un très petit nombre d'exemplaires, pour son entourage et ses amis, ce qui en expliquerait l'extrême rareté. C'est tout au plus, en efiet, si l'on connait deux ou trois exemplaires du même ouvrage de Grisel, et il en est qui sont réduits à un exemplaire unique.

Son mode de publication, au moins à Paris, fut uniforme . Il attendait qu'il eût assez de pièces de poésie pour en composer un Recueil d*une centaine de pages environ, que Guiot a appelé Lvore^ et ce Lime était divisé généralement en trois parties. En tête du Recueil ou Livre, il y avait un titre général, avec la date, le lieu de l'impression et le nom de Timprimeur, et, en tête de chacune des parties, se trouvait un nouveau titre, avec le nom de la personne à laquelle elle était dédiée, mais sans répéter aucune des indications bibliographiques, bien que la pagination fût différente. Toutes les publications que nous avons vues témoignent de l'amour de Grisel pour l'ordre symétrique

dS

ftft

.e.^' IV' ?lV «^C-^^vt ^'^,^eX*^^^

cWa'

«*"*Vt

Atiie-

4\fe

s\ïO

.ti\\^'

etv

tiVC*

iV»^"- ..v^ti*®^ \«TêVeï'^ .P94è*vca<^ rtttec"-

sVo'ï^

Afeî*'

itfe*

ofe^

ocn

a\ot«

ètv

\,\t«S^'*' ""^vra^O"^

AVïOt*^

ties**

poet»

i^alfl-

\ti-'

SUR UËftCULfi GHISEL. 99^

^ OU tel personnage important C'est ce que disait, d'uae façon aussi naïve que vraie, Tabbé Marolles, dans la Priface d'une de ses innombrables traductions : a II ne suffit * pas toujours de faire un bel ouvrage pour en acquérir de « la réputation à son auteur, il lui faut encore des amis ' aifectionnés et puissants en crédit pour rétablir dans To- ^ pinion du monde; le peuple n^est pas capable de lui- * même d'en connaître le mérite. »

Ces dédicaces, avec les approbations flatteuses en vers

t en prose, jouaient alors le rôle souvent dévolu à la cri-

't^ique de nos jours. Elles rendaient le public désireux de

connaître l'œuvre en tète de laquelle figurait un grand

nom.

Nous avons vu que Grisel n'obtint pas même une ombre de protection ni de Louis XIII, ni de Richelieu, ni de Harlay, loin de les avoir eus pour Mécènes. Mais il dut être plus heureux auprès des familles Péricard, de Sève, Maignart de Bernières, etc., qui lui offrirent sans doute un appui réel, efficace, plus honorable que la table, fût-il réduit à des gratifications passagères, à une protection momentanée, ce que Grisel parait avoir ambitionné plus que Tassistance matérielle de la table,, si chère aux poètes faméliques du Parnasse français. L'exemple paternel, le sentiment de sa dignité, sa position de fortune aussi. Pélôignèrent dô cette dure nécessité, trop souvent le partage des poètes de ce temps çt même du génie. Il nous parait avoir

partagé les idées et imité la conduite de Jean Grisel, son père, disant dans une pièce de poésie à M. de la Rocque :

Tousiours vn vers magnifique Des grands tire son honneur -.

Le Romain poète lynque De Gesar fust le sonneur ; Virgile, Ouide et Catulle, Et Martial et Tibulle, Cherchoyent la' flaueur des grands, Par leurs beaux vers doux*sonnans.

Afin de les faire viure, S'éterniser auec eux, Et leur trauail faire suiure De quelque présent hem*eux.

Mais bien que les grands de France Ma Muse ayl pris pour suiet, Si est-ce que Tesperance Des biens ne me sert d*obiet, le n*ay Tame ambitieuse, Ni d'auoir trop curieuse, De peu i'ay Tesprit content, Là mon ambition tend.

Mon œuvre est pour faire luire Des vertueux la vertu.

Aussi la Muse doit bruire Geluy qui en est vestu (i).

Hercule Grisel non plus c n'eust Pespérance des biens « pour objet t, quand il adressait ses œuvres à quelque

(i) Les premières oevres de iehan Grisel Rovermois^ 1599, p. If4.

grand personnage, parce que, à Texemple de son père, ayant a depeuTesprit content » , il cherchait plutôt à les faire lire par le public, en les mettant sous la protection d'an nom illustre. Aussi ses dédicaces, toutes peu développées, ont-elles un certain air de dignité. La seule faveur ^'il demande à ceux auxquels il les adresse, c'est de vou* loir bien prendre la peine de lire ses œuvres, ou tout au ^oins de les placer dans leur bibliothèque. Voilà le but Suprême de Grisel, qu'il ne faut pas confondre avec tous <^s déshérités des muses françaises, dédiant

A messieurs les gens de finance De méchants livres bien payés (1).

