‹ Les fausses décrétalesChapitre 7 sur 7 · UN DERNIER MOT · texte numérisé non relu

UN DERNIER MOT

Arrive a la fin de votre deuxietne lettre, mon Reverend Pere, vous vous troublez vous-meme, et, sentant bien que vous avez du troubler plus d une ame, vous cherchez a vous rassurer sur I o3uvre que vous poursuivez.

Rassurez-vous, dites-vous a ceux que vous avez troubles^ car tous ces mensonges et toutes ces fraudes ne portent que sur un point, un seul, et nullement sur aucun autre (p. 80).

Mais, si ce point est un point capi tal, s il porte sur la constitution meme de TEglise et sur la regie de foi !

Rassurez-voiis, diles-vous encore, car le tresor de la foi catholique n est ici mil lenient en question.

Quel est done le tresor de la foi ca tholique ?

Notre tresor, dites-vous, c est Je sus-Christ, son Evangile, sa presence reelle, I Eucharistie, la penitence et la remission des pech.es ; c est le dogme de la communion des saints , c est I existence visihle de la sainte Eglise, notre mere ; c est le fait de la vie eternelle, vie divine et surnaturelle confe ree aux ames des cette vie (pages 80 et 81).

Et c est tout, mon Pere !

Mais le schisme anglican pretend avoir conserve tout cela, et qu est-il devenu ?

Mais le schisme grec a conserve tout cela, et qu est-il devenu ?

C est la le tresor, dites-vous, et, certes, ce n est pas moi qui contesterai

que c est la une grande partie, une magnifique partie du tresor de la foi ; mais, en voyant comme il a ete garde par ceux qui ont rejete la souverainete spirituelle du Pape, je m effraye, et je me dis que la necessite de cette souve rainete spirituelle est peremptoirement prouvee par les faits, et je m explique 1 insistance solennelle mise par Jesus- Christ a etablir la primaule , le plein pouvoir et 1 infaillibilite de Pierre; et ce n est plus seulement par la foi, c est par la raison que je vois clairement la sagesse, la verite de la definition du concile de Florence.

Interpretant a votre maniere saint Paul, qui adit: Nous portons ce tre sor en des vases d argile ; (oui, chacun de nous, qui est si faible sans la grace deDieu),vousosez dire : Qu est-ceque le vase d argile ? le vase d argile, c est lapolitique del Eglise. C J est-;>-dire, done, que Jesus-Christ aurait confie

la garde du tresor de la foi a un vase d argile ! Et que devient done le rogavi pro te at non dcficiat fides tua ? et que devient le super hanc petram sectificabo Ecclesiam meam? et que devient le porttB inferi non prsevalebunt f

Et comment vous accordez-vous avec vous-meme? Vous elites, page 87, que vous voulez la primaute du Saint- Siege, que nous y croyons tons, et, page 82 , vous citez centre le Pape la contention des apotres au sujet de celui qui etait le plus grand entre eux.

M gr Dechamps a dit que les Papes ne sont point infaillibles dans \egouvernementdc TEglise^ et vous pretendez en conclure qu ils ne sont pas infailli bles dans 1 enseignenient de la foi !

Au fond , et c est la ce qui remplit d une amere douleur le coeur de vos amis, ce que vous renversez, c est la hie rarchic ; ce que vous presentez comme 1 ideal de TEglise, c est une espece de

religion universelle, une Eglise nouvelle directement gouvernee par le Saint-Esprit, et qui sera 1 Eglise de la science.

Et pourquoi cette Eglise regne-t-elle aujourd hui, a ])eine sur la vingtieme partie du genre humain (page 85) ? Vous repondez : C est 1 ennemi secret et interieur qui arrete notre marclie, c est cette ecole d erreur que je denonce et qui n est autre chose que 1 obstacle prevu par le Christ, ccs portes de Tertfer qui essayeront de prevaloir centre I Eglise, mais qui ue pourront prevaloir.

Ainsi, mon Pere, ce qui arrete les progres dc 1 Eglise, ce sont les preten tious des Papes, ce soiit les definitions des conciles oecumeniques, tout ce que vous appelez la politique de I Eglise.

Alors, vous elevez la voix, et vous vous ecriez d un ton inspire : La vue claire de 1 ennemi, de ses ceuvres et cle ses demarches, me remplit d espe-

ranee; le voilii, 1 ennemi cache, le voila demasque ; JE VO1S qu il cc sera expulse, et que la sainte Eglise, delivree d une partie de Tobstacle, cc va s avancer dans son eclat divin pour conquerir le monde.

II est facheux, mon Reverend Pere, pour votre reputation de voyant, qu on ait pu vous convaincre d une telle ignorance dans la question du Breviaire, qu on ait pu vous reprocher avec taut de justice de graves omis sions dans les pieces du proces que vous plaidez, que votre these sur Honorius ait ete impuissante a etablir 1 heterodoxie de ce Pape, plus impuis sante encore a etablir qu il a enseigne 1 heresie.

II est facheux que, dans la question des fausses decretales, vous vous contredisiez souvent, qu^ vous n ayez pas compris que des conciles cecumeniques nepeuvent errer en matiere de ioi.

II est facheux que, citant Fenelon centre \ccole que vous combatlez, vous vous soyez arrete avant les mots qui montraient que les coups de Fenelon retombaient en plein sur les critiques qui pensent comme vous.

11 est facheux que vous donniez comme autant de decouvertes recentes presque toutes faites par vous, des ob jections que les jansenistes faisaient deja, apres les protestants , que Febronius a faites apres les jansenistes, que le Janus de M. Dcellinger a reeditees apres Febronius.

Mais ce qui est facheux pour vous et pour votre ecole ne Test pas pour nous, mon Pere. Prenant vos expres sions (de lapag 82), je dis :

Nous ne nous troublons pas de cette querelle ; TEglise de Jesus-Christ n en mourra pas; la souverainete pontifi cate n en mourra pas.L Eglise etla Papaute ont traverse d autres crises ; la

lutte des antipapes etait autrement effrayante que la dispute presence.

Aujourd hui il n y a plus de doute.

La lumiere est faite, La croyance est universelle, Le temps d une nouvelle diffusion de lumiere est venu.

M. 1 abbe Gratry aura contribue a hater le moment desire : ceux qui 1 aiment regretteront toujours qu il 1 ait hate en essayant dele retarder, etqu il ne se soit pas donne le merite , qui eut ete si facile et si glorieux pour lui , de preparer les esprits a recevoir la lu miere, au lieu de chercher a epaissir les tenebres qui les enveloppent.

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