II. DES TÉMOIGNAGES ANTÉRIEURS SUR LES
Si Grisel n'avait pas fait les Fastes, il est à croire qu'après sa mort, son nom, comme celui d'une foule d'autres poètes latins modernes, serait resté à jamais enseveli dans Toubli. Mais, grâce à cet ouvrage, il attira Tattention de quelques amateurs éclairés de notre littérature et de notre histoire locale, qui se firent un devoir de conserver l'ouvrage dans leur bibliothèque, et des critiques du xvni* siècle ne tardèrent pas à le signaler à l'attention des savants et du public.
Tâchons donc de suivre, à ce double point de vue, la destinée des Fastes de Rouen.
A Rouen, Grisel ne semble pas avoir été heureux dans les vœux qu'il avait formés pour voir ses œuvres adoptées par sa patrie. Au début du Mois d'Avril, il supplie sa ville natale de le réunir aux poètes latins nés dans ses murs : « ma Patrie, dit-il, joins moi seulement aux poètes (( latins, pour que tu voies tant de monuments de ma
ic veine » (1). Or, c'est à Rouen , moins que partout ailleurs, qu'il nous a été donné de retrouver la trace des diverses œuvres de Grisel.
L'excuse pourrait se tirer du peu d'intérêt que toutes
ces poésies latines otiraient pour notre ville; mais il en
était tout autrement des Fastes de Rouen. Cet ouvrage
a.urait dû. figurer dans les Bibliothèques remarquables de
c^eite cité^ celles du Chapitré, de THôtel-de- Ville, des Âvo-
c^ats et des princip^^ux Ordres religieux. Nulle part on ne
^^*encontr& la trace de ce dépôt qui l'aurait comblé de joie,
^:3omme il en avait exprimé le désir, au mois de Juillet, en
^donnant la description de THôtel-de-Ville : « Là se trouve,
« avec une belle chapelle, une Bibliothèque; peut-être
-« qu'un juste sentiment de reconnaissance lui fera prendre
« mon livre » (2).
M. Richard a fait une Notice sur l'ancienne Bibliothèque des Échevins de la ville de Bouen, et l'ouvrage de Grisel n'y est pas mentionné. Il ne l'est pas davantage dans le catalogue de la Bibliothèque de François II de Harlay, déposé aux Archives de la Seine-Inférieure, ni dans l'ouvrage de M. l'abbé Langlois« Becherches sur les BMiothèques des Archevêques et du Ch-apitre de Bouen , ni dans le Mémorial alphabétique des livres qui composent la Bibliothèque de l'ordre
(l> Voir plus loin, p. 137, v. 13 et I4.
(2) Voir plus loin, p. 249, vers m et 112.
iD2 ETUDE LITTERIIIE
de MM. les avocats du Parlement de Normandie j celui de 1752 et celui de 1765. Son nom fait aussi défaut dans le Catalogue des livres de la Bibliothèque de la maison professe des ci-devant soi-disant Jésuites. Rouen, 1763, in-8<*, tandis que deux fois if porte le nom de JeanGrisel, prédicateur et membre de cet Ordre. La seule preuve authentique qu'une Bibliothèque de Rouen ait possédé les Fastes de Rouen, nous est fournie par un ouvrage manuscrit de la Bibliothèque de Rouen ; c'est le Catalogue de la Bibliothèque du Prieuré de la Madeleine de Rouen, par le H. P. Loûis-Auguste Maryey Prieur titulaire du dit Prieuré^ m dcc.xlv.
On y lit en effet tsette mention :
<( Griselius (Hercules), Prestre de la paroisse de Sàint- « Maclou aRouen, m. vers l'an 1677. »
« Fasti Rothomagenses seu descriptio omnium rerum « visu dignarum in urbe Rothomagensi , 2 t. m-4" , « 6203 » (1).
Cette désignation est celle que nous retrouverons chez les écrivains qui, peu de temps auparavant, s'étaient occupés des Fastes, et elle nous indique que le Prieuré de la Madeleine de Rouen, en 1745, possédait deux tomes, c'est-à-dire deux Trimestres de l'édition in-4*, dont le
(J) Tome VII, p. 7394. — Dans ce prieuré était aussi, depuis 1709, le premier livre des Epigrahmes de Grtsel. — Voir la Builiographib DBS Œuvres de Grisel.
SUR HERCULE GIUREL. 103
catalogue donne un titre explicatif au lieu du titré réel. Ce doivent être les deux Trimestres (T Hiver et de Printemps. Enfin» le nombre 6203, qui termine ce paragraphe, renvoie à la page d'un autre catalogue du même Prieuré» où se trouve transcrit en entier Tarticle du P. Lelong, dont nous allons bientôt parler.
Un particulier du nom de Louis Goignard posséda, en 1709, un exemplaire du Trim^tre d'Étif car notre manuscrit porte : a Cette copie (du Trimestre d'Été) a été faite sur € un imprimé in-4« de 32 pages, sans date ni lieu ; cet imprimé, signé sur le couvert Ex Ldbris Lud. Coignard « 1709 » (1).
Ce même Trimestre d'Été passa « dans la Bibliothèque « de feu M. Tabbé Saas, chan. de Rouen (2), p grand amateur de poésie latine, dont il avait remporté le premier prix chez les Jésuites de Rouen, et, très versé dans les études bibliographiques, historiques et littéraires, il s'empressa de rechercher un ouvrage dont il appréciait toute l'importance pour Phistoire de notre cité.
A sa mort, arrivée le 10 avril 1774, « on fit sa vente, et « ce Trimestre d^Été a passé dans les mains de M. Haillet « de Couronne, secrétaire perpétuel de l'Académie des « Sciences» Belles-Lettres et Arts de Rouen » (3).
(t) M.8. des Fastbs ob Rouen, p. 1I3.
{2) Ibidem, p. 113.
(3) Ibidem^ p. 1I3.
i06 ÉTUDE LITTÉIUIRE
Rouen. Ces deux « volumes in-4<» » doivent désigner les deux premiers trimestres, Hiver et Printemps, de réditibn in-4* de 1643, que nous voyons toujours aller ensemble, et dont la présence est signalée, par ^ptre manuscrit, dans la Bibliothèque des P. P. de la Doctrine. Quant à l'indication du nom de lieu et de la date de Timpression c Hoto- « magi, 1631, » nous montrerons plus loin qu'elle est inadmissible et fausse de tout point (1).
Si, de ce titre imaginé par lui, nous passons à la note donnée sur le fond de l'ouvrage, nous la trouverons tout aussi inexacte. Il faut que le P. Lelong n'ait jamais ouvert les Fastrs de Rouen pour dii'e qu'ils sont écrits en ce vers « hexamètres, » tandis qu'ils sont en vers élégiaques, c'està-dire en hexamètres et en pentamètres. Us auraient été en « douze livres, i> si Grisel avait exécuté son plan primitif de les publier mois par mois, et ils seraient en quatre tomes ou volumes, ou parties, s'ils avaient jamais été terminés. Enfin, ces « notes fort curieuses », mises à la marge, se réduisent à l'indication la plus sommaire du sujet traité dans le texte, souvent un seul mot« comme on peut le voir par les manchettes de notre édition, fidèle reproduction du Manuscrit copié d'après Pimprimé de l'édition in-4''.
Après tant d'erreurs accumulées en si peu de lignes, il est clair que le P. Lelong n'a jamais eu entre les mains
(1) Voir plus loin : Des diverses BDITIO^s des Fastes et de lecr