En poète, qui ne vivait pas de ses œuvres,, qui n'appartenait à personne, qui n'était le flatteur de personne, au ^ieu de chercher des Mécènes^ il se bornait à solliciter discrètement l'attention, l'estime des esprits intelligents et des cœurs honnêtes, qui sont le soutien, la consolation et la récompense de l'écrivain. C'est là toute son ambition, la seule faveur qu'il réclame auprès d'eux, en termes toujours respectueux sans doute, mais toujours élevés, toujours dignes.

Grisel s'est maintes fois plaint de l'envie, contre laquelle il implore l'appui des grands personnages auxquels il dédie ses œuvres : mais nous ne croyons pas qu'elle ait jamais

(I) La Fontaine, Fables, liv. VIII, fab. 19. * - '•

9i ÉTUOK LIITBIUIRB

miftde bien grandes entraves à ses succès lUtéraires. L'ea* périence avait dû lui apprendre que, pour avoir ée& eoa^* mis* il suffit d'exister, et surtout de réussir. Comme se» poésies ne furent jamais remarquées^ il n'eiU d'autres adversaires que ceux que la loi de Texistence doone à tout le monde* Aussi ne s'en est-il jamais plaint avec une grande vivacité, et, quand il parle de l'envie, il n*a jamais contre elle ni l'embarras^ ni la maladresse d'une vanité souffrante y c'est tout au plus un lieu commun, et nous croyons que la cause en est due au délaissement des grands, et non aux injustes attaques de rivaux ou d'adversaires prévenus. En tout cas, Grisel etlt-il été la victime des jugements de ces grands, dont il se plaint quelquefois, il n'éprouva pas d moins le même genre d'humiliation que si Pinjustice étai venue d'en bas, de ces basses régions où la jalousie règi^^^ de compagnie avec l'incapacité et l'ignorance. Ses poési^j^^ latines et leur peu de succès eurent cela de bon qu'elles ^^^i sauvèrent toutes ces inepties haineuses que le dépit inspire à la médiocrité.

Cn autre côté nous frappe aussi dans son caractère e^ dans ses œuvres ; c'est qu'il ne s'y promet point l'immortalité, comme tant d'autres poètes contemporains, et^ en cela du moins, il n'éprouva pas de mécompte. H lui suffisait de vivre dans le souvenir de ses amis, et de leur donner, par l'a dédicace et par l'envoi de ses œuvres, la mesure de son attachement.

Mais^ette pensée de faire imprimer ses cBuvres, pomr les ofirir à ses seuls amis, eut un singulier résultat sur leur destinée ; elle en déroba la x^oimaissance à la majeure pai^ tie du public, avec le nom 4e leur auteur, moins heureux qu^ne ftmle de poètes latims de cette époque, dont on aies âBUvres i peu près complètes, bien que leur mérite ne soit pas supérieur au sien. En dehors de ses amis, les cosiiem*porsins ne durent pas faire attention à Grisel, dont les CBuvres n'anivaieat pas jusqu^à eip. Dé là lesilenoe absolu qui i^gne, mSme de son vivant, sur notre poètfte et sur ses producticms. ;

S'il avjit eu riieureuse chaoce d'enwyer qttelqiies-uns 4e âes ouvrages à. Michel de Marolles» abbé 4e YiHelain» ou fimplemeot d'être en rapport d'amitié avec Iui« nous, le reneontrerions, bien dûr« dans le lo^g Dinombrmnent où se. ((T&upent les Noms de, fieupc qm lui ont 4onni de imrti Livtxs^ ouç^Pûnt honoré esctraordinavremeni de leur ci9)iUié. Mais il ne fiffore point dans ce catalogue , où; tant 4e poèt^ lalinat tant d'illustres inconnus ont pris place (1 ) . Il p'en a ;|^ parité davantage dans ses Additions nusc deux premières fmrtùf (k ses ifitoiMns;, oCi il passe en revue toutes les personnes ^u'il A coonues, et s'étend avec complaisance sur les poètes latins, 4oinit Grisel était le contemporain.. Le

(I) Mémoires de Michel de MuroUeSy Amsterdam, 1765, i. III,

94 ÉTUDE LITTERAIBE

passage est utile à citer cependant» pour montrer combien la poésie latine et les Epigrammes en particulier étaient cultivées à cette époque : « Mais à propos d'Ëpigrammes « Latines et Françoises, qui en fait aujourd'hui de plus « élégantes et de plus justes que M. de Montmor, Maître « des Requêtes? Celles de M. Gaumin ne sont-elles pas « excellentes? N'en avons-nous pas vu de pareilles de « M. Halle, Professeur du Roi| de M. du Perier» Gentil- « homme de Provence, qui fait de si beaux Vers Latins; « aussi bien que M. de Petit-Ville, Conseiller au Parle- « ment de Rouen, MM. Marcassus, de Vias et de S. Gêniez, « MM. les Âbbés Ménage et Quillet, M. Magdelenet» M. de « Maury ; Messieurs de la Place et de la Vallée, Pri^s- « seurs aux Collèges de Beauvais et du Plessis de Sor- « bonne, et les Pères Jésuites Vavasseur et Rapin entr'au- « très, aussi bien que M. Marteau, qui n^est pas le dernier « en cette Langue-là » (1). Auteur infatigable de mauvaises traductions» nous* avons vu que de MaroUes n'avait pas connu celle que Grisel avait faite de quelques epigrammes de Martial (2), puisqu'il n'en parle pas dans la sienne, publiée en 1655, et il garde le même silence dans son Epltre à M. Pinon, abbé de Condé, en tête de la traduction du Livre d'Ovide contre Ibis, où sont cités une foule de noms

(1) Mémoiires de Michel de MaroUes^ t. II, p. aso.

(2) Voir plus haut, p. 52.

pris parmi les poètes latins et français. Tirants ou morts,

en 1661.

Le seul témoignage contemporain qui semble se rappor- ^r directement à Grisel, est celui de Guillaume GoUetct, auteur d'une histoire manuscrite des Poètes fmnçaiSi en* ^re doute-t-il qu'Hercule Grisel soit le flls de Jean Gri- *^1, et se trompe-t-il sur son prénom. Après la biographie ^t^ père, il ajoute : « Cet auteur (Jean Grisel) vivoit à "^ Rouen l'an 1599, et de cette même famille sans doute ^ est sorti un certain Estienne Grisel, excellent poète la- ^ tin ; comme je l'ay reconnu depuis quelque temps par ^ Pédition de ses œuvres, qui me semblent aussi pleines de feu et de génie que celles-ci (du père), en sont dét nuées (1). » Malgré Terreur sur 1 3 prénom, Estienne au ^eu d'/ftrcwie, nous n'hésitons pas à rapporter cette menion à notre poète. Guillaume Golletet a pu facilement s'y romper, comme il l'a fait dans la \ie du poète Jacques ^ahureau, où il donne, à Jean Vauquelin de La Fresnaye, 1e nom de François. Mais ce qui ne lais&e plus de place aU doute, c'est là qualité de poète latin et la particularité de l'édition de ses œuvres, que nous avons pu suivre à Paris, depuis 1 639 jusqu'en 1 657, deux ans avant la mort de Guillaume Golletet.

(1) Histoire M, S, des Poètes François, Bibtwthèque dB Louvre, F. 2398, t. 3*, feuillet 2&7 de la copie. — Document dû à l'obligeance de M. Prosper Blanchemain.

96 RODE UTTÉlâltE

Un autre contemporain. Ménage, offre un détail qui pourrait bien s'appliquer à Grisel. a On appeloit, dit-tt« un « bonune de Rouen Corpu% PoHarwn, parce qu'il éloit « excessivement gros, et quMl savait tous les Poètes latins « par c(BUf » (1). Plaisanterie assez piquante, par le rapproehement entre le Recueil de tous les poètee latins, connu sous le nom de Corps des Poètes et le corps de ce Rouennais, si chargé d'embonpoint, qui les possédait tous dans sa tête. Grisel, amateur si enthousiaste de la poésie latine, aurait bien été capable de ce tour de force, de ce prodige de mémoire.

Il n'y a point trop à s'étonner de cet oubli des contemporains pour Grisel, lors même qu'ils auraient eu ses œuvres entre les mains. Venu de sa province i Paris,: en 1639, à rage de c(uarante-quatre ans, avec son mince ba**gage de vers latins , il ne dut point attirer les regards^, au milieu de cette foule d^ poètes latins en renom, dont regorgeait la capitale, lies sujets traita par lui étaient d'ailleurs peu faits pom* attirer Tattention des Parisiens. Des élogjssde Louis .XIH, des Ëpigrammes cachées soua un

( I ) Menagiartaf AUfeitèikiun , 1 76) ; t. II , p. 390 . La j^émii^ éâttièii est de 1693. Voici le titre de Touvrage mentionné dans '^ passage i « Corpus omnium veterum Poetarum Latinorum secundùm seriem « t^aporwa, eim.mriiAJeotionibus à P. B. 6 (Pèlro BaasttD praa triclo Q^çep^isJ. ^Aur'fÀUobrog, Sam. Crispinus^ fSII, in-4% 2 tom. en 1 vol. -

SUR UftCULC GlilSBL. 97

nom fictif, et, par cela même, moins piquantee^des traduc** tions d'auteurs latins, des descriptions poétiques sur des sojete tels que PUnivers et le Temps, de longues Paraphrases sur des passages de V Écriture; tout cela^ loin d'avoir Tattrait de la nouveauté, était assez rebattu» assez vulgaire, et le mérite de la forme ne compensait pas Tabsence d'originalité dans le choix des sujets.

Un seul ouvrage aurait pu faife quelque sensation, à cause de la nouveauté du sujet et du mérite de l'exécution : c'étaient les Fastbs db Roubn. Gomme on le remarquait dernièrement, à propos de l'ouvrage d'uu autre Normand, P»>esque aussi peu- connu que tous ceux de Grisai : « Ghez ^ nous, dans notre province, dans notre ville, dans notre ^ ^ cercle, tout parait beau, parce que tout se confond en ^ quelque sorte avec nous-mêmes. Les esprits élevés ne se garantissent pas toujours de cet amour aveugle. A combien plus forte raison les esprits de moyenne valeur, les ^ hommes- dont la vie s'écoule sans bruit dans Pombre et "Cil dans l'étude » (1). Â Paris, il en était tout autrement! ^'un ouvrage écrit à la gloire de Rouen. On y lisait avec indifférence les vers qui pouvaient plaire avant tout aux Aouennais. D'ailleurs le mode de publication, par parties.

(1) Excursion à travers un Manuscrit normand de l75lo, par M. Théry, lue à la Borbonne, en 1865. Le Manuscrit est Athenx NormannoTumyù}! P. Martin, à la Bibliothôque. de Gâta.

96 éfOME UTTÉtAIBE

et à des époques assez élcMgnées les unes des autres, ne permettait pas qa'on pût saisir rensemble de cette cenvre* qa*il devenait alors si difficile de rénoir, et tirée à un trop petit nombre d'exemplaires ponr arriver au public et produire sur lui un effet profond et durable .

À Rouen, le souvenir de Grisel avait dû promptement » effacer^ parce qu'il l'avait quittée pour Evreux et pour Paris, sans y avoir publié une seule de ses œuvres. Aussi ne trouve-t-on chez les Ronennais contemporains nulle trace de Grisel, et c'est en vain qu'on chercherait son nom chez le principal historien de Ronen, Farin, et chez tous les autres. Il semble qu'ils aient organisé contre lui la conspiration du silence, après un divorce complet. Il faut arriver jusqu'au xviii* siècle, pour que son nom apparaisse dans sa cité natale.

Il n'est pas facile non plus de déterminer l'époque de sa mort. Le P. Lelong, une des plus anciennes autorités qui aient parlé de lui. dit : « L'auteu^ est mort vers 1677 » (1). Et cette date a été constamment répétée depuis. Cependant, il semble difficile que Grisai ait encore véci|. vingt années, après la publication du livre d'EpiGRAiocas. la Jfu^ Erato (1657), sans donner signe de vie au public. Nous croyons sa mort plus voisine de 1657, à l'âge de soixantedeux ans, que de 1677, à l'âge de quatre-vingt-deux ans,

(I) Bibliothèque historique de la France, èdit. de 1719, p. 75S.

si même celle date de 1657 n^est pas celle du P. Leiong transformée par son imprimeur en 1677, comme cette dernière deviendra 1697 chez Guilbert (1).

Ces lacunes, ces incertitudes, ces obscurités nombreuses, nous n'aurions pas peut-être à les regr^ttev^ si Grisel fût toujours resté dans sa ville natale, k'eùi été pour elle un pieux devoir de conserver tous les renseignements propres à combler les vides, à rectifier les dates, à éclaircir tous les points douteux, dans la vie d'un homme qui, tout plein de la pensée de travailler à Thonneur de Rouen, lui a consacré tant de soins et tant de veilles. Mais, à un jour donné, il s'enfuit loin d'elle, la délaissant pour Paris, où bientôt, perdu dans la foule, il dut se dire à lui-même :

Tel brille au second rang qui 8*éclipse au premier.

Toutefois, ce vieux nom de Rouen lui portera bonheur. Encore quelques années, et des écrivains, des Rouennais, épris de ce poème où revivent les souvenirs de nos pères, appelleront l'attention publique sur Grisel et sur son œuvre.

(I) Mémoire* biographiques, etc., t. I, p. 522.

iOO ITIIDK UTTKUIRB

Page 1